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Van Gogh : le test complet du Blu-ray

France - 1991

Réalisé par Maurice Pialat

Avec Jacques Dutronc, Bernard Le Coq, Alexandra London, Gérard Séty, Corinne Bourdon, Elsa Zylberstein, Leslie Azzoulai

Critique par Sabrina Piazzi. Publiée le 24 janvier 2013

Critique

Après son internement à l’asile, Vincent Van Gogh s’installe à Auvers-sur-Oise chez le docteur Gachet, amateur d’art et protecteur des peintres. Entre les relations conflictuelles qu’il entretient avec son frère Théo et sa santé mentale vacillante, Vincent continue son oeuvre. Il devient l’amant de Marguerite, la fille de son hôte, mais celle-ci comprend vite qu’il ne l’aime pas, que seul son art le fait vivre.

Van Gogh est l’un des chefs d’oeuvre de Maurice Pialat. Merveille visuelle alliée à la puissance du récit, soutenu par des dialogues magnifiques et l’intense interprétation de Jacques Dutronc (César du meilleur acteur), ce film apparaît rétrospectivement comme le plus proche et personnel de Maurice Pialat dans le sens où le cinéaste a comme le célèbre peintre renié ses oeuvres en remettant en cause son talent, se sentant sans cesse incompris.

Lui-même artiste-peintre, Maurice Pialat s’est visiblement toujours retrouvé en Van Gogh, artiste complexe et instable, dont il avait déjà signé une petite biographie illustrée en 1965. Film-fleuve de près de 2h40, Van Gogh transporte le spectateur à la fin du XIXè siècle et l’invite à suivre les 67 derniers jours du peintre et dessinateur néerlandais à travers ses rencontres, ses rapports avec son frère Théo (Bernard le Coq, excellent), ses coups de gueules, ses peines, ses coups de pinceaux, ses amours, ses moments de plénitude et de souffrance.

Comme dans les autres films de Pialat, Van Gogh est inscrit dans le réel, loin des conventions et du cahier des charges des films du genre (contrairement au Van Gogh de Vincente Minnelli par exemple), évite tout lyrisme et romantisme appuyés. Le sublime côtoie la crasse : Van Gogh est le film-somme de la carrière de Maurice Pialat.

4,0 / 5 Généralités

De la jaquette en passant par l’élégance des menus (pour une fois fixes et muets) et la restauration du film lui-même, saluons le travail de l’éditeur qui n’a pas son pareil pour offrir au spectateur un bel objet à ranger dans sa collection Gaumont Classique.

4,5 / 5 Suppléments

Le Blu-ray contient le film ainsi qu’un entretien avec Bernard Le Coq (32’, 2012). Avec son élégance et sa disponibilité habituelles, le comédien partage ses souvenirs liés au tournage de Van Gogh. Il admet d’ailleurs avoir été angoissé à l’idée de travailler avec le metteur en scène en raison de sa réputation exécrable et sa méchanceté envers les acteurs. Notre interlocuteur en vient à sa rencontre avec Maurice Pialat avec lequel il s’est finalement très bien entendu. Ce portrait du cinéaste complète parfaitement celui dressé par d’autres artistes sur les Blu-ray de Loulou et A nos amours.

L’interactivité de ce premier disque se clôt sur la bande-annonce.

Les suppléments suivant sont disponibles sur un DVD.

Jacques Dutronc, confortablement installé dans sa villa en Corse, répond aux questions de Serge Toubiana (2003, 21’). Tout d’abord, signalons que l’interview a été réalisée en extérieur et que le vent souffle dans le micro rendant l’écoute irritante. Malgré cet inconvénient, le comédien revient avec sa décontraction légendaire sur le tournage de Van Gogh, sa collaboration avec Maurice Pialat, et sa préparation. « Tourner avec Maurice Palat valait tous les conservatoires du monde » dit Jacques Dutronc, cigare en bouche, verre de vin à la main, amusé de dire que le tournage s’est bien passé mais que c’est après les prix reçus pour son interprétation, que le cinéaste s’est mis à le détester puisque son film n’était aimé qu’à travers son acteur principal.

