Barracuda : le test complet du DVD

1997. Réalisé par Philippe Haïm
Avec Jean Rochefort, Guillaume Canet et Claire Keim

Édité par Pathé

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Le 12/08/2004
Critique

3 ans après « Descente », son premier court, Philippe Haïm, jeune réalisateur, alors trentenaire encore inconnu du grand public, s’attaque au long. Si la progression est logique, le sujet choisi par Haïm l’est moins. Un vieux monsieur, devenu fou à force d’isolement, décide de séquestrer un jeune homme, son voisin de palier, et le soumet aux caprices que lui dicte sa folie. Dans le rôle du vieux Monsieur, le candide Jean Rochefort. Dans le rôle du séquestré, le bouillonnant Guillaume Canet. Difficile de choisir casting plus improbable et genre plus épineux. Qu’à cela ne tienne, Haïm relève le gant. Pas question de laisser le huis clos policier, ce genre très peu prisé des français, aux anglo-saxons. Le cinéaste s’offre le luxe de chasser sur leurs terres avec en poche la ferme résolution de faire différent d’un Barbet Schroeder, d’un Danny Boyle ou d’un George Huang.

Pari risqué pour qui connaît la virtuosité des trois cinéastes mais pari méritant qui ambitionne un seul et unique objectif : sortir du lot. A la fois pour offrir aux spectateurs quelque chose de nouveau. Une vision sans doute sous influences mais résolument originale. A la fois pour se faire connaître ou plus exactement reconnaître du grand public, des producteurs et de ses pairs. L’exercice est on ne peut plus sain. Les américains, sous l’impulsion de Robert Redford et du Sundance Institute, le pratique avec infiniment de succès. C’est même à la faveur de ce procédé qu’ils ont donné un second souffle à la sclérosante machinerie hollywoodienne. Le cinéma français, s’il n’était engluée dans ce népotisme sectaire avec « ami de…  » et « fils de… « , verrait clairement son intérêt à massivement l’appliquer. Haïm, consciemment ou pas, jette avec « Barracuda » un pavé dans la mare. Il lui faut être le meilleur. Meilleur que tout le monde pour exister au-delà du simple baroude d’honneur voire de l’infâmante curiosité.

Avec « Barracuda », Philippe Haïm indique clairement son état d’esprit. Pas question de faire joujou avec acteurs, décors et jolies petites caméras. Le cinéaste a suffisamment les crocs pour frapper fort, quitte à chambouler les conventions. Absence d’accroche, Flash forwards, Flash-backs, apartés et visions mystiques des protagonistes, Haïm n’est pas là pour plaisanter. « Barracuda » se moque des interdits qui s’imposent au long-métrage et brave le conformisme ambiant (parent illégitime du neuneuisme à l’américaine). « Barracuda  » ne sera pas un film de studio. Tant pis pour eux, tant mieux pour nous, spectateurs en révolte contre ce formatage universel. Excellente nouvelle, Haïm est seul maître à bord du croiseur « Barracuda » qui torpille les règles et cible l’imprévu. Inutile d’anticiper, dépourvus des ficelles habituelles, on ne sait jamais d’où nous vient la gifle. Tout ça parce qu’Haïm s’acharne à modeler les « stars » aux méandres du scénario et non l’inverse. C’est rare, c’est jouissif et c’est savoureux ; Dans « Barracuda », tout est possible parce que le spectateur ne trouve aucun repère.

Un claquement de doigts suffit à Haïm et voilà Jean Rochefort qui exécute Guillaume Canet. Une fraction de seconde de plus et Canet prend à son tour la main. Sur l’échiquier de la survie, la partie à laquelle se livre nos deux protagonistes est très serrée. Chacun avance ses pions. A une attaque succède une contre-attaque. Rochefort a les blancs donc l’avantage… logique puisqu’il est l’agresseur. Puis, c’est au tour de Canet de prendre l’avantage. A la violence de l’un répond la fourberie de l’autre. Au déséquilibre de l’un, le manque de psychologie de l’autre. A la sauvagerie de l’un, la force et la vigueur de l’autre. Petit-à-petit, on se découvre, on se révèle, on s’admire, on se transforme. Les rebondissements sont multiples, les secrets bien gardés et l’atmosphère malsaine à souhait. Fétichisme, troubles obsessionnels et schizophrénie paranoïaque participent à l’hémisphère sombre (à la fois glauque et cynique) du film. Un hémisphère que complète un autre hémisphère, clair celui-là (à la fois drôle, tendre et caustique). La réunion de ces deux hémisphères inspire une multitude de sensations au spectateur et donne une identité à part entière au film.

