Wake in Fright (Réveil dans la terreur) (1971) : le test complet du Blu-ray

Wake in Fright

Édition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret

Réalisé par Ted Kotcheff
Avec Donald Pleasence, Gary Bond et Chips Rafferty

Édité par Wild Side Video

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Le 17/07/2015
Critique

Wake in Fright (Réveil dans la terreur)

John Grant, un jeune instituteur, fait escale dans une petite ville minière de Bundayabba avant de partir en vacances à Sydney. Le soir, il joue son argent et se soûle. Ce qui devait être l’affaire d’une nuit s’étend sur plusieurs jours…

De la sueur, de la poussière et de la bière, il n’y a rien d’autre ici !

Pour la plupart des cinéphiles, Ted Kotcheff est le réalisateur du mythique premier volet de la saga Rambo, First Blood pour les puristes. Pour les amateurs de pépites, c’est aussi le cinéaste du cultissime La Grande cuisine ou l’art et la manière d’assaisonner les chefs. Mais comme dit la pub « mais ça, c’était avant », car attendez de découvrir Wake in Fright - Réveil dans la terreur ! Quasi-invisible depuis sa sortie et sa présentation au Festival de Cannes en 1971, ce véritable chef d’oeuvre est revenu d’outre-tombe en 2009 grâce à l’acharnement de son monteur Tony Buckley, qui a retrouvé le négatif original du film in extremis, avant sa destruction. Dix ans de recherches ! Wake in Fright a donc pu être restauré et remasterisé en 2009. Quelle claque, ou plutôt quel uppercut !

Adapté du roman Cinq matin de trop de Kenneth Cook publié en 1961, ce chef d’oeuvre absolu de Ted Kotcheff happe les spectateurs dès la première séquence en les propulsant dans l’Outback australien, dans un désert orange, jaune, solaire, rouge, terre de Sienne. C’est le point de départ de Wake in Fright, mais aussi l’arrivée d’un week-end de débauche, d’un récit initiatique, durant lequel un jeune instituteur, beau, intelligent et plein d’ambitions, va se métamorphoser en énergumène répugnant, une épave désespérée, suant l’alcool, accomplissant certaines choses dont il ne se croyait alors pas capable et en repoussant sans cesse les limites. Ce grand film existentialiste qui a contribué à la renaissance du cinéma australien et qui a depuis fait moult émules (George Miller, John Hillcoat, Peter Weir et dernièrement David Michôd avec The Rover), nous le devons à un canadien fils d’émigrés bulgares, Ted Kotcheff, passé à la mise en scène en 1962 avec La Belle des îles.

Wake in Fright (Réveil dans la terreur)

Au générique de Wake in Fright, nous retrouvons Donald Pleasence, tout juste débarqué de THX 1138 de George Lucas (il n’a d’ailleurs pas encore atterri), et Gary Bond, acteur britannique jusqu’alors cantonné dans de nombreuses séries télévisées, qui trouve ici le rôle de sa vie, avant de disparaître en 1995 des suites du SIDA à l’âge de 55 ans. Tourné dans la ville isolée de Broken Hill, Wake in Fright convie le spectateur à une véritable descente aux enfers. Tout d’abord propre sur lui, bien élevé et faisant bonne figure, l’instituteur John Grant va peu à peu sombrer dans un monde sauvage et primitif en deux ou trois jours. S’adonnant tout d’abord aux jeux de hasard dans un tripot clandestin en buvant bière sur bière (chaude par ailleurs), il se retrouve le lendemain matin à poil (au sens propre comme au figuré), sans argent pour pouvoir prendre son avion pour Sydney où il était attendu par sa nana pour fêter Noël. Comme un clochard, il erre hagard dans la ville minière sous un soleil de plomb, au fil de rencontres ambiguës, John va ensuite suivre quelques individus louches qui le conduiront à une chasse aux kangourous, de nuit, tuant le moindre marsupial qui se présente devant les phares de leur bagnole. Cette séquence hallucinante a été tournée pendant une véritable chasse aux kangourous réalisée par des « professionnels » - devant une équipe technique médusée - et demeure réservée à un public averti. Tout cela avec la bière à la main et le fusil dans l’autre, le rire saoul, le regard vitreux.

Wake in Fright est un film qui fait mal. Cruel et violent, brutal et sans concessions, éprouvant et fascinant, cauchemardesque et terrifiant, on en ressort autant en miettes que le personnage principal, qui semble lui-même étonné d’aller là où il n’aurait jamais pu imaginer.

Wake in Fright (Réveil dans la terreur)

Généralités - 5,0 / 5

Le superbe digibook renferme le Blu-ray et le DVD de Wake in Fright. Un livret de 40 pages y est rattaché : richement illustré de photos et d’archives inédites, il revient de manière passionnante sur la production et l’accueil du film en Australie, critique (triomphal) et public (glacial), ainsi que sur son exceptionnelle restauration. Le menu principal est animé et musical.

Bonus - 3,5 / 5

L’introduction du film par Nicolas Winding Refn (2’) : Le réalisateur de Drive et de Only God Forgives, évoque sa récente découverte du film de Ted Kotcheff, alors qu’il était en pleine promotion de Bronson en Australie, et qu’il qualifie comme un chef d’oeuvre avant-gardiste.

