Bye Bye Love : le test complet du DVD

Down with Love

2003. Réalisé par Peyton Reed
Avec Renée Zellweger, Ewan McGregor et Sarah Paulson

Édité par 20th Century Fox

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Le 16/05/2004
Critique

Qui aurait pourrait croire que derrière cette comédie anodine se cache l’un des plus marquants hommages du cinéma (hollywoodien) des années 50 ? Personne ! Pas même le distributeur apparemment qui, trop occupé à mettre en avant les stars du casting (Renée Zellweger / Ewan McGregor), en oublie les principes de base d’une distribution digne de ce nom ; intention du film, univers développé. Le spectateur, si tant est qu’il fût désireux d’aller plus loin qu’un titre et deux noms sur une affiche mal agencée, en est réduit à devoir se nourrir d’une bande-annonce passe-partout accompagnée d’une accroche pesante « attention sexe à la carte »… voilà, bonsoir, merci, film suivant s’il vous plaît. C’est vrai quoi ? N’êtes-vous pas las de passer à côté de purs moments de cinéma tout ça parce que le marketing doté d’un ridicule budget sur ce film aura décidé de saboter sa sortie ciné ? Et tout ça pour quoi ? Parce que les résultats dans son pays d’origine n’a pas eu le succès escompté ou tout simplement parce qu’il n’y a pas de « nom » à la réalisation !

Et pourtant, « Bye bye Love » est un de ces hommages que le cinéma n’est pas prêt d’oublier. A la fois, grandiose, caricatural et désuet à souhaits, tout je dis bien tout, du moindre petit bibelot à la reproduction de New York grandeur nature, déborde d’affection à la fois nostalgique et respectueuse pour cette époque qui a vu passer sous l’oeil de ses caméras les plus grandes stars et les plus grands films aussi. Bourré d’humour et de références, « Bye Bye Love » recrée trait pour trait l’ambiance naïve et l’atmosphère survoltée des fifties en parodiant les scènes mythiques de ses aînés. Attention ! Pas une spoliation bête et méchante pour élève en dernière année de cinéma appliqué à imiter le travail des Grands. Non ! Une oeuvre originale jusque dans sa trame (cf. la machination abracadabrante de Barbara Novak) dont la créativité débridée donne souvent cours à d’authentiques instants de poésie (cf. la scène où Block et Novak se préparent sur la variation de « Fly me to the Moon ») et de détournements hautement inspirés (cf. la scène de la conversation téléphonique entre Block et Novak au sortir de la douche).

Peyton Reed, auteur du déjà très décalé American Girls, récidive en s’attaquant à nouveau avec succès au film de genre… Rayon pastiches et comédies. Sa grande spécialité jusqu’ici ! Une spécialité qui lui va comme un gant, exhibant à foison sa passion immodéré pour le cinéma bien réalisé, bien rythmé, bien raconté. Un cinéma décomplexé qui a parfaitement intégré les règles du second degré. Ce second degré si délicat, utilisé à tort et à travers, dès qu’une ombre de plans rappelle vaguement une scène connue. Ici, l’arme à double tranchant est parfaitement maîtrisée. Howard Hawks en eût été fier ! Comme il eût été fier de ces interprètes admirablement choisis jusqu’à la « silhouette » (rôle sans dialogue). Aucun de ces « Bye Bye Lovers » ne fait tâche dans le tableau. Tous ont trop à coeur de donner vie à cette galerie de portraits issus d’un autre âge… celui de l’innocence mais aussi celui des tabous et des préjugés. Celui où la censure le disputait au besoin d’oublier les années noires de la guerre. Celui de la fuite en avant, des lunettes roses et des ornières. Ce temps où l’homo americanus découvrait les joies du jetable et de la consommation.

Un univers dans lequel le cinéma contemporain puise régulièrement. Reed y puise à son tour avec adresse et à propos et transforme ainsi son film en une fresque figurative. Au centre de cette fresques, le couple Zellweger / McGregor épatants de crédibilité… lui en Cary Grant, elle en Kim Novak ! Bien sûr il faut de l’imagination quant au physique et à la carrure mais les gestes, les poses, les sourires sont clairement balisés. Ce sont ceux de stars mythiques immortels à nos mémoires cinéphiliques. Et comme si les dialogues, le geste et la voix ne suffisaient pas, Peyton Reed complète la caricature en y ajoutant le cadre et la lumière. (cf. Catcher Block sous la pluie voyant s’éloigner le taxi). Comme s’il s’agissait non pas d’y être mais de vivre l’expérience de ces prestigieuses années. Musiques, costumes, sonorisations et décors, rien n’aura été oublié dans cette fidèle et bien vivante reconstitution.