L’unidimensionnalité aurait été trop simple, trop fade. La pluridimensionnalité, c’est tout le sel et l’originalité de  » Barracuda ». Rochefort trouve à la faveur du film de Philippe Haïm un rôle qui dépasse sa démesure. Drôle, inquiétant, touchant et cruel, il nous offre de purs moments de cinéma surpassant de mille coudées le pourtant excellent Swimming with Sharks. L’onirisme d’un Rochefort fait toute la différence ! (cf le poème de Rochefort adressé à Canet afin qu’il s’enjôle). Ajoutez à la terrifiante poésie du texte une réalisation coup de poing (atmosphère claustrophobique et inquiétante symétrie des décors) et vous obtiendrez un film qui frôle l’excellence. Il ne lui manque qu’un montage mature et nerveux porté par un scénario qu’on souhaiterait nettement plus déjanté. Mais rappelons qu’il s’agit là d’un premier film et que Philippe Haïm y atteint déjà un niveau que bien peu de réalisateurs contemporains français atteindront (même en fin de carrière). D’ailleurs,  » Barracuda » fut assez remarqué et prometteur pour que UGC lui confie la réalisation de sa prochaine mega-production, « La Vraie Vie des Dalton ».

Avec « Barracuda », Philippe Haïm fait forte impression. Pari gagné ! Malheureusement la distribution éclaire d’AMLF aura privé le film d’un succès public. Une démarche totalement incompréhensible de la part du distributeur. « Barracuda » possède tous les atouts d’un carton cinéma. Un scénario soigné, une mise en scène décapante, des acteurs en vogue à l’interprétation impeccable. Bref… un huis clos indiscutablement réussi mené de main de maître par un auteur-compositeur-réalisateur qui s’impose parmi la fine fleur du cinéma français. « Barracuda », son premier film, est un poisson à ferrer d’urgence en DVD.

Généralités - 2,0 / 5

Une affiche ratée, des photos mal agencées, un synopsis bâclé et une qualité audio / vidéo un poil au-dessus de la moyenne, l’éditeur s’est surpassé. A croire qu’il a délibérément saboté la sortie de ce titre dont il est fort à parier qu’il ignorât jusqu’alors l’existence. Une question, je peux ? Pourquoi avoir modifié l’affiche originale ? Un poisson dans un verre d’eau à moitié plein à moitié vide, n’est-ce pas infiniment plus accrocheur (et infiniment plus sensé par rapport au film) que la tête démesurément grande de Jean Rochefort et la silhouette méconnaissable de Guillaume Canet ?

Bref… la question est qui a osé massacrer « Barracuda » en vendant cette petite merveille comme un sous-produit de film d’horreur ? C’est un travail ni fait ni à faire qui culmine dans l’absurdité côté bonus. Par pitié, évitez à tout prix cette section, vous risqueriez d’y laisser les derniers cheveux qui vous restent. Côté suppléments on ne plaisante plus, on se fout carrément du monde.

Enfin, côté son et image, on a déjà vu mieux, beaucoup mieux, largement mieux. Absence de fluidité, gestion approximative des fonds blancs… et chef d’oeuvre, la présence d’un misérable dolby digital 2.0 pour piste son. Hé oui, de la stéréo mesdames messieurs. Rappelons l’année de la sortie en salles : 1997. Rappelons également le nombre de pistes audio : 1. Ce sont peut-être les menus animés qui ont pris de la place à moins que ce ne soit la musique qui les accompagne. Pour nous résumer, le film vaut largement l’achat du DVD… l’édition vaut largement un zéro pointé.

Bonus - 2,0 / 5

Ils auraient dû l’intituler « section amuse tes amis », cela aurait mieux convenu à ce minuscule assemblage de pitreries grotesques titré suppléments. La Filmo, la Galerie Photo, la bande-annonce et roulez jeunesse. De toute façon, si l’éditeur s’attend à vendre un millier de DVD du film, c’est beaucoup. Autant ne pas se fouler et se concentrer sur la sortie des Les 11 Commandements. Mettre en valeur « Barracuda » coûterait de l’argent, autant économiser. Exit les interviews, making of, décompositions scéniques (par exemple la scène de danse), visites des décors, effets spéciaux, analyses du scénario, comparaisons storyboards / scènes filmées… Chez Pathé, on fait dans le  » sans bonus ajouté » pour que l’édition reste mince. Concernant « Barracuda », l’éditeur a fait fort, on frise l’anorexie…


Filmographies

3 filmographies nous sont généreusement offertes. La première et la plus fournie : celle de Jean Rochefort. La seconde et la plus éclectique : celle de Guillaume Canet. La troisième et la plus prometteuse : celle de Claire Keim. Que dire de plus ? Ah oui, j’oubliais, vous n’avez rien d’autres à faire qu’à attendre que la filmographie se déroule. Une petite musique vous aidera néanmoins à patienter. Je crois qu’inutile est le terme.