Emmanuel Machuel, chef opérateur sur Van Gogh, revient pendant 23 minutes sur l’épreuve endurée de tourner ce film avec Maurice Pialat aux manettes. Le directeur de la photographie, qui est parti du tournage avant la fin (pour survie mentale dit-il) mais qui a néanmoins participé à 95% des prises de vue, en dit long sur le caractère du réalisateur, sur son besoin de travailler dans un environnement conflictuel. Les propos tenus sont durs et souvent hallucinants, le tout regorge d’anecdotes de tournage et l’on en apprend beaucoup sur les partis-pris esthétiques adoptés.

L’éditeur nous propose ensuite la version intégrale de l’émission Mon Zénith à moi (49’), durant laquelle Michel Denisot recevait Maurice Pialat quelques jours avant la cérémonie des César 1992 où Van Gogh partait largement favori avec 12 nominations. Finalement, seul Jacques Dutronc obtiendra celle du meilleur acteur, et c’est Tous les matins du monde d’Alain Corneau qui récolta 7 compressions. Pendant cette émission diffusée sur Canal+, Maurice Pialat paraît tendu bien que Michel Denisot le couvre de compliments pour le détendre. Maurice Pialat s’exprime sur la nouvelle génération de cinéastes (Beineix, Besson), parle de Gérard Depardieu, de ses rapports alors inexistants avec Sandrine Bonnaire, des femmes, des critiques, de la peinture. Finalement, Maurice Pialat s’est rarement autant livré que dans cette interview.

S’ensuit un autre entretien de Maurice Pialat (10’), cette fois mené par Christian Defaye dans le cadre de l’émission Spécial Cinéma. Certains propos font étrangement écho, parfois au mot près, avec ceux issus du segment précédent, et Christian Defaye en fait trop dans le genre courbettes et superlatifs en tous genres. C’est sans doute pour cela que Maurice Pialat lui dit qu’il a toujours aimé discuté avec lui.

Les bonus se poursuivent avec un court-métrage réalisé par Maurice Pialat, simplement intitulé Van Gogh (1965, 6’), issu de la Collection Chroniques de France. Tourné sur les lieux mêmes où Van Gogh a passé la fin de sa vie, à Auvers-sur-Oise, ce court-métrage en N&B et au montage délicat, annonce la passion du cinéaste pour le peintre 35 ans avant le film avec Jacques Dutronc.

Pas moins de 32 minutes de scènes coupées sont présentées par le monteur Yann Dedet (15’). Installé dans une salle de montage, notre interlocuteur revient sur la structure de Van Gogh, les essais, les partis-pris laissés de côté, sur la façon dont il a collaboré avec Maurice Pialat. Dans le lot, peu de scènes demeurent vraiment marquantes puisque certaines reprennent certaines séquences du film vues sous un autre angle ou issues d’une autre prise.

L’interactivité se clôt sur une magnifique galerie de 30 toiles, aquarelles et dessins réalisés par Maurice Pialat, entre 1942 et 1947.

4,5 / 5 Image

Comme pour les éditions Blu-ray d’A nos amours et Loulou, il serait difficile de faire mieux que cette édition HD (Encodage MPEG 4 / AVC - Format du film respecté 1.66, 1080p) qui respecte les volontés artistiques originales dont le grain original, tout en tirant intelligemment partie de l’élévation en Haute définition. La clarté est très appréciable, notamment sur toutes les séquences en extérieur, la propreté du master est irréprochable, ainsi que la stabilité, le relief, la gestion des contrastes et le piqué (voir la campagne environnante) qui demeure agréable. N’oublions pas la colorimétrie, pimpante, bigarrée, restituant à merveille la photographie faisant la part belle à la lumière naturelle. Si l’apport HD demeure moins flagrant sur les séquences sombres, on se délecte de revoir Van Gogh dans de telles conditions techniques !

4,0 / 5 Son

Ce mixage DTS-HD Master Audio Mono s’en tire mieux que celui de Loulou et A nos amours, en instaurant un confort acoustique probant et solide. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, les ambiances naturelles ne manquent pas sur toutes les scènes tournées en extérieur (le chant des oiseaux est très présent et le vent souffle dans les champs de blés), la propreté est de mise et les silences sont denses. L’éditeur joint également les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant.

Acheter ce Blu-ray sur Amazon (19,99 €)

Configuration de test :

  • Téléviseur 16/9 Sony LCD Bravia KDL-32W5710
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Pioneer VSX-520
  • Kit enceintes/caisson Mosscade (configuration 5.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 81 cm
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