Sexes très opposés : le test complet du DVD

2002. Réalisé par Eric Assous
Avec Patrick Chesnais, Charlotte de Turckheim et Elisa Tovati

Édité par Ciné Génération Editions

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Le 03/05/2004
Critique

La Guerre des Sexes est l’un des thèmes de prédilection du cinéma. Maintes fois adaptés, pas toujours avec bonheur d’ailleurs, il engendre un intérêt toujours aussi vivace chez nos contemporains. Pourquoi ? Parce que les sentiments humains (et particulièrement le sentiment amoureux) demeurent l’un des grands mystères de l’univers ! Freud y a consacré son analyse… Chateaubriand sa plume… Ronsard son coeur… Verdi sa musique… et de ses Arts, le 7ème a extrait sur le sujet un questionnement intemporel, moteur d’intrigues passionnelles captivantes. « La Poison », Mr et Mme Smith, La Megère apprivoisée, La Guerre des Rose, Quand Harry rencontre Sally ont été nourris au sein de cette antagonisme entre hommes et femmes, livrant aux cinéphiles des trésors de réflexion, d’humour et d’inventivité. Certains auteurs y ont même consacré leur oeuvre - Hitchcock, Allen, Capra, Lelouch… - imprimant à jamais le cinéma de leur vision et de leur conception des rapports entre les deux sexes.

Sans atteindre ces sommets (trop peu souvent fréquentés), « Sexes très opposés » s’inscrit dans cette veine en copiant-collant, peu subtilement mais efficacement, quelques uns des plus beaux moments de cinéma. Un pari risqué qui déleste le film de son originalité pour lui octroyer une intensité certes balisée mais réelle. (cf les scènes avec Patrick Chesnais rappelant les situations du somptueux film d’André Cayatte « Les Risques du Métier » avec Jacques Brel). Dans sa détermination à « pasticher » (le mot est lâché) tout ce qui peut l’être sur le sujet (les rapports Hommes / Femmes), Assous aligne emprunts, clins d’yeux et clichés avec un évident bon esprit et une réjouissante bonne humeur. Son arme : le stéréotype. Son objectif : le divertissement. Signe particulier : jamais donneur de leçon. Résultat : Au jeu de la caricature, le scénariste-dialoguiste-réalisateur s’en sort plutôt bien. D’abord parce qu’il maîtrise narrativement l’ensemble. Chaque fil tendu se prolonge avec humour sans jamais se perdre ni hasardeusement s’emmêler. Ensuite, parce que la caricature l’aide à créer autant de situations qu’il y a de couples ce qui est une vraie bonne idée. Assous laisse ainsi à ses interprètes nombreux et talentueux le soin de camper des personnages épais. Enfin et par-dessus tout, parce que les dialogues font mouche. De véritables flèches dont le caractère sexiste alimente cette guerre jubilatoire (à l’écran) « Chez les mecs, les vrais jeunes, on les trouve chez les vieux ! » ou encore « La Culture et l’intelligence ne sont pas forcément ce que les hommes recherchent en premier chez une femme » trouvent une résonance chez Audiard ou Guitry.

Si côté réalisation, c’est la platitude absolue ; Champ / contre-champ, portés avec quelques panoramas à l’occasion. Côté dialogues, Assous se lâche totalement, réussissant habilement ses effets ! Les dialogues cabotins et percutants fusent avec naturel et décontraction. Perpétuellement en verve, son texte alerte, rattrape même un montage un peu lent et sauve du sordide certaines situations (cf le couple Tovati / Duléry). Parler des rapports Hommes / Femmes avec bon goût est toujours un exercice périlleux. Richard Berry et son L’Art (délicat) de la séduction en ont fait les frais. Assous évite le(s) piège(s) en faisant preuve ici d’une finesse qui ne caractérisait pas Les Gens en maillot de bain ne sont pas (forcément) superficiels, son tout premier film comme réalisateur. Tant mieux !!! La légèreté aide à une rapide mais appréciable introspection et empêche « Sexes très opposés » de verser dans le film à sketchs. On oubliera ici les dérives du passé pour ne focaliser que sur l’esprit dont fait preuve ce deuxième premier essai. Essai transformé. Assous capte notre attention avec juste assez de mordant et ce qu’il faut de franchise pour ne plus ensuite la laisser retomber. S’appuyant sur son couple phare (Patrick Chesnais / Charlotte de Turkheim), il tricote une histoire touchante, amusante, humaine.

