Made in Britain : le test complet du DVD

1982. Réalisé par Alan Clarke
Avec Tim Roth, Vass Anderson et Madelenine Athansi

Édité par Potemkine Films

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Le 11/01/2012
Critique

Trevor, un jeune skinhead de 16 ans empli de haine, est condamné à un placement de 6 semaines dans un centre social pour vol, violence raciale et dégradations d’habitations. Il est alors suivi par Harry Parker, qui va tout faire pour le faire changer de voie. Mais Trevor tient à sa liberté…

Tourné pour la télévision en 1981, Made in Britain suit au plus près Trevor, 16 ans, croix gammée tatouée entre les yeux, skinhead d’extrême droite condamné pour violence. En suivant chacun de ses mouvements, en s’attachant à lui comme un complice ou comme un voyeur à l’aide d’une caméra steadycam aérienne, Alan Clarke dénonce avant toute chose un système éducatif qui n’arrive pas à intégrer Trevor, lui-même victime de la politique économique et sociale violente de son pays. Si l’agressivité émane du corps de Trevor et peut rebuter toute personne qui croise son chemin, celui-ci ne trouve aucun véritable interlocuteur et surtout aucune réponse quant à son avenir. Ni victime, ni coupable, Trevor, véritable bombe à retardement, n’a d’autre  » solution  » que de crier et d’avoir recours à la violence (surtout verbale) pour protester contre un système qui ne peut ni ne veut s’occuper de lui.

Alan Clarke n’est pas un cinéaste moraliste et laisse le spectateur juger Trevor sur ses actes et propos. Par ailleurs, le cinéaste ne donne aucune indication sur l’histoire de Trevor, ne fait aucune référence au passé du personnage, ni à ses parents, ni ses origines sociales. Trevor est à prendre ou à laisser tel qu’on nous le livre dès la première image du film accompagné d’une musique punk assourdissante. Le système représenté par les adultes croisant la route du personnage merveilleusement incarné par Tim Roth qui crève l’écran, contribue à cette vie sans perspective et sans futur et ne se révèlent que comme les vecteurs d’une politique ostracisante. Sujet brûlant, film éprouvant et haletant, rapide et épuré comme un documentaire, Made in Britain apparaît encore aujourd’hui comme l’oeuvre la plus contestataire des années Thatcher marquées par la disparition des syndicats et de la classe ouvrière dans un contexte de chômage généralisé.

Généralités - 3,5 / 5

Un superbe digipack slim renferme le DVD sérigraphié avec un Trevor hurlant. Le menu principal demeure fixe, le visuel montre les Doc Martens de Trevor tandis que rugit la musique du groupe punk The Exploited. Notons l’absence de chapitrage.

Bonus - 4,0 / 5

L’éditeur propose trois entretiens avec Tim Roth, le scénariste David Leland et la journaliste-critique de cinéma Andrea Grunert. Le premier s’exprime sur le climat politique britannique des années 80 marqué évidemment par l’époque Thatcher, Premier ministre du Royaume-Uni, de 1979 à 1990, mais aussi sur la façon dont il a obtenu le rôle, abordé le personnage, et quelles ont été ses inspirations et ses rapports avec le réalisateur Alan Clarke.

David Leland revient de son côté sur la genèse de Made in Britain, l’écriture du scénario (inspiré de ses propres colères et frustrations sur l’éducation), les partis-pris narratifs (notamment le choix de ne jamais faire référence au passé de Trevor ni à ses origines) et évoque l’interprétation de Tim Roth et la mise en scène d’Alan Clarke. Notre interlocuteur déclare également n’avoir eu aucun problème avec la censure (malgré un  » fuck  » tous les deux mots), dévoile une fin alternative (photos à l’appui) et avoue avoir écrit une suite à Made in Britain, censée montrer le personnage de Trevor âgé de 40 ans, mais qu’aucun producteur n’a voulu lancer le projet.

Andrea Grunert replace quant à elle Made in Britain dans l’oeuvre d’Alan Clarke et n’évite cependant pas la paraphrase quant à ce qui se déroule à l’écran. Toutefois, son analyse formelle et thématique ne manque pas de pertinence et interpelle sur quelques points qui ne sont pas obligatoirement notables lors de la première vision du film.

Image - 2,5 / 5

Tourné pour la télévision avec les moyens du bord, Made in Britain nous apparaît aujourd’hui dans un master plein cadre vaporeux, trouble, au grain important et pourvu de quelques scories et griffures. Tourné avec une pellicule ultrasensible afin de restituer la lumière ambiante, le film d’Alan Clarke demeure marqué par une colorimétrie délavée, et les déplacements du steadycam n’arrangent pas les affaires à une compression somme toute légère tandis que le piqué s’avère grumeleux. Toutefois, les partis-pris esthétiques semblent respecter et la texture de l’image renforce l’impression brut de décoffrage de Made in Britain. L’ensemble finit par trouver un équilibre correct.

Son - 3,0 / 5

Les voix sont quelque peu voilées, un souffle sporadique est souvent présent mais la musique punk du groupe The Exploited est plutôt fracassante sur cette piste mono 2.0. Les conditions acoustiques demeurent limitées mais suffisantes, et la séquence de la course automobile réveille un peu les enceintes.

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Sony LCD Bravia KDL-32W5710
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Pioneer VSX-520
  • Kit enceintes/caisson Mosscade (configuration 5.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 81 cm

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