Le résultat, visible à l’oeil nu, est proprement époustouflant. Emprunts et traits d’esprits se succèdent dans une inénarrable fougue, s’amusant au passage des codes scnéaristiques de l’époque (cf. la double intrigue amoureuse ou la longue et tonitruante révélation de Barbara Novak). Parodie, pastiche, auto-parodie, clin d’oeil, Reed utilise toutes les armes allant de la dérision à l’auto-dérision. L’objectif: que toutes ces références ne s’empilent pas stérilement. Pour les plus sagaces d’entre vous, vous aurez reconnu La Mort aux trousses, Confidences sur l’oreiller, Un Pyjama pour deux, Certains l’aiment chaud… et bien d’autres… on ne peut malheureusement tous les citer tant l’atmosphère et les scènes du films fonctionnent comme une véritable éponge. Elles absorbent le meilleur pour ne retenir de ces intrigues éparses que la quintessence. La multiplication des références soustrait les chefs d’oeuvre à l’oubli. La retenue divisera sans doute beaucoup d’entre vous. Mais il est clair que l’addition de scènes empruntées à la créativité des aînés avec autant de doigté amène inévitablement à considérer deux dénominateurs communs à « Bye Bye Love » : la passion et le talent. Ce qui (tout compte fait) est infiniment réjouissant !

Alors bienvenue… bienvenue dans cet univers aseptisé des années 50 où l’horizon ressemble à du carton pâte, les robes à des tape-à-l’oeil et les héros à des super / wonderwomen. Bienvenue dans cet univers dont nos contemporains se sont très vite débarrassé, jetant du même coup avec l’eau du bain le formidable romantisme et l’énergique optimisme que seuls savaient véhiculer les films de cette époque. Merci pour ce bel instant de nostalgie… Merci pour ce grand moment de cinéma…

Généralités - 2,0 / 5

Le distributeur cinéma avait réussi l’exploit de louper la sortie du film. L’éditeur vidéo tente de le renouveler. Packaging raté, photos mal exploitées, absence d’accroche, couleurs adaptées aux nanars de série B… bref rien n’aura servi de leçon dans le sabotage inintelligent de la distribution du film sur grand écran. « Bye Bye Love ». Comment a-t-on pu même songer à garder un tel titre ? Le travail n’est ni fait ni à faire et n’honore certes pas un éditeur qui nous avait habitué à bien mieux que ça.

Côté bonus, c’est la Sibérie. En exil, quelques documentaires saucissonnés pour donner l’indélicate impression d’une profusion d’informations. Au final, rien de vraiment solide à se mettre sous la dent. C’est franchement frustrant !!! Quand on pense au titanesque et passionnant travail de reconstruction qu’il y a derrière le film, on a juste envie de hurler son désarroi à l’éditeur. A quand la version collector ?

L’insertion de la galette dans le lecteur n’arrange pas franchement les choses. On frise le tout statique en dépit d’une introduction très cartoon qui nous mène directement au menu principal. Petite musique d’ambiance : celle du film… et puis plus rien. Ni transition, ni menus animés, ni même une quelconque musique agrémentant le choix des langues, du chapitre et autres… Ce n’est pas qu’on s’acharne mais on aurait sincèrement aimé que le travail soit grandement plus soigné. Heureusement… il reste le film !!!

Bonus - 2,0 / 5

Ce qui est plutôt cher payé compte tenu du peu d’intérêt des suppléments. Annoncés : 1 commentaire audio, 5 scènes inédites, 4 featurettes, 6 documentaires et 1 test vêtements et coiffures… plus bien évidemment tout ce qui concerne la promo musicale. A l’arrivée, pas de quoi faire un making of fouillé ni même un making of décalé. Inlassablement, l’histoire nous est répétée, comme si après avoir regardé le DVD, nous avions encore des doutes sur les grandes lignes de l’intrigue. Où sont les storyboards, les modèles, les comparaisons avec les scènes originales des films qui ont servi de référents. Bref… où est la matière ? Préparez-vous à plonger dans le trou noir, anti-matière à l’horizon :


Le Documentaire Spécial HBO (12’35 - VOST)

