L'Empreinte de Frankenstein : le test complet du Blu-ray

The Evil of Frankenstein

Combo Collector Blu-ray + DVD

1964. Réalisé par Freddie Francis
Avec Peter Cushing, Peter Woodthorpe et Duncan Lamont

Édité par Elephant Films

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Le 05/02/2018
Critique

L'Empreinte de Frankesntein

Europe centrale, dix-neuvième siècle : Frankenstein et son assistant Hans, pourchassés mais aidés par une étrange mendiante persécutée par les paysans du village de Karlstad, parviennent à retrouver et à ranimer la créature que le baron croyait disparue. Délivrée de la glace qui la retenait prisonnière puis rechargée en énergie électrique, la créature retrouve la vie mais son cerveau demeure inerte. Frankenstein fait appel à Zoltan, un hypnotiseur marginal, pour la réveiller. L’expérience réussit mais Zoltan décide alors d’utiliser secrètement la créature pour se venger du maire et du commissaire de police, déclenchant une réaction en chaîne terrifiante sur laquelle ni lui ni Frankenstein n’ont bientôt plus de contrôle.

L’Empreinte de Frankenstein (The Evil of Frankenstein) (GB 1964) de Frederick (« Freddie ») Francis est un cas intéressant dans l’histoire du cinéma fantastique. La Revanche de Frankenstein (GB 1958) de Terence Fisher ayant eu moins de succès au box-office que Frankenstein s’est échappé ! (The Curse of Frankenstein) (GB 1957) de Terence Fisher, les producteurs de la Hammer films décidèrent de confier à Francis la suite de ses aventures. Le scénario du producteur Anthony Hinds (alias « John Elder ») fait totalement abstraction des aventures de 1957 et 1958 imaginées par le scénariste Jimmy Sangster. Il renoue en partie avec l’esthétique des versions Universal : le laboratoire du baron est, par exemple, beaucoup plus proche de ceux montrés dans les films de James Whale de 1931 et 1935 que de ceux vus dans les films de Fisher de 1957 et 1958. Peut-on pour autant écrire, comme l’écrivait Jean-Marie Sabatier en 1973, que Francis est « l’anti-Fisher » par excellence ? Non car L’Empreinte de Frankenstein mérite mieux que ce jugement négatif, si partiellement étayé fût-il.

Certes, Francis et Hinds réutilisent très consciemment des idées empruntés aux classiques de la série Universal de 1931-1945. Le château de Frankenstein explosait déjà à la fin de La Fiancée de Frankenstein (USA 1935) de James Whale. La créature était déjà retrouvée prisonnière de la glace dans Frankenstein rencontre le loup-garou (USA 1943) de Roy William Neill puis dans La Maison de Frankenstein (USA 1944) de Erle C. Kenton. Et elle servait déjà à assouvir une vengeance, celle d’Igor dans Le Fils de Frankenstein (USA 1939) de Rowland V. Lee. Leur conception même du monstre manifeste une régression esthétique et dramaturgique considérable : la modernité fishérienne de la couleur (conférant un aspect réaliste impressionnant à l’époque) est conservée mais le visage de la créature est d’un aspect encore plus primitif que celui du visage imaginé par le maquilleur Jack Pierce pour l’acteur Boris Karloff en 1931, 1935 et 1939. La créature de Francis et Hinds / Elder ne parle d’ailleurs plus alors qu’elle parlait un peu chez James Whale en 1935. Il faut cependant convenir qu’elle n’a ensuite plus du tout parlé dans la série Universal jusqu’en 1945 (elle ne s’exprimait plus, comme ici en 1964, que par soupirs, cris ou hurlements). Il faut bien convenir aussi que ces oscillations concernant le langage de la créature, sont également audibles dans les cinq films signés par Fisher pour la même Hammer films de 1957 à 1973 : on pourrait les étudier sous l’angle purement fishérien (évolution de la conception du sujet au sein de sa filmographie) ou bien sous l’angle plus historique et général du traitement du personnage dans l’histoire du cinéma des origines à nos jours. Mais Hinds / Elder et Francis remontent plus loin encore qu’au stade Universal 1931-1945 car ils mettent en scène un très curieux hypnotiseur, marginal et dominateur dont la volonté de puissance évoque inévitablement le classique expressionniste allemand Le Cabinet du docteur Caligari (All. 1920) de Robert Wiene. Frankenstein et Hans le rencontrent sur un stand qu’il tient dans une foire et ils assistent à l’hypnose d’un homme qu’on force à se comporter comme la créature du baron : la scène est donc à la fois un hommage direct à l’expressionnisme allemand et une mise en abîme assez audacieuse du thème de la Universal et de la Hammer. D’autant plus que l’hypnotiseur utilise également l’hypnotisé à des fins criminelles. Cette reprise thématique expressionniste est passionnante à tous points de vue : on l’avait assez peu remarqué au moment de la sortie du film en France.

