Nous ne vieillirons pas ensemble (1971) : le test complet du Blu-ray

Réalisé par Maurice Pialat
Avec Marlène Jobert, Jean Yanne et Macha Méril

Édité par Gaumont

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Le 21/02/2013
Critique

Depuis six ans, Jean et Catherine sont amants. Lui, n’a jamais voulu divorcer et vit toujours chez sa femme. Elle, vit chez ses parents. Ils s’aiment, se disputent, se battent puis se réconcilient. Un jour, Catherine décide de rompre.

Maurice Pialat aura attendu l’âge de 43 ans avant de signer un premier long métrage très remarqué, L’Enfance nue (1968). Après un détour par la télévision (La Maison des bois), le metteur en scène revient au cinéma avec Nous ne vieillirons pas ensemble, drame intense fortement inspiré de sa vie et adapté de son propre roman. Chronique d’une rupture annoncée dès le titre : rarement, le cinéma français aura montré autant de cruauté dans un couple (illégitime rappelons-le) en rupture. Les dialogues s’apparentent à de véritables coups de poings dans l’estomac, et l’on regarde le souffle coupé, ces deux êtres magnifiquement interprétés par Jean Yanne, prix d’interprétation au Festival de Cannes en 1972 et le plus impressionnant alter ego de Pialat à l’écran (colérique, odieux, violent, lâche), et Marlène Jobert dont le charme solaire contraste avec la noirceur de son partenaire.

Maurice Pialat nous montre un homme et une femme, qui visiblement ne s’aiment plus mais qui ont besoin l’un de l’autre et qui n’ont de cesse de se retrouver après une « rupture définitive ». Mais au-delà de la violence verbale et physique, les mots changent jusqu’à ce que les protagonistes trouvent enfin les bons pour se faire une raison, l’histoire est bel et bien terminée. Et le spectateur devient témoin de ce déchirement. Nous ne vieillirons pas ensemble est une oeuvre, ou plutôt un chef d’oeuvre difficile, percutant, éprouvant et réaliste, déconseillé aux âmes sensibles, mais indispensable.

Généralités - 4,5 / 5

De la jaquette en passant par l’élégance des menus (pour une fois fixes et muets) et la restauration du film lui-même, saluons le travail de l’éditeur qui n’a pas son pareil pour offrir au spectateur un bel objet à ranger dans sa collection Gaumont Classique.

Bonus - 4,5 / 5

Sur le Blu-ray, nous trouvons un entretien dense et spontané avec le chef opérateur italien Luciano Tovoli (20’) qui dans un premier temps se souvient de sa rencontre et de son travail avec Maurice Pialat (avec qu’il a mis immédiatement les points sur les i), et dans un deuxième temps sur son travail pour la photo de Nous ne vieillirons pas ensemble. Comme dans tous les segments disponibles sur les éditions Blu-ray/DVD des films de Maurice Pialat, un portrait sans concession du cinéaste est habilement dressé.

Gaumont présente ensuite une interview de Macha Méril (33’). La comédienne qui interprète Françoise, la femme de Jean Yanne dans le film, revient longuement sur la production de Nous ne vieillirons pas ensemble en se penchant notamment sur les rapports conflictuels de Jean Yanne et Maurice Pialat. L’actrice évoque la personnalité complexe du réalisateur.

C’est au tour d’Alain Coiffier, directeur de production sur Nous ne vieillirons pas ensemble de se souvenir des grandes phases du tournage du deuxième long métrage de Maurice Pialat dans un entretien de 24 minutes. Si l’ensemble est quelque peu décousu, ces propos prolongent une fois de plus les segments précédents.

L’interactivité du Blu-ray se clôt sur la bande-annonce.

