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CANNES : le nouveau Almodovar
Par François Chollier

22 avr 2004 — Programmé en ouverture du Festival de Cannes 2004, “La Mauvaise Education” créera l’événement autant qu’il fera sensation. C’est ainsi ! Pedro Almodovar ne passe jamais inaperçu.

La Mauvaise Education

Deux garçons, Ignacio et Enrique, découvrent l’amour, le cinéma et la peur dans une école religieuse au début des années soixante.
Le père Manolo, directeur de l’institution et professeur de littérature, est témoin et acteur de ces premières découvertes.
Les trois personnages se reverront deux autres fois, à la fin des années 70 et en 1980.
Cette deuxième rencontre marquera la vie et la mort de l’un d’entre eux.

La Mauvaise Education   La Mauvaise Education   La Mauvaise Education

Fort de ses nombreux succès publics et critiques (dont En chair et en os, Tout sur ma mère, Parle avec elle…), le réalisateur espagnol n’en a pas fini avec les thèmes qui dérangent. Cette fois, Almodovar s’intéresse de plus près à la sexualité violée, celle que l’on nomme pédophilique et dont se sont rendus coupables certains hommes d’église. Un sujet polémique au centre d’une actualité douloureuse qui éveille très vite chez le spectateur un sentiment persistant de colère et de malaise. Logique puisqu’Almodovar le veut ainsi. Colère à l’encontre de ceux qui ont commis ces irréparables atrocités. Malaise parce qu’Almodovar, ennemi des tabous, égrène l’horreur infâme de situations sordides. Certaines scènes rappelleront celles marquantes de Peur primale.

La Mauvaise Education

Mais restreindre “La Mauvaise Education” à une simple dénonciation des tendances pédophiliques du clergé espagnol serait très réducteur. D’autant plus que le thème central du film n’est pas là ! “La Mauvaise Education” puise sa formidable narration dans les méandres du film noir ; l’un des genres de prédilection de Pedro Almodovar. Ce faisant, le film s’attache à raconter l’histoire de 3 personnages. Ignacio, Enrique et celui qui se fait appeler Angel. 3 hommes, 3 destins, 3 vies brisées par un seul et même homme, le père Manolo, qui se carambolent chair contre chair pour désespérément connaître l’amour et échapper à la mort. Mais les règles du film noir sont simples : nul ne doit en sortir indemne. Pas même le héros si héros il y a ! Le générique annonce les couleurs de “La Mauvaise Education” : rouge et noir. Rouge comme le sang, rouge comme le désir… désir de mort et d’amour qui fait de l’homme une femme et de l’enfant un homme. Noir comme les dessins, les actes et la vie de ces personnages. Le noir n’est-il pas un rouge plus intense, trop intense… à trop désirer, on en vient à tuer et à mourir d’amour !

Faut-il faire confiance à Pedro Aldovar pour dessiner un film de cette noirceur extrême ! Envoûtant, repoussant comme est souvent la vie ! “La Mauvaise Education” berce nos désillusions et s’acharne à montrer le vrai visage de l’existence. Almodovar utilise son film comme on utilise un miroir. Miroir de ses états d’âme, miroir de ses convictions, miroir de l’Humanité qui l’entoure et le persécute. Au passage, le réalisateur nous livre quelques scènes d’anthologie. Gaël Garcia Bernal interprétant Quizas, la scène du tournage ou encore la balade de Moon River. Des scènes qui montrent toute la tendresse et l’amertume du cinéma d’Almodovar. Un cinéma qui parle, qui touche, quitte à froisser, quitte à faire mal. Et pour plus de réalisme, Almodovar met en abîme… l’histoire dans l’histoire, le cinéma dans le cinéma. Au sens, le cinéaste ajoute une forme jubilatoire ; celle d’un puzzle, celle d’un jeu policier et amoureux où toutes les pistes se confondent et dans lequel rien ne semble être ce qu’il est. Mais que sommes-nous ?

La Mauvaise Education

Là encore, c’est on ne peut plus logique ! Le cinéma d’Almodovar n’est pas un cinéma superficiel. Il va au-delà des apparences, dépasse la frontière de l’entendement et fouille jusque dans les entrailles du monde pour en extirper toute la sève et la moëlle. Almodovar remonte aux origines du monde pour nous faire goûter la saveur inhabituelle d’un cinéma de très grand talent. “La Mauvaise Education” remonte à d’autres origines, celles du cinéma, celles d’Almodovar lui-même. Pour celui qui choisit de suivre cette fascinante introspection, l’expérience est des plus enrichissantes. Rien de ce que vous avez vu jusqu’ici ne saura vous y préparer ! Et c’est ce qui rend ce voyage passionnel si passionnant…

La Mauvaise Education sortira le 12 mai 2004.

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