Certaines séquences de L’Empreinte de Frankenstein (celle de son ouverture et celles de sa fin par exemple) sont pourtant novatrices car typiques de la virulence graphique de la Hammer films de la période 1955-1975. Enfin Hinds / Elder et Francis créent de toute pièce un personnage original et inédit, celui de la belle mendiante primitive, sourde et muette, rendant un culte à la créature et aidant Frankenstein et Hans à la réanimer. L’actrice Katy Wild est extraordinaire : c’est le rôle majeur de sa filmographie, celui qui perpétue à jamais son nom. On ne peut guère la comparer, dans le même registre, qu’à l’actrice Yvonne Romain, tout aussi géniale dans le rôle muet de la servante de La Nuit du loup-garou (The Curse of the Werewolf) (GB 1961) de Terence Fisher. La différence dramaturgique importante étant ici que Katy Wild renoue explicitement avec un jeu expressionniste authentique alors que celui de Yvonne Romain chez Fisher était davantage équilibré.

Ce fut l’unique contribution de Francis à cette série Hammer (Fisher et Sangster redevenu cinéaste ayant réalisé tous les autres Frankenstein de 1957 à 1970 inclus) mais Francis reviendra cependant à certains aspects de la thématique frankensteinienne dans Trog (GB 1970) et La Chair du diable (The Creeping Flesh) (GB 1973) mais ni l’un ni l’autre ne disposent encore d’éditions françaises Full HD.

L'Empreinte de Frankesntein

Généralités - 4,0 / 5

Edition spéciale « combo » BRD + DVD édités le 5 décembre 2017 par Elephant film. Durée du film en BRD : 95 minutes, en DVD : 91 minutes environ. Image au format respecté 1.85 compatible 16/9 couleurs, en Full HD 1920x1080p sur BRD, en SD sur DVD. Son DTS HD Dual Mono 2.0 (sur BRD) et Dolby Digital 2.0 (sur DVD) en VOSTF et VF d’époque. Suppléments : livret collector 20 pages, la petite boutique des horreurs de la Hammer (10 min. environ), le film par Nicholas Stanzick (10 min. environ), jaquette réversible (affiche contemporaine par le graphiste Melchior Ascaride / affiche d’époque), bandes-annonces, galerie d’images.

Le livret illustré de 20 pages, signé Nicolas Stanzick, est une introduction à la Hammer films, sa genèse, son histoire, sa réception en France. On sait que ce dernier point, pas seulement sociologique mais aussi historique et esthétique, était l’objet principal du livre de Nicolas Stanzick, Dans les griffes de la Hammer, éditions BDL (revue, corrigée et augmentée), Paris 2010. Il n’est évidemment pas oublié ici et le chapitre sur la naissance de la revue Midi-Minuit Fantastique est; sans surprise, l’un des meilleurs du livret. Je signale que Nicolas est le maître d’oeuvre d’une nouvelle édition, revue et augmentée, de cette célèbre revue dont les tomes reliés I et II sont déjà sortis chez l’éditeur Rouge profond, dont le tome III devrait sortir cette année 2018. Voici quelques observations concernant certains points intéressants, dans l’ordre de leur apparition : Le cinéma fantastique muet (notamment celui de l’expressionnisme allemand de 1915-1930) puis le cinéma fantastique parlant américain, donc celui de la Universal historique de 1931-1945 et celui des majors concurrentes qui lui emboîtèrent immédiatement le pas (notamment Warner, Paramount, MGM, RKO), avaient déjà produit sur le public de 1931-1945 l’effet sociologique que produisit la Hammer sur celui de 1955-1975. Penser que la Hammer a introduit un frisson nouveau me semble donc une erreur rétrospective, y compris concernant l’érotisme et l’aspect social. qui ne sont absents ni l’un ni l’autre de l’histoire du cinéma fantastique des origines à 1955.

