L'Ange ivre : le test complet du Blu-ray

Yoidore tenshi

1948. Réalisé par Akira Kurosawa
Avec Toshirô Mifune, Takashi Shimura et Reisaburo Yamamoto

Édité par Wild Side Video

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Le 26/02/2018
Critique

L'Ange ivre

Dans un quartier pauvre du Tokyo d’après-guerre, le docteur Sanada reçoit la visite de Matsunaga, un jeune yakuza blessé par balle chez qui il décèle les atteintes de la tuberculose. Mais ce dernier refuse obstinément de se faire soigner, craignant de ternir son image. Débute alors une étrange amitié entre deux hommes que pourtant tout oppose et qui se retrouveront confrontés à la violence de la maladie tout autant qu’à celle de la ville…

Akira Kurosawa voyait L’Ange ivre (Yoidore tenshi), sorti en 1948, son huitième long métrage, comme son premier film personnel. Le premier à établir les thèmes qui deviendront récurrents dans la majeure partie de son oeuvre : celui du héros, de la confrontation de personnalités opposées, de la misère, du crime, des conséquences culturelles de la défaite de 1945…

L’Ange ivre est aussi la première réalisation opérée avec une équipe qui le suivra pendant des années, Takashi Matsuyama pour la direction artistique et les décors, Fumio Hayasaka pour l’accompagnement musical, qui l’aidera à modeler un style attribuant une place importante à l’espace, au décor et à la bande sonore. L’image du cloaque, centre géométrique du décor, ne pourra s’effacer de la mémoire du spectateur.

C’est aussi le premier acte d’une longue collaboration avec Toshirô Mifune. Encore débutant, l’acteur offre dans L’Ange ivre une stupéfiante prestation face à Takashi Shimura, un monstre sacré du cinéma nippon à l’impressionnante carrière : plus de 250 films ! Toshirô Mifune restera, en dépit de la rupture intervenue après Barberousse (Akahige, 1965), une figure indissociable du cinéma de Kurosawa.

L’Ange ivre est, enfin, le premier volet de la Tétralogie de la misère qui se poursuivra avec Les Bas-fonds (Donzoko, 1957), Barberousse et Dodes’kaden (1970).

L'Ange ivre

Généralités - 5,0 / 5

L’Ange ivre (98 minutes) et ses suppléments (42 minutes) tiennent sur un Blu-ray double couche et un DVD-9, placés à l’intérieur des couvertures du premier Mediabook de la Collection Akira Kurosawa - Les années Tôhô, regroupant en quinze volumes les dix-sept films d’Akira Kurosawa produits par cette firme de 1944 à 1970. Cette ambitieuse édition Wild Side a été retenue en 2017 dans la sélection du jury DVD/Blu-ray du Syndicat Français de la Critique de Cinéma pour le Prix du meilleur coffret.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, au format DTS-HD Master Audio 1.0, avec sous-titres imposés, trop haut placés sur l’image.

Dans le livret de 50 pages, abondamment illustré, Charles Tesson, après avoir rappelé que la notion d’héroïsme est au coeur du cinéma de Kurosawa, pose la question centrale de L’Ange ivre : « De quel héroïsme peut se prévaloir l’homme japonais après sa défaite ? » Le docteur Sanada, anti-héros alcoolique, condamne ouvertement les yakuzas qui, dans les années d’après-guerre, contrôlent le marché noir, mais soigne pourtant Matsunaga, tout en le rudoyant (extraction d’une balle sans anesthésie). Matsunaga, après avoir été le caïd incontesté du quartier, connaît la déchéance. L’article souligne aussi la place accordée aux femmes, l’interaction entre personnages, décors et accessoires, et se termine par une intéressante analyse des liens entre la musique et le récit.

L'Ange ivre

Bonus - 3,5 / 5

En complément, repris des précédentes éditions Wild Side, deux documentaires :

Akira Kurosawa contre Toshiro Mifune (31’) recueille les souvenirs du réalisateur et de son équipe. L’Ange ivre est le premier de seize films de Kurosawa dans lequel Toshirô Mifune joue, avant qu’il ne se brouille définitivement avec le cinéaste à l’issue du tournage de Barberousse. Kurosawa se souvient de l’acteur « Intense : il allait toujours plus loin que je l’avais imaginé». Il rappelle les difficultés du casting dans lequel les syndicats avaient leur mot à dire. Il réitère son admiration pour le cinéma muet : les dialogues n’ont pas à expliquer ce que dit l’image. Ses collaborateurs insistent sur l’importance donnée par Kurosawa à la musique et aux décors qui, dans L’Ange ivre, entourent une mare putride.

Entretien avec Jean Douchet (2006, 11’). Bien que La Légende du grand Judo (Sugata Sanshirô, 1943) ait connu un grand succès au Japon, L’Ange ivre est son premier grand film. Le réalisateur y développe un thème qui deviendra récurrent dans son oeuvre, le rapport de force entre deux personnages antagonistes qui, tout en s’opposant, se respectent. Le critique souligne l’importance de l’espace dans ses films et relève, dans L’Ange ivre, la double influence du néoréalisme italien et de l’expressionisme allemand.

L'Ange ivre

Image - 3,5 / 5

L’image (1080p, AVC) au format original de 1.37:1 (et non 1.33:1 comme mentionné au dos du Mediabook ), soigneusement débarrassée des marques du temps, fermement contrastée, avec des noirs denses et des blancs lumineux (très occasionnellement légèrement brûlés) répond à toutes les attentes, en dépit d’une fugace instabilité.

Son - 4,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 1.0 est, lui aussi, très propre : la restauration a éliminé les bruits parasites, mais pas totalement le souffle qui se fait entendre à un niveau variable, sans être jamais gênant. Quelques distorsions et saturations dans les passages forte de l’accompagnement musical.

L'Ange ivre

Crédits images : © Toho

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 26 février 2018
L’Ange ivre, le premier grand film d’Akira Kurosawa, premier volet de la "Tétralogie de la misère", est aussi le premier de seize films qu’il tournera avec son acteur fétiche, Toshirô Mifune. Un des grands volumes de la précieuse collection Kurosawa, Les années Tōhō.

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