Influences : le test complet du DVD

People I Know

2003. Réalisé par Daniel Algrant
Avec Al Pacino, Kim Basinger et Téa Leoni

Édité par CTV International

Voir la fiche technique

Avatar Par
Le 05/04/2004
Critique

« Influences » n’est pas une simple dénonciation gentillette de bon ton dans le gotha hollywoodien pour rappeler à l’ordre (avec toute la courtoisie nécessaire) les puissants de ce monde. « Influences » est un véritable brûlot à l’encontre du pouvoir le plus dangereux et le plus absolu : celui qu’on sent mais qu’on ne voit pas. Direction, les alcôves (au sens littéral comme au sens figuré) des clans, lobbies et organisations secrètes pour en prendre la température et savoir ce qui s’y passe. Ce qui en ressort est… à gerber. Corruption, malversation, trafics d’influences, chantage, prostitution et meurtre… dans la très haute, on ne plaisante pas ! Et tout ceci sur fond de charity business… utilisée comme justification de cette gigantesque mystification. Jon Robin Baitz, avec toute la verve d’un Tom Wolfe, livre un scénario noir, dense, intense épinglant les sphères d’influences New Yorkaises. Inutile d’ajouter qu’à travers la symbolique New Yorkaise, c’est le lobbysme dans le monde entier qui est visé.

Il fallait du cran pour montrer les « initiés » comme de vulgaires parasites tout juste capables d’allocutions dogmatiques et de complots d’antichambre. Et plus que du courage, de la finesse pour démasquer ces hommes d’Eglise que le culte de la personnalité à perverti et travesti en « faux prophètes ». Pourtant, au travers du scénario, Baitz montre qu’il reste attaché à cet idéal altruiste porté par le héros. La Bovary, c’est Flaubert, Eli Wurman, c’est Baitz !!! Le compromis aux lèvres, la star à portée de main, Eli, antihéros avoué entame une longue et douloureuse descente aux enfers, jettant ses ultimes forces dans la bataille pour obtenir une rédemption. Perdu, fatigué, humilié, l’homme désespère de retrouver un jour ce qui le fera vibrer à nouveau. Défendre les droits civiques aux côtés de Martin Luther King aura été pour lui la consécration. Aujourd’hui, il n’y a plus de Révérend King. Le constat est amer, on ne peut qu’en observer hélas la justesse… La solution : continuer de se battre tant qu’un souffle de vie nous anime encore. Baitz y croit dur comme fer et le montre en peignant un héros acharné à faire triompher la tolérance et la générosité, coûte que coûte !

Empêcher les expulsions d’immigrés clandestins, voilà qui doit se placer au-dessus de tous les combats. Et pourtant, sur les rives de la gauche caviar (New Yorkaise uniquement ?), on est trop occupé à se faire la guerre. L’enjeu : savoir qui aura le pouvoir et qui ne l’aura pas !!! Voilà le pitch d‘« Influences ». Au centre du film, ces luttes intestines. Mais alors que filme-t-on ? Des Gentils ou des Méchants ? Ni l’un ni l’autre, on filme l’humain dans ce qu’il a de plus grand (sa générosité, sa loyauté, sa tolérance… ) et ce qu’il a de plus petit (sa mesquinerie, sa perversité, son goût du pouvoir… ). Sur la balance en juste équilibre, des personnalités bigarrées que le passage à l’acte dérange. Oui à l’engagement moral, peut-être à l’engagement physique, non à l’abnégation. C’est en cela que Baitz excelle : montrer quelle genre de cause finalement ces gens (que connaissent Eli) défendent : la leur. Vous avez dit film noir ? Vous êtes encore en dessous de la vérité. « Influences » est un film sans espoir apparent dans lequel le triste jeu du « je te tiens, tu me tiens par la barbichette » finit pas écoeurer les esprits les plus volontaires. Jon Robin Baitz (le scénariste) et Daniel Algrant (le réalisateur) passent au scanner le tissu socio-politique du monde et lui découvre un cancer… le pouvoir… phase terminale… plus rien à faire si ce n’est de garder espoir en une vie meilleure après celle-là !