Le terme « gothique » pour définir les films fantastiques de la Hammer films, est historiquement comme esthétiquement peu approprié en dépit de la mode actuelle, pour plusieurs raisons.

L’interprétation athée de La Revanche de Frankenstein (GB 1958) de Terence Fisher, a été soutenue par Jean-Pierre Bouyxou et je crois comprendre qu’elle est reprise par Nicolas mais elle fut vigoureusement refusée par son scénariste Jimmy Sangster au cours de leur entretien (publié in Bouyxou & Lethem, La Science-fiction au cinéma, éditions U.G.E., collection 10/18, Paris 1971).

Christopher Lee et Fisher ont soigneusement maintenu l’ambivalence humaine / inhumaine du personnage de Dracula, monstre rendu plus dangereux par sa beauté apparente mais néanmoins monstre. Aspect démoniaque (au sens à la fois théologique et kierkegaardien du terme) revendiqué par Lee dans son entretien avec Caen paru dans un Midi-Minuit Fantastique n°4-5 de janvier 1963. Lee le maintiendra dans ses interprétations suivantes, y compris dans les dernières grandes versions Hammer des années 1970 qu’il interprète, celles de Roy Ward Baker et de Peter Sasdy.

Le Cauchemar de Dracula (Dracula / Horror of Dracula) (GB 1958) de Terence Fisher n’est pas le premier film montrant les canines du vampire. Si ma mémoire est bonne, on les voyait déjà en 1943 chez Siodmak et en 1944 et 1945 chez Erle C. Kenton. On les voyait assurément dans El Vampiro ([PROGRAM(Les Proies du vampire)]) (Mex. 1957) de Fernando Mendez avec German Robles. En couleurs et sanglantes, en revanche, possible mais… à vérifier cependant ! L’histoire du cinéma réserve tant de surprises… et il reste encore tant de films fantastiques inédits en France au cinéma à découvrir : je pense par exemple au The Return of the Vampire (USA 1943) de Lew Landers avec Bela Lugosi.

Concernant la réception politique de la Hammer films en France, une certaine ambivalence demeure: le public de gauche intellectuelle a certainement pensé ce que Nicolas écrit; le grand public apolitique n’a absolument pas pensé cela, quant au public de droite intellectuelle … je ne sais pas ! Je note, à ce sujet, que la revue Présence du cinéma (Michel Mourlet, Michel Marmin et les « mac-mahoniens ») défendait un cinéaste-bis (devenu d’ailleurs, non moins que Fisher, un cinéaste classique incontournable) tel que Vittorio Cottafavi alors que Jean Douchet crachait sur Fisher certaines des lignes les plus méprisantes jamais lues dans l’histoire critique française de ce cinéaste (lignes reproduites dans M.-M. F. n°1). Le paragraphe sur l’année 1968 et ses paradoxes culturels et sociologiques est très bon.

Sur les vedettes féminines de la Hammer, analyse assez complète mais l’espace manquait évidemment pour cerner totalement la richesse du sujet et il est, de toute manière, préférable de réserver une telle analyse à une critique titre par titre.

Le chapitre sur les Hammer « para-victoriens » (donc sur ceux relevant des genres de la sciences-fiction, de la terreur psychologique, de l’aventure historique et préhistorique) compense, en dépit de son inévitable brièveté, un peu leur absence du livre de référence.

Michael Carreras était déjà aux commandes et déjà actif dès les années 60, bien avant le passage de pouvoir « officiel » de James à Michael. D’autre part, les contemporains rendent responsables Aïda Young plutôt que Carreras de l’accentuation de la violence et de l’érotisme graphique. Un point d’histoire de la Hammer à creuser un jour (peut-être déjà résolu par les livres consacrés à l’histoire du studio, notamment les livres anglais et leurs témoignages de première main ?) mais Michael en fut aussi responsable, de toute évidence.

Intéressant paragraphe synthétique sur l’évolution fishérienne de la conception du baron Frankenstein mais il me semble que le passage « de l’autre côté du miroir » est déjà effectué à la fin de La Revanche de Frankenstein.

