Une jeune fille a la derive : le test complet du DVD

Hikô shôjo

1963. Réalisé par Kirio Urayama
Avec Masako Izumi, Mitsuo Hamada et Jun Hamamura

Édité par ED Distribution

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Le 27/03/2017
Critique

Une jeune fille a la derive

Wakae, une jeune fille de 15 ans, a décroché de l’école : sa mère est morte et son père a sombré dans l’alcoolisme. Hôtesse dans un bar, elle subit les propos et les gestes déplacés des hommes et commet régulièrement de petits larcins. Elle croise un jour la route de Saburo, un peu plus âgé qu’elle, un camarade d’enfance perdu de vue, qui veut l’aider à reprendre le chemin de l’école…

Une jeune fille à la dérive (Hikô shôjo - 非行少女) est le deuxième film de Kirio Urayama, tourné en 1963, dans les premières années de la Nouvelle vague du cinéma japonais dont les porte-drapeaux étaient, notamment, Nagisa Ôshima et Shôhei Imamura. C’est le seul film du réalisateur jamais sorti dans les salles françaises, pour la première fois en juillet 2009.

Deux sorties récentes que nous avons passées en revue ont été l’occasion d’un bon aperçu sur la Nouvelle vague japonaise : l’édition par Carlotta Films du Coffret Nagisa Ôshima rassemblant neuf de ses films tournés dans les années 60 et l’édition par Elephant Films de sept longs métrages de Shôhei Imamura, certains inédits, de Désir meurtrier (1958) à Le Pornographe (1966).

Une jeune fille a la derive

Une jeune fille à la dérive met en avant un personnage féminin, comme beaucoup de films japonais de cette période. Mais, alors qu’ils montrent généralement des femmes à la forte personnalité, voire dangereuses, en tout cas capables de prendre fermement leur destin en main, Une jeune fille à la dérive se distingue par la grande fragilité de son personnage principal, au moins jusqu’à la dernière scène et sa fin ouverte.

Saburo, beaucoup mieux protégé que ne l’est Wakae par son environnement familial, ne peut, lui non plus, cacher sa faiblesse, notamment révélée par la réponse qu’il donne à sa mère quand elle l’incite à rechercher un travail : « Je ne suis pas volontairement paresseux, je ne sais juste pas quoi faire ».

En toile de fond du chassé-croisé amoureux des deux jeunes gens, filmés avec style (malgré l’irruption incongrue, dans les moments dramatiques d’un accompagnement musical aux accents napolitains avec mandolines !), le film lève, comme les autres films de l’époque, mais plus discrètement le coin du voile, dans une série de courtes séquences, sur la société japonaise d’alors : les manifestations contre la présence américaine, le chômage, l’alcoolisme, le statut dépendant de la femme, la corruption, le crime organisé, l’ébranlement des traditions par l’occidentalisation de la culture et des mœurs…

Si Une jeune fille à la dérive n’élude pas certains clichés, il a largement les qualités suffisantes pour laisser une empreinte durable chez le spectateur curieux, à la recherche d’un cinéma différent. Une séquence surprenante, certainement unique dans la déjà longue histoire du cinéma, restera définitivement associée au film : celles de poules embrasées fuyant un incendie.

Un film rare, interprété avec naturel par Masako Izumi, d’une surprenante maturité alors qu’elle n’avait que l’âge du personnage. À découvrir…

Une jeune fille a la derive

Généralités - 4,5 / 5

Une jeune fille à la dérive (114’) et son supplément (11’) tiennent sur un DVD-9 logé dans un mince digipack (7 mm) illustré de plusieurs photos du film. Le menu fixe et musical (le fameux air de mandoline).

Le film est proposé dans sa seule version originale (Dolby Digital 1.0), avec sous-titres optionnels qui auraient pu être placés un peu plus bas, sur la bande noire.

Bonus - 3,5 / 5

Présentation du film par Stéphane Du Mesnildot (11’). Critique aux Cahiers du cinéma et auteur de Fantômes du cinéma Japonais (Raccords, 2001) et de Le Miroir obscur : une histoire du cinéma des vampires (Rouge profond, 2013), Stéphane Du Mesnildot rappelle la naissance du courant de la Nouvelle vague japonaise. La Nouvelle vague française, dont le succès avait dépassé les frontières de l’hexagone, a incité la Nikkatsu à confier à de jeunes assistants la réalisation de films à petit budget avec des acteurs peu connus ou débutants. Kirio Urayama, contrairement aux principaux représentants de la Nouvelle vague, tels Nagisa Ôshima ou Shôhei Imamura, accorde moins d’importance à la politique, dans l’environnement agité des années 60, pour surtout mettre l’accent sur les problèmes sociaux, un peu à la manière du néoréalisme italien d’après-guerre. L’échec commercial de La Chambre noire (1983) lui vaudra d’être licencié par la Nikkatsu. Il aura le temps de réaliser un autre film, Yumechiyo nikki, un mélodrame qui sortira l’année de sa mort prématurée, à 55 ans.

Pour finir, la bande-annonce de deux autres récentes éditions ED Distribution : Adieu Falkenberg (2006) du Suédois Jesper Ganslandt et Les Secrets des autres (Patrick Wang, 2015).

Une jeune fille a la derive

Image - 4,0 / 5

L’image (2.35:1, noir et blanc), en dépit d’un avertissement sur les défauts du master 35 mm utilisé pour le transfert vidéo, est très propre : les rares taches et griffures se remarquent à peine, guère plus qu’un léger bruit vidéo, surtout décelable sur les fonds de ciels.

Le seul point faible, peu gênant, est un léger manque de luminosité des blancs et de densité des noirs.

Son - 4,0 / 5

Le son Dolby Digital 1.0, propre, avec peu de saturations dans l’accompagnement musical, restitue clairement les dialogues. Un léger souffle se fait aisément oublier.

Une jeune fille a la derive

Crédits images : © ED Distribution

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 27 mars 2017
Une jeune fille a la dérive, le seul film de Kirio Urayama jamais sorti dans les salles françaises, un drame bouleversant, est l’œuvre d’un cinéaste en marge de la nouvelle vague japonaise, que de courtes séquences resituent dans l’environnement troublé du Japon d’après-guerre. Une soigneuse restauration et un bonus pertinent pour découvrir de film rare dans d’excellentes conditions.

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