22 avr 2004 — Programmé en ouverture du Festival de Cannes 2004, “La Mauvaise Education”
créera l’événement autant qu’il fera sensation. C’est ainsi ! Pedro
Almodovar ne passe jamais inaperçu.…
Deux garçons, Ignacio et Enrique, découvrent l’amour, le cinéma et la peur dans une école
religieuse au début des années soixante.
Le père Manolo, directeur de l’institution et professeur de littérature, est témoin et
acteur de ces premières découvertes.
Les trois personnages se reverront deux autres fois, à la fin des années 70 et en 1980.
Cette deuxième rencontre marquera la vie et la mort de l’un d’entre eux.
Fort de ses nombreux succès publics et critiques (dont En chair et en os,
Tout sur ma mère, Parle avec elle…), le réalisateur espagnol n’en a pas fini
avec les thèmes qui dérangent. Cette fois, Almodovar s’intéresse de plus près à la
sexualité violée, celle que l’on nomme pédophilique et dont se sont rendus coupables
certains hommes d’église. Un sujet polémique au centre d’une actualité douloureuse qui
éveille très vite chez le spectateur un sentiment persistant de colère et de malaise.
Logique puisqu’Almodovar le veut ainsi. Colère à l’encontre de ceux qui ont commis ces
irréparables atrocités. Malaise parce qu’Almodovar, ennemi des tabous, égrène l’horreur
infâme de situations sordides. Certaines scènes rappelleront celles marquantes de
Peur primale.
Mais restreindre “La Mauvaise Education” à une simple dénonciation des tendances
pédophiliques du clergé espagnol serait très réducteur. D’autant plus que le thème
central du film n’est pas là ! “La Mauvaise Education” puise sa formidable narration
dans les méandres du film noir ; l’un des genres de prédilection de Pedro Almodovar.
Ce faisant, le film s’attache à raconter l’histoire de 3 personnages. Ignacio, Enrique
et celui qui se fait appeler Angel. 3 hommes, 3 destins, 3 vies brisées par un seul et
même homme, le père Manolo, qui se carambolent chair contre chair pour désespérément
connaître l’amour et échapper à la mort. Mais les règles du film noir sont simples :
nul ne doit en sortir indemne. Pas même le héros si héros il y a ! Le générique annonce
les couleurs de “La Mauvaise Education” : rouge et noir. Rouge comme le sang, rouge
comme le désir… désir de mort et d’amour qui fait de l’homme une femme et de l’enfant
un homme. Noir comme les dessins, les actes et la vie de ces personnages. Le noir
n’est-il pas un rouge plus intense, trop intense… à trop désirer, on en vient à tuer et
à mourir d’amour !
Faut-il faire confiance à Pedro Aldovar pour dessiner un film de cette noirceur extrême !
Envoûtant, repoussant comme est souvent la vie ! “La Mauvaise Education” berce nos
désillusions et s’acharne à montrer le vrai visage de l’existence. Almodovar utilise son
film comme on utilise un miroir. Miroir de ses états d’âme, miroir de ses convictions,
miroir de l’Humanité qui l’entoure et le persécute. Au passage, le réalisateur nous
livre quelques scènes d’anthologie. Gaël Garcia Bernal interprétant Quizas, la scène du
tournage ou encore la balade de Moon River. Des scènes qui montrent toute la tendresse
et l’amertume du cinéma d’Almodovar. Un cinéma qui parle, qui touche, quitte à froisser,
quitte à faire mal. Et pour plus de réalisme, Almodovar met en abîme… l’histoire dans
l’histoire, le cinéma dans le cinéma. Au sens, le cinéaste ajoute une forme jubilatoire ;
celle d’un puzzle, celle d’un jeu policier et amoureux où toutes les pistes se confondent
et dans lequel rien ne semble être ce qu’il est. Mais que sommes-nous ?
Là encore, c’est on ne peut plus logique ! Le cinéma d’Almodovar n’est pas un cinéma
superficiel. Il va au-delà des apparences, dépasse la frontière de l’entendement et
fouille jusque dans les entrailles du monde pour en extirper toute la sève et la moëlle.
Almodovar remonte aux origines du monde pour nous faire goûter la saveur inhabituelle d’un
cinéma de très grand talent. “La Mauvaise Education” remonte à d’autres origines,
celles du cinéma, celles d’Almodovar lui-même. Pour celui qui choisit de suivre cette
fascinante introspection, l’expérience est des plus enrichissantes. Rien de ce que vous
avez vu jusqu’ici ne saura vous y préparer ! Et c’est ce qui rend ce voyage passionnel
si passionnant…
La Mauvaise Education sortira le 12 mai 2004.