JSA - Joint Security Area : le test complet du DVD

Gongdong gyeongbi guyeok JSA

2000. Réalisé par Park Chan-wook
Avec Byung-hun Lee, Young-aeh Lee et Kang-ho Song

Édité par CTV International

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Le 21/10/2003
Critique

La Zone Commune de Sécurité (Joint Security Area alias JSA) se trouve à Panmunjom, petit village coréen situé près du 38ème parallèle à la frontière des 2 Corées. Dès octobre 1951, ce même village servira de zone neutre aux multiples rencontres entre les représentants de l’ONU et les sino- Coréens. Après d’âpres négociations, un armistice sera enfin signé en juillet 1953. Toutefois, le pays restera coupé en deux. Côté Nord, les Coréens convaincus par le modèle communiste et soutenus par le régime de Moscou. Côté Sud, d’autres Coréens séduits par le modèle capitaliste et appuyés par Washington.

La source de tension entre les deux camps est extrême et dans ce contexte, la moindre étincelle peut faire basculer non seulement les deux pays mais également le monde dans la guerre. En bref la théorie des dominos (un pays entraînant un autre pays allié dans la guerre et ainsi de suite) comme si vous y étiez ! La matière est d’une extraordinaire richesse et Sang-Yun Park, auteur de « DMZ » le roman duquel est tiré le film, le sait. Il lui a suffit d’utiliser cette tension pour servir une histoire forte, emplie d’humanité et d’universalité afin qu’elle parle au plus grand nombre.

Cependant, pour que « DMZ » dépasse les limites de la Corée du Sud, le roman a besoin d’être adapté au cinéma. Compte tenu du succès qu’a déjà obtenu le livre, la production sera grandiose et la réalisation spectaculaire. Pour cela, Myung Film fait appel à Chan-Wook Park. Ce jeune réalisateur n’a jusqu’ici que 2 films à son actif (« Anarchists » et « The Humanist ») mais la solide réputation de prendre des risques. Ca tombe plutôt bien car le sujet est risqué. « DMZ », devenu pour le cinéma « JSA », traite de l’impossible et pourtant souhaitable rapprochement entre les 2 Corées à travers les rapports passionnels et violents de 4 soldats (2 coréens du Nord et 2 Coréens du Sud).

4 personnalités bien marquées, 4 stéréotypes qui ne manquent ni d’audace ni de ténacité pour faire évoluer les rapports tendus entre les deux entités politico-géographiques d’un seul et même pays. Le baroudeur, le comique, le peureux et le téméraire forment le socle de la narration. Tous les autres personnages ne servent qu’à les faire se rencontrer ou se séparer, cherchant à pénétrer ou à briser le cercle de leur relation.

Si le film débute comme un polar fort bien ficelé en territoire militaire, « JSA » prend rapidement de l’altitude à travers la relation que nouent ces 4 hommes. La réalisation particulièrement soignée (cf. les champs de blé) combinée à l’excellente prestation des acteurs offrent au spectateur de grands moments de cinéma et certaines scènes d’anthologie (cf le feu d’artifices de mines, la bataille de crachats au- dessus de la frontière). Vous trouvez le compliment poussé mais à la vision d’un tel bijou, on ne peut qu’être transporté tant par l’atmosphère que par la portée du discours. C’est une oeuvre importante voire majeure dans cette époque propice aux tensions de toutes sortes. « JSA » est un plaidoyer pour l’amitié contre la haine et l’exclusion parce qu’il remonte aux sources de ce qui crée la division : l’ignorance. On a peur de ce qu’on ne connaît pas et ce sentiment nous fait détester ce qui nous est inconnu.

C’est la grande force du film ; avoir su dépasser les idéologies. En s’abstenant de juger, il renvoie dos à dos les deux camps en se moquant de leurs peurs issues de leur bêtise et de leur suffisance. « JSA » les fustigent, ridiculisant tour à tour cette Organisation des Nations Unies incapable de montrer une véritable neutralité, les sud-coréens « bouffeurs de cocos » puis les communistes embourbés dans leur propre spirale propagandiste. Il n’y a plus pour les deux côtés ni Bien ni Mal, ni Bon ni Mauvais mais une seule et même stratégie ; celle de l’annihilation de l’autre par des calculs aussi machiavéliques que mesquins. Les deux camps condamnent ainsi les protagonistes au mensonge, au meurtre, « au massacre » dira l’un d’eux.

L’horreur côtoie souvent le merveilleux et de l’horreur d’une guerre fratricide, « JSA » extrait le miracle de l’amitié, preuve incontestable qu’il reste encore assez d’humanité en l’homme pour rétablir la paix. Habillé d’universalité, « JSA » a su trouver les mots et les images pour nous sensibiliser à la cause coréenne. En pointant sa caméra sur des hommes injustement séparés avant de s’intéresser aux soldats, il nous a rappelé qu’en France, en Allemagne, en Afrique du Sud, il n’y a pas si longtemps de cela, les combats fratricides avaient divisés avec une pareille horreur et une même intensité.