En guise de suppléments sur le deuxième disque (DVD), l’éditeur propose en premier lieu un entretien de Marlène Jobert mené par Serge Toubiana (2003, 19’). Avec son éternelle disponibilité et sa sensibilité à fleur de peau, la comédienne partage ses souvenirs du tournage de Nous ne vieillirons pas ensemble. Point d’improvisations se rappelle-t-elle mais un texte très écrit dont il ne fallait pas s’écarter. Notre interlocutrice se souvient ensuite des conflits survenus entre Maurice Pialat et Jean Yanne, les éléments autobiographiques, et évoque quelques scènes clé du film. Enfin, Marlène Jobert ne tarit pas d’éloges sur son partenaire et dresse ensuite un portrait de Maurice Pialat, homme complexe qui ne savait pas apprécier les compliments, comme s’il n’était pas fait pour le bonheur.

Nous trouvons ensuite un mini-reportage tourné à Cannes en juin 1972 lors de la présentation de Nous ne vieillirons pas ensemble au Festival en compétition officielle. Cet extrait de l’émission Pour le cinéma croise rapidement quelques propos de Maurice Pialat, Jean Yanne et Macha Méril (5’), le comédien indiquant qu’il n’a pas vu et ne veut pas voir le film terminé (par ailleurs il ne viendra pas chercher son Prix d’interprétation), tandis que le cinéaste parle des scènes coupées dont on peut apercevoir quelques extraits en exclusivité.

Le 13 février 1972, François Truffaut, qui avait produit le premier long métrage de Maurice Pialat L’Enfance nue, intervient pendant un peu plus de 5 minutes pour évoquer sa lecture du scénario de Nous ne vieillirons pas ensemble. A l’instar du segment précédent, nous trouvons ici quelques images du tournage du film avec Marlène Jobert.

Un autre document d’archive (1972) de 12 minutes est également disponible montrant Lucien Bodard (écrivain et journaliste) et le critique André S. Labarthe (et non pas André Labarthe comme indiqué), en grande conversation avec Maurice Pialat. Alors que le déjeuner a été servi et que les convives fument comme des pompiers, chacun s’exprime sur Nous ne vieillirons pas ensemble et encense le film devant un Pialat d’abord heureux et souriant, puis sur la défensive avec une jeune femme qu’il n’hésite pas à interrompre. Le réalisateur évoque les éléments autobiographiques qui ont nourri le scénario et sa conception du couple.

Les bonus se poursuivent avec un court-métrage réalisé par Maurice Pialat, simplement intitulé La Camargue (1966, 6’), issu de la Collection Chroniques de France. A travers ce court-métrage en N&B et au montage délicat, Maurice Pialat rend hommage à cette terre qu’il affectionnait tout particulièrement, pays de sel et de cendres.

Image - 5,0 / 5

Comme pour les éditions Blu-ray d’A nos amours, Van Gogh, Police et Loulou, il serait difficile de faire mieux que cette édition HD (Encodage MPEG 4 / AVC - Format du film respecté 1.66, 1080p) qui respecte les volontés artistiques originales (dont le grain original) du chef opérateur Luciano Tovoli, tout en tirant intelligemment et admirablement partie de l’élévation en Haute définition. Cette fois, nous n’hésitons pas à donner la note maximale à ce master, étant donné que Nous ne vieillirons pas ensemble est le second long métrage, donc l’un des plus anciens films de Maurice Pialat. La clarté est très appréciable, notamment sur toutes les séquences en extérieur, la propreté du master est sidérante, ainsi que la stabilité, le relief, la gestion des contrastes et le piqué (voir la campagne environnante) qui demeure impressionnant. N’oublions pas la colorimétrie, pimpante, bigarrée, restituant à merveille les partis-pris esthétiques de l’époque, sans lissage excessif. On se délecte de revoir Nous ne vieillirons pas ensemble dans de telles conditions techniques !

Son - 4,5 / 5

Ce mixage DTS-HD Master Audio Mono instaure un confort acoustique probant et solide. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise et les silences sont denses. Notons toutefois que certains échanges semblent avoir été repris en postsynchronisation et qu’un sensible décrochage se fait ressentir avec le son direct. L’éditeur joint également les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant.

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Sony LCD Bravia KDL-32W5710
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Pioneer VSX-520
  • Kit enceintes/caisson Mosscade (configuration 5.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 81 cm