La Revanche de Jessie Lee (1993) - DVD

Posse

Pays : USA, Royaume-Uni

La Revanche de Jessie Lee - DVD

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La Revanche de Jessie Lee
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Synopsis : En 1892, un groupe de soldats noirs, trahis par leur commandant blanc, le colonel Graham, déserte la guerre hispano-américaine. Avec Graham à leurs trousses, Jessie Lee les mène jusqu’à sa ville natale Freemanville, pour s’apercevoir qu’elle est en proie à des conflits raciaux. Rapidement, Jessie Lee va comprendre que pour ramener la justice et la liberté parmi son peuple, il va devoir taire les longs discours et sortir les armes…

Durée

Éditeur

MGM / United Artists

Distributeur

Fox Pathé Europa

EAN

3700259804813

Sortie vidéo

Disponibilité

Hors catalogue

Date de sortie en salle :

Studios

Polygram Filmed Entertainment
Working Title

Pépins

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Avis et critiques

Il y a 1 avis sur cette œuvre  :

Les Avis des Lecteurs

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pak
Le 12 décembre 2017
Pour comprendre un projet comme Posse, il faut revenir au contexte cinématographique du début des années 1990. A l'automne 1990 sort aux États-Unis Danse avec les loups de Kevin Costner, nettement pro-indien : c'est un succès critique (le film va rafler sept Oscars, trois Golden Globes et l'Ours d'Argent à Berlin plus des dizaines d'autres prix et nominations à travers le Monde), mais surtout public, rapportant près de dix fois ce qu'il a coûté rien que sur son territoire, à peu près 184 millions de dollars auxquels s'ajouteront les 484 millions rapportés par l'exploitation mondiale du film. Dès lors, les producteurs sentirent le filon à ré-exploiter, et remirent en selle, temporairement, un genre moribond, le western. La démarche de Costner ayant été à contre-courant du western traditionnel, s'intéressant plus à la cause indienne qu'aux classiques cowboys, les divers projets qui suivront tenteront la plupart du temps d'imiter l'acteur réalisateur en cherchant un angle inédit pour l'illustrer. En quelques années, le western va donc être décliné à toutes les sauces, avec bien-sûr les pro-indiens pour lesquels Danse avec les loups a ouvert la porte comme Le Dernier des Mohicans de Michael Mann en 1992 ou Geronimo de Walter Hill en 1993, parfois déclinés en neo-westerns comme La Vengeance du loup de Ryszard Bugajski en 1991 ou Cœur de Tonnerre de Michael Apted en 1992, mais aussi au féminin (Belles de l'Ouest de Jonathan Kaplan en 1994, Mort ou vif de Sam Raimi en 1995), en film d'auteur (Dead man de Jim Jarmusch, 1995), comédie (Maverick de Richard Donner, 1994), historique (Wyatt Earp de Lawrence Kasdan, 1994 ou Wild Bill de Walter Hill ainsi que Frank et Jesse de Robert Boris, 1995), crépusculaire (Impitoyable de Clint Eastwood, 1992), dessin animé (Fievel au Far-West, 1991)... et à la mode hip-hop avec ce Posse...

Mario Van Peebles fait feu de tout bois au début des années 1990. C'est un touche à tout : mannequin, acteur, scénariste, auteur de chansons, chanteur, réalisateur, producteur... Il commence à se faire un nom comme acteur, grâce notamment à sa participation au film Le Maitre de guerre de Clint Eastwood et Les Dents de la mer 4 (même si ce film est une purge, il a eu droit à une grosse exposition médiatique à sa sortie). Il s'est aussi rendu populaire à la télévision, notamment avec sa série Sonny Spoon en 1988, qui ne tiendra que deux courtes saisons totalisant une quinzaine d'épisodes. En 1991, il est parmi les 50 personnalités les plus belles du Monde d'après People Magazine, un classement en soi complètement idiot, mais qui est surtout indicatif quant à sa popularité d'alors. Mais surtout, cette même année, il impressionne en présentant sa première réalisation cinématographique (il avait déjà réalisé des épisodes de séries telles que Sonny Spoon, 21 Jump Street ou Un flic dans la mafia), New Jack City. Le début de la décennie, c'est aussi l’explosion du rap et de la rue. Drogue, guerres de gangs, rivalités entre rappeurs (qui aboutiront en 1996 et 1997 aux assassinats de Tupac Shakur et Biggie Smalls) marquent la culture et l’actualité américaines, d’autant que l’affaire Rodney King va jeter les dernières étincelles sur une poudre déjà brûlante. Au point que le rap s’impose dans les bandes originales, qu’une mode de films sur les ghettos et les tensions interraciales trouve le chemin des salles avec des titres comme Menace II society des frères Hughes, Boyz N the hood de John Singleton ou Rage in Harlem de Bill Duke, et qu’il est de bon ton d’avoir un ou plusieurs rappeurs à l’affiche qui jouent les durs (Posse ne fait pas exception avec Big Daddy Kane dans l'un des rôles principaux). C’est dans ce contexte naissant que Mario Van Peebles se fait remarquer avec sa première réalisation, et qu’il entame ensuite le tournage de Posse. Bien que ce dernier soit un western, il reste dans une veine contestataire et applique les recettes du film à la gansta rap : héros borderlines et hors-la-loi, racisme des blancs, rappeur de service, montage rapide et mise en scène clipesque.

