Sous le soleil de Satan (1987) : le test complet du Blu-ray

Réalisé par Maurice Pialat
Avec Gérard Depardieu, Sandrine Bonnaire et Maurice Pialat

Édité par Gaumont

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Le 21/02/2013
Critique

La jeune Mouchette, 16 ans, tue son amant. Tout le monde pense que le défunt s’est suicidé. Mais l’adolescente ressent le besoin de confier son crime à l’abbé Donissan, le vicaire du village. Bientôt une étrange relation se noue entre eux.

« Je ne vais pas faillir à ma réputation. Je suis surtout content ce soir pour tous les cris et les sifflets que vous m’adressez… Et si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus ». Tout le monde se souvient de cette déclaration de Maurice Pialat, alors le poing levé, quand il reçoit la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1987 pour Sous le soleil de Satan, sous les huées et les sifflets d’une bonne partie de l’assistance qui aurait voulu que le trophée soit remis à Wim Wenders pour Les Ailes du désir.

Maurice Pialat adapte le roman éponyme de Georges Bernanos (1926), projet qui lui tient à coeur depuis près de quinze ans et dans lequel il voyait déjà Gérard Depardieu dans le rôle principal. Le comédien s’y révèle d’ailleurs extraordinaire une fois de plus et signe ici son interprétation la plus intense devant la caméra de Maurice Pialat, également parfait et sobre en abbé Menou-Segrais. C’est aussi l’occasion pour le metteur en scène de retrouver Sandrine Bonnaire après A nos amours et Police. L’actrice révélée par le cinéaste en 1983 a alors déjà bien mûri dans son jeu d’actrice et signe une prestation tout aussi impressionnante dans le rôle de Mouchette, enfant perdue, mal-aimée et victime de la cruauté des hommes.

Sous le soleil de Satan est une oeuvre difficile d’accès, probablement la plus hermétique de son auteur. L’attention du spectateur est mise à rude épreuve, les dialogues qui n’évitent pas une certaine théâtralité sont incessants, la mise en scène épurée. Mais sous ce vernis glacé et glacial (superbe photo de Willy Kurant), la voix et le regard de Gérard Depardieu nous laissent pantois d’admiration et nous emportent vers d’insoupçonnables sommets d’émotion. Sous le soleil de Satan demeure un film audacieux, profondément exigeant et complexe, qui n’a pas finit de diviser les spectateurs.

Généralités - 4,5 / 5

De la jaquette en passant par l’élégance des menus (pour une fois fixes et muets) et la restauration du film lui-même, saluons le travail de l’éditeur qui n’a pas son pareil pour offrir au spectateur un bel objet à ranger dans sa collection Gaumont Classique.

Bonus - 5,0 / 5

Sur le Blu-ray, nous trouvons un entretien dense et spontané avec Katia Wyszkop (27’), chef décoratrice sur Sous le soleil de Satan et plus tard Van Gogh. Elle témoigne de son arrivée sur ce film et de sa rencontre avec Maurice Pialat, toujours étonnée quand elle se rappelle n’avoir eu aucune expérience auparavant et que le cinéaste avait déjà renvoyé deux chefs décorateurs avant sa venue. Notre interlocutrice se souvient avoir été d’abord terrorisée en la présence du réalisateur, puis prise d’affection pour cet homme complexe jusqu’à trouver le tournage paradisiaque. Katia Wyszkop est d’ailleurs la seule personne interrogée à utiliser ce mot en évoquant Maurice Pialat !

Gaumont présente ensuite une interview du chef opérateur Willy Kurant (2004-17’) introduit par Katia Wyszkop qui rappelle brièvement la valse des chefs opérateurs (Luciano Tovoli, Jacques Loiseleux) jusqu’à l’engagement définitif de Willy Kurant. Ce dernier apparaît au bout de quatre minutes et partage à son tour quelques anecdotes (notamment l’atmosphère oppressante) liées au tournage de Sous le soleil de Satan, en rappelant que Maurice Pialat était un metteur en scène qui avait besoin de « démolir pour créer » et que l’équipe était dans un état de peur permanente.

L’interactivité du Blu-ray se clôt sur la bande-annonce.

En guise de suppléments sur le deuxième disque (DVD), l’éditeur propose en premier lieu un entretien de Gérard Depardieu mené par Serge Toubiana (11’). A fleur de peau, le comédien se livre comme rarement sur l’un de ses maîtres, sa fidélité et même son amour pour Maurice Pialat, « guerrier de la vérité », tout en déclarant que pour lui, Sous le soleil de Satan est le plus beau film de son auteur.

S’ensuit un reportage de 14 minutes dévoilant le tournage de Sous le soleil de Satan tourné en janvier 1987, durant lequel Gérard Depardieu est pris d’un petit fou-rire qu’il tente de combattre en se replongeant instantanément dans son personnage.

Sylvie Pialat (scénariste), Yann Dedet (monteur) et Cédric Kahn (monteur stagiaire) sont réunis afin de commenter les scènes coupées et alternatives de Sous le soleil de Satan (55’). Nous découvrons ici les séquences rejetées et retournées par Maurice Pialat, notamment celles centrées sur la relation de Mouchette avec Gallet, auparavant interprété par Claude Berri, puis remplacé par Jean-François Stévenin, et enfin par Yann Dedet lui-même. Ces séquences ont été retournées le lendemain de la fête de fin de tournage car le réalisateur n’était pas content de la lumière et des décors. D’autres scènes prolongent les confrontations entre l’abbé Donissan et l’abbé Menou-Segrais. Le tout est complété par des souvenirs de tournage intéressants.

