La Nuit du loup-garou : le test complet du Blu-ray

The Curse of the Werewolf

Combo Collector Blu-ray + DVD

1961. Réalisé par Terence Fisher
Avec Oliver Reed, Clifford Evans et Yvonne Romain

Édité par Elephant Films

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Le 05/02/2018
Critique

La Nuit du Loup-Garou

Espagne, dix-huitième siècle. Le baron Siniestro fait enfermer un mendiant qui a eu le malheur de lui manquer de respect durant la célébration de son mariage. Les années passent et le mendiant, devenu prisonnier oublié, régresse au stade bestial, violant une belle servante muette que Siniestro avait faite enfermer dans sa cellule. La servante s’échappe, tue Siniestro, vit dans la forêt plusieurs mois. Elle est recueillie, inanimée, par Don Alfredo Carido. Enceinte, la servante meurt en donnant le jour à un enfant que Carido adopte, lui accordant son nom. Mais Leon Carido, enfant maudit, est bientôt la victime avérée de la terrible malédiction de la lycanthropie.

La Nuit du loup-garou (The Curse of the Werewolf) (GB 1961) de Terence Fisher fut peut-être le Hammer film le plus longtemps projeté dans les cinéma parisiens. On pouvait encore le voir assez régulièrement en VF d’époque en exploitation commerciale dans certaines salles populaires vers 1970 et en VOSTF dans le circuit Arts et essais des reprises ou des festivals fantastiques jusque vers 1975. La critique spécialisée avait d’emblée admiré l’originalité de ce « Fisher très sadien » ainsi que le définissait le PariScope dans sa fiche inlassablement recopiée à chaque reprise. Ce n’était d’ailleurs pas un hasard si la revue Midi-Minuit Fantastique n°1 spécial Terence Fisher avait choisi dès 1962 pour photo de couverture la célèbre « photo impossible » montrant Yvonne Romain attaquée par le loup-garou. « Photo impossible » telle que la définissait logiquement Michel Caen peu de temps avant sa mort mais Caen négligeait de signaler qu’elle n’était nullement isolée : reprise sous une bonne quinzaine de variations sur des affiches, des photos de plateau, de production et d’exploitation, elle devint même l’idée publicitaire graphique la plus exploitée pour la publicité internationale de ce titre ! Rappelons qu’elle était impossible parce qu’elle montrait l’agression de la mère (morte en lui donnant le jour) par son fils devenu adulte et lycanthrope. Bien avant la grande rétrospective Terence Fisher enfin offerte à la mémoire du cinéaste (27 ans après sa mort) par la Cinémathèque française en juin-juillet 2007, La Nuit du loup-garou avait été occasionnellement projeté au Palais de Chaillot et, dès 1992, il avait eu les honneurs d’une bonne notice de Jacques Lourcelles dans son généraliste Dictionnaire du cinéma - Les films, ce qui constituait une avancée majeure par rapport au Dictionnaire des films de Georges Sadoul de 1965 dans lequel aucun titre de Fisher ne figurait.

L’originalité du scénario (le premier signé « John Elder » par Anthony Hinds pour un Hammer film), par rapport aux titres américains classiques de la Universal dont il reprend le thème, découle fondamentalement de trois éléments : l’idée (à tort regrettée par Fisher dans son entretien avec Bertrand Tavernier paru dans Midi-Minuit Fantastique n°7 de septembre 1963) d’avoir transposée le sujet dans une Espagne aux couleurs baroques (*) souvent admirablement photographiées par Arthur Grant, l’idée de le traiter temporellement comme un cauchemar tragique à la structure psychanalytique dont tous les éléments concordent pour broyer physiquement ou moralement (ou les deux à la fois) les protagonistes, enfin le niveau de sadisme et d’érotisme avec lequel le sujet était adapté. Certes, à partir du grand classique Le Loup-garou (The Wolf-Man) (USA 1941) de George Waggner, bien des variations passionnantes avaient été tournées, parmi lesquelles il faut signaler en priorité celles signées par John Brahm (1942), Henry Levin (1944), Erle C. Kenton (1944 et 1945) mais on peut dire que la version Fisher 1961, vingt ans après celle de Waggner, marque une date majeure.

