La Forteresse cachée : le test complet du Blu-ray

Kakushi toride no san akunin

1958. Réalisé par Akira Kurosawa
Avec Toshirô Mifune, Misa Uehara et Takashi Shimura

Édité par Wild Side Video

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Le 20/03/2017
Critique

La Forteresse cachée

Japon, XVIe siècle. Le clan Yamana a vaincu le clan Akizuki. La princesse Yuki, dont la tête est mise à prix, a pu s’enfuir grâce à la protection du général Rokurota. Deux paysans revenant de la guerre, Tahei et Matakishi, découvrent les deux fugitifs qu’ils suivent dans une périlleuse traversée des lignes ennemies, attirés par l’or qu’ils transportent…

La Forteresse cachée (Kakushi-toride no san-akuni), les aventures picaresques d’une jeune princesse et d’un samouraï auxquelles s’ajoute la farce créée par la présence des deux paysans nigauds, pleutres et cupides, tranche résolument avec le caractère sombre des oeuvres précédentes d’Akira Kurosawa, en particulier Vivre dans la peur (Ikimono no kiroku, 1955) et Les Bas-fonds (Donzoko

Si son sujet nous éloigne de la gravité du cinéma de Kurosawa, La Forteresse cachée est pourtant une oeuvre remarquable par sa beauté formelle, notamment par l’esthétique de la composition des cadres à l’intérieur desquels personnages, objets et paysages sont harmonieusement disposés, (souvent le long d’un axe diagonal) aussi bien dans les plans serrés que dans les plans larges de paysages. C’était pourtant la première fois que le réalisateur passait du ratio 1.37:1 au 2.35:1 du cinémascope.

La Forteresse cachée

La Forteresse cachée a été tourné avec de gros moyens : une foule de figurants, impressionnante dans les scènes de l’assaut de la citadelle Akizuki au début du film, des décors énormes et réalistes (les escaliers monumentaux de la citadelle ont été construits en pierre) et une distribution remarquable avec Toshirô Mifuné en tête d’affiche et des acteurs très célèbres au Japon, notamment dans le rôle des deux paysans, aux côtés d’une débutante, Misa Uehara, l’interprète de la princesse Yuki.

Les scènes de combat, notamment celle de la poursuite à cheval par Rokurota de deux soldats qui ont repéré la princesse et les scènes de foule, celle de l’assaut de la citadelle, déjà citée, et celle de la danse rituelle autour d’un feu (à partir de 103 minutes), savamment mises en scène et montées, préfigurent les oeuvres majeures que seront, dans le genre épique, Kagemusha : l’ombre du guerrier (1980) et Ran (1985).

La Forteresse cachée

Généralités - 4,5 / 5

Cette édition de La Forteresse cachée s’inscrit dans la Collection Akira Kurosawa, les années Toho (1943-1970), présentée avant l’accès au menu : « dix-sept films remasterisés et inédits en HD, dévoilés d’octobre 2015 à février 2017 » (le calendrier initial a subi quelque retard). La sortie de trois autres titres est annoncée pour le 17 mai : Les Bas-fonds (1957), Entre le ciel et l’enfer (1963) et Les Salauds dorment en paix (1963).

La Forteresse cachée (139 minutes) et ses suppléments (93 minutes) sont présentés sur deux supports, Blu-ray et DVD (BD-50 et DVD-9), logés à l’intérieur des deux couvertures d’un Mediabook aux dimensions d’un DVD. En couverture, une photo du film traitée au lavis.

Un menu musical et animé (avec une bande de la couleur du dos du livre) propose le film dans sa seule version originale, au format DTS-HD Master Audio 1.0 sur le Blu-ray, avec sous-titres imposés, bien placés sur la bande noire.

À l’intérieur, un livret de 60 pages, illustrées de photos du film, du tournage, de quelques plans du film de Sergio Leone Le Bon, la Brute et le Truand (1966) et de Star Wars - Episode I : La menace fantôme (1977) et d’une reproduction d’affiches, contient un article de Christophe Champclaux.

Ce dernier relate des anecdotes de tournage (dont certaines font double emploi avec celles confiées dans les deux bonus vidéo) et établit un parallèle entre La Forteresses cachée et Le Bon, la Brute et le Truand que Sergio Leone tournera huit ans plus tard, et un autre, plus discutable mais avoué par George Lucas, avec Star Wars - Episode I : La menace fantôme. Il parle ensuite du personnage insolite de la princesse Yuki et des héroïnes combattantes dans le cinéma nippon qu’il rapproche de celles du cinéma occidental, comme la Beatrix Kiddo du Kill Bill - Vol. 1 de Quentin Tarantino (2003). L’article se termine par une exploration assez poussée du genre jidaigeki, celui des films de sabre, aussi appelé chanbara, qui ont connu leur âge d’or dans les années 50 et une renaissance à partir du début des années 2000.