La Galerie de Photo (1’15)

Ambiance feutrée pour galerie tournante façon manège. Bouh ! Que cela fait peur ! Au total, une dizaine de photos et une seule photo de production montrant le réalisateur et ses techniciens au travail. De l’Art de combler le vide avec du vent… autant en emporte l’éditeur !


Bande-annonce (1’27)

C’est le seul bonus valable de cette édition. Livrée dans une qualité honorable, cette bande-annonce vous donne un avant goût, musique au poing, de l’atmosphère à la fois drôle, sombre et tendre de « Barracuda ». Plus on avance, plus le rythme s’accélère pour stopper aux confins de la folie. Une bande-annonce qui donne sérieusement envie. Nul doute que si le film avait eu toutes ses chances au cinéma, il y aurait fait un malheur pour le bonheur des spectateurs.

Image - 4,0 / 5

Comment a-t-on pu laisser une image aussi faiblarde accompagner la sortie de ce DVD ? La lumière semble avoir été respectée, les contrastes, un tantinet blafards, ne déshonorent pas l’éditeur. En revanche, la gestion des blancs laisse franchement à désirer. La scène dans la salle de bain le montre de manière flagrante. La présence de stries marque l’absence de fluidité et fustige une compression limite passable. Même punition dans la chambre rouge. « Barracuda » souffre du même mal que la toute première édition de « Léon », à ceci près qu’avec les moyens actuels, il est inadmissible d’être aussi léger question compression.

La seconde partie de la séquestration a mieux été traitée que la première. Les différentes atmosphères ont été soignées. La Chambre de Rochefort, la salle de séjour, la cuisine font preuve de plus de précision. Malgré le grain présent, le transfert vidéo de ces lieux et de l’action qui s’y déroule rend hommage à la richesse et à la complexité visuelle de la composition.

La lumière crue utilisée en surabondance par Philippe Haïm contraste avec les couloirs sombres et les pièces feutrées dans lesquelles Jean Rochefort attire Guillaume Canet. Il n’était pas évident de restituer cette opposition significative. L’éditeur s’en sort sur ce point. Preuve qu’avec un minimum de sérieux et de bonne volonté, il aurait été aisé de ficeler une édition exemplaire.

Son - 3,0 / 5

Ni DTS, ni Dolby Digital 5.1 (qui pour mémoire est le format sonore officiel du DVD), ni même un Dolby Prologic… mais bien un Dolby digital 2.0. Ouf ! On a évité le mono voire le muet… vous savez avec de petits cartons pour nous résumer ce que les acteurs se disent. Dès l’introduction de la galette dans le DVD, on sent bien que la musique n’a pas assez d’amplitude, que les basses ne sont pas assez présentes (ce qui est légèrement dommage pour un huis clos angoissant) et que la stéréo peine à nous impliquer dans le film.

Heureusement que le mixage est de qualité avec des voix bien claires et une pureté sonore. Mais le film méritait un Dolby surround au bas mot. De la stéréo ??? C’est un peu comme affubler une mustang d’un moteur de 2 CV. Pire que du mauvais goût, c’est un pur mépris à la fois envers le film et le support. C’est se moquer du monde. C’est prendre les artistes pour des boeufs et les dévédéphiles pour des vaches à lait. Vite une édition spéciale pour réparer cette incommensurable bévue !

J’attends avec impatience (derrière mon bocal) vos réactions sur ce film… à toutes et tous, excellente projection DVD

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Rétroprojecteur Toshiba 43PH14P
  • Toshiba SD-330ES
  • Onkyo TX-DS797
  • système d'enceinte 5.1 Triangle
Note du disque
Avis

Moyenne

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Patrick
Le 15 janvier 2008
Excellent film, un jeu d'acteur de très haut niveau. vous ne verrez plus votre voisin du même oeil
A découvrir d'urgence
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Nestor
Le 27 septembre 2006
Pas de commentaire.
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Brice
Le 29 juillet 2004
Depuis le temps que j'attend ce film!! il n'est Jamais sorti en VHS!!!
Pour tous ceux qui trouvaient Jean Rochefort charmant lorsqu'il presentait Winny l'Ourson, vous aller changer d'avis... du Grand acteur.
A regarder entre voisins??? Chiche?

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