Le DVD, ce grand malade imaginaire...
Au premier trimestre 2006, le chiffre d’affaires de la
vidéo (constitué à 99% par le DVD) a
atteint les 217 millions d’euros, soit un recul de 22,5% par
rapport au même trimestre de 2005. Ce résultat
confirme la tendance sur l’année calendrier 2005,
où le DVD a connu son premier coup d’arrêt.
L’annonce du communiqué de presse mérite
d’être cité : « (Le SEV) annonce une baisse de
22,5% de son chiffre d’affaires sur la période
janvier-mars 2006 et s’alarme du développement de la
piraterie ». Sans citer directement le nom du coupable, le
SEV recourt à la bonne vieille tactique de l’association
d’idées. C’est un peu comme si un journal parlait dans
la même page d’une agression en région parisienne
et de l’augmentation du communutarisme dans les cités :
on mélange les deux et c’est la faute des
immigrés…
Le communiqué annonce le pourcentage du recul du DVD
mais se garde bien de le décrypter avec des analyses
chiffrées en oubliant au passage de s’expliquer sur la
différence entre le 22.5% de baisse en valeur et le
18,8% de baisse en volume ; soit 3.7% qu’il faudra bien imputer
à un autre coupable que le pirate… Le reste de
l’ananlyse est donc laissé à l’imagination du
lecteur. Le SEV ne nous en voudra pas donc, si nous livrons des
hypothèses qui peuvent avoir contribué à
l’érosion des ventes - et peut-être même
plus que le piratage.
- Les consommateurs ont acheté moins de
nouveautés probablement car il n’y avait pas grand chose
qui les intéressait. Les chiffres du 1er trimestre -
couplées à la chronologie des médias de 6
mois - seraient le résultat de l’érosion des
spectateurs qui a frappé le box-office américain
(et aussi international) en 2005. Comme les recettes sont
reparties comme par magie en 2006, les Studios ont vite
réalisé que la qualité médiocre de
la cuvée 2005 y était pour beaucoup…
- Il serait d’ailleurs temps de remanier la chronologie des
médias franco-française (sortie vidéo =
salle + 6 mois), qui va catapulter les Harry Potter 4,
Chicken Little, Narnia ou autre King Kong
au beau milieu de la Coupe du Monde, alors que ces DVD sont
sortis depuis un certain temps dans d’autres pays de l’Union
Européenne (exemple : 3 mois et demi d’écart
entre la sortie belge et la sortie française de Chicken
Little). A l’heure d’Internet, il faut être d’une
naïveté sans bornes pour croire que les
consommateurs qui en ont la possibilité (et leur nombre
croît à une vitesse folle) vont attendre plus de 3
mois pour avoir un DVD qu’ils peuvent d’ores et
déjà recevoir chez eux au même prix, voire
moins cher !
- Les distributeurs vidéo ont rempli les
linéaires de centaines d’opérations et promotions
DVD, mais combien ont vraiment rencontré les faveurs du
public ? Et quand bien même elles ont eu du
succès, on peut peut-être penser que le
consommateur en a ras-le-bol de se faire prendre pour une buse
quand il voit le prix du DVD qu’il a acheté quelques
semaines plus tôt baisser de façon
délirante. Du coup, il fait quoi le consommateur ? Il
attend…
Il attend que le DVD tant désiré passe dans une
opération à petit prix et entre temps, le film
lui fait de l’oeil sur les chaînes du câble et du
satellite ou même sur les réseaux tout frais de
téléchargement… légal ou illégal.
Du pousse au crime on vous dit !
- D’ailleurs, l’expansion galopante de tous ces nouveaux
circuits de diffusion sont à prendre en compte
également. Kiosques à la demande, réseaux
câblés ou satellites, téléphones…
Est-ce que seulement, les éditeurs ont pensé une
seconde à mettre bout à bout tous ces chiffres ?