Pour soutenir, cette vision, Daniel Algrant a réuni un casting de grand talent. A commencer par Ryan O’Neal, éblouissant en acteur vieillissant, à moitié véreux, dévoré par des ambitions sénatoriales. Bill Nunn, savoureusement charismatique en pâle copie de Martin Luther King. Richard Schiff, son alter ego 50% juif 50% franc-maçon, 100% manipulateur et… lui aussi, ballotté entre ses ambitions personnelles et celles de voir progresser les valeurs d’ouverture et de tolérance auxquelles il a toujours crû. Téa Léoni, magnifique en starlette accro au sexe et à la drogue, vaguement portée sur l’espionnage et le chantage. Kim Basinger, merveilleuse en veuve éplorée de ne pouvoir sauver l’homme qu’elle aime. Et pour clore cette distribution qu’on n’aurait pu rêvée mieux appropriée, l’élément moteur du film, la pièce maîtresse de cet intriguant puzzle, Al Pacino. Dans ce rôle sur-mesure de publicitaire à bout de souffle, Pacino réalise l’une de ses plus extraordinaires performances. Faire aimer au public un antihéros, n’est-ce pas impossible selon les standards hollywoodiens ? Et pourtant, véritable « Mad Max » lancé sur la piste de ces sphères d’influences, Al « Eli » Pacino devient très rapidement attachant. Rôle sur-mesure, savoir-faire de l’acteur, passion pour le sujet, immersion complète dans la peau du personnage… en homme orchestre, il suspend le spectateur à la partition de ces sentiments, et dirige le concert de manière magistrale !

On regrettera une réalisation plate, sans envergure, très vite submergée par la force du propos. La Fête, le lupanar,… figurent parmi les scènes prometteuses les plus ratées du film. Algrant, sans doute terrorisé autant par la foule que par le plan séquence manque totalement d’imagination et reproduit une mise en scène cent fois vue et revue. Ne parlons pas de découpage, champ / contre champ est tout ce que Daniel Algrant s’autorise. C’en est au point où on se demande s’il n’a pas tout simplement réalisé « Influences » pour la télévision. Heureusement, l’assassinat de la starlette ou le face à face avec Le Révérend Blunt fournissent assez d’intensité pour relancer la machine. Toutefois, l’ensemble, vite pesant (par son bavardage et sa répétition) trahit les espoirs d’un scénario très (trop) bien ficelé. Dommage ! La forme n’est clairement pas à la hauteur du fond.

Il vous faudra surpasser ce handicap pour découvrir ce qui se cache derrière « Influences ». Un diamant brut qui montre la voix de l’autre cinéma américain… celui qui pense, celui qui libère. Tout droit venu de Sundance, « Influences » est une bouffée d’oxygène qui fait sens. Le refus catégorique de s’accommoder d’un système mafieux, castrateur et pervers demeure la fondation indispensable à toute démocratie digne de ce nom. Dans une société dépourvue de valeurs et de repères, « Influences » fait figure d’oeuvre nécessaire !!!

Généralités - 2,0 / 5

Sauf rares exceptions, les packagings TF1 Vidéo brillent rarement par leur beauté et leur originalité. Celui d’ » Influences » ne fait malheureusement pas exception à la règle. Typo basique, photos–ektas statiques et accroche racoleuse. Difficile de montrer un désintérêt plus explicite pour le titre. Néanmoins, une fois la galette insérée, il en va tout autrement. Menus animés, sonorisés à l’aide de la très belle musique du film et transitions soignées entre les menus… là aussi une spécialité de l’éditeur.

Côté Image, c’est presque un sans faute. Côté son, c’est quasi la perfection… si l’éditeur est complètement passé à côté de sa jaquette, il se rattrape en soignant techniquement son édition DVD. On se prend alors à rêver à une édition certes peu fournies mais impeccablement ficelée jusqu’à ce que… jusqu’à ce que nous pénétrions dans la caverne aux suppléments qui au-delà de la misère sent la débâcle. Etonnant pour un éditeur qui nous a habitué à beaucoup, largement, infiniment mieux…

Bonus - 1,0 / 5

Une conférence coupée à l’arrache, une bande-annonce en VO et VF… autant dire pas grand-chose voire rien à se mettre sous la dent. Côté bonus, c’est le désert, le néant. Pourquoi ? Parce qu’encore une fois, « Influences » dérange. Pacino résume l’état d’esprit général à propos du film en déclarant que « dans les années 70, les studios se pressaient pour réaliser ce genre de film et qu’aujourd’hui, on préfère les laisser au cinéma indépendant ». Ce n’est pas une simple question de règles cinématographiques, c’est avant tout une question de sensibilité politique. Le réalisateur ajoutera
« ce n’est qu’un film ».
Peut-être mais il faut croire que le cinéma n’est pas seulement un Art, il est devenu un media puissant, vecteur d’idées et d’idéaux. Peut-on aujourd’hui encore y parler de tout ? Le débat est ouvert.


