Manille : le test complet du Blu-ray

Maynila: Sa mga kuko ng liwanag

1975. Réalisé par Lino Brocka

Édité par Carlotta Films

Voir la fiche technique

Avatar Par
Le 20/06/2017
Critique

Manille

Manille, capitale des Philippines, 1975 : Julio, un jeune pêcheur devenu ouvrier dans le bâtiment, recherche Ligaya, la jeune fille qu’il aime mais qui a disparu sans donner de nouvelles à sa famille. Julio ne tarde pas à découvrir que la corruption, la prostitution et la pauvreté gangrènent la ville et qu’il se pourrait que Ligaya en soit devenue victime. Une fois son hypothèse tragiquement vérifiée, Julio décide de venger Ligaya coûte que coûte.

Manille / Manille dans les griffes du néon (Phil. 1975) de Lino Brocka tient un peu dans l’histoire du cinéma philippin, la place que tient Le Voleur de bicyclette (Ital. 1946) de Vittorio de Sica dans celle du cinéma italien. Il introduit le néoréalisme social comme genre à part entière et préfigure un cinéma politique et de combat. Ce cinéma fut produit dans des conditions paradoxales : le dictateur Ferdinand Marcos censurait le cinéma tandis que son épouse Imelda Marcos le finançait par passion, attirant autant qu’elle le pouvait les investisseurs américains et finançant aussi les producteurs locaux. Ce cinéma militant sera de plus en plus la marque personnelle de Brocka. Mais il l’introduit ici tout en préservant un lien étroit avec le film noir : ce cinéma réaliste est donc aussi un cinéma de la violence et du suspense. Certains effets stylistiques ont un peu vieilli : les souvenirs lyriques de Julio ont aujourd’hui un aspect un peu esthétisant bien que cet esthétisme soit évidemment sincère.

Manille

D’autres maintiennent intacts leur efficacité impressionnante : on n’oublie pas la mort (admirablement montée) de l’ouvrier qui rêve d’être chanteur et qui se retrouve le crâne fracassé dans une tour en construction, ni le gros plan final halluciné de Julio acculé face à ses bourreaux dans une impasse, faisant un peu penser, plastiquement, à la célèbre séquence de Robert Ryan acculé dans Nous avons gagné ce soir (The Set Up - USA 1949) de Robert Wise. La mise en scène est souvent d’un classicisme sobre mais non moins efficace : le montage de la séquence durant laquelle Julio identifie, dans un marché populaire fréquenté par une foule très dense, la proxénète responsable de l’enlèvement de Ligaya, en est un bel exemple. Solide direction d’acteurs, y compris des acteurs non-professionnels.

On espère à présent la réédition d’autres films de Lino Brocka tels que Bayan Ko (Bayan Ko : Kapit sa patalim) (Phil. 1984) avec la belle Gina Alajar et Ora Pro Nobis (Les Insoumis) (Phil. 1989) aussi avec Gina Alajar : celui-ci est parfois presque un film de guerre, celui-là en partie un film noir policier; tous deux dotés d’un degré encore supérieur de violence sans oublier une direction de la photo plus chaude, plus colorée que celle de Manille.

On espère aussi la réédition de certains classiques du cinéma-bis philippin tels que le film fantastique d’horreur et d’épouvante Le Médecin dément de l’île de sang (USA-Phil. 1968) de Gerardo de Leon et Eddie Romero, le film policier Mission finale (Final Mission - USA-Phil. 1984) de Ciro H. Santiago, le film de guerre US Warrior (The Forgotten Warrior - USA-Phil. 1986) de Nick Cacas et Charlie Ordonez avec les belles Marilyn Bautista et Vilma Vitug.

Manille

Généralités - 4,0 / 5

Une édition single collector éditée le 7 juin 2017, contenant 1 BRD-50 Full HD avec son DTS HD mono 1.0 VOSTF du film Manille (Phil. 1975 durée 126 min.) de Lino Brocka et un bel ensemble de suppléments exclusifs. Son contenu se retrouve également dans un coffret collector Lino Brocka contenant Manille + Insiang (Phil. 1976) et le documentaire exclusif sur le cinéma philippin de 1950 à 2010, Retour sur Manille (Fr. 2010) d’Hubert Niogret avec de nombreux témoins de première main.

Bonus - 4,0 / 5

L’édition single propose les suppléments HD suivants : une introduction par le cinéaste Martin Scorsese, un petit documentaire sur Lino Brocka (1939-1991) présenté par le cinéaste Pierre Rissient (durée 7 min.) qui tourna lui-même aux Philippines son célèbre film expérimental Cinq et la peau, un documentaire de 1975 consacré au film (durée 25 min.), une galerie photos, une bande-annonce montée en 2016. L’ensemble constitue une bonne introduction à la vie et à l’oeuvre de Brocka, à la manière aussi dont il fut révélé en Occident.

Le coffret collector Carlotta contient, outre Manille (Phil. 1975) de Lino Brocka et Insiang (Phil. 1976) de Lino Brocka, un DVD-9 supplémentaire exclusif sur lequel on peut visionner un bon documentaire d’Hubert Niogret sur le cinéma philippin de 1950 à 2010, intitulé Retour à Manille (2010, durée 57 min.). On y trouve d’intéressants entretiens avec les producteurs (Lily Monteverde), cinéastes (réalisateurs tels que Lav Diaz, scénaristes) et acteurs (parmi lesquels Phillip Salvador) qui ont travaillé occasionnellement ou régulièrement avec Brocka. Un seul regret, concernant ce documentaire : on y parle beaucoup de cinéma social et politique, très peu de cinéma-bis et de cinéma de genre, bien qu’on y aperçoive des cinéastes-bis (Gerardo de Leon et Eddie Romero, par exemple) ayant été distribués dans les salles populaires françaises.

Manille

Image - 4,0 / 5

Format 1.85 en 16/9 compatible 4/3 sur bluray 1980 x 1080 24p, encodage AVC en Full HD. Le matériel chimique a été restauré à l’aide d’organismes et de fonds privés répartis entre les Philippines, l’Italie et Doha. Son nettoyage est pratiquement parfait. La direction photo est moins colorée que celle de films postérieurs de Brocka tels que les plastiquement supérieurs Bayan Ko (Phil. 1984) et Les Insoumis (Phil. 1989). Le générique d’ouverture est volontairement N&B puis le film est en couleurs tout le restant de sa durée. Le transfert numérique est soigné.

Son - 4,0 / 5

VOSTF en DTS HD mono 1.0 et PCM 1.0. : la VF n’a jamais existé car le film avait été distribué dans un circuit Art et Essais. La bande-son a été nettoyée et restaurée elle aussi. La langue philippine est aussi belle que les lèvres féminines qui la prononcent : mélange de mots asiatiques et de quelques mots espagnols ou anglais, à la diction rauque. Aucune VF n’aurait pu la restituer et on ne se plaint pas de ne pas en disposer.

Manille

Crédits images : © 1975 The Film Foundation / The Film Development Council Of The Philippines. Tous droits réservés.

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Panasonic FullHD
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Sony
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p

En poursuivant votre navigation sur le site, vous acceptez l'utilisation des cookies pour vous proposer notamment des publicités ciblées en fonction de vos centres d'intérêt, l'affichage de vidéos ou encore le partage sur les réseaux sociaux.

OK En savoir plus