Luis García Berlanga : L'âge d'or de la comédie espagnole : le test complet du DVD

Réalisé par Luis García Berlanga
Avec José Isbert, Lolita Sevilla et Manolo Morán

Édité par Tamasa Diffusion

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Le 19/12/2017
Critique

Luis Garcia Berlanga : L'âge d'or de la comédie espagnole

Le coffret Luis García Berlanga : L’âge d’or de la comédie espagnole propose, d’un seul coup, trois films d’un réalisateur important, jusque-là délaissé par l’édition vidéo en France.

Bienvenue Mr. Marshall (1953, noir et blanc, 1.37:1, 75 minutes). Villar del Río est un petit village castillan où vivent paisiblement une centaine d’habitants, le maire, le curé, des notables et un hidalgo fier, mais désargenté. Une nouvelle extraordinaire va tout bouleverser : la délégation américaine du Plan Marshall doit s’y arrêter. Comment plaire à ces visiteurs qui ne manqueront pas de distribuer les dollars à la pelle et satisfaire les rêves les plus fous ?

Plácido (1961, noir et blanc, 1.37:1, 83 minutes). À la veille de Noël, le roi de la cocotte-minute organise à des fins mercantiles une campagne de charité avec pour slogan : « Invitez un pauvre à dîner pour le réveillon ! » Défilé, starlettes et reporters seront de la partie. Pour les transports, il embauche Plácido qui gagne sa vie en conduisant son triporteur motorisé…

Le Bourreau (El Verdugo, 1963, 76 minutes). Carmen est la fille d’Amadeo, le bourreau de Madrid. Ses relations amoureuses sont une catastrophe : tous les garçons qu’elle rencontre finissent par la quitter dès qu’ils apprennent la profession de son père. José Luis, employé des pompes funèbres, connaît les mêmes déboires avec les femmes. Une rencontre fortuite avec Amadeo va changer sa vie…

Luis Garcia Berlanga : L'âge d'or de la comédie espagnole

Luis García Berlanga, un des acteurs du réveil d’un cinéma espagnol anesthésié par des années de franquisme, était resté absent des catalogues vidéo. Une bonne idée qu’a donc eue Tamasa Diffusion d’éditer pour la première fois trois de ses films, après avoir, dans sa nouvelle CollectionViva l’Italia!, distribué des films italiens encore inédits et édité dans Carlos Saura : Les années rebelles 1965-1979, toute une série de films jusque-là introuvables dans nos bacs.

Bienvenue Mr. Marshall est le premier film réalisé seul par Luis García Berlanga, cinq ans après Paseo por una guerra antigua, une oeuvre collective coécrite et coréalisée avec Juan Antonio Bardem, Agustín Navarro et Florentino Soria. Dans ce premier film, le réalisateur observe avec une distance critique la société d’alors, sur le ton de la comédie chorale, ce qui lui permettra de passer plus facilement entre les mailles des filets de la censure, au prix d’une petite concession, toutefois : il a supprimé la scène dans laquelle l’institutrice s’éprenait d’un bel Américain (la mixité culturelle avait ses limites !). La charge est encore légère, et restreinte à l’échelle d’une toute petite communauté, celle du village castillan de Villar del Rio, mais prend une dimension plus universelle en stigmatisant les clivages sociaux, les préjugés, l’ingérence du curé…

Encouragé par le succès commercial et critique de cette première oeuvre, le cinéaste affute nettement son regard critique dans les deux films suivants. Plácido expose la largeur du fossé qui sépare la bourgeoisie aisée des petites gens qui, quand ils gagnent juste de quoi vivre, ont du mal à joindre les deux bouts, tel Plácido, le personnage qui sert de lien avec tous les autres dans sa quête désespérée à trouver, la veille de Noël, les pesetas pour s’acquitter des frais de protêt d’une traite et éviter que soit saisi son triporteur. Plácido se moque ouvertement d’une invitation adressée à chaque foyer aisé par le Caudillo de recevoir un pauvre à la table du réveillon de Noël. L’affrontement politique est encore plus direct avec Le Bourreau, un émouvant plaidoyer contre la peine de mort.

Luis Garcia Berlanga : L'âge d'or de la comédie espagnole

La comédie, plutôt enjouée de Bienvenue Mr. Marshall, centrée sur les idées farfelues de ses citoyens pour faire tomber une pluie de dollars sur Villar del Rio, avec les commentaires narquois de Fernando Rey en voiceover, devient douce-amère, voire sombre, dans les deux films suivants. Plácido ne tourne pas autour du pot : les pauvres sont si encombrants qu’on a envie de s’en débarrasser au plus vite, surtout s’ils poussent les mauvaises manières jusqu’à avoir un malaise pendant les libations et, pire encore, jusqu’à mourir sur place !