Drôle de monde, drôle de guerre, drôle de beau film… à ne rater sous aucun prétexte !

Généralités - 4,0 / 5

La sortie en salle du dernier long-métrage de Chan-Wook Park, « Sympathy for Mr Vengeance » n’est sans doute pas étrangère à la sortie en DVD de « JSA ». On ne s’en plaindra pas et pour l’occasion, CTV et TF1 Vidéo ont sorti le grand jeu.

Un emballage cartonné de très belle facture, deux DVD avec la présence sur le premier d’une piste DTS et 5.1 en VO et de deux commentaires audio incluant celui du réalisateur puis celui de l’équipe du film. Que demander de plus ?

Un deuxième DVD peut-être ? Hé bien il y est avec une multitude de bonus qui vous en apprendront plus sur la fabrication d’un film que tous ceux que vous avez pu visionner jusqu’alors. En fait, c’est même un peu trop car certains bonus veulent tellement bien faire qu’ils se chevauchent, se répètent et finissent par ne plus savoir quoi montrer.

Mais on ne va pas chipoter. Mieux vaut trop que pas assez (comme c’est souvent le cas). Dotés d’une énergie débordante et d’une incroyable personnalité, ces bonus méritent plus que tout autres de s’y attarder !

Bonus - 4,0 / 5

Ce qui frappe immédiatement en regardant ces suppléments, c’est qu’ils semblent n’avoir été « corrompus » par aucune volonté mercantile. C’est de l’interview brute de fonderie où chacun s’exprime librement. Autre point fort, autre bonne surprise ; la réalisation est entièrement coréenne et ça se sent. Pas de poudre aux yeux ni d’extraits intempestifs, chacun fait preuve d’une sincérité juvénile et veut nous montrer avec quels moyens et astuces « JSA » a été réalisé.

Malgré les incontournables maladresses de style, l’ensemble étale au grand jour la bonne volonté, l’énergie et le talent déployés par l’ensemble de artisans. Peut-être que l’éditeur aurait pu en rajouter un nous expliquant l’absence d’un sortie cinéma en France ?

Le Making of (54’46 – VOST)
D’entrée de jeu, les choses sérieuses commencent. Le documentaire évite le blabla promotionnel pour nous plonger immédiatement au coeur de la fabrication d’un des plus gros succès du Box Office coréen. Eviter le piège n’était pourtant pas évident puisque, fort de ses 6 millions de spectateurs, il aurait été tentant de ne se limiter qu’à l’aspect financier et commerciale de « JSA ». Point s’en faut ! Des acteurs au réalisateur en passant par le scénariste, le dialoguiste, le chef opérateur jusqu’au chef décorateur, tous ont été interviewés. Etape par étape, ils nous expliquent et nous exposent la manière voire les manières dont ils ont approché le film. Et comme personne n’a de dons surhumains (contrairement aux techiniciens américains), le documentaire est aussi l’occasion d’exposer ses choix, ses doutes, ses peurs, les interdits rencontrés et les tabous transgressés.
Bref, s’il n’avait pas été quelque peu handicapé par un montage brouillon et par une totale absence de transition, ce documentaire aurait sans doute constitué l’un des plus complets à ce jour. On le qualifiera tout de même de fort instructif.

Interview du réalisateur et d’un des acteurs (23’58 - VOST)
Excellente surprise que de retrouver le réalisateur et l’un de ses acteurs non dans un studio devant une gigantesque affiche du film mais bien autour d’une table dans un café. C’est une véritable bouffée d’air frais et on se croirait revenu à l’époque de la nouvelle vague où Truffaut, Godard, Chabrol et les autres passaient leurs interviews au bistrot à disserter avec sincérité et intelligence sur le film qu’ils venaient de réaliser. Le cinéaste peut ainsi étaler ses influences et ses inspirations (évoquant au passage le « Trop belle pour Toi » de Bertrand Tavernier), parler de sa carrière pour terminer sur les trucs utilisés pour la réalisation.

Interview d’un des acteurs (5’46 – VOST)
Sous couvert d’une banale interview, l’acteur sud-coréen qui joue dans le film le rôle d’un soldat nord-coréen nous expose sa vision très franche et très personnelle de la situation en Corée. Là encore, absence de langue de bois pour ce témoignage coup de poing. Incontournable ! Et si on transposait la situation en Corée sur ce qui peut se passer aujourd’hui dans nos sociétés occidentales « dites » développées et civilisées ?

Le tournage (19’46 – VOST)
Nous y voilà… ou plutôt nous y revoilà ! Mais cette fois avec des détails encore plus croustillants rapportés avec une énergie et une bonne humeur communicatives. Ici, vous en apprendrez plus sur les répétitions, la direction d’acteur, les décors et ainsi de suite. Certes la caméra est mal habile, certes le son n’est pas à la hauteur de ce qu’on est en droit d’espérer pour un documentaire DVD, mais c’est tellement intéressant qu’on en redemande. Plus, montrez-nous plus !