Il ne serait pas étonnant qu’on y retrouve un chiffre
qui viendrait largement adoucir ce fameux 22.5% qui leur fait
tant peur.
- Mais pour revenir au piratage, il faut quand même faire
preuve d’une grande prétention pour croire que sans lui,
les éditeurs vendraient 23% de DVD en plus !… Soyons
logiques une seconde (oui je sais, le temps c’est de l’argent)
: prenons quelqu’un qui télécharge un film, qui
le regarde et qui très souvent l’efface peu de temps
après ou l’oublie dans un coin sur un pauvre CD-rom qui
va moisir en quelques années ; est-ce que ce quelqu’un
aurait acheté ce film si il n’avait pas
été disponible en téléchargement ?
Soyons francs, très souvent, cette habitude ne concerne
que des films qu’on a juste envie de voir « comme ça »,
mais de là à le posséder… Alors
où est la perte réelle ? Où est le vol
exactement ? Au « pire », si un film a plu à cette
personne, elle sera même encline à aller se
l’acheter pour le revoir dans de bonnes conditions et le
conserver de façon optimale… Donc si quelqu’un a du
souçi à se faire à cause du
téléchargement illégal, ce sont
plutôt les chaînes à péage ou les
vidéoclubs qui sont les seuls pendants « légaux »
de cette consommation façon fast-food du
cinéma.
- La « crise » du DVD s’apparente plutôt à l’image
d’un marché mûr, où tous les grands titres
catalogue sont sortis (plus de 26 000 références
sur le marché français), et où les
consommateurs commencent à songer à son
successeur. Parlons donc du Blu-ray et du HD-DVD, qui
investissent les Etats-Unis (et l’Europe à la
rentrée) en rangs séparés : groupies de la
PS3 d’un côté et esclaves de Microsoft de l’autre.
Est-ce que les éditeurs croient vraiment que le grand
public claquera 1000 € par tête (le coût d’un
lecteur de 1ère génération) sans se
soucier du fait que leur plate-forme pourrait être bonne
pour la poubelle si le vent tourne ? Ou est-ce que les Majors
sont devenues malgré elles les otages d’une guerre de
consoles (PS3 vs Xbox 360), où le destin du
cinéma HD sera entre les mains de « Halo 3 », « Final
Fantasy XII » et « Gran Turismo HD » ?
- On en profite au passage pour complimenter les
éditeurs (Sony Pictures en tête) et les revendeurs
pour avoir réussi à saborder l’UMD en moins de 6
mois. Il ne fallait pourtant pas avoir la science infuse pour
généraliser les éditions couplées
DVD+UMD sur les nouveautés, viser le marché
locatif dès le début, et organiser des rayons
clairs dans les magasins. Au moins la France n’y est pas pour
grand chose : la débâcle est internationale. Mais
voilà, une fois de plus la démonstration qu’un
« non savoir-faire » ou en l’occurence qu’un « non savoir-vendre »
peut démonter en deux temps trois mouvement toute une
stratégie.
Le piratage, certes, est un problème bien
réél. Mais les problématiques de la
vidéo sont bien trop complexes pour imaginer qu’un
coupable idéal suffit à résoudre tous les
problèmes et surtout à endosser
l’intégralité de la responsabilité de
cette chute.
Par pitié, que les éditeurs vidéo ne
fassent pas la même erreur que leurs cousins du disque,
qu’ils cessent cette chasse aux sorcières et qu’ils
s’attaquent vraiment aux problèmes de fond qui sont
plutôt à chercher du côté de la
qualité et de la pertinence de l’offre… les
consommateurs le leur rendront.
Autre article sur ce sujet : le 1er juin 2006
- CRITIQUE : Les Noces Funèbres (19 mai 2006, par Stéphane (DVDFR) Stéphane Leblanc)
- CONCOURS : 5 DVD des "Noces Funèbres" à gagner... (15 mai 2006, par Stéphane (DVDFR) Stéphane Leblanc)
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