La comédie tourne résolument au noir dans Le Bourreau : José Luis, après avoir cédé à contrecoeur aux pressions de son beau-père pour le remplacer dans ses fonctions de bourreau, traque les crimes dans les journaux et vérifie dans le code pénal s’ils sont punissables de la peine capitale, prêt à démissionner le jour où on l’appellera à resserrer le garrot, au risque de perdre l’appartement tout neuf que son statut de fonctionnaire lui a permis de louer. Une des scènes finales, filmée entre les murs blancs d’une cour de prison, est franchement angoissante. C’est à sa coproduction avec l’Italie, valant à Nino Manfredi le premier rôle, que le film fut, de justesse, tenu à l’abri des foudres de la censure et put être présenté à la Mostra de Venise où il remporta le Prix FIPRESCI.

Luis Garcia Berlanga : L'âge d'or de la comédie espagnole

Généralités - 4,0 / 5

Luis García Berlanga : L’âge d’or de la comédie espagnole propose trois films, Bienvenue Mr. Marshall, Plácido et Le Bourreau, sur trois DVD-9 séparés, chacun logé dans un fin digipack, comme la plupart de ceux composant le catalogue de Tamasa Diffusion, et glissés dans un étui.

Menu fixe et musical pour chacun des films, en version originale (Dolby Digital 1.0), avec sous-titres optionnels.

À l’intérieur de chaque digipack, un livret de 16 pages avec une intéressante sélection d’extraits (pas toujours soigneusement relus) de critiques célèbres, dont Georges Sadoul pour Bienvenue Mr. Marshall, de Jean-Louis Bory pour Plácido, de Jean-André Fieschi pour Le Bourreau… Le livret contient aussi plusieurs interviews de Luis García Berlanga et une dizaine de photos de chaque film. La lecture de ces livrets donne un éclairage varié, non seulement sur les trois films, mais, plus largement, sur le cinéma espagnol des années 50 et 60.

Luis Garcia Berlanga : L'âge d'or de la comédie espagnole

Bonus - 4,0 / 5

En complément de chacun des films, Le regard de Marcos Uzal, une suite d’entretiens, d’une quinzaine de minutes chacun, avec une présentation de chaque film et une analyse du cinéma espagnol des années franquistes auquel, notamment, redonnèrent des couleurs Luis García Berlanga qui endort la censure en choisissant le genre de la comédie, et Juan Antonio Bardem, auteur d’un cinéma plus ouvertement contestataire, souvent avec la complicité du célèbre scénariste Rafael Azcona. À l’origine du nouveau cinéma espagnol, ils ouvriront la voie à la nouvelle vague dont l’un des porte-drapeaux sera Carlos Saura. Marcos Uzal évoque les influences de ce nouveau cinéma, essentiellement le néoréalisme et la comédie italienne, mais aussi, dans le cas de Berlanga, celle du René Clair d’A nous la liberté et de Le Million (aujourd’hui seulement édité aux USA et en… Corée !)

Le plaisir apporté par ces intéressants entretiens est légèrement terni par une prise de son avec des crachotements qui rappellent, bien qu’elle ait été faite dans le calme d’une bibliothèque, le bruit du vent sur un micro sans bonnette. Accessoirement, les extraits de films illustrant les chroniques ne sont pas sous-titrés.

Luis Garcia Berlanga : L'âge d'or de la comédie espagnole

Image - 4,0 / 5

L’image, au format 1.37:1 pour Bienvenue Mr. Marshall et Plácido (qui est bien le format original de ces deux films et non 1.66 :1 comme indiqué au dos des digipacks), au format 1.85:1 pour Le Bourreau, a été soigneusement débarrassée de toute trace de dégradation de la pellicule. Aussi très stable et bien contrastée, elle manque toutefois légèrement de luminosité.

Luis Garcia Berlanga : L'âge d'or de la comédie espagnole

Son - 3,5 / 5

Le son (Dolby Digital 1.0), lui aussi très propre, offre un spectre assez peu ouvert, pauvre en basses et au timbre parfois aigrelet. La réduction du souffle est remarquable. Les commentaires de Fernando Rey, le narrateur de Bienvenue Mr. Marshall, sont parasités par des crachotements.

Luis Garcia Berlanga : L'âge d'or de la comédie espagnole

Crédits images : © Tamasa

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 19 décembre 2017
Bienvenue Mr. Marshall, Plácido et Le Bourreau, trois films de Luis García Berlanga, un des acteurs du réveil d’un cinéma espagnol anesthésié par des années de franquisme, restés absents des catalogues vidéo, sont maintenant disponibles, avec une présentation par un spécialiste du cinéma espagnol.

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