Tabou : le test complet du Blu-ray

Tabu: A Story of the South Seas

1931. Réalisé par Friedrich Wilhelm Murnau
Avec Matahi, Anne Chevalier et Bill Bambridge

Édité par Potemkine Films

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Le 19/01/2018
Critique

Tabou

La vie est douce pour Matahi sur l’île de Bora-Bora. Il partage ses journées à harponner des poissons et à batifoler avec la belle Reri, l’élue de son coeur. Jusqu’à ce qu’un appel retentisse pour signaler l’arrivée d’une goélette. À son bord, Hitu, un vieux guerrier chargé par le chef de l’île de Famuna de revenir avec Reri, choisie pour remplacer la vierge sacrée, gardienne du temple, récemment décédée. Reri est désormais « tabou » : aucun homme ne peut plus ni la toucher, ni même la regarder avec désir… sous peine de mort !

Tabou (Tabu: A Story of the South Seas) est la mise en images d’une histoire imaginée par Friedrich Wilhelm Murnau et Robert J. Flaherty (Nanouk l’esquimau / Nanook of the North, 1922), avec une aide à l’écriture du scénariste et réalisateur Edgar G. Ulmer (il se fera sa petite réputation dans l’épouvante avec Le Chat noir en 1934, Barbe Bleue en 1944, et dans le film noir, avec Detour en 1945 et L’Impitoyable / Ruthless en 1948, son meilleur film).

Tabou devait être, à l’origine, coréalisé par Murnau et Flaherty dont la contribution se limita à filmer quelques séquences. Il fut remplacé par le chef opérateur Floyd Crosby, oscarisé pour la photographie de Tabou, son premier film.

Divisé en deux parties, la première, Le paradis, filmée à Bora Bora, la seconde, Le paradis perdu, dans l’archipel des Tuamotu, Tabou symbolise la recherche par Murnau et Flaherty d’une société rousseauiste, que la civilisation occidentale n’a pas encore corrompue, le rêve d’un paradis sur la Terre.

Tabou a été filmé avec des acteurs non professionnels, recrutés sur place, comme tous les

figurants. On ne reverra plus Matahi sur les écrans et Reri, Anna Chevalier pour l’état civil, engagée dans les Ziegfeld Follies en 1931, ne réapparaîtra, trois ans plus tard, que dans un film polonais Czarna perla (« la perle noire »).

Tabou est l’un des deux derniers films muets, avec Les Lumières de la ville (City Lights) de Charles Chaplin, sorti la même année. Un absent à la première, le 18 mars 1931 à Times Square : F.W. Murnau, mort une semaine auparavant dans un accident de voiture, à l’âge de 42 ans. On ne saura donc jamais comment il aurait affronté la fin du muet, lui qui pensait toujours, trois ans après la sortie du tout premier film parlant, Le Chanteur de Jazz, que le cinéma n’avait pas besoin de la parole. Ce qu’il a confirmé en réalisant son dernier film : malgré la rareté des intertitres, on ne perd rien de la triste histoire d’amour de Matahi et Reri.

Tabou n’aura coûté que 150 000 dollars, un tout petit prix pour un chef-d’oeuvre qu’Éric Rohmer a qualifié de « plus grand film du plus grand auteur de films ».

Tabou

Généralités - 5,0 / 5

Tabou (85 minutes) et ses généreux suppléments (128 minutes) utilisent presque toute la capacité du Blu-ray double couche, logé dans un digipack de 10 mm.

Le film est présenté au format audio DTS-HD Master Audio 2.0 stéréo, avec la possibilité d’afficher, en sous-titres, la traduction des intertitres originaux.

À l’intérieur du digipack, un livret de 48 pages s’ouvrant sur une lettre de Murnau dans laquelle il raconte à des amis le voyage à bord de sa goélette Bali, le mal de mer du cuisinier, l’apparition au-dessus de l’horizon de la Croix du Sud…, puis L’Étoile du Sud, un article de Murnau publié dans La Revue du cinéma en 1931 sur sa rencontre avec Reri, le troisième prénom d’Anna Chevalier. Vient ensuite, The dancing cannibal, itinéraire d’une héroïne de Murnau, où Yves de Peretti retrace la vie de Reri (Étoile du Sud, en tahitien) après le tournage de Tabou. Le livret se referme sur les souvenirs du tournage du frère de Robert J. Flaherty, David, qui fut l’assistant-réalisateur de Tabou.

