Les Croix de bois : le test complet du Blu-ray

Édition Digibook Collector

1931. Réalisé par Raymond Bernard
Avec Pierre Blanchar, Gabriel Gabrio et Charles Vanel

Édité par Pathé

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Le 26/01/2015
Critique

Gilbert Demachy, étudiant en droit, s’est engagé sous les drapeaux en 1914. Il est accueilli, à son arrivée sur le front de Champagne, par ceux du 39e Régiment d’Infanterie qui vivent depuis des mois dans les tranchées.

Les Croix de bois est l’adaptation du roman éponyme écrit en 1919 par Roland Dorgelès qui servit dans les rangs du 39e Régiment d’Infanterie.

« Tu l’auras ta croix : si c’est pas la croix d’guerre, c’est qu’ce sera la croix d’bois »

Ce film raconte la vie sur le front, pendant la grande guerre. Pas celle de héros, celle d’ordinaires soldats. Pas de grands faits d’armes, seulement la vie de tous les jours dans l’inconfort des tranchées, les moments de détente entre camarades, ceux où l’on pense à la famille en lisant ou écrivant les lettres, en regardant les photos, la terreur sous les obus ou la mitraille, la mort qui rôde, se rappelant quotidiennement aux hommes par le défilé des civières, l’espoir d’avoir la chance de s’en sortir…

L’authenticité du récit, fidèle au roman, est renforcée par la contribution de Roland Dorgelès à l’écriture du scénario et des dialogues. L’écrivain, dans trois lettres de 1931 à Raymond Bernard, dresse une liste d’erreurs relevées sur des rushes. Par exemple, les capotes propres et boutonnées jusqu’au menton, alors qu’elles auraient dû être couvertes de boue, déchirées par les barbelés et largement ouvertes en raison de la chaleur.

La distribution répondait aussi au désir de réalisme : les figurants étaient d’anciens combattants. De même que le choix du cadre : le film fut tourné en 1931 dans la Marne, au Mont Cornillet et au Fort de la Pombelle, théâtres de combats, dans des tranchées creusées sur la trace laissée par celles de 1914, d’où furent exhumés cadavres et obus non explosés !

De bruit et de fureur

Les Croix de bois, probablement le film de guerre le plus réaliste et le plus touchant par sa simplicité, nous fait partager l’intimité de la vie des poilus dans l’espace confiné de l’abri de la tranchée et nous entraîne aussi, dans la longue scène de l’assaut d’un village en ruines tenu par les Allemands, dans une fureur dantesque, où une infernale loterie ôte les vies au hasard des chutes d’obus.

Les Croix de bois ne soutient aucune idéologie, ne prend aucun autre parti que celui de la paix : trois scènes montrent que les conditions d’existence sont les mêmes dans les tranchées allemandes. Le film tend seulement à montrer que l’horreur de la guerre est la même des deux côtés du no man’s land.

Réalisé au début du parlant, Les Croix de bois est le premier film français ayant recours au mixage (on disait alors « mélange ») de plusieurs enregistrements sonores. La bande son donne au film une impressionnante dimension.

Un grand film de Raymond Bernard dont on peut trouver certaines oeuvres en vidéo, notamment un coffret Gaumont avec Le miracle des loups (1924), Le joueur d’échecs (1926) et Tarakanova (1929) et une belle édition Pathé des Misérables.

Généralités - 5,0 / 5

Le digibook contient le Blu-ray du film et un DVD de suppléments, pas faciles à extraire des couvertures sous lesquelles ils sont glissés.

Le livret de 44 pages contient un extrait des Mémoires de Raymond Bernard, « Filmer la Grande Guerre à hauteur d’homme », un article de Laurent Véray, professeur d’histoire du cinéma à la Sorbonne, avec une analyse approfondie du film de Raymond Bernard qu’il compare à d’autres films, tels La Grande parade de King Vidor, Quatre de l’infanterie de Georg Wilhelm Pabst et À l’Ouest rien de nouveau de Lewis Milestone. On y trouve également trois lettres de Roland Dorgelès à Raymond Bernard dont nous avons déjà parlé, la fiche technique et quelques photos.

Le menu animé et musical offre le choix entre deux versions audio, la version originale et l’audiodescription, toutes les deux au format DTS-HD Master Audio 1.0. Sous-titres anglais et sous-titres pour malentendants.

Le film est présenté dans son format original de 1.19:1, qui se substitua au 1.33:1 pour les premiers films parlants, pour laisser l’espace nécessaire à la piste optique du son.