La Forteresse cachée

Bonus - 4,0 / 5

Les bonus vidéo (4/3, SD, VOST) sont intégralement repris de l’Édition collector Wild Side de 2006.

Kurosawa ou l’art de maîtriser le cinémascope (41’). Akira Kurosawa fut un des premiers réalisateurs japonais à lancer le jidaigeki (film historique) avec Rashomon, Lion d’or à la Mostra de Venise en 1951. La Forteresse cachée sera son premier tournage en cinémascope, un format qu’il a d’emblée maîtrisé. Ses collaborateurs rapportent des anecdotes de tournage, dont les conditions furent rendues difficiles sur les pentes du Mont Fuji par de nombreux typhons, la construction de l’énorme décor du château du clan Akizuki, les sautes d’humeur du réalisateur, le tournage des scènes avec des chevaux, souvent en une seule prise… Ce documentaire évoque beaucoup de choses… sauf la maîtrise du cinémascope par Kurosawa !

Les films de sabre : Kurosawa et le jidai geki - 1950-1958 (26’) : des collaborateurs du cinéaste rappellent qu’il souhaitait une prise de son direct et rejetait la postsynchronisation. Dans le même souci de réalisme, certaines prises de vue en caméra subjective en forêt ont été en 16 mm avec des appareils qui pouvaient fonctionner sans alimentation électrique, mais avec des magasins limitant la durée des prises à 45 secondes. Les propos s’appliquent aussi à la réalisation d’autres films, comme Les 7 samouraïs ou Rashomon.

Kurosawa : le legs jidaigeki : entretien avec Takashi Koizumi et Shirô Mifuné (26’). Cet entretien avec Takashi Koizumi (il faut l’assistant de Kurosawa pour le tournage de Kagemusha : l’ombre du guerrier et de quatre autres films), le plus intéressant des trois, donne un certain éclairage sur les méthodes de travail de Kurosawa : tourner dans l’ordre du scénario, privilégier les longues focales qui révèlent mieux le détail des arrière-plans et se font plus facilement oublier des acteurs, préparer suffisamment les scènes pour limiter le nombre de prises et ménager l’énergie des acteurs et figurants… Takashi Koizumi se souvient également du tournage d’Après la pluie (Ame agaru, 1999) qu’il a réalisé à partir du dernier scénario écrit par Akira Kurosawa, disparu un an plus tôt et avec la présence au casting de Shirô Mifuné, le fils de Toshirô Mifuné, décédé en 1997.

Tous ces commentaires ont été enregistrés à Tokyo en 2005.

Pour finir, une bande-annonce.

La Forteresse cachée

Image - 4,0 / 5

L’image, au format originel de 2.35:1 (1080p, AVC), aux blancs lumineux et noirs profonds, bien contrastée, a été soigneusement débarrassée des marques du temps, sans altération de la texture argentique, et soumise à un transfert 2K qui ne laisse paraître aucun défaut de compression. Ne subsistent que quelques rarissimes taches et une légère instabilité lumineuse occasionnelle.

La Forteresse cachée

Son - 5,0 / 5

Le son (DTS-HD Master Audio 1.0) profite, lui aussi, d’une soigneuse élimination des craquements, sautes ou crachotements. Juste quelques saturations et un inévitable souffle modéré, auquel on s’habitue vite, et qui n’aurait pu être éliminé qu’au prix d’une dénaturation de la bande originale.

Une assez bonne dynamique et une ouverture raisonnable de la bande passante mettent en valeur l’intéressante composition de Masaru Satô, aux accents occasionnels de musique de western. Élève de Fumio Hayasaka (Rashomon, 1950), il signera l’accompagnement musical de dix films de Kurosawa, en commençant par Les 7 samouraïs.

La Forteresse cachée

Crédits images : © Wild Side

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 20 mars 2017
La Forteresse cachée, remarquable par sa beauté formelle, est le premier film de Kurosawa en cinémascope. Une œuvre singulière dans sa filmographie contant les aventures picaresques d’une jeune princesse et d’un samouraï, agrémentées d’humour burlesque, qui préfigure ses grandes réalisations épiques.

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