Nous trouvons ensuite un extrait de la conférence de presse de l’équipe du film lors de la présentation de Sous le soleil de Satan au Festival de Cannes en 1987 (13’). Sont alors présents les comédiens Gérard Depardieu et Sandrine Bonnaire, le cinéaste Maurice Pialat, le producteur Daniel Toscan du Plantier, la scénariste Sylvie Danton (pas encore Pialat) et le chef opérateur Willy Kurant. Maurice Pialat évite de répondre à une provocation et préfère parler de manière détendue de l’adaptation de l’oeuvre de Georges Bernanos.

Le documentaire précédent est suivi d’un extrait du JT du 20h d’Antenne 2 diffusé lors de la présentation du Palmarès du Festival de Cannes en 1987 (7’). Si nous ne voyons pas la fameuse récompense de la Palme d’Or, nous nous trouvons ici en présence de la sortie de scène de Maurice Pialat qui rejoint Bernard Rapp, en compagnie de Gérard Depardieu, Yves Montand (Président du jury) et Marcello Mastroianni (Prix d’interprétation pour Les Yeux noirs de Nikita Mikhalkov). Face à la polémique de la remise de la Palme d’or au film de Maurice Pialat, Yves Montand s’exprime : « Nous avons considéré que le travail qu’a essayé de faire Pialat et qu’il a réussi, mettait le cinéma sur un autre niveau, à un autre étage. On peut forcément être sensible à des films un peu plus abordables, un peu plus faciles mais heureusement qu’il y a des Pialat, des Godard et des Resnais pour porter le cinéma à une autre hauteur. Je me réjouis que nous ayons voté à l’unanimité. »

Deux courts-métrages réalisés par Maurice Pialat sont également disponibles. Le Congrès eucharistique diocésain (1953, 8’, N&B, muet) : Tourné à Auzelles, dans le Massif Central, région natale du cinéaste, le documentaire évoque une journée de fête religieuse dans une bourgade rurale : procession avec ostensoir dans les rues fleuries, messe en plein air dans un parc. Maurice Pialat observe les rites catholiques dans la France rurale des années 50 en expérimentant sur les travellings.

Le deuxième court-métrage, Isabelle aux dombes (1951, 9’, N&B, muet). Une voiture roule à vive allure dans la région de la Dombes, située au nord de Lyon, célèbre pour ses étangs et ses élevages de chevaux. Une femme semble fuir un homme qui la traque mais la nature, bien loin de l’accueillir, démultiplie son angoisse panique. L’un des films les plus singuliers de Maurice Pialat.

Cette lourde et passionnante interactivité se clôt sur un reportage issu de FR3 Océaniques, De Bernanos à Pialat (54’). En contrepoint aux polémiques déclenchées par l’attribution de la Palme d’Or à Maurice Pialat pour Sous le soleil de Satan à Cannes, cette émission propose une réflexion sur le rapport entre le roman de Bernanos et le film, en même temps que le portrait d’un cinéaste controversé. Les propos de Maurice Pialat sont mis en parallèle avec ceux d’André Frossard, journaliste, essayiste et académicien français qui analyse les personnages et les thèmes du film (et du livre). Quelques images de tournage viennent illustrer l’ensemble, ainsi que divers extraits.

Image - 4,5 / 5

Comme pour les éditions Blu-ray du reste de la collection Maurice Pialat, il serait difficile de faire mieux que cette édition HD (Encodage MPEG 4 / AVC - Format du film respecté 1.66, 1080p) qui respecte les volontés artistiques originales (dont le grain original) du chef opérateur Willy Kurant (Je t’aime moi non plus), tout en tirant intelligemment et admirablement partie de l’élévation en Haute définition. La clarté est très appréciable sur les séquences en extérieur, la propreté du master est sidérante, ainsi que la stabilité, le relief, la gestion des contrastes et le piqué (voir la campagne environnante) qui demeure impressionnant. Si la colorimétrie s’inspirant de la peinture flamande est volontairement atténuée, les partis-pris esthétiques, notamment sur la nuit américaine caractérisant la rencontre de l’abbé Donissan avec Satan, sont éminemment restitués. Les noirs sont denses, les plans rapprochés ne cessent d’étonner par leur précision, et seules quelques artefacts de la compression et sensibles pertes de la définition sur les scènes sombres sont à signaler.

Son - 4,5 / 5

Ce mixage DTS-HD Master Audio Mono instaure un confort acoustique probant et solide. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise et les silences sont denses. Notons toutefois que certains échanges semblent avoir été repris en postsynchronisation et qu’un sensible décrochage se fait ressentir avec le son direct. L’éditeur joint également les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant.

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Sony LCD Bravia KDL-32W5710
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Pioneer VSX-520
  • Kit enceintes/caisson Mosscade (configuration 5.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 81 cm
Note du disque
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Sabrina Piazzi
Le 22 février 2013
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