Bonus - 5,0 / 5

Hormis une bande annonce de 6 minutes sur le Blu-ray, les bonus sont logés sur le DVD d’une durée de 110 minutes.

Une Rencontre avec Marc Ferro et Laurent Véray (31’) : deux universitaires spécialisés dans l’histoire du cinéma, donnent une analyse détaillée du film et insistent sur l’attention portée par Raymond Bernard et Roland Dorgelès à donner la vision la plus réaliste possible de la vie dans les tranchées.

Suit un excellent module de 23 minutes sur la restauration du film par L’Immagine Ritrovata de Bologne décomposant les différentes étapes de l’entreprise : la longue recherche de toutes les sources disponibles, négatifs et contretypes, leur comparaison et la justification des choix pour retrouver le film dans son intégrité originelle. Deux versions furent simultanément filmées : une version « nationale », dont le négatif a disparu, et une version « internationale » retrouvée dans les archives de UCLA. Le travail de restauration est clairement décrit : la stabilisation, idéalement obtenue par une restauration des perforations, sans intervention sur l’image, le nettoyage des taches, rayures et autres poils, commencé automatiquement, peaufiné manuellement, l’élimination du pompage, puis l’étalonnage. Suit l’explication de la restauration du son, toujours délicate : l’élimination des bruits parasites, notamment du souffle, risquant de dénaturer le son original. Il aura fallu plus de 3.500 heures de travail, étalées sur 14 moins, pour achever la restauration.

Dans Les Croix de bois, une aventure sonore (11’), Martin Barnier, professeur de l’Université Lumière à Lyon, souligne la place importante prise dans le film par la bande sonore, l’utilisation du son « off » : les inquiétants coups de pioche rythmant le creusement d’une galerie destinée à faire sauter l’abri, le silence, encore plus inquiétant, laissant imaginer la pose des explosifs.

Ensuite viennent, enregistrés peu de temps avant leur disparition, un entretien avec Raymond Bernard (10’), dans lequel il rappelle, avec émotion, les difficultés du tournage, particulièrement pour l’enregistrement de la piste sonore, et un entretien avec Roland Dorgelès (5’) montrant, après un rappel de sa carrière d’écrivain, son attachement au film.

Deux extraits des Actualités Pathé-Journal montrent une invitation de la presse sur les lieux de tournage et la présentation du film à Genève en 1933, suivie d’un défilé d’anciens combattants avec des banderoles proclamant « À bas la guerre » en des temps où le nazisme affirmait sa montée en puissance.

La guerre d’André (25’) est un documentaire réalisé à partir de la découverte récente de 1.300 lettres écrites à sa mère et de 1.200 photos prises avec un Brownie Kodak par André Schnellbach, ancien combattant, lui aussi, du 39e Régiment d’Infanterie. Ce documentaire, en nous replongeant dans la réalité quotidienne des tranchées, nous permet de vérifier la grande authenticité du film.

Vient ensuite une collection de dessins de guerre croqués sur le front par Adrien Barrère, plus connu pour les affiches qu’il réalisa pour Pathé, extraits d’une collection de carnets rassemblés à partir de 1977 par Colette Ulmann et son mari. Pour finir, une galerie de photos du film.

Image - 4,0 / 5

L’image (1080p, AVC), très stable, a été débarrassée de toute tache, rayure, pompage. Il reste un peu de bruit vidéo, surtout décelable sur les fonds clairs et unis, comme les ciels, rançon de la louable retenue de l’équipe de restauration pour conserver la texture originale du film. Des contrastes fermes, avec des noirs suffisamment denses, garantissent une bonne lisibilité des scènes de nuit, par exemple, de l’assaut du village.

Son - 4,0 / 5

Le travail de restauration du son DTS-HD Master Audio 1.0) a également donné d’excellents résultats. Les dialogues restent toujours compréhensibles, y compris dans les scènes de combat. La restitution du tonnerre des armes, fusils, mitrailleuses, canons, sifflement et explosion des obus est d’un réalisme surprenant pour un film du début du parlant. Le niveau du souffle varie, en restant toujours assez discret. Là encore, pousser plus loin le nettoyage aurait risqué la dénaturation du son original.

Crédits images : © Pathé

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 30 janvier 2015
Magnifiquement restauré, un grand film sur la Grande Guerre, une adaptation fidèle au roman de Roland Dorgelès qui connut l’horreur des tranchées. Et des suppléments passionnants. Ce qui valut à cette édition le prix du Meilleur DVD/Blu-ray Patrimoine décerné par le Syndicat Français de la Critique de Cinéma.

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