Le Fantôme de l'Opéra : le test complet du Blu-ray

The Phantom of the Opera

Combo Collector Blu-ray + DVD

1962. Réalisé par Terence Fisher
Avec Herbert Lom, Heather Sears et Edward de Souza

Édité par Elephant Films

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Le 12/02/2018
Critique

Le Fantôme de l'opéra

Au dix-neuvième siècle, Le Royal Opera de Londres est hanté par un fantôme qui sape les répétitions du « Jeanne d’Arc » composé par Lord Ambrose et que doit finalement interpréter la jeune cantatrice Christine, remarquée pour son talent et qui n’a pas peur de la mauvaise réputation de l’opéra. Harry, directeur artistique qui soupçonne Ambrose de s’être approprié la musique d’un autre, va tout faire pour percer le mystère tout en protégeant Christine.

Le Fantôme de l’Opéra de Terence Fisher avec Herbert Lom est la meilleure adaptation jamais filmée du roman de Gaston Leroux . Elle surpasse la version muette, baroque et souvent étonnante de Rupert Julian avec Lon Chaney (1925 puis restaurée 1929 mais dont la version intégrale n’avait été présentée à Montréal en vidéo qu’en 1991), la version parlante (1943) d’Arthur Lubin avec Claude Rains, sans parler des autres versions mineures telles que celle de Brian de Palma (1974) qui était une tentative de modernisation purement externe ou celle de Dario Argento dont on espérait tant. Du point de vue de l’histoire du cinéma, Fisher retrouve forcément le secret tragique de l’âge d’or 1931-1945 du cinéma fantastique (le monstre amoureux, ici, d’une idée esthétique incarnée par une femme) et donc le secret du film Universal original de 1925. Reste que le degré de fidélité du scénario d’Anthony Hinds à l’oeuvre littéraire originale française comme aux adaptations antérieures est une question certes intéressante mais fondamentalement vaine : cette version 1962 est d’abord authentiquement fishérienne - et du meilleur Fisher !

Michel Caen avait reproché à Fisher, dans Midi-Minuit n°7 « Actualité du fantastique », septembre 1963 (pp. 59-60) son budget excessif (c’était en effet le film fantastique le plus cher jamais produit par la Hammer  : 400.000 £ de l’époque) qui l’aurait contraint à une certaine retenue en matière d’érotisme et de violence afin de toucher un plus vaste public. Caen estimait en outre médiocre le scénario de John Elder / Anthony Hinds ainsi que la photo d’Artur Grant qu’il tenait pour inférieure à celle de Jack Asher sur de précédents Hammer films fantastiques. René Prédal réfuta assez bien mais partiellement ces trois reproches dans sa monographie sur Terence Fisher (parue dans l’Anthologie du cinéma n°109 en 1982, donc avant celle de Stéphane Bourgoin parue en 1984 chez Edilig) : cette oeuvre est personnelle et nullement académique ; le scénario de Elder / Hinds est original par bien des aspects : rebondissements inattendus, construction de la progression dramatique qui révèle le fantôme d’emblée et brosse le portrait d’un Lord sadien impressionnant, description sociale d’un Londres victorien attaqué par la folie, la pauvreté, les rats, le vice. La photo de Grant est, enfin, souvent magnifique : voir par exemple le mouvement halluciné et malade de caméra qui ouvre le film d’une manière à la fois expressionniste et baroque, les plongées et contre-plongées dans les coulisses, la précision des dominantes rouges, etc. Même le reproche de Caen concernant le casting féminin de l’héroïne jouée par Heather Sears, honnête actrice mais d’une beauté assez quelconque, me semble rétrospectivement à côté de la plaque : Caen rate la visée profonde de Fisher.

