Le Flingueur : le test complet du Blu-ray

The Mechanic

Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret

1972. Réalisé par Michael Winner
Avec Charles Bronson, Jan-Michael Vincent et Keenan Wynn

Édité par Wild Side Video

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Le 13/11/2017
Critique

Le Flingueur

New York, USA 1972. Le tueur Arthur Bishop prépare durant plusieurs jours et plusieurs nuits puis exécute méticuleusement l’assassinat d’un homme âgé dont on ne sait rien sinon qu’il se cachait dans un hôtel sordide. Bishop reçoit le lendemain un appel de McKenna qui le presse de le retrouver dans sa luxueuse villa. Ce dernier a peur : il soupçonne la Mafia - dont ils font tous deux partie - de vouloir sa mort. Incidemment, il lui présente son fils Steve, venu lui réclamer de l’argent. Une curieuse relation va s’établir entre Steve et Bishop.

Ainsi commence Le Flingueur (The Mechanic, USA 1972) de Michael Winner avec Charles Bronson qui fut tourné après Les Collines de la terreur (Chato’s Land, USA 1972) de Michael Winner. C’est dire qu’il appartient à l’âge d’or du réalisateur comme de son interprète-vedette. En témoigne le début entièrement muet (mis à part la musique et les effets sonores d’ambiance) d’une quinzaine de minutes. Il est sophistiqué, très impressionnant par la précision de sa mise en scène et de son suspense. Le reste du Flingueur est plastiquement assez souvent à la hauteur de ce fameux début, devenu depuis un pur objet d’analyse filmique à la rigueur toute langienne.

On a reproché à Winner la séquence cynique de la tentative de suicide de Louise (remarquablement jouée par Linda Ridgeway) mais à tort : elle permet de dépeindre psychologiquement ce qui unit Bishop à Steve, à savoir un même cynisme amoral, une même brutalité. Ils se reconnaissent comme pairs à l’issue de cette nuit-là et leur rapport maître-élève, père-fils est construit ensuite seulement. On note que ces deux hommes cherchent un rapport paternel alors qu’ils ont tous deux un problème biographique explicite avec le leur : McKenna méprisant le sien, Bishop gardant pour sa part le souvenir d’un père lointain, puissant puis assassiné. Dépeignant des brutes, Winner et Carlino ne leur laisse aucune chance : c’est d’abord du meurtre du père de l’un par l’autre que naît la sourde complicité, quasiment ontologique, qui les relie. Par une succession de touches lucides, baroques, incisives, ils peignent un monde souterrain, absurde voire terrifiant, où personne n’est à l’abri et où chacun paye cher le droit d’exister. « Tu es libre mais il y a des règles à respecter… » dit à un moment Bishop dont la marge de manoeuvre est autant limitée par ses implacables employeurs que par sa propre angoisse de mort et son esthétisme apathique.

Le Flingueur

Il y a une psychologie fine mais presque aucune analyse sociale dans Le Flingueur sauf un mépris affiché pour la contre-culture hippie permissive qui sera d’ailleurs directement attaquée l’année suivante par Winner dans son remarquable Le Cercle noir (The Stone Killer, USA 1973). La mise en scène se veut pure description fragmentaire, décomposant et recomposant à chaque séquence les éléments attendus du film noir. La descente aux enfers commencée aux USA se poursuit à Naples : clin d’oeil évident (ce que Winner n’avoue pas dans son autobiographie) au cinéma policier italien ultra-violent et baroque de l’époque, à savoir les « poliziotti » que Winner a voulu intégrer et égaler sur leur propre terrain. Elle amplifie encore d’un cran la démente violence posée d’emblée comme finalité profonde au film. Winner suit une ligne de force solidement établie par son scénariste mais ce qui l’intéresse, ce sont les notations plastiques et stylistiques qu’elles lui permet d’expérimenter et l’introduction d’un regard distant et glacé, pointilliste et nerveux. La surveillance du maffioso napolitain (une ville où aucun étranger ne peut passer très longtemps inaperçu) est le pendant européen (mais intelligemment symétrique : les chasseurs sont devenus des proies sans le savoir) de la séquence d’ouverture : elle s’avère tout aussi brillante. La fin confirme un propos qui est l’un des plus sombres jamais émis dans le cadre du film noir. Ce n’est pas pour rien qu’il est plastiquement placé, au détour d’un plan, sous le signe d’un des peintres les plus célèbres de l’enfer, à savoir Jérôme Bosch. Et on peut noter aussi la décoration de l’appartement de la prostituée assez bien jouée par Jill Ireland : en arrière-plan on y voit des affiches de films classiques muets et parlants d’Hollywood. Winner manifeste ainsi sa filiation-négation ironique de l’univers filmique de référence.

Sous les apparences d’un produit de série B bien ficelé et à l’excellent casting, Le Flingueur se révèle donc ambitieux, concerté et on ne se lasse pas de le revoir car sa vitalité filmique s’avère techniquement intacte. Y sont aussi pour quelque chose son casting homogène (Steve est l’un des meilleurs rôles de Jay-Michael Vincent, qui sera ensuite notamment la vedette du film noir impressionnant La Route de la violence (White Line Fever, USA 1975) de Jonathan Kaplan), la qualité de la direction de la photographie de Richard H. Kline (et de Robert Paynter pour la partie italienne) et le brio du montage, sans oublier une partition de Jerry Fielding dont c’était non moins l’âge d’or. Ajoutons en guise de conclusion qu’on peut avoir une idée de l’étendue du registre de Bronson acteur (étendue mésestimée par la majorité des critiques français des années 70 mais perçue et appréciée du grand public de ces mêmes années) si l’on compare sa remarquable prestation dans Le Flingueur à celles, non moins remarquables mais pourtant si différentes qu’il offrait, cette même année marquée dans sa filmographie comme dans celle de Winner d’une pierre blanche, dans les aussi bons (voire même supérieurs) Cosa nostra (Cosa Nostra : le dossier Valachi, France-Italie 1972) de Terence Young, d’une part et Les Collines de la terreur, d’autre part.