Malgré tout, en dehors de ses aspects typés cédant à une mode, ce film a le mérite de mettre en avant des héros noirs dans l’Amérique de la fin du XIXème siècle. Le western, genre qui se situe pourtant dans le temps au lendemain de la guerre de Sécession (la plupart des films voient leurs scénarios sensés se dérouler après la fin du conflit), est largement et majoritairement composé de héros blancs, parfois secondés de mexicains. L’homme noir y est plus marginal et rarement dans les rôles principaux, la plupart du temps serviteur ou esclave (ce qui parfois revenait au même), et ne parlons pas des dames, abonnées aux rôles de femmes de maison (cuisinières, domestiques, nounous... ). Woody Strode par exemple, peut-être le premier acteur noir à avoir une présence importante à l’écran dans un western, est un esclave dans Les Boucaniers d’Anthony Quinn en 1958. Deux ans plus tard, dans Le Sergent noir de John Ford, s’il est le protagoniste autour duquel l’intrigue se développe, il reste une victime d’un système guidé par les préjugés, et doit son salut à l’intervention de blancs en sa faveur. Il redeviendra un personnage secondaire dans les Ford suivant qu’il tournera, Les Deux cavaliers et L’Homme qui tua Liberty Valence. Ceci dit, cette lente évolution le conduira en 1966 à être l’un des personnages forts du film de Richard Brooks, Les Professionnels. On pourrait dire qu'il a ouvert la voie puisqu'à partir de la fin des années 1960, des acteurs noirs vont aussi avoir des rôles principaux dans des westerns : citons Jim Brown dans Les Cent fusils, Sydney Poitier dans La Bataille de la vallée du diable ou Buck et son complice, Ossie Davis dans Les Chasseurs de scalps, et bien plus tard, Danny Glover dans Silverado ou Morgan Freeman dans Impitoyable. Mais ce genre est alors en déclin, et surtout, cela reste au niveau du divertissement. En parcourant tous ces films, alors que la cause indienne fut assez tôt représentée, la place dans le western (et donc dans l’Histoire des États-Unis lors de la conquête de l’Ouest) de ceux que l’on nomme désormais les afro-américains reste exceptionnelle et concentrée sur des cas isolés. Qu’un réalisateur noir, s’intéresse à un genre quasi exclusivement créé, animé et proposé par des blancs ne pouvait que susciter la curiosité voire l’enthousiasme d’avoir enfin un angle de vue inédit.

Angle de vue tellement inédit qu’au moment de la sortie du film en salles, et même encore des années après lors d’une première vision, certains restent sceptiques sur des aspects du film. Et ce dès la scène d’ouverture, avec la participation de soldats de couleur lors de la guerre hispano-américaine à Cuba en 1898. Pourtant en 1989, Edward Zwick, dans Glory, avait montré avec panache que ces hommes avaient payé de leur sang leur droit de combattre les armes à la main durant la guerre de Sécession, et ce dès 1863. Droit durement acquis donc, poursuivi et honoré par les Buffalo soldiers (surnom donné par les Kiowas qu’ils affrontèrent plusieurs fois durant les guerres indiennes) dont on retrouvera justement les régiments engagés à Cuba. Van Peebles utilise ce fait historique comme entrée en matière, et suffisamment bien pour qu’on espère un film réussi. C'est le seul moment où il parvient à illustrer les rapports sulfureux entre blancs et noirs dans une armée, donc un pays, pas vraiment prêt à parler d'égalité des droits.

