Showgirls (1995) : le test complet du Blu-ray

Édition Collector Blu-ray + DVD

Réalisé par Paul Verhoeven
Avec Elizabeth Berkley, Kyle MacLachlan et Gina Gershon

Édité par Pathé

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Le 16/09/2016
Critique

Showgirls

Sans famille, sans amis et sans argent, Nomi Malone débarque à Las Vegas pour réaliser son rêve : devenir danseuse. À peine arrivée, elle se fait voler sa valise par l’homme qui l’a prise en stop. Perdue dans la ville, Nomi doit son salut à Molly Abrams, costumière au Casino Stardust, un cabaret réputé de la ville. Molly lui trouve un job de stripteaseuse dans une boîte où elle fait elle-même quelques extras. Cristal Connors, la vedette du Stardust, très attirée par Nomi, la fait engager dans son show où elle gravit rapidement les échelons. Dans les coulisses impitoyables de Vegas, Nomi devient très vite une rivale gênante.

Il aura fallu attendre vingt ans pour que la critique considère enfin Showgirls à sa juste valeur, un chef d’oeuvre des années 90. Débarqué aux Etats-Unis en 1987, Paul Verhoeven casse la baraque dès son premier film américain avec RoboCop. Mario Kassar et Andrew G. Vajna, fondateurs de la société de production Carolco Pictures, l’engagent alors pour mettre en scène l’adaptation de la nouvelle Souvenirs à vendre de Philip K. Dick pour lequel il dirige la plus grande star du moment, Arnold Schwarzenegger. Nouveau succès planétaire, Paul Verhoeven, alias le « Hollandais Violent » a le vent en poupe. En 1992, il rencontre ce qui restera alors son plus grand triomphe, Basic Instinct, qui remporte plus de 350 millions de dollars dans le monde et arrive sur la première marche du podium des entrées françaises cette année-là devant L’Arme fatale 3 et La Belle et la Bête de Disney. Sharon Stone, déjà présente dans Total Recall, devient une star internationale avec un rôle qui lui collera à la peau, probablement jusqu’à la fin de sa vie.

Après Basic Instinct, Paul Verhoeven retrouve le scénariste Joe Eszterhas (Flashdance, Cavale sans issue, Sliver, Jade) autour d’une idée pour un film musical sur Las Vegas. Après moult recherches et entretiens avec des danseuses, strip-teaseuses et meneuses de revue, Joe Eszterhas livre un premier scénario à Paul Verhoeven et au producteur Mario Kassar, qui le rejettent en lui indiquant que son histoire s’avère bien trop proche de Flashdance qu’il avait signé en 1983. Joe Eszterhas part fâché, tandis que le cinéaste hollandais reçoit le scénario de Crusades. Emballé, Verhoeven se lance alors dans la production de cette fresque épique que doit interpréter Arnold Schwarzenegger. Six mois passent, le scénario est prêt et certains décors devant représenter Jérusalem commencent même à être construits au Maroc. Cependant, Mario Kassar engloutit (au sens propre comme au figuré) tout son argent dans L’Île aux pirates de Renny Harlin. Le producteur ne dispose plus des cent millions de dollars que nécessite le tournage de Crusades. Paul Verhoeven se retrouve dans une impasse. Crusades est stoppé. Il revient finalement vers Showgirls. Mario Kassar est aidé à la production par la compagnie française Chargeurs, dirigée par Jérôme Seydoux. Paul Verhoeven revoit entièrement la copie de Joe Eszterhas, avec l’accord de ce dernier, et s’inspire finalement du mythique Eve de Joseph L. Mankiewicz. Showgirls ne sera pas un film musical, mais le portrait de l’Amérique contemporaine vue à travers celui d’une jeune femme opportuniste, prête à tout pour réussir, pour vivre son rêve, quitte à abandonner toute notion d’éthique et de morale pour arriver au sommet. Une version d’Une Étoile est née, mais parasitée par le sperme et la décadence.

Showgirls

Afin de faire ressortir toute la vulgarité, le grotesque et la dépravation de Las Vegas, à l’instar du Casino de Martin Scorsese qui sortira deux mois après Showgirls, Paul Verhoeven décide de pousser tous les curseurs à fond. « J’ai voulu utiliser l’hyperbole. Dans Showgirls, tout est exagéré, les personnages, les dialogues, les costumes, les couleurs, les lumières, le son, la musique. Tout est démesuré, comme le jeu des comédiens, en particulier celui d’Elizabeth Berkley, qui ne devait pas comprendre pourquoi je la dirigeais comme ça, en staccato, et qui ne devait d’ailleurs pas comprendre non plus dans quoi je l’avais embarqué. Pas sûr que ces partis pris étaient un bon choix, mais c’était le mien. » confesse Paul Verhoeven, néanmoins très heureux que Showgirls, le film jusqu’alors maudit de sa carrière, soit enfin réhabilité.