Affirmer qu’on en sort transformé serait audacieux ! Néanmoins, avec très peu de moyens et beaucoup d’ingéniosité, Assous ficelle une comédie alerte et plaisante. De celles qu’on se laisse aller à regarder. De celles qui ne suscitent ni de réfléchir, encore moins de se concentrer. De celles qui caresse vos sens et s’amuse de votre raison. A peine éclose, elle se fane pour finir par lentement se démoder. Logique, cette comédie est le reflet d’un temps. Le temps des amours futiles et des rapports fugaces tels qu’on les conçoit ajourd’hui, au présent. L’escarmouche n’est là que pour assurer le spectacle. Ritournelle insolente d’infatigables tourtereaux mus par le désir, déçus par son assouvissement. Rien de tragique ni rien d’important ! Les coeurs brisés se rafistolent, les plaqués se consolent et l’Amour de cruel devient frivole !!! Légèreté du texte, légèreté de l’intrigue.

Film d’humour, film d’ambiance, « Sexes très opposés » réussit l’hasardeux pari de concilier ces genres. Avec  » Sexes très opposés », bienvenue dans un monde où la caricature fait sens et où l’on peut la savourer sans trop se poser de questions…

Généralités - 2,0 / 5

Ni franchement réussi ni totalement raté, le packaging outrancier de « Sexes très opposés » reprend entièrement les codes de la campagne cinéma. Résultat : un fouillis ostentatoire des plus déroutants. Où lire ? Que regarder ? La surabondance d’accroches, d’annotations, d’indications n’aide pas ! Ce qui risque d’avoir de fâcheuses conséquences sur la rotation des linéaires.

Toutefois, après avoir inséré la galette dans le lecteur, les choses se « limpidifient » rapidement. Des menus sonorisés et animés guident vos choix. Tiens ! Mais où est donc passé le menu des bandes-sons ? Pas de panique, il vous faudra cliquer sur le film (et donc enclencher la séance) pour enfin accéder au choix du standard sonore. Original non ??? Décidément, CinéGénération ne s’est pas laissé aller à la simplicité !!!

Côté Image, c’est limite léger. Côté son, c’est un sans faute. Certes, « Sexes très opposés » est loin, très loin de la richesse artistique du « Seigneur des Anneaux » mais tout de même. On sent que l’éditeur n’a pas tout tenté pour donner de l’ampleur à cette édition DVD. C’est particulièrement criant en ouvrant la section des suppléments. Un making of de 7 minutes, un court-métrage, une bande-annonce et pour le reste de l’écrit (à savoir les filmographies). Nous voilà revenu au bon vieux temps des premiers DVD. C’est regrettable et désolant !!!

Bonus - 1,5 / 5

Et encore, on aurait pu être plus méchants parce qu’avec 3 suppléments qui se battent en duel, il y a de quoi être furax !!! Pas la moindre interview ni la moindre analyse. Pas même une introduction de la part du cinéaste ! Rien ou presque si ce n’est la bande-annonce, le court-métrage dont est parti l’idée de « Sexes très opposés » sans oublier le making of qui n’a de making of que le nom ! Autant être franc et ne rien mettre, au moins on ne risque pas de décevoir à ce point, tout spécialement lorsqu’il s’agit d’une oeuvre pour laquelle (on le sait, on le sent) les acteurs se sont battus !!! Comment est-ce qu’on arrive à convaincre les producteurs ? les techniciens ? les acteurs ? Quelle importance a eu le scénario ? Comment finance-t-on les repérages, la pré-production, le tournage et même la distribution d’une telle oeuvre ? Comment passe-t-on de l’écriture à la réalisation ? A qui pense-t-on lorsqu’on écrit ce genre de comédie ? Enfin bref… il suffisait d’un peu de volonté, d’une bonne DV et de quelques questions bien préparées et l’édition DVD aurait pris des allures de collector. Un quasi premier film pour lequel son réalisateur, ses techniciens et ses acteurs se sont mobilisés est une aventure passionnante. Mais encore faut-il avoir envie de la raconter ! Là rien… ni envie ni moyens. Juste d’atterrantes coquilles vides en guise de suppléments qui donnent à cette édition DVD d’irritants accents lucratifs.


Le making of (7’05)

Censé être la pièce de résistance de l’édition DVD, ce documentaire mal filmé, mal monté, mal sonorisé… et par-dessus tout très mal structuré nous propose pêle-mêle les coulisses de certaines scènes (essentiellement les scènes d’action), les interviews à chaud de quelques acteurs, un très gros plan furtif d’une des pages du scénario ainsi qu’un plan d’ensemble non moins furtif des habituelles félicitations de fin de tournage. En 7 minutes, le tout est plié… pile poil le standard pour bien frustrer le dévédéphile. De la genèse, nous n’apprendrons rien. De l’ambiance sur le tournage, rien non plus, du rythme et de la pression financière, rien encore. Il y a bien deux ou trois interviews d’acteurs, mais là aussi, ces interviews manquent d’anecdotes, d’illustrations, de consistance… pour faire court d’intérêt. Et pourtant !!! On aimerait tant en retirer quelque chose mais il semble que même Eric Assous ait renoncé à faire de ce making of un véritable instrument d’introspection dans son film ! Encore une fois c’est regrettable et désolant !