Un autre point d’étonnement concerne le fait de voir des noirs américains devenir aventuriers et se promener en toute impunité avec des armes. Pourtant, plusieurs photos d’époque montrent de tels hommes posant avec pistolets à la ceinture et / ou fusils à la main. Par exemple, prenons Ned Huddleston dont on voit la photo au début du film, né esclave dans l'Arkansas en 1849, affranchi à la fin de la guerre de Sécession, cowboy de rodéo puis voleur de chevaux au Mexique et au Texas, voleur de bétail dans le Wyoming, chercheur d'or, ayant connu une histoire d'amour tumultueuse avec une Shoshone et ayant échappé à la mort plus d'une fois. Un parcours qui en ferait presque le prototype du héros principal du film... Pour la petite Histoire, l'homme changea son nom en Isom Dart vers 1890, afin de changer de vie et avoir son propre ranch. Mais son passé de voleur le rattrapa puisque ses voisins ranchers le soupçonnaient d'avoir constitué son cheptel avec du bétail volé chez eux... Ceux-ci finiront par embaucher le fameux Tom Horn, qui tendit une embuscade à Huddleston / Dart le 3 octobre 1900 et le tua, bien qu'il ne fut jamais prouvé que ses bêtes furent effectivement volées, mais à l'époque, qui plus est lorsque l'affaire concernait un homme noir, la présomption d'innocence n'était qu'une vague notion vite balayée par une soi-disant justice très expéditive... Et par extension, passons du statut d’aventurier à celui de cowboy (les premiers devenant souvent les seconds et inversement) : contrairement à l’image véhiculée par les westerns, le métier de cowboy ne concernait pas que les blancs. S’il est difficile de nos jours d’évaluer le nombre d’hommes de couleurs concernés, il est admis qu’environ 30% des cowboys après la guerre de Sécession étaient des non-blancs, composés de mexicains, de métis et d’anciens esclaves. C’est d’ailleurs assez logique dans le sens où ce métier était dur, dangereux et très mal payé, la communauté des cowboys constituant l’une des plus basses couches sociales de cette fin de XIXème siècle. Là encore, il existe des photos d’époque illustrant ce fait. Il n’est donc pas aberrant, loin de là, de voir une petite troupe d’hommes noirs chevaucher l’arme à la hanche dans un pays qui pourtant ne les apprécie guère.

Enfin, on peut aussi s’interroger sur l’existence de villes uniquement composées d’habitants de couleur dans les années 1890 telle celle où nos héros vont livrer leur dernier baroud. Pourtant, avec le rejet qu’ils suscitaient, il est bien naturel qu’un certain nombre de gens aient cherché à fuir les (ce qu’on n’appelait pas encore) ghettos dans lesquels ils finiraient cantonnés par la force des choses. De tels endroits existaient donc, citons Peyton Colony dans le Texas, Nicodemus au Kansas, Centralia dans l'état de Washington, Allensworth en Californie, ou encore Rosewood en Floride, la plus connue à cause des émeutes ethniques qui s'y déroulèrent en janvier 1923, entrainant la mort de plusieurs personnes et la quasi destruction de la ville par le feu... Ces petites villes, isolées, étaient surtout composées de familles relativement pauvres, souvent croyantes avec église et pasteur. Il est donc peu probable qu'on y trouve shérif de couleur, saloons, bouges et prostituées comme dans la Freemanville créée dans le film… D'ailleurs ces localités n'auront pas vraiment de statut légal puisque malgré l'abolition de l'esclavage, les noirs américains n'avaient pas accès au vote (il faudra attendre 1965) à cause de toutes sortes de lois ségrégationnistes, comme par exemple celle dite d'instruction, précisant qu'il fallait savoir lire pour s'inscrire sur les listes électorales, ou celle incluant la « clause du grand-père » en Louisiane qui précisait que pour pouvoir voter, il fallait que le père ou le grand-père du votant ait lui-même obtenu le droit de vote en 1867, sans parler des droits à payer imposés dans plusieurs états pour obtenir son bulletin de vote... Bref un ensemble d'artifices « légaux » n'ayant comme but commun et unique d'empêcher les noirs américains de voter, puisque la grande majorité d'entre eux étaient, à la fin du XIXème siècle, illétrés, pauvres et descendants d'esclaves. De ce fait, dans ces communautés isolées, il était impossible de voter pour un shérif ou un maire. La plupart de ces endroits finirent par devenir des villes fantômes, sauf là où des blancs s'installèrent.