Lise Frenkel (qui admirait ce film de Fisher) remarquait dans Cinéma 71, in seconde partie de son étude sur Cinéma et psychanalyse que « la contre-plongée est un moyen très efficace de suggérer une atmosphère de rêve ». C’est d’emblée là que se situe le génie de Fisher, puisque Le Fantôme de l’Opéra s’ouvre ainsi : dans le domaine du « ça », de l’inconscient absolu au sein duquel la caméra pénètre, tel un oeil halluciné, croisant un autre être physiquement halluciné (le nain en état de catatonie) par la musique que joue le fantôme, révélé alors, démiurgique. Le film tout entier est placé sous le signe du rapport entre visible et invisible : le générique constitué par des plans de plus en plus rapprochés sur l’oeil unique d’Herbert Lom (souvenir du générique d’ouverture de La Nuit du loup-garou un an plus tôt), d’un noir abyssal et secret, se ferme alors que s’ouvre un plan de rue bondée, puis un rideau de scène, un spectacle, du visible donné pour tel. Fisher joue tout du long avec les niveaux de réalité et leur entrecroisement : inférieur-supérieur, secret-révélé, passé-présent. Peut-être une auto-analyse du fantôme qui fantasmerait en temps réel même si le film est donné pour un récit mené par un directeur artistique (Harry joué par Edward De Souza) capable de percer à jour aussi bien les périls immédiats que les périls rémanents, toujours actifs, issus des profondeurs. Harry est un révélateur, structurellement aux prises avec un « objet » réellement érotique (la cantatrice comme femme et comme artiste), un « surmoi » vengeur (le fantôme), un « ça » brut (Lord Ambrose, le nain muet, les pauvres rapaces qui hantent le théâtre, la tanière fantastique du fantôme et ses dangers, la peur de la castration, du viol, du meurtre).

La mise en scène de Fisher est, en somme, autant une méditation mélancolique sur la création artistique que la « scène primitive » de Freud.

Les séquences de l’opéra « Jeanne d’Arc » sont bien entendu directement inspirées par les versions classiques antérieures tournées de 1908 (Mario Caserini) à 1957 (Otto Preminger). Terence Fisher est certes plus proche de la version Carl Dreyer (1928) - la version qu’Anna Karina visionnait extatiquement au cinéma dans Vivre sa vie (Fr. 1962) de Jean-Luc Godard, l’année même de la sortie du Fisher - que de celle tournée par Bresson (1963) quasi-simultanément mais Fisher ajoute un aspect « Hammer » intéressant à la séquence du jugement de l’inquisition, réalisant alors une sorte de synthèse assez intéressante, quoique brève, des deux visions du sujet, la vision classique et la vision Hammer. L’actrice Heather Sears est, assez curieusement, presque plus à l’aise dans ce « rôle dans le rôle » qu’est sa Jeanne d’Arc que dans celui de la cantatrice Christine hors-scène. Notons enfin que les scènes d’inquisition condamnant Jeanne d’Arc, loin d’être un attendu banal clignant de l’oeil aux versions antérieures, participent d’une critique historique, récurrente autant chez Fisher qu’au sein des productions Hammer (les moines-bourreaux de la vampire Barbara Shelley dans Dracula, prince des ténèbres en 1966) et qui trouvera son aboutissement dans le si étonnant The Lost Continent Le Peuple des abîmes produit et réalisé en 1968 par Michael Carreras.

Le Fantôme de l'opéra

Généralités - 4,0 / 5

Edition spéciale « combo » BRD + DVD édités le 5 décembre 2017 par Elephant film. Durée du film sur BRD 84 minutes environ, sur DVD 82 minutes environ. Image BRD region free au format 2.0 couleurs compatible 16/9 en Full HD 1920x1080p. Son DTS HD Dual Mono 2.0 (sur BRD) et Dolby Digital 2.0 (sur DVD) en VOSTF et VF d’époque. Suppléments : livret collector 20 pages, « la petite boutique des horreurs de la Hammer » (10 min. environ), présentation du film par Nicholas Stanzick (25 min. environ), jaquette réversible (affiche contemporaine par le graphiste Melchior Ascaride / affiche d’époque), bandes-annonces, galerie d’images. Seul le BRD est ici testé faute d’avoir reçu le DVD.

Le livret illustré de 20 pages, signé Nicolas Stanzick, est une introduction à la Hammer films, sa genèse, son histoire, sa réception en France. On sait que ce dernier point, pas seulement sociologique mais aussi historique et esthétique, était l’objet principal du livre de Nicolas Stanzick, Dans les griffes de la Hammer, éditions BDL (revue, corrigée et augmentée), Paris 2010. Il n’est évidemment pas oublié ici et le chapitre sur la naissance de la revue Midi-Minuit Fantastique est; sans surprise, l’un des meilleurs du livret. Je signale que Nicolas est le maître d’oeuvre d’une nouvelle édition, revue et augmentée, de cette célèbre revue dont les tomes reliés I et II sont déjà sortis chez l’éditeur Rouge profond, dont le tome III devrait sortir cette année 2018. Voici quelques observations concernant certains points intéressants, dans l’ordre de leur apparition :

Le cinéma fantastique muet (notamment celui de l’expressionnisme allemand de 1915-1930) puis le cinéma fantastique parlant américain, donc celui de la Universal historique de 1931-1945 et celui des majors concurrentes qui lui emboîtèrent immédiatement le pas (notamment Warner, Paramount, MGM, RKO), avaient déjà produit sur le public de 1931-1945 l’effet sociologique que produisit la Hammer sur celui de 1955-1975. Penser que la Hammer a introduit un frisson nouveau me semble donc une erreur rétrospective, y compris concernant l’érotisme et l’aspect social. qui ne sont absents ni l’un ni l’autre de l’histoire du cinéma fantastique des origines à 1955.