Bande-annonce (1’15)

Livrée avec une très belle qualité de son et d’image, la bande-annonce de « Sexe très opposés » est une véritable gifle qui vous donne envie de vous remuer pour aller voir le film. Alerte, drôle et rythmée, elle n’en montre ni trop ni trop peu… juste ce qu’il faut pour vous présenter cette sympathique comédie sous son jour le meilleur… et déjà dans la bande-annonce Patrick Chesnais crève l’écran !!!. Une des excellentes surprises de cette édition DVD !

Court-métrage « A cause d’Olivia…  » (8’02)

C’est indéniablement la meilleure surprise de cette édition DVD. Présenté en Dolby Surround, « A cause d’Olivia…  » affiche une image d’une excellente qualité (parfois meilleure que celle de « Sexes très opposés) – lumières et couleurs sont ici très bien contrastées - ce qui rend plus agréable la vision de ce retour aux sources. Un retour aux sources de l’oeuvre essentiel (au sens littéral du terme) à la compréhension de « Sexes très opposés ». Pourquoi ? Parce qu’en 8 minutes, le court-métrage donne le ton, les influences et même l’esprit du film. Logique ! Pour connaître les honneurs du long-métrage, le cinéaste doit parfois passer par l’exercice du court… afin de montrer ce dont il est capable et ce qu’il a envie de faire passer. Un résumé somme toute du long-métrage qui marque la première réalisation d’Eric Assous (1999) et pose les jalons d’un cinéma mêlant fondamentalement humour grinçant, dialogues mordants et légèreté du divertissement. On y retrouve quelques uns des acteurs de « Sexes très opposés »… de ceux qui ont été parmi les tous premiers à porter le projet. A l’image du film, le court-métrage vaut largement le détour !

Image - 3,0 / 5

Autant ne pas se le cacher ; L’image n’est pas le point fort de cette édition DVD. Pâlichonne, parfois imprécise, manquant de contrastes et de couleurs, elle ne saurait concourir avec les meilleures éditions actuellement sur le marché. A la décharge toutefois de l’éditeur, le film aligne les contre-jours et les surexpositions, rendant plus difficile l’affinement du grain et le contraste appuyé des couleurs. Résultat : l’ensemble respire la fadeur et ne peut éviter de temps à autres d’agaçants effets de solarisation.

Côté compression, c’est toutefois du beau travail… néanmoins facilité par l’extrême simplicité de la réalisation. Le film est d’ailleurs parfaitement adapté à l’écran d’une télévision qui rend anodine l’absence « cruelle » d’une authentique profondeur de champ. Eric Assous ne s’en cache pas. Il a confiance en le support DVD qu’il a choisi pour rendre hommage à la construction de « Sexes très opposés ». Ses points forts sont l’intrigue, les acteurs et les dialogues, ses points faibles la réalisation !

Sur un écran de télévision, la réalisation de « Sexes très opposés » semble moins plate. Les scènes gagnent même en intérêt, en rapidité et en intensité. (cf la scène du suicide de Cyril ou celle de l’escarmouche entre Fernand et l’ex petit ami de Vanessa). Quant aux tâches, bruits, coulures et crénelages… on oublie.

Son - 4,0 / 5

Le son apporte au dévédéphile nettement plus de satisfaction. Oublions l’encodage en Dolby Stéréo 2.0 qui concentre (et c’est bien normal) l’ensemble des effets et musiques vers l’avant pour immédiatement passer au Dolby Digital 5.1 incomparablement plus dynamique et percutant. (cf les scènes dans le bureau du Proviseur ou encore celles dans les murs de l’association d’aide à la réinsertion des conjoints plaqués).

Mouvements de foules, musiques enveloppantes, ambiances boîte de nuit et répliques hors champ, tout est rendu avec élégance, précision et nuance. Quant aux voix, elles se détachent avec suffisamment de clarté pour mettre en valeur le jeu des intonations et la vivacité des répliques qui (on ne le dira jamais assez) donnent tout son sel au film.

Certes, « Sexes très opposés » ne dispose pas de la bande-son nécessaire pour tester pleinement les capacités de votre installation Home Cinema mais il est tout de même important de noter les efforts payants de l’éditeur dans ce domaine. Des efforts trop rares lorsqu’il s’agit de comédies sans armes et sans effets spéciaux. Pour l’un de ses premiers DVD, CinéGénération signe un travail de qualité qui mérite d’être salué.


Excellente projection DVD à toutes et tous !

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Rétroprojecteur Toshiba 43PH14P
  • Toshiba SD-330ES
  • Onkyo TX-DS797
  • système d'enceinte 5.1 Triangle

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