Et voilà le documentaire le plus abouti auquel vous aurez accès. C’est dire !!! Vous pouvez enlever 3 bonnes minutes d’extraits de film et il ne reste plus que 9 minutes aux artisans de « Bye Bye Love » pour nous expliquer comment a été conçu le film de A à Z. Vous trouvez ça léger ? Nous aussi !!! Mais ça ne semble pas gêner le réalisateur quel qu’il fût. Résultat : on parle de tout et de rien, de l’intrigue, de la musique, des acteurs, des vêtements, du réalisateur… enfin bref, ça part dans tous les sens tant et si bien qu’on ne sait plus ni qui parle ni de quoi on parle. Le cadet des soucis du réalisateur quel qu’il fût puisque pour donner encore plus de rythme et de conviction à ce fatras sans consistance, il pratique un montage cut enchaîné. Du coup, l’intervenant précédent qui n’avait pas fini sa phrase se voit coupé dans son élan par l’intervenant suivant et ainsi de suite sans marquer la moindre pause. C’est épuisant et agaçant. Qui a réalisé ça ? Mystère !!! Peut-être a–t-il eu honte d’y mettre son nom ??? Sage décision !!!

Here’s to Love : le Clip vidéo (3’34 - VOST)

On a beau se dire qu’il ne s’agit là que d’un élément bassement promotionnel, force est de reconnaître que le clip vidéo type « émission Champs-Elysées » a de la tenue. La chorégraphie, les décors, le timing, tout y est ! Sans compter que depuis Moulin Rouge ! pour McGregor et Chicago pour Zellweger, les deux acteurs ont révélé au grand jour le bel organe dont ils étaient pourvus. Certes, ce n’est pas du Sinatra mais ce n’est pas non plus du « Popstars ». Dans la plus pure tradition des comédies musicales, ça se laisse voir et écouter avec beaucoup de plaisir et de bonne humeur ! Une excellente surprise !!!



Le must, le hit, la timbale !!! Si vous comprenez à quoi elle sert, par pitié, écrivez-le moi ! Rien, nulle présentation, introduction et pas le moindre commentaire. Ca nous est servi brut de fonderie et ça reprend exactement l’une des scènes du film (le découpage qui nous permettait d’apprécier les réactions de Catcher Block face aux révélations de Barbara Novak a été enlevé, c’est la seule modification). Etait-ce vraiment utile ? Pourquoi l’avoir ajouté ici, sans autre cérémonie ??? Va comprendre Charles…

Test vêtements et coiffures (1’04 - VOST)

Ex aequo avec « Guess my Game ». Sympathique, drôle mais totalement inutile. Aucun commentaire, aucune direction, aucune explication… les tests se résument à un défilé de mode sur l’une des musiques du film. Autant dire que la technique, on s’en balance !!! Pourquoi avoir choisi tel ou tel costume, coiffure, tenue ? Autant de questions auxquelles on a ici manifestement pas envie de répondre. Encore un supplément de gâché !

Le Témoignage (36’-VOST)

On poursuit dans le farfelu superflu avec ce faux témoignage d’une opératrice téléphonique dont la vie a été transformée par le livre de Barbara Novak. En réalité, il s’agit d’une « Private Joke » ; l’opératrice n’est autre que la femme de Peyton Reed, le réalisateur. Voilà ! Que dire d’autres ? Pitié peut-être ???

Le Bêtisier (6’35 - VOST)

Enfin !!! Une section un peu délire qui nous montre l’ambiance sur le plateau. Entre lapsus, maladresses, plaisanteries, insectes et autres, il y a de quoi varier les plaisirs. C’est le clou de cette édition et on aurait souhaité (ô combien ardemment) que l’ensemble des animations, suppléments et autres fussent à son image. C’est le meilleur bêtisier en DVD… à voir absolument !

5 scènes inédites (3’49 - VOST)

Montées, bruitées, mises en musiques et commentées, elles sont présentées dans une qualité qui ne déshonore ni le film ni le support. Toutefois, la compression utilisée laisse de temps à autre à désirer. Le réalisateur a eu raison de les couper car la quasi-totalité des scènes inédites n’apportent rien à l’histoire, excepté peut-être celle du Comité de Direction lors duquel Vikki a du mal, en tant que femme, à imposer ses choix artistiques. Voici le détail :

- La séance photo de Barbara
- Le Comité de Direction
- Tête à tête dans le parc
- Peter est nerveux
- Mise au point et mise en pli

Les 6 Documentaires (16’27)

Moins complets que le documentaire spécial HBO mais beaucoup plus fouillés, Peyton Reed fait ici le pari de nous expliquer les techniques utilisées pour aboutir au résultat que l’on voit à l’écran. Malheureusement, là encore, ce ne peut être qu’un survol. L’écran vert, les costumes, la musique auraient eu besoin d’une décomposition étape par étape. Ici, comme on doit aller très vite, on a juste le temps d’effleurer la technique avec quelques extraits piochés par ci par là. Sans compter le passage sur Tony Randall qui vient occuper 3 bonnes minutes du making of. C’est clairement se foutre du monde ! Quand on pense que La Ligue des Gentlemen Extraordinaires a bénéficié d’une avalanche de suppléments intéressants, on voit combien « Bye Bye Love » a été misérablement sacrifié sur l’autel de la rentabilité !!!