Le Flingueur

Généralités - 4,0 / 5

Édité le 15 novembre 2017 par Wild Side Vidéo, édition spéciale combo Blu-ray + DVD, avec livret de 86 pages illustrées. Durée du film en BRD : 98 minutes, en DVD : 95 minutes environ. Image au format respecté 1.85 compatible 16/9 couleurs. Son DTS 2.0 et Dolby Digital 2.0 en VOSTF, Dolby Digital 2.0. en VF d’époque. Son du Blu-ray en DTS-HD Master audio 2.0 pour la VOSTF et la VF. Suppléments : entretiens 30 minutes avec Dwayne Epstein et 10 minutes avec Monte Hellman. lien internet.

Le livret illustré de 86 pages, signé Samuel Blumenfeld, est sa pièce maîtresse. Il est un peu moins ample que d’autres livrets Wild Side mais on apprend beaucoup de choses quand même : il contient une fiche technique, une filmographie sélective de Winner, des informations de première main provenant pour majeure partie des mémoires du cinéaste Michael Winner et d’une biographie de l’acteur Jay Michael Vincent ainsi que des photos de tournage et de plateau (du Flingueur mais aussi d’autres films de Winner avec Bronson, notamment la série des Death Wish) et des photos d’exploitation (détourées donc pas intégrales). Certains éléments sont passionnants (la dimension homosexuelle que le scénariste L.J. Carlino - c’est lui qui avait signé le scénario du Seconds (L’Opération diabolique, USA 1966) de John Frankenheimer - avait expressément donnée au scénario : dimension qui fut annulée par Winner à un détail près, l’idée que le tueur lisait L’Etre et le néant de Jean-Paul Sartre dans le scénario original, pas retenue non plus par Winner) mais certains jugements critiques à nuancer : je ne partage pas l’opinion de Blumenfeld concernant la partie italienne du film et je pense qu’on peut également visionner le film en ignorant absolument la dimension initiale que Carlino voulait lui donner mais que Winner a refusée de lui donner. Notons à ce sujet qu’on peut lire un paragraphe sur la critique américaine d’époque du Flingueur mais aucun chapitre n’est consacré à sa critique française.

Le Flingueur

Bonus - 4,0 / 5

Deux suppléments vidéo complètent le livret. D’abord un entretien avec Dwayne Epstein, historien du cinéma et biographe de l’acteur Charles Bronson (durée 30 min. environ). Celui qui a déjà lu le livret n’apprendra pas grand chose mais l’entretien confirme utilement certains détails historiques du livret, voire les précise encore davantage. Je partage l’avis d’Epstein : Bronson n’aurait pas dû recourir à la chirurgie esthétique entre Death Wish 2 (Un Justicier dans la ville 2, USA 1981) de Michael Winner et Death Wish 3 (Le Justicier de New York, USA 1985) de Michael Winner. Concernant la filmographie détaillée de Bronson, je renvoie à ma notice nécrologique sur Bronson parue en 2003 qui en fournissait un commentaire chronologique.

Ensuite un plus bref mais nettement plus intéressant entretien avec le cinéaste Monte Hellman (durée 10 min. environ) qui raconte comment on lui avait confié le découpage du scénario de Lewis John Carlino avec qui il travailla environ trois mois en bonne intelligence, avant que United Artists ne reprenne finalement le projet et ne confie le film à Winner. Il permet de visualiser précisément (et même de lire en détail si on effectue un arrêt sur image) des pages du découpage original américain, notamment celle d’une des fameuses séquences initiales où Bronson utilise un appareil photo muni d’un téléobjectif très puissant.

Le Flingueur

Image - 4,0 / 5

Format original 1.85 respecté et compatible 16/9, en couleurs. Copie chimique nettement mieux restaurée que celle autrefois proposée sur l’ancien DVD zone 2 PAL édité par MGM en juin 2004, même si les premiers plans qui étaient les plus endommagés, ne sont pas encore parfaits. Un point commun entre cette nouvelle édition Wild Side Vidéo et l’ancienne édition MGM : l’absence du générique français 1972 sur la VF d’époque qui est munie du générique original américain. Transfert numérique (issu d’un master HD en 1080 24p) qui permet de bien mieux apprécier certains plans nocturnes en raison de son surcroît de définition, de colorisation et de luminosité. Le travail souvent sophistiqué des directeurs photo Richard H. Kline, A.S.C. et Robert Paynter (séquences italiennes) est ici mieux restitué qu’en 2004.

Le Flingueur

Son - 4,0 / 5

DTS 2.0 et Dolby Digital mono d’origine 2.0 pour la VOSTF, Dolby Digital 2.0 pour la VF d’époque, en bon état avec des voix qui conviennent bien aux personnages tant dramatiquement que psychologiquement. Les dialogues français d’époque modifient parfois légèrement ce qui est dit en VOSTF. La musique, composée et dirigée par le grand Jerry Fielding dont c’était alors l’âge d’or, ressort identiquement bien dans les deux versions. On y entend une mélodie jazz qui sera reprise et amplifiée pour illustrer, quatre ans plus tard, le générique d’ouverture de L’Inspecteur ne renonce jamais (The Enforcer, USA 1976) de James Fargo. Sous-titres un peu trop petits à mon goût mais bien lisibles.

Le Flingueur

Crédits images : © Wild Side

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Panasonic FullHD
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Sony
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p

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