La Conférence de Presse de Sundance (29’45 - VOST)

En dépit de questions intéressantes et d’une volonté manifeste de l’équipe de vouloir y répondre, la conférence de presse ne parvient jamais à décoller. C’est long, c’est plat, c’est très mal filmé et à peine monté. Ni les journalistes présents, ni l’équipe du film ne semblent vouloir aller au fond des choses. Oui, le film est politique. Pourquoi distille-t-il le propos avec tant de force. Comment interpréter certains passages. Qui a servi de modèle pour Carry Launer ? Qui est Sharansky ? On effleure à peine la diatribe à l’encontre des « initiés ». On se contente de porter 2 ou 3 coups de pattes sur la politique des studios. On ne brosse aucun tableau politique de l’oeuvre. Tout ça passe gentiment à la trappe. Tout ce que le réalisateur peut nous livrer d‘« Influences » se résume (en caricaturant à peine) à « ce film n’est qu’un film ». Traduisez « oeuvre de fiction pour divertir le public ». On sent, on sait qu‘« Influences » vaut mieux qu’un épisode de Hollywood Night alors faudrait peut-être arrêter de se voiler la face et clairement pointer ce que le film dénonce. A ce titre, au lieu de s’appesantir longuement sur un Pacino aussi nostalgique que cabotin, on aurait préféré entendre plus de précisions de la part de Jon Robin Baitz, scénariste et écrivain à qui l’on doit l’amère noirceur d‘« Influences ». On n’en aura pas le temps. La conférence de presse est abruptement coupée… qu’y a-t-il derrière ??? A vous de l’imaginer… pour le coup l’éditeur déçoit… lui aussi amèrement !!!

Bande-annonce (1’40 – VF ou VOST)

Livrée avec une très belle qualité de son et d’image, vous aurez le choix de l’écouter en VF ou en VOST. Ca n’est pas grand-chose, c’est 3 fois rien, mais ça fait tout de même partie de ces petits plus de la vie très appréciables. Outre ses qualités techniques, la bande-annonce d‘« Influences » est très bien montée et rythmée. Elle n’en montre ni trop ni trop peu et monte peu à peu en intensité. Bref, voilà une bande-annonce qui donne envie de voir le film.

Image - 4,0 / 5

Peu de choses à reprocher à l’image, exception faite de plans sombres légèrement granuleux mais rien de bien méchant. Lieux obscurs, lumières glauques, alcôves sirupeuses, toutes les ambiances sont ici très bien rendues, histoire de clairement marquer le territoire d‘« Influences », film noir par excellence. A noter les passages fréquents de l’ombre à la lumière qui produisent à chaque fois l’effet escompté ; aveugler le spectateur.

Côté compression, c’est du beau travail… néanmoins facilité par l’extrême simplicité (pour ne pas dire le dépouillement) d’une réalisation mieux appropriée à la télévision. Hormis quelques très rares séquences (comme celle de la réunion des initiés jouant sur l’ombre et la lumière), Daniel Algrant s’enferme dans un simplisme académique qui sacrifie détail de l’image et profondeur de champs à l’action principale de la scène.

Par conséquent, la compression n’a aucun mal à suivre. Seul le contraste aura été le véritable challenge de l’édition. Un challenge que l’éditeur n’aura pas eu de peine à relever. TF1 Vidéo réussit même à restituer la nuance des dominantes bleutées de l’image. Quant aux tâches, bruits, coulures et crénelages… on oublie. Encore une fois, le travail est de qualité !

Son - 5,0 / 5

Côté son, c’est également du très beau travail car outre la présence d’une VOST et d’une VF en Dolby Digital 5.1 d’excellente qualité, on peut apprécier une piste DTS 5.1… en VOST s’il vous plaît. Que demander de plus. Une VF en DTS 5.1 peut-être ? Car on se demande franchement ce qui a pu empêcher l’éditeur d’en mettre une.

Et là, je vais très certainement choquer un très grand nombre d’entre vous mais voilà un film (exception qui confirme la règle) qu’il est plus appréciable d’écouter en VF. D’abord, parce que le doublage d’Al Pacino figure parmi les meilleurs qui soient. Ensuite, parce qu’écouter la voix traînassante de Pacino en anglais finira très vite par vous fatiguer. A signaler la très belle performance de l’artiste qui imite à la perfection l’accent sudiste… mais quoi qu’il en soit, à la longue, ça devient usant !!! Enfin, parce que la VF est un poil plus pêchue que ses homologues anglaises.

Techniquement, le choix du DTS demeure néanmoins le plus satisfaisant puisque doté d’une richesse et d’une profondeur sonore inégalables. La bande-son est ostensiblement le point fort du film et permet de tirer intensité et émotion de chacune de scènes. Le DTS exploitera pleinement les plages musicales jusqu’à faire vibrer les notes jusque dans vos entrailles (cf la sublime scène de fin).


Bonnes « Influences » ciné. Excellente projection DVD !

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Rétroprojecteur Toshiba 43PH14P
  • Toshiba SD-330ES
  • Onkyo TX-DS797
  • système d'enceinte 5.1 Triangle

En poursuivant votre navigation sur le site, vous acceptez l'utilisation des cookies pour vous proposer notamment des publicités ciblées en fonction de vos centres d'intérêt, l'affichage de vidéos ou encore le partage sur les réseaux sociaux.

OK En savoir plus