Image - 4,0 / 5

Même si l’image de « Bye Bye Love » est loin d’être approximative, elle n’est cependant pas à la hauteur de ce que nous sommes en droit d’attendre. Tout spécialement lorsqu’on sait quelle qualité d’image l’éditeur réserve à ses Blockbusters. Disons-le tout net ! A l’instar du packaging, de l’animation et des suppléments, l’éditeur n’a pas réellement fait d’effort pour fournir une image d’une qualité supérieure à la moyenne.

Les couleurs manquent de contrastes, les nuances de franchises, la lumière d’éclat et le grain de finesse. Quelques arrières plans qui font le sel de cette édition de par leur cachet et de par leur fausseté affichée (immeubles peints, images de films ou encore travelling arrières de circulation… ) se montrent d’une bonne qualité sans atteindre l’excellence. Evidemment, certaines de ces images ne sont pas de la première jeunesse. Mieux, elles hurlent leur présence dans le film à des fins de second degré mais leur manque de d’absolue netteté a la fâcheuse tendance de réduire la profondeur de champ. Du coup le plaisir cinématographique est un rien gâché.

Néanmoins, il ne faut pas se montrer injuste. Le transfert demeure de qualité ; compression fluide sans tâche ni bruits. L’éditeur s’en sort malgré tout avec la satisfaction du travail bien fait. Mais en ce cas présent et pour ce film si soigné dans son choix des décors, ses partis pris de mise en scène et ses costumes d’une beauté d’un autre âge, le mieux n’aurait pas été l’ennemi du bien. Le Cinémascope a réinventé la projection dans les salles. L’éditeur aurait pu réinventé la projection sur nos écrans de télé. Peut-être une autre fois ?

Son - 5,0 / 5

Voilà enfin le point fort du DVD : le son. Image, mise en scènes, costumes et décors donnent un cachet à cette comédie mais seul le son lui procure le dynamisme nécessaire pour se mesurer à L’Impossible Monsieur Bébé, Les Hommes préfèrent les blondes ou encore Certains l’aiment chaud. Seule la musique lui donne ce rythme si particulier. Ce rythme qui ont fait la spécificité des comédies marquées années 50.

Dolby Digital 5.1 VF et VO, soit une absence complète de DTS, ce qui n’est abolument pas gênant. Encore une fois, il vaut mieux un Dolby Digital bien mixé qu’un DTS faiblard. Et ici, le mixage est parfait. Les voix sont claires et permettent aux spectateurs de saisir les répliques et traits d’esprits même quand ils fusent (cf la scène où Block se fait embaucher par Novak). Les innombrables bruitages ponctuent la bande-son en sollicitant assez fréquemment les surrounds. Quant à la musique, jamais le couple Sinatra n’a été aussi bien traité. Le somptueux passage qui souligne la préparation vestimentaire des deux tourtereaux est une pure merveille de subtilité perchée quelque part entre aïgus très féminins et graves sauvagement masculins. Une séuqence à se passer en boucle !!!

Nous terminerons sur la traditionnelle comparaison entre VF et VO. Comme à l’accoutumée, la VO est à préférer notamment pour les intonations uniques de chacun des acteurs sans oublier l’accent du Kentucky qu’emprunte l’écossais Ewan McGregor… une véritable performance ! Néanmoins, si vous n’êtes pas un anglophone distingué ni un adepte des VO, vous ne serez nullement sanctionné. La VF est d’excellente facture, le doublage pas si mauvais, et les différences en termes d’amplitude et de profondeur très peu marquées. De quoi vous emmener sur la Lune et vous laisser jouer parmi les Etoiles !

A tous ceux et toutes celles qui ont besoin d’Amour… excellente séance DVD !

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Rétroprojecteur Toshiba 43PH14P
  • Toshiba SD-330ES
  • Onkyo TX-DS797
  • système d'enceinte 5.1 Triangle

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