Furyo : le test complet du Blu-ray

Merry Christmas, Mr. Lawrence

1983. Réalisé par Nagisa Ôshima
Avec David Bowie, Tom Conti et Ryuichi Sakamoto

Édité par Movinside

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Le 15/05/2017
Critique

Furyo

Un camp de soldats britanniques, prisonniers des Japonais à Java, en 1942. Le capitaine Yonoi, disgracié après s’être rebellé avec d’autres jeunes officiers quelques années plus tôt, a été affecté au commandement du camp, dans lequel arrive le major Jack Celliers, un officier britannique qu’il a sauvé d’une exécution, fasciné par sa force de caractère et son sens de l’honneur…

Furyo (Merry Christmas Mr. Lawrence ou Senjô no merî Kurisumasu), sorti en 1983, un des derniers films de fiction de Nagisa Ôshima avant Max mon amour (1986) et Tabou (Gohatto, 1999). « Furyo », « prisonnier » en japonais, a été préféré en France et dans quelques autres pays au titre plus répandu de Merry Christmas Mr. Lawrence, emblématique du film dont il reprend la dernière ligne de dialogue, révélatrice du fossé qui sépare les cultures nippone et occidentale.

Le scénario, coécrit par Nagisa Ôshima et Paul Mayersberg (L’Homme qui venait d’ailleurs, The Man Who Fell to Earth de Nicolas Roeg, 1976), adapte le récit autobiographique de Laurens van der Post : The Seed and the Sower, publié en 1963.

On retrouve le sujet du film réalisé, vingt-cinq ans plus tôt, par David Lean, Le Pont de la rivière Kwai qui prenait ouvertement parti en faveur des prisonniers, contre les Japonais. Nagisa Ôshima, dans son approche plus ambiguë, observe la situation tant du point de vue japonais que de celui des prisonniers.

Subtilement, sans justifier les conditions de captivité infligées par les Japonais à leurs prisonniers de guerre, le scénario montre qu’elles sont induites par la culture nippone, par le code de l’honneur selon lequel le soldat doit vaincre ou mourir, la reddition étant un impensable déshonneur. Une morale rigide, que le film questionne implicitement, à cent lieues des valeurs occidentales qui, en respectant le sacrifice patriotique, valorisent la préservation de la vie. Furyo a le grand mérite d’éviter les clichés et, mieux encore, de rejeter tout manichéisme.

Furyo

Le thème de l’homosexualité, dans Furyo, sous-jacent, est pourtant un des principaux ressorts de l’intrigue. L’exécution d’un garde coréen coupable du viol d’un prisonnier dissipe toute équivoque, dans une scène éprouvante : l’homosexualité est une transgression que le capitaine Yonoi ne peut tolérer. Et, pourtant, qu’il en ait conscience ou non, ce n’est pas la seule force de caractère du major Celliers qui explique la fascination qu’exerce sur lui l’officier britannique. On retrouvera ce thème dans le dernier film de Nagisa Ôshima, Tabou (Gohatto).

C’est à l’interprète du capitaine Yonoi, Ryûichi Sakamoto, membre d’un groupe pop, ici dans son premier rôle, qu’on doit la partition du film, avec son thème lancinant, sa première composition pour le cinéma, saluée par un BAFTA Award en 1984. Mis sur le devant de la scène, il composera la musique d’une soixantaine de films, dont celle du film de Bertolucci, Le Dernier empereur, qui lui vaudra un Oscar en 1984. La Palme d’or échappera à Furyo au profit d’un autre film japonais, La Ballade de Narayama de Shôhei Imamura.

David Bowie, d’une impassibilité hiératique dans le rôle du major Celliers, hanté par un sentiment de culpabilité remontant à son adolescence, ajoute à l’étrangeté de Furyo. Tout comme les relations ambiguës entre le lieutenant-colonel Laurence, acclimaté à la culture japonaise, et le sergent Hara, interprété, bien avant qu’il ne devienne réalisateur, par Takeshi Kitano, dans lesquelles, derrière l’apparence d’une profonde hostilité, pointe un respect teinté d’amitié réprimée.

Furyo

Technique - 7 / 10

Dirigée par Jean-François Davy, le réalisateur d’Exhibition 79, la société de production de films Movinside s’est lancée, il y a un an, dans l’édition de DVD et de Blu-ray. Elle réédite, notamment, des titres du catalogue Les Films de ma vie. Furyo sort dans cette collection, pour sa première édition française en haute définition, en même temps que le magnifique Beignets de tomates vertes (Fried Green Tomatoes). À tout seigneur, tout honneur, est annoncé pour le 9 mai la sortie d’un coffret contenant l’intégrale des 23 films que Jean-François Davy a réalisés en 50 ans, avec un DVD bourré de bonus et une biographie du cinéaste, « Le Cul entre deux chaises ».

Furyo (118 minutes) tient sur un Blu-ray double couche glissé dans la dernière page d’un digipack. Le menu musical et animé propose le film dans sa version originale, en japonais et anglais, avec sous-titres optionnels, et dans un doublage en français, les deux en stéréo d’origine, au format audio DTS-HD Master Audio 2.0.

Broché entre les deux couvertures du digipack, un intéressant livret de Marc Toullec, L’Odyssée d’un film : Furyo, sur son tournage et son analyse (32 pages illustrées). L’article, enrichi par des extraits d’entretiens avec le coscénariste Paul Mayersberg, Nagisa Ôshima, David Bowie et Lee Tamahori, assistant-réalisateur, rappelle la genèse du film, remontant à une rencontre à Cannes, en 1978, entre le réalisateur et le producteur britannique Jeremy Thomas, l’envoi d’un premier scénario beaucoup trop long, sa réécriture avec la participation de Paul Mayersberg, le choix de David Bowie que Nagisa Ôshima avait remarqué sur une scène de Broadway dans le rôle principal de la pièce Elephant Man. Sont rapportés les coups de gueule légendaires du réalisateur, les conditions du tournage à Rarotonga, une petite île de la Nouvelle-Zélande, la disparition toujours inexpliquée du chef électricien, l’attachement de Nagisa Ôshima à ne faire qu’une prise, etc.

Pas de bonus vidéo (il faut, pour être bien servi, s’offrir l’édition Criterion). La qualité du livret fait qu’on en tiendra peu rigueur à l’éditeur.

L’image (1.78:1, 1080i, AVC) a donc subi un léger recadrage du format d’origine 1.85:1. Elle a été parfaitement traitée par une restauration qui n’a pas affecté la texture originelle. Les couleurs sont lumineuses, fraîches et naturelles. La définition, très satisfaisante dans l’ensemble, révèle quelques petites faiblesses, très passagères.

Le son DTS-HD Master Audio stéréo est, lui aussi, très propre, avec des dialogues clairement restitués, dans un bon équilibre avec l’accompagnement musical. Un peu mois de finesse dans la version doublée en français.

Furyo

Crédits images : © MOVinside

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 16 mai 2017
Avec Furyo, Nagisa Ôshima rend compte du choc de deux cultures et de leur impact sur les dramatiques conditions de détention infligées aux Britanniques par les Japonais pendant la seconde guerre mondiale. Ce film inoubliable, enfin disponible en haute définition, nous revient dans une édition Movinside enrichie par un intéressant livret.

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