Sur le fond, on sent que l’auteur et ses scénaristes se sont un minimum documentés sur l’environnement historique de leur récit. On comprend d’autant moins pourquoi le réalisateur reste finalement à la surface, plus intéressé à faire du bruit qu’à creuser son sujet. On sent rapidement que l'auteur évite le discour trop revendicatif. Il n'a pas l'intention de réécrire l'Histoire (sauf à la fin, pur fantasme), mais plutôt de s'amuser à détourner un genre tout en conservant ses codes (vengeance, chevauchées, poker, tireurs d'élite... ). Un acte tout de même presque politique dans le sens où, comme déjà dit plus haut, le western est un genre qu'on pourrait quasiment qualifier de résevé aux blancs, fait par des blancs, pour des blancs, toute autre teinte de peau étant cantonnée au mieux au faire-valoir, au pire candidate au massacre. Il tente donc parfois de tordre le cou au traditionnalisme. Par exemple, il introduit dans son gang un blanc, en la personne de Stephen Baldwin, en rigolo de servive, comme s'il appliquait une règle de quota mais inversée. Les indiens sont aussi représentés, mais timidement : Steve Reevis, qui interprète Two Bears, a très peu de scènes, encore moins de dialogues, et disparaît de manière très anonyme, quant à Lana (délicieuse Salli Richardson), on la devine fille métissée de Papa Joe et d'une indienne. Mais ces personnages sont très peu esquissés.

Mario Van Peebles ne se démarque pas vraiment de ses prédécesseurs, restant dans le divertissement, tout en édulcorant la réalité. Car si le western évite dans la majeure partie des cas de parler de l'esclavagisme (épisode pas très glorieux d'un pays qui n'a eu de cesse de partir en guerre pour sauvegarder la liberté), Van Peebles, en démarrant son récit en 1898, esquive lui aussi car le sujet est peu en phase avec ses héros qu'il ne veut pas montrer comme des victimes, mais comme des hommes forts et indépendants. C'est aussi malin de sa part car il évite de prêter le flan ainsi à des critiques ou remarques désobligeantes sur un éventuel esprit revanchard de sa part, ou sur le fait de transformer un sujet grave en prétexte ludique dans un film de genre, ce que n'hésitera pas à faire Quentin Tarantino dans Django unchained vingt ans plus tard. Il est d'ailleurs intéressant de noter que ces deux cinéastes, dans leur démarche commune de tourner un western hors des sentiers battus, lorgnent de concert plus facilement vers le western spaghetti, comme si par ce prisme il était plus aisé de démonter un genre classique et indissociable de la culture américaine, comme, aussi, un moyen de botter en touche car permettant d'utiliser l'excuse du spectacle pour justifier la violence décontractée de leurs images. Les deux hommes feront d'ailleurs la même erreur, en s'attaquant à un moment de leur film au Ku Klux Klan, vengeance par procuration cinématographique aussi inutile que dérisoire (on sait bien que ses membres ont rarement été inquiétés, et encore moins massacrés par un ou plusieurs hommes de couleur armés. Si ce moment passe mieux chez Tarantino, c'est parce que son film n'a aucune prétention historique et l'humour utilisé tourne en ridicule ces racistes cagoulés, ce qui n'est pas le cas avec Van Peebles qui tente de montrer que les hommes noirs n'étaient pas que des moutons et qui est nettement plus premier degré.