Loin d’être un remake du classique de 1941, le Fisher de 1961 en est une variation inédite et approfondie. Le maquillage de l’acteur Oliver Reed par Roy Ashton s’inspirait non pas tant de celui de Lon Chaney jr. par Jack Pierce en 1941 que de celui inventé pour l’acteur Jean Marais dans La Belle et la Bête (Fr. 1946) de Jean Cocteau. C’est dire que Fisher comme Elder / Hinds méprisaient d’avance totalement les effets spéciaux qui feront ensuite les délices des spectateurs teenagers du Hurlements (The Howling) (USA 1981) de Joe Dante. La séquence de l’égorgement de l’entraîneuse, admirablement montée, est à cet égard exemplaire de l’art plastique souverainement elliptique de Fisher.

Fisher et Hinds s’intéressent avant tout au rapport qui unit les deux termes du titre anglais original, rigoureusement traité et approfondi. Le scénario de Elder s’ouvre sur une sorte de conte terrifiant narrant la généalogie - presque para-mythique tant elle est d’une brutalité forcenée - du monstre. « L’imago » archaïque de son père est scindée : le père « effectif » du loup-garou est le pervers marquis Siniestro même si son père « biologique » est le mendiant prisonnier devenu monstrueux. En effet, la cause première de cette généalogie est bien Siniestro qui a contraint le mendiant à régresser à la monstruosité. Il faut noter, en outre, que la confusion des deux imagos paternelles est confortée par le scénario dans la mesure où Siniestro lui-même retourne à un état assez proche de la bestialité : ayant presque perdu figure humaine et voué à la solitude à laquelle son sadisme démentiel l’a réduit, il se jette sur Yvonne Romain comme un animal. Le distributeur allemand du film ne s’y était pas trompé puisqu’il l’avait intitulé : Der Fluch von Siniestro. Cette double origine, démoniaque et maléfique, exerce un déterminisme hallucinant / halluciné, mi-subjectif mi-objectif, implacablement équilibré durant tout le film et cela dès son générique d’ouverture, annonciateur du conflit insupportable qui mine Leon Carido. L’un des plans les plus terrifiants du film est celui où l’enfant-loup tente de forcer les barreaux sous les yeux incrédules de son père adoptif.

Le génie dramaturgique et plastique de Fisher illustre un syndrome qui contamine le moindre élément du film : décor, casting, action dramatique. Ainsi le dernier « père » que le scénario de Elder ménage à Carido est à nouveau un homme dur et violent (joué par Ewen Solon, qui jouait déjà un tel père dans Le Chien des Baskerville, version Fisher 1959) qui le force à travailler dans une cave, émanation objective du cachot où vécut son premier père dégénéré, refuge des pulsions primaires (le personnage, très étonnant aussi, de l’ouvrier José, est fondamentalement régressif). On l’a souvent remarqué mais il faut à nouveau le répéter : ni l’amour objectal maternel (à peine esquissé mais suffisamment réel pour être avéré) de la mère jouée par Yvonne Romain ni celui de la mère de substitution jouée par Hira Talfrey, ni l’amour charnel (qu’il s’agisse de celui esquissé par l’entraîneuse ou de celui plus romantique confirmé par Christina) ne sauvent Leon. Il est, une fois pour toutes, en butte à la figure archaïque d’un père engendrant et dévorant à la fois sa progéniture : même le père adoptif s’y conforme puisque son propre fils le supplie de le tuer et qu’il finit par souscrire à sa demande. On avait rarement atteint un tel niveau psychopathologique dans l’illustration d’un mythe au cinéma.

L’image de la mère jouée par Yvonne Romain est encore plus étrange : montrée enfant puis adolescente puis adulte muette mais de plus en plus désirable, constamment violée par le regard du futur père physique de Carido (avant qu’elle le soit réellement) qu’elle nourrit en préparant ainsi sa propre malédiction sans le savoir, elle aussi retourne quelques temps, après le meurtre qu’elle commet, à la quasi-bestialité, cachée des semaines entières dans une forêt. Son corps surnage anonymement sur l’eau d’un lac lorsque Carido la repère et la sauve, devenue presque une émanation symbolique de l’eau, une mère purifiée et restituée intacte après les épreuves : le regard adressé au bébé juste avant sa mort clôt l’histoire de son personnage mais enclenche celle de son fils, dès lors doublement tragique et doublement symbolique de la scène primitive que Freud avait estimée à la base de la constitution des imagos et des symboles dans Totem et tabou. Ce n’est pas un hasard si l’érotisme initial d’Yvonne Romain fascina les distributeurs. Ils multiplièrent sa représentation sur les affiches et les photographies, y compris sur les photos « impossibles » fantasmatiques où son propre fils l’attaque, suggérant un viol à la fois meurtrier et incestueux. On ne peut guère la rapprocher, dans l’histoire dramaturgique classique de la Hammer film, que du personnage aussi muet et désirable, non moins original et non moins étrange, admirablement joué par Katy Wild dans L’Empreinte de Frankenstein (The Evil of Frankenstein) (GB 1964) de Freddie Francis.