Le terme « gothique » pour définir les films fantastiques de la Hammer films, est historiquement comme esthétiquement peu approprié en dépit de la mode actuelle, pour plusieurs raisons.

L’interprétation athée de La Revanche de Frankenstein (GB 1958) de Terence Fisher, a été soutenue par Jean-Pierre Bouyxou et je crois comprendre qu’elle est reprise par Nicolas mais elle fut vigoureusement refusée par son scénariste Jimmy Sangster au cours de leur entretien (publié in Bouyxou & Lethem, La Science-fiction au cinéma, éditions U.G.E., collection 10/18, Paris 1971).

Christopher Lee et Fisher ont soigneusement maintenu l’ambivalence humaine / inhumaine du personnage de Dracula, monstre rendu plus dangereux par sa beauté apparente mais néanmoins monstre. Aspect démoniaque (au sens à la fois théologique et kierkegaardien du terme) revendiqué par Lee dans son entretien avec Caen paru dans un Midi-Minuit Fantastique n°4-5 de janvier 1963. Lee le maintiendra dans ses interprétations suivantes, y compris dans les dernières grandes versions Hammer des années 1970 qu’il interprète, celles de Roy Ward Baker et de Peter Sasdy.

Le Cauchemar de Dracula (Dracula / Horror of Dracula) (GB 1958) de Terence Fisher n’est pas le premier film montrant les canines du vampire. Si ma mémoire est bonne, on les voyait déjà en 1943 chez Siodmak et en 1944 et 1945 chez Erle C. Kenton. On les voyait assurément dans El Vampiro (Les Proies du vampire) (Mex. 1957) de Fernando Mendez avec German Robles. En couleurs et sanglantes, en revanche, possible mais… à vérifier cependant ! L’histoire du cinéma réserve tant de surprises… et il reste encore tant de films fantastiques inédits en France au cinéma à découvrir : je pense par exemple au Le Retour du vampire (USA 1943) de Lew Landers avec Bela Lugosi.

Concernant la réception politique de la Hammer films en France, une certaine ambivalence demeure: le public de gauche intellectuelle a certainement pensé ce que Nicolas écrit; le grand public apolitique n’a absolument pas pensé cela, quant au public de droite intellectuelle … je ne sais pas ! Je note, à ce sujet, que la revue Présence du cinéma (Michel Mourlet, Michel Marmin et les « mac-mahoniens ») défendait un cinéaste-bis (devenu d’ailleurs, non moins que Fisher, un cinéaste classique incontournable) tel que Vittorio Cottafavi alors que Jean Douchet crachait sur Fisher certaines des lignes les plus méprisantes jamais lues dans l’histoire critique française de ce cinéaste (lignes reproduites dans M.-M. F. n°1).

Le paragraphe sur l’année 1968 et ses paradoxes culturels et sociologiques est très bon.

Sur les vedettes féminines de la Hammer, analyse assez complète mais l’espace manquait évidemment pour cerner totalement la richesse du sujet et il est, de toute manière, préférable de réserver une telle analyse à une critique titre par titre.

Le chapitre sur les Hammer « para-victoriens » (donc sur ceux relevant des genres de la sciences-fiction, de la terreur psychologique, de l’aventure historique et préhistorique) compense, en dépit de son inévitable brièveté, un peu leur absence du livre de référence.

Michael Carreras était déjà aux commandes et déjà actif dès les années 60, bien avant le passage de pouvoir « officiel » de James à Michael. D’autre part, les contemporains rendent responsables Aïda Young plutôt que Carreras de l’accentuation de la violence et de l’érotisme graphique. Un point d’histoire de la Hammer à creuser un jour (peut-être déjà résolu par les livres consacrés à l’histoire du studio, notamment les livres anglais et leurs témoignages de première main ?) mais Michael en fut aussi responsable, de toute évidence.

Intéressant paragraphe synthétique sur l’évolution fishérienne de la conception du baron Frankenstein mais il me semble que le passage « de l’autre côté du miroir » est déjà effectué à la fin de La Revanche de Frankenstein.

