Je ne regrette rien de ma jeunesse + Qui marche sur la queue du tigre : le test complet du Blu-ray

Waga seishun ni kuinashi + Tora no o wo fumu otokotachi

1945. Réalisé par Akira Kurosawa
Avec Setsuko Hara, Susumu Fujita et Denjirô Ôkôchi

Édité par Wild Side Video

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Le 26/02/2018
Critique

Je ne regrette rien de ma jeunesse + Qui marche sur la queue du tigre

Ce Mediabook de Wild Side propose deux films de jeunesse d’Akira Kurosawa.

Qui marche sur la queue du tigre. En 1185, chassé par son demi-frère le shogun Yoritomo, le seigneur guerrier Yoshitsune, accompagné par cinq fidèles vassaux déguisés en moines yamabushi, cherche à traverser une frontière bien gardée.

Je ne regrette rien de ma jeunesse. Deux étudiants en droit de l’université de Kyōto réagissent à l’arrestation de leur professeur qui avait affiché son opposition à l’occupation de la Mandchourie. L’homme arrêté est le père de Yukie, la jeune fille dont ils sont tous deux épris. L’un, Noge, va résister à l’oppression et s’engager dans un combat pour la liberté d’expression, tandis que l’autre, Itokawa, s’intégrera finalement à l’ordre établi.

Qui marche sur la queue du tigre (Tora no o wo fumu otokotachi, 1945), dont le tournage a commencé au printemps de 1945, avant le lâcher de la bombe sur Hiroshima, et s’est terminé à l’automne, au début de l’occupation américaine, est un des films les plus méconnus d’Akira Kurosawa qui devra attendre jusqu’en 1952 une autorisation de sortie en salles. Ce premier film historique du réalisateur, dans une suite stylée de plans fixes, adapte une célèbre pièce de kabuki, en un mélange d’aventure et de comédie burlesque, comme le fera, douze ans plus tard, La Forteresse cachée (Kakushi-toride no san-akunin), la première réalisation du cinéaste pour écran large préfigurant les deux grandes oeuvres épiques que seront Kagemusha : l’ombre du guerrier, en 1980 et Ran, en 1985.

Je ne regrette rien de ma jeunesse (Waga seishun ni kuinashi, 1946) ramène à la jeunesse du réalisateur : il avait l’âge de Noge, Itokawa et Yukie au moment de l’arrestation du professeur Tagikawa représenté sur l’écran par le professeur Yagihara, le père de Yukie. Le film prône l’apaisement après le traumatisme de la défaite et les ravages de la guerre, totalement mise entre parenthèses par le scénario, et une réconciliation qui demandera bien des années à s’opérer. En dépit de son manichéisme et d’un rythme plutôt lent, le film révèle le talent de Kurosawa, notamment sa maîtrise du cadrage et des éclairages. Le réalisateur annonce aussi l’importance que son cinéma accordera aux femmes en faisant de Yukie le personnage principal. Il attribua le rôle à Setsuko Hara, une star nationale qui, à partir de quinze ans, était déjà apparue, très vite en tête d’affiche, dans une cinquantaine de films, souvent de propagande.

Une belle occasion de découvrir, en une seule remarquable édition Je ne regrette rien de ma jeunesse et Qui marche sur la queue du tigre, deux films méconnus d’Akira Kurosawa.

Je ne regrette rien de ma jeunesse + Qui marche sur la queue du tigre

Généralités - 5,0 / 5

Je ne regrette rien de ma jeunesse (110 minutes), Qui marche sur la queue du tigre (59 minutes) et leurs suppléments (11 minutes) tiennent, dans cette édition combo, sur un Blu-ray double couche (ou un DVD-9 et un DVD-5), placés à l’intérieur des couvertures du Mediabook de la Collection Akira Kurosawa - Les années Tôhô, regroupant en quinze volumes les dix-sept films d’Akira Kurosawa produits par cette firme de 1944 à 1970. Cette ambitieuse édition Wild Side a été retenue en 2017 dans la sélection du jury DVD/Blu-ray du Syndicat Français de la Critique de Cinéma pour le Prix du meilleur coffret.