La séquence du cabaret (aux danseuses à l’aspect d’ardentes gitanes) est sans doute un peu inspirée par celle, de quelques années antérieures, de Le Sang du vampire (Blood of the Vampire) (GB 1958) d’Henry Cass, produit par Robert S. Baker et Monty N. Berman mais sa visée n’est pas seulement décorative comme chez Cass. Elle participe d’une manière déterminante à l’action, précipitant une accélération de son rythme à partir du meurtre de l’entraîneuse, accélération qui confère à la troisième partie un tempo à nouveau cauchemardesque, bouclant la boucle initiée par la première partie. Jean-Marie Sabatier, reprenant en 1973 une remarque de F. Hoda publiée en 1961 et citée dans le Midi-Minuit Fantastique n°1 de 1962, estimait que le scénario de La Nuit du loup-garou ressemble parfois à trois films distincts rassemblés en un seul. Cette structure tripartite est le signe de la rigueur de Elder, nullement une faiblesse comme le pensaient Hoda et Sabatier. On peut même dire que le traitement du temps y est virtuose dans la mesure où Elder intègre en une seule continuité (narrée objectivement, puis subjectivement par le père adoptif, puis à nouveau objectivement) les origines du héros, son enfance, enfin son impossible âge adulte prématurément achevé, cela en oscillant régulièrement entre deux points de vue distincts et complémentaires. Ce premier scénario signé Elder dépasse même, à mon avis, sur leur propre terrain les scénarios « frénétiques » de Jimmy Sangster que Sabatier admirait tant.

La Nuit du loup-garou est, sur le plan technique de l’histoire du cinéma, un des films de Fisher dans lequel les historiens ont pu recenser certains plans censurés ou non selon les exploitations nationales,notamment dans les premières séquences (les plus impressionnantes du film et les plus originales, portées par des acteurs ici inoubliables tels que Yvonne Romain, Anthony Dawson et Richard Wordsworth) ouvrant la voie à la légende (colportée dans M.-M. F. n°1 mais ensuite expressément démentie par Fisher lui-même) des Hammer films tournés en plusieurs versions (une « normale » pour l’Angleterre, une plus violente et plus érotique pour les USA, enfin une ultra-violente pour le Japon). C’était aussi celui où Fisher employa un zoom pour la première fois (« et la dernière », précisait-il en 1963, mais il faudrait vérifier filmographiquement si cette promesse fut ensuite réellement tenue par son locuteur) car il voulait tester cet élément syntaxique qu’il n’aimait, a priori, pas. Reste un point à éclaircir : une copie américaine aurait présenté, selon Michel Caen dans Midi-Minuit Fantastique n°1 citant une revue américaine, une séquence entière invisible en France : celle du marquis observant le viol de la servante par le prisonnier oublié. Dans la psychopathia sexualis déjà très chargée du sujet, il faudrait donc, si elle existait, définitivement rajouter le voyeurisme.

(*) Idée qui aurait été imposée à Elder par le co-producteur Michael Carreras qui avait déjà fait construire des décors correspondants à un film sur l’inquisition espagnole qu’il souhaitait entreprendre. L’idée tenait certainement à coeur à Carreras puisqu’il produira 7 ans plus tard et qu’il signera comme réalisateur Le Peuple des abîmes (The Lost Continent) (GB 1968), adapté d’un roman de Dennis Wheatley en partie inspiré par William Hope Hodgson.

