05 jan 2008 — Le choix de Warner pour le Blu-ray Disc devrait mettre fin à la guerre
de formats la plus sanglante (et aussi la plus incomprise par les
consommateurs) depuis l’époque de la VHS contre le Betamax. Le HD DVD
verra-t-il la fin de l’année ou s’écroulera-t-il comme un château de
cartes ?…
La nouvelle était dans l’air depuis des mois. Avec la décision de Warner et
consoeurs (notamment New Line) de supporter exclusivement le Blu-ray Disc, 2008
démarre avec le pire scénario catastrophe pour le HD DVD. Mais 2008 est aussi
l’année où Studios et fabricants décident enfin de faire le ménage, pour offrir
un seul format haute définition au consommateur - et éviter un flop
retentissant qui aurait coûté des milliards de dollars. Il était temps !
Le Blu-ray Disc avait mené la course en tête pendant tout 2007, et ni la fuite
mercenaire de Paramount/Dreamworks, ni les sorties de Transformers (HD DVD)
et Shrek le troisième (HD DVD) n’ont pu inverser la tendance. Certes, en vertu de la
politique de prix cassées de Toshiba, le HD DVD a vendu davantage de platines de
salon que leurs contreparties BD. Mais l’effet PS3 a bel et bien fini par
creuser un écart que le HD DVD n’a jamais su combler.
Sur le front des titres, les chiffres nous apprennent que le Blu-ray Disc a vendu
environ deux fois plus de disques (par rapport au HD DVD) aux USA, trois fois
plus en Europe, cinq fois plus en Australie et même neuf fois plus au Japon !
Le consommateur perdu
Cependant, ce conflit digne d’un film hollywoodien et dense de coups de théâtre,
de trahisons, et de déclarations au vitriol crachées sur le Web, a fini par
faire une victime : le consommateur.
Malgré les achats en masse du dernier trimestre de l’année, la guerre des
formats a été marquée par l’indifférence, l’impatience et l’hostilité
grandissante du public : pourquoi choisir entre deux formats alors qu’il ne
devrait y en avoir qu’un ? Et si je me trompe et que je claque des milliers
d’euros pour rien ? Pourquoi passer à la haute définition alors que le
DVD est acceptable ? Combien parmi vous se sont posés les mêmes questions
au cours des derniers mois ?
Avec la chute inévitable des recettes du DVD, mais aussi l’hypothétique tentative
de Microsoft de détourner l’attention vers le modèle commercial (encore inexistant)
de la VOD, les Studios se sont rendus à l’évidence : sans une résolution
rapide de la guerre des formats, l’empire bâti avec les recettes du DVD risquait de
s’effriter.
Quelle solution ?
Les clans du Blu-ray Disc et du HD DVD se sont vite rendu compte que la clé de
l’énigme était dans les mains de la reine vénérable des Studios hollywoodiens et
la toute dernière à publier dans les deux camps : Warner Bros. Avec la maison
de Humphrey Bogart et Bugs Bunny dans le clan du Blu-ray Disc, la part de marché de ce dernier
passerait à 70% (voire davantage,
en incluant New Line et une certaine trilogie de l’Anneau). Mais avec Warner
dans le clan du HD DVD, on obtenait un 50-50 mathématique, une prolongation
inévitable de la guerre des formats, et une incompréhension encore plus marquée de la part
du consommateur.
La rentrée 2007 a été marquée par la cour de la Belle, avec les plus beaux
bijoux de la couronne. Dans les jours suivant l’affaire Paramount, une première
offre de Toshiba a été déclinée par Warner. Pire encore, le gourou du HD DVD
du Studio a quitté son job pour partir ailleurs. Pas grâve pour Toshiba, qui
a décidé de charcuter les prix de ses platines - en arrivant même à exploser la
barre des 100 $ pendant une courte promotion durant le premier week-end de novembre.
Mais la Blu-ray Disc Association n’est pas restée les mains croisées : d’abord
en dégainant une nouvelle version premier prix de la PS3, ensuite avec une
dégringolade des tarifs des platines de salon et une vague continue
d’opérations promotionnelles sur les disques. L’omniprésence des blockbusters
en Blu-ray Disc au moment de la rentrée a fait le reste.
Dans les toutes dernières semaines, le clan du HD DVD s’est rendu compte que
l’exclusivité de Warner n’aurait pas suffi. Selon les bruits de couloir, Toshiba
aurait essayé de convertir la 20th Century Fox. En vain. Les chiffres préliminaires
de décembre, qui a vu les ventes des platines Blu-ray Disc (hors PS3) depasser celles du
HD DVD en Amérique du Nord, ont sonné le glas.
Boulevard de la mort pour le HD DVD ?
Que va-t-il se passer maintenant, avec Warner et New Line solidement installés dans le
camp du Blu-ray Disc dès le 1er Juin 2008 ? Le HD DVD essaiera-t-il de lancer
une dernière charge désespérée ou s’écroulera-t-il comme un château de cartes ?
La reponse viendra dans les prochaines semaines, voire même au CES de Las Vegas,
qui s’apprête à ouvrir ses portes. La prochaine demoiselle en ligne de mire est
Universal. Paramount/Dreamworks est contractuellement liée au HD DVD jusqu’au
printemps 2009, mais seules les parties impliquées savent si les accords en
place prévoient des clauses de sortie en cas de coup dur.
L’annonce de Warner devrait se révéler une blessure fatale pour le HD DVD. Mais
en ce qui concerne 98% des consommateurs, la résolution de la guerre des formats
devrait enfin apporter la clarté qu’ils attendaient depuis deux ans. Le passage
à la haute définition nécessite un investissement lourd car il faut un diffuseur
approprié (dans l’idéal Full HD - 1080 lignes - et 24p). Cette étape décisive vers la victoire du
Blu-ray Disc confortera cet achat important. La grande aventure de la haute
définition commence réellement aujourd’hui et nous ne manquerons pas de vous tenir
informés des prochaines évolutions.