La véritable zone « DMZ » (12’42 – VOST)
C’est l’unique déception de ce DVD. Le cadre est improbable, l’image baveuse et le son trop fort pour apporter quoi que ce soit à ce qui nous est montré. On nous explique rien, pire on nous prend pour des touristes et on s’amuse (ou on s’ennuie, c’est selon) à jouer les voyeurs pendant ces interminables 12’42. Ha oui, j’oubliais ! De grotesques cartons censés nous lâcher des bribes d’informations sur les lieux exposés sont sensés encadrer le tout. Nous voici revenu au temps du muet… absurde !

Diaporama
Les images sont belles et invitent à nous arrêter sur les temps forts du films. L’absence de storyboards est toutefois regrettable mais c’est histoire de pinailler.

La Promotion (14’ – VF ou VOST)
Sous cette dénomination générique se cachent les bandes- annonces en VF et VOST, coréennes et japonnaises, les spots TV en VOST, le clip vidéo (comprenez le clip du tournage) Et l’inévitable clip musical. Si l’ensemble est plutôt inégal compte tenu d’une image fortement bruitée aux couleurs franchement délavées et d’un son essentiellemnt porté sur l’enceinte centrale, la consultation de cette section demeure néanmoins enrichissante. Il fait état des différents outils de promotion déployés par CJ Entertainment à l’occasion de la sortie du film. On aurait pu également titrer la section « comment faire plus d’entrées avec 100 fois moins que le budget d’un Blockbuster hollywoodien ».

Image - 5,0 / 5

Oui, je n’en démordrai pas et tant pis pour les bougons qui trouvent à redire sur le grain ou la profondeur de champs. Ici, c’est de l’image de qualité avec une compression qui force le respect. Il faut également souligner que l’œuvre originale a été filmée en Cinémascope avec un format Super 35 mm, ce qui veut dire que Chan-Wook Park s’est offert le luxe de tourner dans un format supérieur au formats habituellement employés.

Cela rejaillit logiquement sur la richesse et la profondeur de l’image. Certains plans ressemblent à des tableaux tant la photo, l’angle et la prise de vue choisis font merveille. Le champ de blé pourrait très prochainement devenir un cas d’école tout comme l’éclairage si ambigu lors du massacre dans le poste de garde. Le cadre occupe l’espace sans jamais le noyer et la lumière enveloppe de mystère les visages.

Si comme tout le monde, j’avais pu être un court moment tenté de rapprocher « JSA » de Basic (de John McTiernan), l’image a définitivement fini de creuser l’écart propulsant l’un au rang d’oeuvre, rabaissant l’autre au niveau du bon film d’action. La qualité de la réalisation fait toute la différence. Et le DVD permet, grâce à un piqué élégant et des contrastes subtilement nuancés, d’appuyer cette différence. Chaque plan innove par sa mise en scène singulière et somptueuse. Une innovation que TF1 Vidéo et CTV n’ont pas manqué de souligner au travers de cette très respectueuse édition DVD.

Son - 3,5 / 5

Voici que le DTS fait à nouveau son apparition. Plus tonique que le Dolby Digital, cette piste tout en force conserve aux instants de calme leur poésie tout en n’hésitant pas à les déchirer par de retentissants combats. La piste DTS est violente, nerveuse et retranscrit parfaitement l’atmosphère du film.

Habituellement adepte de la nuance, je vous le dis tout net (et sans honte) j’ai été soufflé par tant de dynamisme et de puissance (cf le combat final entre les deux armées). L’importance de la musique est ici parfaitement rendue autant que l’impact foudroyant des balles. Approchez l’oreille et vous percevrez le cliquetis des ceintures, le bruit sourd des pas et le choc provoqué par la jumelle contre l’oeil du soldat. Vous trouverez en comparaison la piste Dolby Digital 5.1 bien mollassonne. A vous de décider !

Que dire de la piste française. Qu’elle justifie la note de 3,5 sur 5 ! Il est sûr que doubler un film coréen avec des voix françaises n’est pas chose aisée mais si le 5.1 a eu le courage d’essayer, il n’arrive malheureusement pas au doigt de pied de son homologue coréenne. Après, c’est une question d’habitudes et de goûts mais tester la VO, c’est l’adopter !

Très bonne projection à toutes et tous !

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Rétroprojecteur Toshiba 43PH14P
  • Toshiba SD-330ES
  • Onkyo TX-DS797
  • système d'enceinte 5.1 Triangle
Note du disque
Avis

Moyenne

4,6
5
4
4
0
3
1
2
0
1
0

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kedkille
Le 24 septembre 2011
Un bon film du genre mais avec des points faibles dans le scénario et des interprétations un juste !!
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igor
Le 22 juin 2010
génial ! le Bergman asiatique !
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Emmanuel
Le 30 décembre 2003
Pas de commentaire.

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