Le menu animé et musical propose chaque film dans sa version originale, au format DTS-HD Master Audio 1.0, avec sous-titres imposés, trop haut placés sur l’image.

Dans le livret de 24 pages, abondamment illustré, Michael Lucken, directeur du Centre d’Études Japonaises (CEJ), rappelle les faits évoqués par le scénario de Je ne regrette rien de ma jeunesse : l’arrestation en 1933 du professeur de droit de l’université de Kyōto Tagikawa et la résistance des étudiants contre les militaristes qui avaient encouragé l’expansionnisme nippon. Un expansionnisme qui conduira l’empire de l’occupation de la Mandchourie à la désastreuse défaite de 1945. Dans Je ne regrette rien de ma jeunesse, Yukie est une figure allégorique de la réconciliation entre les forces opposées du Japon, représentées par Noge et Itokawa et de l’ouverture du pays aux valeurs occidentales.

Michael Lucken voit dans Qui marche sur la queue du tigre, tourné à une époque où les autorités japonaises contrôlaient étroitement le cinéma, un message en faveur de l’utilisation de la ruse, en réponse à la force, pour sauvegarder l’institution impériale après la défaite de 1945.

Le livret se termine par une analyse par Charles Tesson de Qui marche sur la queue du tigre, un drame quasi-shakespearien, emblématique du cinéma de Kurosawa qui « tout au long de son oeuvre, sera à la fois fasciné et intrigué par la propension du Japon à s’entredéchirer et à s’autodétruire ». Le critique salue l’opposition claire à la guerre de Je ne regrette rien de ma jeunesse.

Je ne regrette rien de ma jeunesse + Qui marche sur la queue du tigre

Bonus - 1,5 / 5

En complément, deux courts modules sur la restauration de l’image et du son des deux films (8’ + 3’) permettent, sur quelques séquences d’apprécier les résultats obtenus : renforcement des contrastes, amélioration de la stabilité et réduction du bruit vidéo et du souffle.

Image - 4,0 / 5

L’image (1.33:1, 1080p, AVC) des deux films a été soigneusement débarrassée de toute tache griffure.

Celle de Je ne regrette rien de ma jeunesse est cependant affectée par une instabilité lumineuse, occasionnellement assez gênante, et par un bruit vidéo, surtout visible sur les aplats clairs, dont les auteurs de la restauration justifient la rémanence par le souci de respecter le grain original.

Celle de Qui marche sur la queue du tigre propose un parfait dégradé de gris allant de blancs lumineux à des noirs très denses, avec un bruit vidéo à peine perceptible, sans lissage excessif.

Je ne regrette rien de ma jeunesse + Qui marche sur la queue du tigre

Son - 4,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 1.0 des deux films a, lui aussi, été débarrassé des bruits parasites dus aux dégradations de la pellicule.

Mais le son de Je ne regrette rien de ma jeunesse est affecté par un souffle très présent, une bande passante pauvre en graves et quelques distorsions et stridences, ces défauts restant toutefois dans une limite facilement tolérable.

Le son de Qui marche sur la queue du tigre est étonnamment clair, pratiquement sans souffle avec une large ouverture du spectre et une assez forte dynamique, révélées, à titre d’exemple, par l’accompagnement de la dernière scène par un taiko (roulements de tambours japonais).

Je ne regrette rien de ma jeunesse + Qui marche sur la queue du tigre

Crédits images : © Toho

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 26 février 2018
La splendide collection Kurosawa, Les années Tōhō nous permet de découvrir dans ce volume deux œuvres de jeunesse du cinéaste, assez peu connues, Qui marche sur la queue du tigre, son premier film historique, et Je ne regrette rien de ma jeunesse, un appel à l’apaisement après les ravages de la guerre et le traumatisme de la défaite.

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