Entretien avec le réalisateur Ted Kotcheff (22’) : Réalisée en 2009, cette interview du metteur en scène de La Grande cuisine ou l’art et la manière d’assaisonner les chefs, Rambo et Retour vers l’enfer, s’avère indispensable, d’autant plus que Ted Kotcheff n’est jamais avare en anecdotes et prend toujours beaucoup de plaisir à revenir sur une de ses oeuvres, d’autant plus qu’il a toujours considéré Wake in Fright comme son meilleur film. Par ailleurs, il s’envoie quelques roses en disant que son film est « extraordinaire ». Mais Kotcheff a suffisamment d’humour et revient sur la genèse de son film, les thèmes, les personnages, les partis pris esthétiques, l’accueil (grand succès en France) et la célèbre séquence de chasse aux kangourous, filmée avec de vrais chasseurs, malgré toute sa répugnance envers cette pratique.

Wake in Fright (Réveil dans la terreur)

Un tournant dans l’histoire du cinéma australien (6’) : Plusieurs critiques et producteurs, mais aussi le comédien Jack Thompson, se penchent sur l’importance de Wake in Fright, considéré comme étant le film qui a initié la renaissance du cinéma australien, malgré un échec commercial sans précédent sur la terre des kangourous. Ted Kotcheff y apparaît également et évoque le film de Nicolas Roeg, Walkabout, également tourné dans l’Outback.

Une histoire rocambolesque (6’) : Composé de propos d’intervenants non identifiés - à l’exception du monteur Tony Buckley - et d’archives diverses, ce module s’attarde un peu plus sur l’accueil glacial de Wake in Fright en Australie, sa redécouverte (et donc sa restauration) et son statut de film culte aujourd’hui.

Nous parlions précédemment de la résurrection de Wake in Fright, un petit montage de deux minutes nous permet d’apprécier les miracles de la restauration numérique, à travers un comparatif avant/après.

Un petit making of (4’) d’époque dévoile l’envers du décor et le tournage, et se voit compléter par un autre supplément centré sur la figure du comédien local Chips Rafferty, qui interprète le policier Crawford dans Wake in Fright et qui trouvait ici son dernier rôle.

L’interactivité se clôt sur les credits, la bande-annonce américaine et celle de la ressortie dans les salles française fin 2014.

Wake in Fright (Réveil dans la terreur)

Image - 4,5 / 5

Afin de connaître l’incroyable aventure qui s’est étirée sur une dizaine d’années pour permettre au monteur Tony Buckley de retrouver le négatif original - qui allait être détruit ! - afin de restaurer numériquement, image par image, Wake in Fright par la National Film and Sound Archive, nous vous conseillons de lire attentivement le livret attaché au digipack. Wild Side livre un master HD (1080p, AVC) qui frôle la perfection. Les splendides partis-pris esthétiques du directeur de la photographie Brian West (Du sang dans la poussière) trouvent en Blu-ray un nouvel écrin, même si le réducteur de bruit (on avait la main lourde en 2009) est passé par là et a malmené le grain original (à l’exception du générique en ouverture), avec l’accord du réalisateur qui préférait privilégier le rendu des couleurs et le renforcement des contrastes, au détriment du fameux grain de la pellicule. Celui-ci est parfois discret ou se renforce selon les conditions des prises de vues. Une chose est sûre, cela ne va pas plaire à tout le monde ! Malgré tout, la photo parfois ouatée et fortement lumineuse est savamment restituée, la colorimétrie retrouve un éclat inédit, en dépit d’un piqué aléatoire. Le format original 1.85 est conservé, la profondeur de champ fort appréciable et seuls quelques plans flous, mouvements de caméra entraînant quelques pertes de la définition (les scènes de nuit) et des visages légèrement rosés, peu détaillés ou cireux empêchent d’attribuer la note maximale. Néanmoins, l’encodage AVC demeure solide, idem pour la gestion des noirs, la propreté est exceptionnelle (adieu les poussières, les rayures, les fourmillements) et le niveau de détails impressionne. Film miraculé, Wake in Fright a donc connu un lifting - supervisé par Ted Kotcheff lui-même - de premier ordre et un transfert très élégant.

Wake in Fright (Réveil dans la terreur)

Son - 4,0 / 5

Les versions originale et française bénéficient d’un mixage DTS-HD Master Audio Mono d’origine. Pour la première option acoustique, l’espace phonique se révèle probant, la musique jouit d’une belle ouverture, le confort est indéniable, et les dialogues clairs et nets. De son côté, la version française apparaît nettement plus feutrée avec des voix discrètes et des ambiances et effets annexes qui manquent à l’appel par rapport à la version originale. Même si quelques fluctuations demeurent indéniables, l’ensemble reste propre et largement suffisant. Les sous-titres français ne sont pas imposés et le changement de langue non verrouillé. Notons que nous avons affaire à la version intégrale du film. La censure avait sévi en France à la sortie de Wake in Fright et certaines séquences n’avaient jamais été doublées. Elles passent automatiquement en version originale sous-titrée en français. Raison de plus pour éviter cette piste, d’autant plus que nous y perdons le phrasé singulier des comédiens.

Wake in Fright (Réveil dans la terreur)

Crédits images : © La Rabbia / Le Pacte

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Sony LCD Bravia KDL-32W5710
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Pioneer VSX-520
  • Kit enceintes/caisson Mosscade (configuration 5.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 81 cm
Note du disque
Avis

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Franck Brissard
Le 18 juillet 2015
Bien avant Rambo First Blood, Ted Kotcheff signait Wake in Fright (Réveil dans la terreur), un uppercut monumental, un cauchemar éveillé, une descente aux enfers dans l'Outback australien dégénéré, déconseillé aux âmes sensibles. Vous êtes prévenus !
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Philippe Gautreau
Le 18 juin 2015
John, un instituteur, va rejoindre sa petite amie à Sydney pour les vacances de Noël. Arrêt obligatoire à Bundanyabba, une petite ville minière en plein désert australien. Chaleur torride : une bière s’impose et marque le début d’une implacable descente aux enfers. Un film qui laisse KO !

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