Bons paragraphes sur les Hammers des années 1970 et sur la présentation de Frankenstein et le monstre de l’enfer (GB 1973) de Terence Fisher à la Convention française du cinéma fantastique, ce qui accentue la reconnaissance critique néanmoins encore marginale et pour longtemps, du genre. Sur le plan du grand public, en revanche, la Hammer n’est pas encore classique : elle demeure également marginale et pour aussi longtemps, notamment à la télévision (la télédiffusion du Le Cauchemar de Dracula en VF d’époque vers 1975 demeurant l’exception qui confirme la régle). Terence Fisher meurt en 1980 dans l’indifférence critique et médiatique la plus complète et la Hammer. Il faudra attendre presque trente ans pour que la Cinémathèque française lui rende hommage (2007).

Excellent chapitre sur les doubles-programmes mythologiques des cinémas parisiens Brady et Colorado et sur ma génération mais un bémol historique : au tournant des années 1980, la mort des cinémas de quartier est inexorablement enclenchée et de tels doubles-programmes disparaissent progressivement. Après 1985, le phénomène s’accentue.

L'Empreinte de Frankesntein

Bonus - 4,0 / 5

2 suppléments vidéo complètent le livret : « la petite boutique des horreurs » (10 min.) est une brève introduction à l’histoire de la Hammer Films par Nicolas Stanzick, illustrée de documents de première main et la présentation de L’Empreinte de Frankenstein (13 min environ) par Nicolas couvre bien sa genèse, sa situation thématique dans l’histoire de la Hammer, sa production, sa réception française. Elle est bien informée, montée assez nerveusement par Erwan Le Gac et, en outre, très bien illustrée. Sur certains points de cette présentation, je renvoie à ce que j’ai écrit plus haut concernant le livret car certains éléments du livret se retrouvent dans cette présentation.

La galerie images : une quinzaine de belles photos de plateau N&B en majorité et deux ou trois affiches couleurs, remarquablement reproduites à la bonne taille et suffisamment longtemps montrées pour qu’on puisse en profiter pleinement sur grand écran TV ou vidéoprojecteur.

La section bandes-annonces (proposées en VOSTF) est intéressante car on y trouve une BA de 1961 proposant le double-programme (en très mauvais état chimique et recadrée : des avertissements signalent que le master Elephant est évidemment d’une qualité bien supérieure) de La Nuit du loup-garou et de Le Spectre du chat. Notons que cette BA est intégralement N&B alors que le premier film est en couleurs. On y trouve également une belle bande-annonce au format HammerScope 2.35 N&B de Paranoïaque. L’état chimique comme vidéo de l’ensemble de ces BA varie du bon au médiocre, y compris concernant les cadrages des formats. Cette section contient également une publicité filmée pour l’édition revue et augmentée de la mythique revue Midi-Minuit Fantastique.

L’ensemble est sympathique et très honorable. mais on aurait pu ajouter le « making of » (30 min. environ) et les plus brefs souvenirs de Caron Gardner audibles (en VO sans STF) sur le bluray anglais, tous deux édités par le BRD anglais Final Cut pour faire bonne mesure.

L'Empreinte de Frankesntein

Image - 5,0 / 5

Format original 1.85 respecté compatible 16/9 en couleurs sur BRD 1080p Full HD. Copie chimique parfaitement restaurée et définition vidéo admirable, colorimétrie remarquable, ce master Elephant est identique, question image, à celle du BRD du coffret américain Universal sorti en 2016. C’est dorénavant l’édition Full HD de référence chez nous.

Son - 5,0 / 5

Son DTS HD Master audio Dual Mono 2.0 (sur BRD) et Dolby Digital 2.0 (sur DVD) en VOSTF et VF d’époque, excellente et bien conservée : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. Le niveau sonore de la VF d’époque est variable et un peu moins homogène ou puissant, sur certains segments, que celui de la VO : phénomène habituel. Possibilité de changer à la volée de piste sonore en maintenant la continuité de la vision, comme sur toute cette collection Hammer de Elephant. Les dialogues français d’époque modifient parfois légèrement ce qui est dit en VOSTF. Sous-titres bien lisibles sans être trop gros, amovibles en option si on veut écouter la VO pure, comme c’est le cas de toute cette série Hammer éditée fin 2017 chez Elephant.

L'Empreinte de Frankesntein

Crédits images : © Éléphant Films

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Panasonic FullHD
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Sony
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p
Note du disque
Avis
Multimédia
L'Empreinte de Frankenstein
Bande-annonce VOST

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