Avec ses séquences de sexe très frontales, son ton décomplexé, son « trop-plein » envoyé à la figure des spectateurs alors peu préparés au milieu des années 1990, Showgirls n’a rencontré aucun succès dans les salles américaines (20 millions de recettes pour un budget de 45 millions) où il écope d’une interdiction aux moins de 17 ans. Peu de films ont été traînés dans la boue comme celui de Paul Verhoeven. En France, cette oeuvre aura le soutien inattendu de Jacques Rivette et attire tout de même plus de 700 000 spectateurs. Nommé dans toutes les catégories aux Razzie Award, Showgirls remporte sept prix, dont celui du pire réalisateur. Une vraie razzia aux Razzies. Le néerlandais crée la surprise en participant à la cérémonie qui récompense « les plus mauvais films de l’année » et surtout en venant chercher lui-même son prix sur scène. Lors de son discours de « remerciements » il déclare à l’audience et avec le sourire « I had the worst thing happen to me today. I got seven awards for being the worst, and it was more fun than reading the reviews in September ». Un Prix spécial récompensant le « Pire film de la décennie » viendra couronner le tout. Qu’à cela ne tienne, Paul Verhoeven reviendra deux ans plus tard avec Starship Troopers, un des plus grands films de science-fiction de l’histoire du cinéma. Cette fois, il se fera traiter de fasciste. Paul Verhoeven commence à faire ses bagages pour rentrer en Hollande, même s’il signera un dernier opus américain avant de partir avec Hollow Man - L’homme sans ombre.

Showgirls

Showgirls est un film pluriel, autant une critique très violente du monde du showbiz que de la société américaine. Totalement incompris, résumé à ses séquences dénudées, Showgirls est pourtant le portrait le plus réaliste dressé de Las Vegas, capitale du stupre, de la vulgarité, de la violence et de laideur. Au milieu de tout ce Pandemonium, Elizabeth Berkley, âgée de 23 ans, débarque de la télévision et plus particulièrement de la série Sauvés par le gong. Après une première incursion au cinéma dans Molly & Gina de Paul Leder, elle accède au premier rôle dans Showgirls, après le refus catégorique de Drew Barrymore, Angelina Jolie, Jennifer Lopez et Charlize Theron. Rétrospectivement, peu de comédiennes auraient accepté un tel personnage. Un charisme ravageur, un corps sublime et expressif, une énergie digne de celle d’un cyclone, Elizabeth Berkley y va à fond, y compris dans les scènes de sexe à l’instar de la mythique séquence de la piscine. Elle trouve ici le rôle de sa vie et quel rôle !! Si l’échec commercial du film et le lynchage de la critique américaine ont probablement ruiné sa carrière, malgré des apparitions chez Oliver Stone (L’Enfer du dimanche), Tom DiCillo (Une Vraie blonde) et Woody Allen (Le Sortilège du Scorpion de Jade), Elizabeth Berkley semble être retournée vers le monde de la télé dans des séries comme Les Experts : Miami. Mais pour les cinéphiles, elle reste et restera probablement Nomi Malone, qui enflamme autant la grande salle de spectacle du Stardust que la pellicule. N’oublions pas ses partenaires, Gina Gershon (après le refus de Madonna, Sharon Stone, Sean Young et Daryl Hannah), Kyle MacLachlan, Glenn Plummer, Robert Davi, tous incarnant des personnages déplaisants et peu attachants, mais finalement humains, qui tentent de survivre dans cette capitale des Enfers où celui qui gagne est celui qui saura humilier l’autre et coucher avec la bonne personne.

Seul le personnage de Molly, interprété par Gina Ravera, semble garder son intégrité en tant que petite styliste, qui toutefois ne sera pas épargnée et dont la vie va virer au cauchemar à cause de la réalisation d’un fantasme. A Las Vegas, tout n’est qu’illusion et mirage, comme la ville elle-même au milieu du désert du Nevada. La violence reprend rapidement le dessus. Mais quand cela tournera mal pour Molly, Nomi, qui n’a pas été totalement rongée et avalée par la ville en raison d’une enfance difficile qui l’a armé très tôt pour survivre, décidera de prendre les choses en main pour venger celle qui lui a tendu la main à son arrivée. Quitte à abandonner son propre rêve par la suite. Showgirls, film féministe ? Bien sûr ! L’image de fin reflète celle du début. Nomi part de Las Vegas après avoir passé à tabac celui qui avait envoyé son amie à l’hôpital, mais en ayant imprimé son visage sur les panneaux publicitaires qui annoncent la revue dont elle était finalement devenue la meneuse. Elle se dirige cette fois vers Los Angeles. L’Enfer est vaste, mais les démons sont les mêmes.

Le onzième long métrage de Paul Verhoeven a ensuite connu une seconde carrière grâce à son exploitation en VHS puis en DVD. On parle de près de 100 millions de dollars rentrés dans le tiroir-caisses ! Les fans du réalisateur le chérissent véritablement. Aujourd’hui, Showgirls est devenu un film culte, adulé, reconnu. Son cadre large étincelant, sa mise en scène virtuose, son interprétation dantesque, sa double lecture entre micro et macroscome, ce chef d’oeuvre absolu n’a pas fini de faire de nouveaux adeptes et de bénéficier du soutien d’anciens critiques négatifs qui y ont enfin réfléchi à deux fois.