A l'instar, encore, de ce que fera Tarantino, Van Peebles utilise des références cinématographiques et l'hommage à des gloires du passé. C'est clair dès le début avec l'apparition de Woody Strode (79 ans au moment du tournage, il décèdera à la toute fin de l'année suivante), qui sera le narrateur de l'histoire : il est au carrefour des deux types de westerns les plus connus, l'américain, pour les raisons précédemment invoquées, et le spaghetti, auquel se réfère Van Peebles (d'ailleurs le film se termine par un extrait montrant Strode dans Il était une fois dans l'Ouest). Quelques emprunts, qu'on qualifiera d'hommage, sont aisément identifiables : la montre musicale du personnage Marchand de Sable renvoie directement à celle du Colonel Mortimer joué par Lee Van Cleef dans Et pour quelques dollars de plus (1965), la charge de Jessie à cheval revolver au poing vers la mitrailleuse Gatling montée dans un chariot, c'est celle de Josey Wales (clin d’œil à Clint Eastwood, qui a dirigé l'acteur, mais aussi encore double miroir des westerns américains et italiens). De plus la structure en flashback rappelle la construction de nombreux westerns italiens. Parallèlement l'auteur convoque les anciennes figures du cinéma de Blaxploitation, courant qui émergea dans les années 1970, réponse noire au cinéma blanc, avec des castings quasi entièrement composés de personnes de couleur, et si des blancs apparaissaient, c'était pour interpréter les méchants de service (structure que reprend Posse). Le précurseur de ce mouvement n'était autre que le père de Mario, le réalisateur Melvin Van Peebles, présent dans le film de son fils en interprétant Papa Joe. On peut aussi reconnaitre Isaac Hayes, l'auteur du fameux thème musical de Shaft, Pam Grier, l'inoubliable Coffy et Foxy Brown, Robert Hooks, le Mister T de Fureur noire, Bob Minor, cascadeur de la plupart des films de Blaxploitation et dont on a croisé le visage dans pas mal de films d'action des années 1970-80, d'ailleurs, à l'instar de ce dernier, la plupart des seconds rôles ont des visages familiers pour les amateurs de cinéma de genre ou bis des deux décennies précédant les années 1990. Mais en accumulant tous ces visages plus ou moins connus, l'auteur cantonne beaucoup d'entre eux à une simple apparition presque muette (Pam Grier n'a quasiment rien à dire), les reléguant finalement à ce qu'ils sont dans le western traditionnel, de simples silhouettes vides ; de plus, il démontre une certaine incompétence à gérer ce casting et choisi la facilité en éliminant certains personnages à peine apparus à l'écran, ce qu'on comprend rapidement dès la fin de l'épisode guerrier, du coup on s'attache ensuite à très peu d'entre eux. Les références de Mario Van Peebles tournent d'ailleurs un peu en rond. Lorsqu'il évoque le western classique, c'est par le biais d'un chariot abandonné dans le désert avec un couple mort, et un petit garçon sur le point de les rejoindre : une séquence qui bien-sûr convoque l'humaniste John Ford et son film Le Fils du désert, et donc le souvenir du légendaire réalisateur qui fut celui qui le premier offrit un rôle important à un acteur de couleur, Woody Strode : ça s'appelle de la répétition...

Revenons sur le casting pour évoquer Billy Zane. L'acteur commence à se faire un nom au moment du tournage, remarqué dans son rôle de psychopathe dans le thriller maritime Calme blanc (Phillip Noyce) en 1989 entre la pas encore star Nicole Kidman et Sam Neill. Sa belle gueule et son talent lui permettent de jouer aussi bien les braves gars que le pire des sadiques. Il est excellent dans ce personnage improbable de nostalgique de la confédération, colonel de l'armée américaine mais portant un uniforme de sudiste proscrit depuis plus de vingt ans. Aussi poli que dangereux, dont l'éducation n'a d'égale que sa cruauté, froid mais déterminé, il aurait pu voler la vedette au héros s'il avait été mieux exploité. Mais on rejoint là cette gestion aléatoire du casting, voyant cet ennemi charismatique marquant le début du film, complètement oublié durant les deux tiers suivants pour réapparaitre dans un final poussif. Dommage, mais quelque part en phase avec la carrière du bonhomme, puisqu'il n'arrivera pas à s'imposer dans les années 1990, le four du Fantôme du Bengale en 1996 sonnant comme une condamnation, malgré sa participation au plus gros succès cinématographique mondial que fut le Titanic de James Cameron en 1997.