La Nuit du Loup-Garou

Généralités - 4,0 / 5

1 édition spéciale combo BRD + DVD édités le 5 décembre 2017 par Elephant film. Durée du film en BRD : 95 minutes environ, en DVD : 91 minutes environ. Image au format 1.85 (DVD) et 2.1 (BRD) compatibles 16/9 couleurs. Image BRD en Full HD 1920x1080p, « region free ». Son DTS HD dual mono 2.0 et Dolby Digital 2.0 en VOSTF et VF d’époque. Suppléments : livret 20 pages, galerie photos, bandes-annonces, « La petite boutique des horreurs Hammer » (10 min. environ), « Le film par Nicolas Stanzick » (25 min. environ). Jaquette réversible (affiche du graphiste contemporain Melchior Ascaride / affiche d’époque) : excellente idée, très bien réalisée. Une double erreur relevée sur le résumé de scénario au verso de la jaquette : le père de Leon Carido n’est pas le marquis Siniestro; le marquis n’a pas abusé pas de la servante muette.

Le livret illustré de 20 pages, signé Nicolas Stanzick, est une introduction à la Hammer films, sa genèse, son histoire, sa réception en France. On sait que ce dernier point, pas seulement sociologique mais aussi historique et esthétique, était l’objet principal du livre de Nicolas Stanzick, Dans les griffes de la Hammer, éditions BDL (revue, corrigée et augmentée), Paris 2010. Il n’est pas oublié ici et le chapitre sur la naissance de la revue Midi-Minuit Fantastique est l’un des meilleurs du livret. Je signale que Nicolas est le maitre d’oeuvre d’une nouvelle édition, revue et augmentée, de cette célèbre revue dont les tomes reliés I et II sont déjà sortis chez l’éditeur Rouge profond, dont le tome III devrait sortir cette année 2018. Voici quelques observations concernant certains points intéressants, dans l’ordre de leur apparition :

Le cinéma fantastique muet (notamment celui de l’expressionnisme allemand de 1915-1930) puis le cinéma fantastique parlant américain, donc celui de la Universal historique de 1931-1945 et celui des majors concurrentes qui lui emboîtèrent immédiatement le pas (notamment Warner, Paramount, MGM, RKO), avaient déjà produit sur le public de 1931-1945 l’effet sociologique que produisit la Hammer sur celui de 1955-1975. Penser que la Hammer a introduit un frisson nouveau me semble donc une erreur rétrospective, y compris concernant l’érotisme et l’aspect social. qui ne sont absents ni l’un ni l’autre de l’histoire du cinéma fantastique des origines à 1955.

Le terme « gothique » pour définir les films fantastiques de la Hammer films, est historiquement comme esthétiquement peu approprié en dépit de la mode actuelle, pour plusieurs raisons.

L’interprétation athée de La Revanche de Frankenstein (GB 1958) de Terence Fisher, a été soutenue par Jean-Pierre Bouyxou mais elle fut refusée par son scénariste Jimmy Sangster au cours de leur entretien (publié in Bouyxou & Lethem, La Science-fiction au cinéma, éditions U.G.E., collection 10/18, Paris 1971).

Christopher Lee et Fisher ont soigneusement maintenu l’ambivalence humaine / inhumaine du personnage de Dracula, monstre rendu plus dangereux par sa beauté apparente mais néanmoins monstre. Aspect démoniaque (au sens à la fois théologique et kierkegaardien du terme) revendiqué par Lee dans son entretien avec Caen paru dans un Midi-Minuit Fantastique n°4-5 de janvier 1963. Lee le maintiendra dans ses interprétations suivantes, y compris dans les dernières versions Hammer des années 1970 qu’il interprète, celles de Baker et de Sasdy.

Le Cauchemar de Dracula (Dracula / Horror of Dracula) (GB 1958) de Terence Fisher n’est pas le premier film montrant les canines du vampire. Si ma mémoire est bonne, on les voyait déjà en 1943 chez Siodmak et en 1944 et 1945 chez Erle C. Kenton. On les voyait assurément dans El Vampiro (Les Proies du vampire) (Mex. 1957) de Fernando Mendez avec German Robles. En couleurs et sanglantes, en revanche, possible mais… à vérifier cependant ! L’histoire du cinéma réserve tant de surprises… et il reste encore tant de films fantastiques inédits en France au cinéma à découvrir : je pense par exemple au The Return of the Vampire (USA 1943) de Lew Landers avec Bela Lugosi.