Bons paragraphes sur les Hammers des années 1970 et sur la présentation de Frankenstein et le monstre de l’enfer (GB 1973) de Terence Fisher à la Convention française du cinéma fantastique, ce qui accentue la reconnaissance critique néanmoins encore marginale et pour longtemps, du genre. Sur le plan du grand public, en revanche, la Hammer n’est pas encore classique : elle demeure également marginale et pour aussi longtemps, notamment à la télévision (la télédiffusion du Le Cauchemar de Dracula en VF d’époque vers 1975 demeurant l’exception qui confirme la régle). Terence Fisher meurt en 1980 dans l’indifférence critique et médiatique la plus complète et la Hammer. Il faudra attendre presque trente ans pour que la Cinémathèque française lui rende hommage (2007).

Excellent chapitre sur les doubles-programmes mythologiques des cinémas parisiens Brady et Colorado et sur ma génération mais un bémol historique : au tournant des années 1980, la mort des cinémas de quartier est inexorablement enclenchée et de tels doubles-programmes disparaissent progressivement. Après 1985, le phénomène s’accentue.

Le Fantôme de l'opéra

Bonus - 4,0 / 5

2 suppléments vidéo complètent le livret : « la petite boutique des horreurs » (10 min.) est une brève introduction à l’histoire de la Hammer Films par Nicolas Stanzick, illustrée de documents de première main et la « présentation de Le Fantôme de l’opéra » (25 min environ) couvre bien sa genèse, sa production, sa réception française. Elle est bien informée et, en outre, très bien illustrée. Sur certains points de cette présentation, je renvoie à ce que j’ai écrit plus haut concernant le livret car certains éléments du livret se retrouvent dans cette présentation.

La galerie images : plusieurs affiches et une dizaine de très belles photos de plateau N&B, remarquablement reproduites à la bonne taille, afin qu’on en profite pleinement sur grand écran TV ou vidéoprojecteur. Malheureusement aucun jeu complet de photos couleurs d’exploitation n’est proposé. On aurait pu aussi songer au jeu splendide des 8 « lobby cards » couleurs anglaises et surtout américaines auxquelles Universal a évidemment accès puisqu’elle fut son distributeur américain. Sans parler des jeux français et allemands qui sont tout aussi magnifiques.

La section bandes-annonces (une dizaine proposées en VOSTF) est intéressante car on y trouve une BA de 1961 proposant le double-programme (en très mauvais état chimique et recadrée : des avertissements signalent que le master Elephant est évidemment d’une qualité bien supérieure) de La Nuit du loup-garou et de Le Spectre du chat. Notons que cette BA est intégralement N&B alors que le premier film est en couleurs. On y trouve également une belle bande-annonce au format HammerScope 2.35 N&B de Paranoïaque ! L’état chimique comme vidéo de l’ensemble varie du bon au médiocre, y compris concernant les cadrages des formats. Elle contient également une publicité filmée pour l’édition revue et augmentée de la mythique revue Midi-Minuit Fantastique. La BA du Fantôme de l’opéra est, malheureusement, en assez mauvais état.

L’ensemble est sympathique et très honorable mais on aurait pu lui ajouter le « making-of » (durée 30 min. environ) avec notamment l’acteur Edward de Souza visible (en VO sans STF) sur le bluray anglais édité par Final Cut Entertainment.

Image - 5,0 / 5

Format 2.0 couleurs remastérisé en Full HD 1080p et 16/9, à la norme « aspect ratio » de la première exploitation du film au cinéma en Amérique, correspondant au nouveau master bluray sorti en Amérique par Universal en 2016. Copie chimique parfaitement restaurée et master vidéo à la pointe de la technique haute définition. La colorimétrie (c’est une des photos les plus baroques jamais signées par Arthur Grant) et la définition enterrent définitivement les anciennes éditions DVD au format européen 1.85. A noter que l’ancien DVD Universal zone 1 NTSC était déjà au format 2.0 contrairement à ce qu’écrivent certains sites anglosaxons.

Son - 5,0 / 5

DTS HD Dual Mono 2.0 VOSTF et VF d’époque cette fois-ci bien synchrone (alors que l’ancien DVD zone 2 Pal Bach films présentait régulièrement un défaut de synchronisation) : offre complète pour le cinéphile francophone. La musique d’Edwin Astley est de bonne facture : son style oscille entre le style frénétique et halluciné de James Bernard (séquences dans la caverne abritant le fantôme, avec un emprunt à Jean-Sébastien Bach) et celui de l’opéra victorien (la « Jeanne d’Arc » représentée sur la scène).

Le Fantôme de l'opéra

Crédits images : © Éléphant Films

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Panasonic FullHD
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Sony
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p
Note du disque
Avis
Multimédia
Le Fantôme de l'Opéra
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