Le Bal (1983) : le test complet du Blu-ray

Réalisé par Ettore Scola
Avec Christophe Allwright, Aziz Arbia et Marc Berman

Édité par LCJ Editions

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Le 07/09/2015
Critique

Le bal

Un vieux barman claudiquant allume les éclairages d’un vieux dancing art déco défraîchi. L’une après l’autre, des femmes arrivent et, après une rapide inspection dans un grand miroir au fond de la salle, choisissent chacune leur table au bord de la piste. C’est au tour des hommes d’entrer, tous ensemble… L’orchestre commence à jouer un tango, les couples à danser. Après deux danses, un fondu enchaîné, les couleurs s’estompent. Nous sommes dans la même salle de bal… en 1936.

Le Bal est l’adaptation pour le cinéma d’un spectacle musical, une pantomime, imaginée et mise en scène par Jean-Claude Penchenat en 1983 et interprétée par le Théâtre du Campagnol à Châtenay-Malabry.

Le Bal n’est pas une captation du spectacle : le film suit un scénario coécrit par Ettore Scola, Ruggero Maccari, Furio Scarpelli et Jean-Claude Penchenat. Les mêmes acteurs, une vingtaine, incarnent plusieurs personnages qui évoluent sur la piste de danse à plusieurs époques. D’abord, sur la valse du  » dénicheur « , en 1936 comme l’indique une banderole du Front populaire. Puis, en 1944, le dancing devient un abri contre les bombes et accueille ensuite un officier allemand. 1946 s’annonce avec l’arrivée des GIs et du jazz. En 1956, c’est la samba qui entraîne les danseuses en jupes à cerceaux, jusqu’à ce que les blousons noirs surgissent sur la piste pour y imposer le rock’n’roll. En mai 68, sur fond d’une chanson des Beatles et des sirènes de police, s’y réfugient des manifestants aux yeux irrités par les gaz lacrymogènes. Et nous voilà revenus en 1983 : la boucle est bouclée, une montre sonne, les danseurs quittent le dancing et le barman claudiquant éteint les lumières.

Le film nous évoque chronologiquement, en six tableaux, près de 50 ans d’histoire de la France. Les bruits extérieurs, les décors, les costumes et, bien sûr, la musique et les chansons, la couverture des magazines de cinéma, nous placent à chacune des époques. À la fin de chaque tableau, les couleurs disparaissent et l’image qui s’immobilise est, une fois encadrée, accrochée au mur, près du bar.

La piste de danse est un melting pot : s’y enlacent, s’y battent parfois, des gens de tout poil, ouvrier et fêtard en habit, femme du monde et prostituée, arpette et professeur, croix de feu et anarchiste. Une brochette de personnages hauts en couleurs, parmi lesquels se distingue la silhouette dégingandée de Jean-François Perrier, inoubliable dans son incarnation d’un grand benêt timide.

Des liaisons se nouent ou se dénouent entre les personnages, des saynètes s’enchaînent. La caméra les surprend parfois en gros plan, saisit leurs expressions, les rend si présents qu’on pourrait croire qu’ils parlent.

Le Bal, c’est aussi une succession de gags, proches du slapstick. Sur un air de tango, une femme cherche dans le dos de son cavalier une pilule pour calmer sa nervosité ; au moment où elle parvient à ouvrir le flacon, l’homme la bascule en arrière et elle avale toutes les pilules. D’amusants clins d’oeil au cinéma : par exemple, au moment précis où l’acteur représentant Jean Gabin quitte la salle, on entend la sirène d’un navire, certainement amarré le long du Quai des brumes.

L’originalité du film lui permet de récolter une belle moisson de récompenses en 1984 : cinq prix David di Donatello, trois Césars (dont un pour la musique de Vladimir Cosma) et l’Ours d’Argent à Berlin.

Les premières années du cinéma nous ont légué de grands films muets. Bien après que Le Chanteur de Jazz ait ajouté le son à l’image, en 1928, d’autres films sans paroles ont été tournés : par exemple La Dernière folie de Mel Brooks de Mel Brooks (1976) et les trois étranges courts métrages horrifiques de Nacho Cerdà regroupés sur un DVD intitulé La Trilogie de la mort.

La qualité de deux d’entre eux, The Artist (2011) de Michel Hazanavicius et Blancanieves (2012) de Pablo Berger, démontre que la parole n’est pas une composante obligée du cinéma comme l’avait démontré Kenneth Anger dans The Magick Lantern Cycle, récemment testé. Le dernier film dans cette catégorie est Le Souffle (2014) du Russe Aleksandr Kott, dont la sortie sur DVD est attendue pour le 20 octobre.

Le bal

Généralités - 2,5 / 5

Le disque (BD-25) est présenté dans le classique boîtier bleu. Sur la jaquette, un montage photographique original repris en partie sur la sérigraphie du disque. Menu musical et animé.

Le verso de la jaquette ne brille pas par son exactitude : le format de l’image y figure à 2.35:1 au lieu de 1.66:1, le format audio à PCM 2.0 au lieu de Dolby Digital 5.1, la durée du film à 112 minutes au lieu de 107, et la langue indiquée est le français alors qu’il n’y a aucun dialogue et que les chansons, principalement dans notre langue, sont aussi en anglais et en italien.

Bonus - 2,5 / 5

En supplément, deux courtes interviews superficielles. Celle d’Ettore Scola et de la troupe du Campagnol au 13 heures de TF1 du 19 décembre 1983 (10’) : interrogé par Yves Mourousi, le réalisateur se présente comme le petit Rital qui explore l’histoire de France et nous confesse son goût pour le théâtre. Dans la seconde, faite le lendemain au journal de 20 heures, Ettore Scola dit voir dans le cinéma un miroir de l’évolution de la société, plus fidèle que la littérature. D’où son conseil : il vaut mieux voir des films que lire ! Suivent un diaporama de quelques photos sur chacune des époques et la bande-annonce.

Le DVD édité par TF1, épuisé, était nettement plus généreux en suppléments.

Image - 4,0 / 5

L’image (1.66:1, couleurs, 1080p, AVC) respecte les choix d’étalonnage des couleurs qui disparaissent presque, mais pas tout à fait, pour le retour à l’année du Front populaire où des tons rouges estompés transparaissent dans le noir et blanc. L’image est propre, mais on note quelques légers défauts de compression, certainement dus au choix de l’espace limité d’un disque simple couche.

Son - 3,5 / 5

Si l’on peut regretter la définition standard, on doit reconnaitre que le remixage au format Dolby Digital 5.1 fait correctement son office en donnant une raisonnable ampleur à la musique.

Le bal

Crédits images : © LCJ Editions

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 7 septembre 2015
Un dancing, quelque part à Paris, en 1983. Le temps d'un ou deux tangos et d'un fondu enchaîné, nous voilà dans la même salle, mais en 1936. Les gags se succèdent, danse après danse. En toile de fond, l’évocation d’un demi-siècle l’histoire de France en raccourci. Couronné de récompenses, ce film ne ressemble à aucun autre. Muet, il en dit long sur la comédie humaine.

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