Concernant la réception politique de la Hammer films en France, une certaine ambivalence demeure: le public de gauche intellectuelle a certainement pensé ce que Nicolas écrit; le grand public apolitique n’a absolument pas pensé cela, quant au public de droite intellectuelle … je ne sais pas ! Je note que la revue Présence du cinéma (Michel Mourlet, Michel Marmin et les « mac-mahoniens ») défendait un cinéaste-bis (devenu d’ailleurs, non moins que Fisher, un cinéaste classique incontournable) tel que Vittorio Cottafavi alors que Jean Douchet crachait sur Fisher certaines des lignes les plus méprisantes jamais lues dans l’histoire critique française de ce cinéaste (lignes reproduites dans M.-M. F. n°1).

Le paragraphe sur l’année 1968 et ses paradoxes culturels et sociologiques est très bon.

Sur les vedettes féminines de la Hammer, analyse assez complète mais l’espace manquait évidemment pour cerner totalement la richesse du sujet et il est, de toute manière, préférable de réserver une telle analyse à une critique titre par titre.

Le chapitre sur les Hammer « para-victoriens » (donc sur ceux relevant des genres de la sciences-fiction, de la terreur psychologique, de l’aventure historique et préhistorique) compense, en dépit de son inévitable brièveté, un peu leur absence du livre de référence.

Michael Carreras était déjà aux commandes et déjà actif dès les années 60, bien avant le passage de pouvoir « officiel » de James à Michael. D’autre part, les contemporains rendent responsables Aïda Young plutôt que Carreras de l’accentuation de la violence et de l’érotisme graphique. Un point d’histoire de la Hammer à creuser un jour (peut-être déjà résolu par les livres consacrés à l’histoire du studio, notamment les livres anglais et leurs témoignages de première main ?) mais Michael en fut aussi responsable, de toute évidence.

Intéressant paragraphe synthétique sur l’évolution fishérienne de la conception du baron Frankenstein mais il me semble que le passage « de l’autre côté du miroir » est déjà effectué à la fin de La Revanche de Frankenstein.

Bons paragraphes sur les Hammers des années 1970 et sur la présentation de Frankenstein et le monstre de l’enfer (GB 1973) de Terence Fisher à la Convention française du cinéma fantastique, ce qui accentue la reconnaissance critique néanmoins encore marginale et pour longtemps, du genre. Sur le plan du grand public, en revanche, la Hammer n’est pas encore classique : elle demeure également marginale et pour aussi longtemps, notamment à la télévision (la télédiffusion du Le Cauchemar de Dracula en VF d’époque vers 1975 demeurant l’exception qui confirme la régle). Terence Fisher meurt en 1980 dans l’indifférence critique et médiatique la plus complète et la Hammer. Il faudra attendre presque trente ans pour que la Cinémathèque française lui rende hommage (2007).

Excellent chapitre sur les doubles-programmes mythologiques des cinémas parisiens Brady et Colorado et sur ma génération mais un bémol historique : au tournant des années 1980, la mort des cinémas de quartier est inexorablement enclenchée et de tels doubles-programmes disparaissent progressivement. Après 1985, le phénomène s’accentue.

La Nuit du Loup-Garou

Bonus - 4,0 / 5

Deux suppléments vidéo complètent le livret : « la petite boutique des horreurs » (10 min.) est une brève introduction à l’histoire de la Hammer Films par Nicolas Stanzick, illustrée de documents de première main et la « présentation de La Nuit du loup-garou » (25 min environ) couvre bien sa genèse, sa production, sa réception française. Elle est bien informée et, en outre, très bien illustrée. Sur certains points de cette présentation, je renvoie à ce que j’ai écrit plus haut concernant le livret car certains éléments du livret se retrouvent dans cette présentation.

La galerie images ne contient aucune affiche mais quelques belles photos N&B de plateau (notamment celle du plan célèbre de l’enfant-loup retenu par les barreaux accrochés à sa fenêtre). Aucun jeu complet de photos d’exploitation. Dommage car c’était l’occasion de nous montrer les affiches françaises dessinées par Guy Gérard Noël d’une part, le jeu français des photos d’exploitation d’autre part. On aurait pu aussi songer au jeu splendide des 8 « lobby cards » couleurs américaines.

