Insiang : le test complet du Blu-ray

1976. Réalisé par Lino Brocka
Avec Hilda Koronel, Mona Lisa et Ruel Vernal

Édité par Carlotta Films

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Le 20/06/2017
Critique

Insiang

Insiang habite un bidonville de Manille avec sa mère, la tyrannique Tonya. Les deux femmes hébergent également la famille du père, parti du domicile conjugal avec sa maîtresse. Insiang se démène corps et âme pour survivre dans ce quartier où sévissent chômage et alcoolisme. Elle ne cesse de presser son petit ami Bebot de l’épouser afin de quitter ce lieu de misère au plus vite. Un jour, Tonya chasse sa belle-famille de chez elle et ramène à la place son nouvel amant, Dado, le caïd du quartier, en âge d’être son fils. Ce dernier tombe rapidement sous le charme de sa nouvelle « belle-fille »…

Le cinéma philippin reste à découvrir : aucun des 70 films qu’a réalisés, de 1939 à 1982, l’un de ses porte-drapeaux, Lamberto V. Avellana, n’a encore été édité sur disque optique en Europe et aux USA. Dans son sillage, émergeront Gerardo de León (dont seul un film, et pas le meilleur est aujourd’hui disponible, Women in Cages, 1971), Eddie Romero, avec trois films disponibles en vidéo : Black Mama, White Mama (1972), Sudden Death (1977) et White Force (1988), Ishmael Bernal (plusieurs fois primé pour Himala, en 1982), et Lino Brocka qui nous a laissé près de 70 films avant de mourir dans un accident de la route en 1991, à 52 ans. Une autre génération a pris la relève avec, notamment, Brillante Mendoza, assez présents dans nos bacs avec huit films, dont Lola, Serbis ou Captive.

Insiang, un film résolument féministe, montre comment une jeune femme confrontée à une mère autoritaire, à l’amant de celle-ci qui abuse d’elle, à un petit ami couard, au doute des amis et voisins sur son honnêteté, va résister et réussir à se venger… par personne interposée.

Insiang

En toile de fond du drame individuel d’Insiang, Lino Brocka étale au grand jour, comme il l’a souvent fait, la misère qui gangrène le pays, quand sa caméra arpente les ruelles semées d’immondices d’un bidonville planté au bord d’une immense décharge sur laquelle une foule, en majorité constituée d’enfants, hotte sur le dos, crochet à la main, se précipite sur les ordures déversées par un camion, évitant de justesse les bulldozers qui nivellent cette « montagne fumante » (ou Smoky Mountain, titre sous lequel a été distribué à l’étranger Pasan ko ang daigdig, le film qu’il a réalisé en 1987).

Insiang crée le choc dès les premières scènes filmées à l’intérieur du logement familial dans lequel s’entassent, dans une indescriptible promiscuité, une douzaine de personnes, adultes et enfants, avant que Tonya ne les jette à la rue, sans oublier de récupérer les vêtements qu’elle avait donnés aux enfants, qui partent complètement nus.

Une mise en scène sans afféteries contribue à affirmer la dimension de documentaire social du film. Et la jeune titulaire du rôle-titre, Hilda Koronel (elle a joué dans 17 films de Lino Brocka) réussit à créer une telle empathie avec le spectateur qu’il est impossible de ne pas être profondément ému pas ses tristes conditions de vie. Tout ça est prémédité par le réalisateur qui a avoué, dans un article publié par Libération à l’occasion du 40e Festival de Cannes où Insiang a été sélectionné pour La Quinzaine des réalisateurs : « Je veux émouvoir les gens, les faire pleurer ».

Insiang, un film inédit à découvrir en même temps que Manille, une autre réalisation de Lino Brocka.

Insiang

Généralités - 4,0 / 5

Insiang (94 minutes) et ses généreux suppléments (91 minutes) tiennent sur un Blu-ray (BD-50) logé dans un fin boîtier fumée (11 mm), glissé dans un fourreau. Le menu fixe et musical propose le film dans sa seule version originale (en philippin, tagalog et anglais), avec sous-titres optionnels, sous deux formats audio, DTS-HD Master Audio 1.0 ou Linear PCM 1.0.

Avant l’ouverture du film, une courte notice rappelle les délicates conditions de la restauration de l’image et du son, opérée, pour l’essentiel, à partir d’un négatif original.

Carlotta Films propose aussi Insiang dans deux autres éditions, sur DVD single (avec les mêmes suppléments) et, dans un coffret, couplé avec Manille (Maynila: Sa mga kuko ng liwanag), tourné juste avant. Le coffret propose les deux films sur le seul support Blu-ray.

Bonus - 4,0 / 5

Lino Brocka, par Pierre Rissient (7’, Carlotta Films, 2017). Un des grands « découvreurs » du cinéma asiatique, Pierre Rissient, rappelle les débuts de Lino Brocka au théâtre, puis à la télévision. Il se souvient lui avoir été présenté à Manille par un cinéphile philippin et avoir pu visionner Insiang, qui venait d’être tourné en 11 jours. Impressionné, il put le faire entrer dans la sélection Un certain regard, ce qui en fit le premier film philippin projeté à Cannes.

Signé Lino Brocka (couleurs, 1.33:1, anglais sous-titré, 84’), un documentaire réalisé par Christian Blackwood en 1987, est fait d’un long entretien avec le réalisateur, illustré d’extraits de quelques-uns de ses films, de scènes de tournage et d’actualités télévisées. On y découvre qu’il s’est intéressé à tous les genres, y compris à des soap operas adaptés de bandes dessinées, des films populaires dont les recettes lui permettaient de financer des projets plus ambitieux. Lino Brocka parle de son homosexualité dont il fit le thème d’un de ses premiers films, Tubog sa ginto (1970), de son engagement dans la contestation de la dictature de Ferdinand Marcos, renversé en 1986, qui lui valut d’être arrêté, puis relâché contre le versement par un producteur d’une caution, en échange de la promesse de la réalisation d’un film. Lino Brocka rappelle que l’élection de Corey Aquino à la présidence n’a pas mis fin aux difficultés du pays livré à des groupes armés incontrôlés (NPA et Vigilantes) et à une terrible pauvreté.

Insiang

Image - 4,0 / 5

L’image (1.37:1, 1080p, AVC) a été soigneusement nettoyée : une grande attention ne permet de déceler que deux ou trois rayures. La luminosité est stable et les couleurs, réétalonnées sous la supervision de Pierre Rissient, sont fraîches. Le bruit vidéo a été éliminé sans altérer la texture argentique. De la belle ouvrage !

Son - 3,5 / 5

La qualité du son (DTS-HD Master Audio 1.0 ou Linear PCM 1.0) est plus aléatoire. Le timbre des dialogues est très métallique, avec des saturations, et l’accompagnement musical est altéré par une instabilité du défilement.

Ces manques ne sont probablement pas imputables aux responsables de la restauration qui ont dû, nous a-t-on dit en exergue du film, faire avec une source très dégradée. Et, résultat important, pratiquement tous les bruits parasites ont été éliminés.

Le format DTS-HD Master Audio l’emporte sur le LPCM par son spectre plus riche en aigus.

Insiang

Crédits images : © 1976 The Film Foundation / The Film Development Council Of The Philippines. Tous droits réservés.

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 21 juin 2017
Insiang et Manille, deux films de Lino Brocka, un des principaux réalisateurs philippins des années 70-80, sortent pour la première fois en vidéo en France. Insiang montre le combat d’une jeune fille pour tenter d’échapper à l’enfer d’un bidonville. Un cinéma engagé, méconnu, à découvrir.

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