Showgirls

Généralités - 3,5 / 5

Pour son vingtième anniversaire, Showgirls revient dans les bacs en édition entièrement restaurée, en combo Blu-ray-DVD. Le test de l’édition HD, disponible chez Pathé, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Bonus - 2,5 / 5

À l’occasion de cette nouvelle édition, Paul Verhoeven, disponible en France depuis la mise en chantier du formidable Elle avec Isabelle Huppert, revient sur l’oeuvre maudite de sa filmographie (23’). Ceux qui auront eu la chance d’assister à sa masterclass à la Cinémathèque en février 2016, comme l’auteur de ces mots, savent que Paul Verhoeven est un des cinéastes les plus passionnants à écouter. En un peu plus de vingt minutes, le réalisateur néerlandais évoque tour à tour la genèse de Showgirls, l’écriture du scénario par Joe Eszterhas, son rejet par Paul Verhoeven qui décide finalement de se consacrer à Crusades avec Arnold Schwarzenegger. Un projet qui n’aboutira pas malgré six mois de travail et le début de la construction des décors. Le retour de Verhoeven au projet Showgirls, ses nouvelles recherches et la réécriture du scénario, le financement du film sont ensuite passés en revue. Puis, le cinéaste en vient aux partis pris esthétiques ainsi qu’à la direction d’acteurs. L’échec commercial et la catastrophe critique de Showgirls sont ensuite abordés, tout comme la psychologie des personnages, notamment celui interprété par Elizabeth Berkley. Dans la dernière partie de cet entretien, le cinéaste insiste sur le côté métaphorique de son film en parlant la société américaine et son puritanisme hypocrite. Avec son énergie habituelle et son sourire tordant, Paul Verhoeven se souvient de son « triomphe » aux Razzie Awards, cérémonie à laquelle il a lui-même participé au point d’être allé chercher son prix du « Pire réalisateur » sur scène en mars 1996. Des images issues de ce moment sont également disponibles.

L’interactivité se clôt sur un autre extrait de la cérémonie des Razzie Awards (2’), qui montre le speech de Paul Verhoeven devant des spectateurs médusés.

On aurait vraiment aimé avoir également le petit making of réalisé à l’époque du tournage du film, ou même un commentaire audio du maître en personne !

Showgirls

Image - 5,0 / 5

Un premier Blu-ray avait déjà été édité par Pathé en 2012, dans une petite collection éphémère et à petit prix. Même si Showgirls n’a que 20 ans, nous assistons ici à une véritable résurrection du chef d’oeuvre de Paul Verhoeven. Le film a été restauré en 4K à partir du négatif original, un travail effectué par le laboratoire Technicolor, sous le contrôle de Paul Verhoeven et de Pathé. Les fans vont être aux anges car l’image, d’une stabilité à toutes épreuves, bénéficie d’un codec AVC haut de gamme. La propreté est étincelante, les contrastes renforcés, les couleurs ravivées, le grain argentique original respecté, tandis que les détails abondent de manière inédite aux quatre coins du cadre large. Showgirls tire entièrement parti de cette élévation en Haute Définition. Les actrices peuvent peut être analysées sous tous les angles, ainsi que les décors pesants qui les entourent. Les ombres et les lumières sur scène s’accordent parfaitement avec celles des rues de Las Vegas éclairées aux néons. Quant au piqué, il n’a de cesse de laisser pantois d’admiration, surtout sur les scènes diurnes. Un irréprochable travail d’orfèvre.

Showgirls

Son - 4,5 / 5

Quatre choix au programme. Les versions originale et française sont disponibles en DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0 ! Nos lecteurs qui ne bénéficieraient pas de matériel acoustique sur la scène arrière sauront se contenter des deux pistes Stéréo, qui assurent le show pendant plus de deux heures. Mais franchement, les options 5.1 sont tonitruantes ! Attention les oreilles ! Tous les numéros sur scène sont prétextes à une gigantesque ouverture des latérales. Le caisson de basses accompagne « violemment » ce spectacle voulu brutal par Paul Verhoeven. Les quatre pistes sont dynamiques, explosives comme un blockbuster, même si au jeu des comparaisons, la version française s’avère moins riche, naturelle et percutante. Un sommet de spatialisation, qui respecte le film original et offre en même temps un confort phonique inédit, tout en délivrant des dialogues solidement plantés sur l’enceinte centrale. Vos voisins risquent de venir sonner à la porte, mais dès qu’ils verront le film que vous êtes en train de visionner, il y a fort à parier qu’ils seront intéressés par ce qu’ils voient à l’écran. L’éditeur joint également une piste Audiovision destinée aux spectateurs malvoyants, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Showgirls

Crédits images : © Pathé

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Sony LCD Bravia KDL-32W5710
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Pioneer VSX-520
  • Kit enceintes/caisson Mosscade (configuration 5.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 81 cm
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Franck Brissard
Le 16 septembre 2016
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