La section bandes-annonces (une dizaine proposées en VOSTF) est intéressante car on y trouve une BA de 1961 proposant le double-programme (en très mauvais état chimique et recadrée : des avertissements signalent que le master Elephant est évidemment d’une qualité bien supérieure) de La Nuit du loup-garou et de Le Spectre du chat. Notons que cette BA est intégralement N&B alors que le premier film est en couleurs. On y trouve également une belle bande-annonce au format HammerScope 2.35 N&B de Paranoïaque. L’état chimique comme vidéo de l’ensemble varie du bon au médiocre, y compris concernant les cadrages des formats. Elle contient également une publicité filmée pour l’édition revue et augmentée de la mythique revue Midi-Minuit Fantastique.

L’ensemble est sympathique et très honorable mais on aurait pu lui ajouter le « making-of » anglais avec Yvonne Romain, Catherine Feller, Jimmy Sangster et quelques autres : c’est un document d’histoire du cinéma de première main. On peut le visionner (en anglais) sur le bluray anglais de Final Cut Entertainment sorti en 2015 et sur le BRD allemand de i-catcher Media sorti en 2014.

La Nuit du Loup-Garou

Image - 5,0 / 5

Certains « Hammer films » sortirent dans des formats différents des deux côtés de l’Atlantique : on l’ignorait en général chez nous. Ainsi La Nuit du loup-garou sortit en 1961 en France en 1.85, aux USA en 2.0. Cette édition Elephant combo française offre le format original « européen » 1.85 compatible 16/9 sur le DVD et le format « américain » 2 .0 sur le bluray. A l’occasion de la sortie américaine en Full HD d’un nouveau coffret bluray Hammer en 2016, Universal avait choisi de remastériser certains titres à ce format américain de première exploitation. L’image 2.0 du disque français bluray Full HD est identique à celle du disque bluray Full HD du coffret bluray Universal Hammer américain sorti en 2016, donc très légèrement plus large et moins haute que l’image 1.85 de l’ancien coffret correspondant Universal DVD zone 1 NTSC sorti en 2005 ou que celle de l’ancien DVD français édité par Sidonis en 2007 puis en 2010, à présent hors-catalogue. A l’oeil pendant la projection, la différence est évidemment difficile à appréhender mais sur des captures fixes, on constate que l’image est un peu plus large, un peu moins haute en 2.0 qu’en 1.85. L’essentiel étant que, dans les deux cas, l’écran large original est préservé car il ne s’agit pas ici de recadrage mais de deux télécinémas complémentaires: ce qu’on perd dans l’un, on le regagne dans l’autre, et vice-versa. Le cinéphile français dispose des deux aspect ratio exploités des deux côtés de l’Atlantique : que demander de plus ? Esthétiquement, le résultat est remarquable et la copie chimique est très bien restaurée, sa colorimétrie très soignée, sa définition vidéo exploitant pleinement le 1080p sur le BRD du combo. Bref, cette édition Elephant est, dorénavant, l’édition de référence en Full HD pour La Nuit du loup-garou.

La Nuit du Loup-Garou

Son - 4,0 / 5

Son DTS HD dual mono 2.0 et Dolby Digital 2.0 en VOSTF et VF d’époque. Cette dernière est en bon état avec des voix qui conviennent bien aux personnages tant dramatiquement que psychologiquement. Les dialogues français d’époque modifient parfois légèrement ce qui est dit en VOSTF. La musique parfois dodécaphonique composée par Benjamin Frankel (dont c’est l’une des dernières partitions) est souvent inspirée et impressionnante. Frankel avait signé celles de deux Hammer films intéressants : Le Mystère du camp 27 (Portrait From Life) (GB 1949) de Terence Fisher, Si Paris l’avait su (So Long At the Fair) (GB 1950) de Terence Fisher. Frankel fut aussi le signataire de la musique sur la version anglaise de Les Forbans de la nuit (Night and the City) (USA-GB 1950) de Jules Dassin ainsi que, non-crédité, de celle des deux célèbres moyens métrages Bon voyage et Aventures malgaches (GB 1944) d’Alfred Hitchcock. Ce compositeur est peu connu en France mais mérite de l’être, ne serait-ce que pour cette admirable partition de 1961. Sous-titres pas trop gros mais bien lisibles, amovibles au choix sur la VO.

Crédits images : © Éléphant Films

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Panasonic FullHD
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Sony
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p
Note du disque
Avis
Multimédia
La Nuit du loup-garou
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