On le voit, s'il y a des atouts, surtout celui de l'originalité, il y a pas mal de maladresses qui freinent l'enthousiasme. D'autant que l'interprétation est assez inégale, certains acteurs jouant comme dans un film de gansta avec dialogues idoines abusant d'expressions bien trop modernes pour l'époque du récit (vous savez, les trucs à base de « fuckeries »... ). Pourtant le film ne manque pas d'humour, parfois cynique mais qui fait mouche régulièrement (le parallèle qui est fait entre la découverte de l'Amérique et le vol d'une voiture dans la scène de présentation est bref mais percutant), du moins dans la première moitié du métrage, le ton devenant trop sérieux ensuite. Le scénario n'est pas toujours très cohérent. Il est par exemple peu probable qu'un homme noir arrêté pour le meurtre d'un blanc soit condamné à servir dans l'armée, à une époque où le lynchage racial était monnaie courante pour des motifs nettement moins graves. La réalisation, elle, oscille entre le classique et le clip hip-hop avec montage ultra découpé et angles de caméra tarabiscotés, mais la photo est belle, et c'est assez dynamique, la caméra étant rarement immobile. Le scénario n'est pas très original, et comporte surtout deux axes principaux : une course poursuite entre deux gangs pour récupérer un magot, et une vendetta pour venger la mort d'un père. Mais l'auteur, qui peine à les mener de front, s'intéresse d'abord à la poursuite, puis à la vengeance, les deux convergeant tant bien que mal dans une ultime fusillade pas vraiment bien montée. On sourira aussi devant la tenue du héros, avec pas mal d'éléments argentés bien brillants, sans parler de ses balles en or et de ses pistolets rutilants, car là encore, on est dans l'imagerie classique du rap, à la mode dans les années 1990.

Pourtant, malgré ses défauts et ses maladresses, l'ensemble dégage un sentiment de sympathie parce que malgré le passé douloureux et le besoin légitime de reconnaissance de ses pairs, Mario Van Peebles n'a pas un discours agressif. On n'ose imaginer le même film entre les mains du trublion Spike Lee, alors en pleine reconnaissance critique. On sera gré à l'auteur d'attendre le générique de fin avant de nous asséner un morceau de rap complètement hors de propos, même si cela va de paire avec une certaine révolte, cette dernière renforcée par les extraits en noir et blanc de vieux films américains passés en même temps, rappelant la (petite) place qu'y tenait l'acteur noir. Hélas, ce faisant, cela rappelle à quel point Van Peebles est passé à côté de son sujet, et en insérant des extraits de son propre film, il transforme un générique qui se voulait signifiant, en une espèce de clip de rap dans lequel une ultime fois la référence au western leonien se reconnaît à travers un sample de quelques notes bien identifiables d'Ennio Morricone. Finalement, c'est la conclusion sous forme de texte pré-générique de fin qui est la partie vraiment politique du film, ce qui est assez maladroit dans le sens où ces quelques lignes démontrent que le contenu précédent ces quelques mots et ses auteurs ont été hors-sujet.

En fait, Mario Van Peebles manque d'ambition, et est surtout un amuseur, d'ailleurs il donnera une sorte de suite à son film en 1997, avec Los Locos dont il écrivit le scénario, réalisé par Jean-Marc Vallée, futur auteur du remarquable C.R.A.Z.Y. en 2005, mais c'est surtout lorsqu'il reprend son personnage de Jessie Lee pour un caméo dans Gang of roses en 2003, western au féminin dans lequel ce sont désormais des bimbos qui font la loi à coups de revolvers et de décolletés, que l'on mesure ce déficit d'ambition. D'ailleurs, après ce Posse, l'acteur-réalisateur ira faire le pitre avec Christophe Lambert dans les navets Deux doigts sur la gâchette et Highlander III... En restant volontairement dans le divertissement, Van Peebles rate l'occasion de casser le mythe du cowboy blanc, et Posse ne sera pas l'équivalent d'un Danse avec les loups.

Film banal sur un sujet qui ne l'est pas, plaisant à regarder mais ne répondant à aucune question, dont le seul mérite est de donner envie d'en savoir plus (et de se rendre compte que peu d'éléments sont disponibles). Reste aussi la curiosité de découvrir à l'écran des visages aux noms plus ou moins connus parmi les seconds rôles. En plus des noms déjà cités, évoquons les présences du créateur de nombreuses séries Stephen J. Cannell (qui a permis à Van Peebles de faire ses premiers pas de réalisateur tout en produisant sa série Sonny Spoon) et de Paul Bartel, réalisateur des cultes Cannonball et de La Course à la mort de l'an 2000. Et en lisant le générique technique, un autre nom apparaît, étonnant, celui de Catherine Hardwicke comme décoratrice, la future réalisatrice de Thirteen, Les Seigneurs de Dogtown et (hélas) du premier Twilight, qui, après des études en arts plastiques et l'école de cinéma de l'université UCLA de Los Angeles, collabora ainsi à une vingtaine de films. Mais c'est un constat bien maigre pour un film qui aurait dû être social et historique, mais qui s'avère juste être un film d'action de plus...


Laissé sur le DVD sorti le 22/08/2006

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