Tabou

Bonus - 5,0 / 5

En complément, Tabou, dernier voyage (1996, 1.66:1, 77’), un film d’Yves de Peretti. Tout commence avec la première du film à Times Square, le 18 mars 1931, sans Murnau. Yves de Peretti est retourné à Tahiti, sur les lieux de tournage de Tabou. Déçu par Hollywood, Murnau s’associe avec Robert J. Flaherty avec lequel il fonde Murnau-FlahertyProductions en 1929. Il achète une goélette et cingle vers Tahiti, en passant par les Îles Marquises et les Tuamotu, où il tourna la deuxième partie de Tabou, où l’on évoque les légendes du temps des sacrifices humains et du cannibalisme, où les paysages rappellent les tableaux de Gauguin. Yves de Peretti a retrouvé quelques figurants que « le Prussien », le popaa (l’homme blanc), avait choisis très jeunes. Ils se souviennent de Reri, alors âgée de 16 ans, du tournage sur un îlot du lagon de Bora Bora, à Motu Tapu (l’île du secret, gardé par un esprit du feu), où Murnau fit construire une maison sur un terrain tabou. Certains prétendent qu’on y aurait vu le fantôme du réalisateur…

Entretien avec Bernard Eisenschitz (51’), auteur d’une Histoire du cinéma allemand (Armand Colin, 2011, 3e édition). Divisé en cinq chapitres, cet entretien rappelle que Murnau avait dix ans d’expérience du cinéma quand il s’est lancé dans l’aventure de Tabou. Nosferatu, une symphonie de l’horreur (Nosferatu, eine Symphonie des Grauens, 1922), puis Le Dernier des hommes (Der letzte Mann, 1924) avaient attiré l’attention du producteur William Fox qui lui accorda de gros moyens pour la réalisation de L’Aurore en 1927. Mais Murnau ne finira pas les deux films suivants, Les Quatre diables et City Girl : d’autres réalisateurs seront chargés de filmer les séquences parlantes. C’est alors qu’il se rapproche de Flaherty, tous deux s’accommodant mal du système hollywoodien et se lancent dans le projet de tournage de Turia, l’histoire d’un pêcheur de perles polynésien, qui doit être financé par Colorart, une petite maison de production qui ne tiendra pas ses engagements, mais prétend toutefois détenir les droits du film. Le projet sera rebaptisé Tabou, dont la mise en oeuvre engendra des différends entre Flaherty et Murnau qui prendra seul en charge la production et la réalisation, avec le jeune chef opérateur Floyd Crosby, avec un travail sur l’ombre et la lumière, dans la mouvance de l’expressionnisme allemand…

Treibjagd in der Südsee (1940, 1.33:1, noir et blanc, 11’). Un documentaire de W.F. Murnau sur un mode de pêche polynésien : les poissons de la lagune sont poussés par des pierres frappées sur l’eau vers des culs de sac où ils seront harponnés. On retrouve dans ce court métrage quelques séquences de Tabou.

Tabou

Image - 4,5 / 5

L’image (1080p, AVC) respecte le format original 1.20:1 qui fut celui des premiers films sonores quand la pellicule 1.33:1 du muet dut céder un peu de sa largeur à la piste optique du son.

Bien qu’un texte nous avertisse que l’image n’ait pas été stabilisée « pour conserver intact le caractère du film » (sans plus d’explication !), on ne ressent vraiment une instabilité, peu gênante et très passagère, que dans quelques séquences de la fin du film.

L’image, en réalité très propre, lumineuse, bien contrastée, avec des noirs denses, offre une netteté qui lui donne une étonnante profondeur et déploie un délicat dégradé de gris.

Une excellente restauration, dans le respect de la texture originale de l’oeuvre.

Son - 4,5 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 2.0, avec un remixage en stéréo à peine perceptible, est très propre. Une excellente dynamique donne de l’ampleur à l’accompagnement musical, pot-pourri d’extraits de musique classique et d’une composition originale de Hugo Riesenfeld, accompagnant l’action jusqu’à l’excès, aussi descriptive que la bande-son des films de Mickey Mouse.

Tabou

Crédits images : © Friedrich Wilhem Murnau Stiftung

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 19 janvier 2018
Tabou, le dernier de F.W. Murnau, un des chefs-d’œuvre impérissables du cinéma, permet de mesurer la perte pour le septième art que fut la disparition prématurée du réalisateur, à l’âge de 42 ans. Magnifiquement restauré, accompagné de bonus d'un exceptionnel intérêt, voilà un film à voir et à revoir !

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