Massacres dans le train fantôme : le test complet du Blu-ray

The Funhouse

Édition Collector Blu-ray + DVD

1981. Réalisé par Tobe Hooper
Avec Elizabeth Berridge, Shawn Carson et Jeanne Austin

Édité par Elephant Films

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Le 02/11/2018
Critique

Massacres dans le train fantôme

Floride, USA 1981 : la jeune Amy en a vraiment assez des plaisanteries macabres de son jeune frère, passionné de cinéma fantastique. Elle sort le soir-même avec son petit ami et un autre couple pour visiter une fête foraine présentant de nombreuses attractions, y compris un train fantôme. Tous les quatre, après avoir fumé un peu de haschich et visité diverses attractions, deviennent par hasard les témoins d’un meurtre brutal et sordide. Des témoins désormais gênants que les criminels vont toute la nuit pourchasser à mort, à l’intérieur du train fantôme devenu un piège mortel.

Massacres dans le train fantôme(The Funhouse) (USA 1981) de Tobe Hooper ne fut pas, en dépit d’une honorable carrière, un franc succès au box-office américain. Première cause possible : il pouvait sembler aux spectateurs (inondés depuis 1978 de titres reprenant constamment l’idée d’un groupe d’adolescents livrés à eux-mêmes et menacés par un tueur monstrueux) que l’histoire, en dépit de son cadre, n’était pas originale. Second cause possible : le thème maléfique de l’inceste, aspect majeur du scénario remarquablement écrit et découpé par Lawrence J. Block. Troisième cause possible : son médiocre titre américain. Il faut ici noter le sûr instinct du distributeur français de 1981 qui préféra utiliser un titre directement allusif au classique (mais à l’époque sulfureux et pas encore classique) Massacre à la tronçonneuse de Hooper tourné en 1974 plutôt que le très peu suggestif, très peu inquiétant et même tout à fait anodin titre original (ou sa traduction littérale) The Funhouse.

Cest pourtant le dernier très grand film de Hooper. Il travailla ensuite dans un autre registre, soumis à des impératifs de plus en plus incompatibles avec ceux d’une inspiration personnelle. Il y a loin, en effet, de l’atmosphère baroque, sordide et violente de ce qu’on peut nommer une authentique trilogie esthétique (Massacre à la tronçonneuse, Le Crocodile de la mort, Massacres dans le train fantôme) à celles qui prévaudront dans ses productions suivantes, parfois soigneusement supervisées par Steven Spielberg ou par Ménahem Golan et Yoram Globus. Sur le plan stylistique comme thématique, ce sont bien ces trois titres tournés de 1974 à 1981 qui doivent être prioritairement associés à son nom, le reste demeurant secondaire. D’une certaine manière, Massacres dans le train fantôme négocie déjà ce virage « mainstream » mais il le négocie bien et avec les honneurs : Hooper n’a, en effet, jamais eu vraiment les coudées franches (sauf en 1974, à vrai dire) mais il savait encore, en 1981, donner satisfaction aux producteurs tout en faisant oeuvre personnelle.

Massacres dans le train fantôme

L’histoire du cinéma permet, une fois encore, de comprendre ce titre doté d’un triple visage : enfantin, adolescent et adulte. Il est d’abord évident que les producteurs et les distributeurs voulaient en 1981 ce qu’ils appelaient (et que nous appelons aujourd’hui comme eux, bien que ces termes soient insuffisants pour définir les objets qu’ils prétendent nommer) un simple « slasher » de plus, un « survival » de plus à la manière de Vendredi 13 (1980) ou de Halloween - La nuit des masques (1978) dans lesquels, tout comme ici, un groupe d’adolescents devient la proie d’un criminel monstrueux et presque surnaturel, obstinément attaché à ses proies. Mais il est non moins évident que Hooper, tout en leur donnant pleinement satisfaction, fait pourtant oeuvre personnelle : mieux, oeuvre authentiquement réflexive sur le genre fantastique lui-même. Il serait, d’autre part, assurément erroné de considérer Massacres dans le train fantôme comme la version 1980 du Freaks, la monstrueuse parade (1932) de Tod Browning car le scénario du premier renverse clairement la position originale du second : les monstres sont finalement bel et bien des monstres au sens physique comme au sens moral; Ils sont effectivement très dangereux et il faut s’en méfier. Hooper les aime pourtant et veut les faire aimer malgré tout. Il imite un peu, dans une très inquiétante séquence d’illusionnisme, les délires de John Brahm (The Mad Magician) et de H.G. Lewis (The Wizard of Gore) mais les attendrit en sauvant in-extremis leur victime désignée et en lui conférant un lien de parenté avec son supposé bourreau.

C’est un peu, tout du long, la position de Hooper et elle explique en partie la fin très étonnante, bouclant une sorte de boucle où l’imaginaire triompherait presque définitivement du réel. Quelque part, c’est donc bien parce que la créature de Frankenstein ne fait plus peur qu’il faut que, sous son masque, se cache à présent un monstre bien plus inquiétant encore et qui menacera réellement les adolescents tandis que leurs parents visionnent La Fiancée de Frankenstein (1935) à la télévision, l’air rassis et transparent. Le cinéma fantastique est ainsi presque posé, dans Massacres dans le train fantôme, comme une sorte de malédiction transgénérationnelle condamnée à repousser sans cesse ses limites en menaçant directement ses propres spectateurs. Sans en avoir l’air, Hooper instaure donc dans un film populaire aux apparences de banal « slasher », une authentique réflexion sur le genre mais son surréalisme brut ménage heureusement les prestiges poétiques de la peur la plus authentique.

Massacres dans le train fantôme

Généralités - 3,0 / 5

1 BRD + 1 DVD combo édité par Eléphant le 23 novembre 2016. Image couleurs au format original 2.35 respecté compatible 16/9. Son DTS HD Master audio Mono VOSTF et VF d’époque. Durée (intégrale) du film sur BRD : 95 min. environ, seulement 92 min. sur DVD. Suppléments : présentation par Stéphane du Mesnildot (Cahiers du cinéma), 6 scènes coupées de remplacement TV, galerie affiches et photos d’exploitation française et US, bandes-annonces de divers films fantastiques. Seul le disque BRD a été testé : je ne puis donc rien dire du livret joint au coffret. La sérigraphie du BRD reprend une illustration US d’époque alors que l’affiche française d’exploitation me semble bien plus inspirée. Les heureux possesseurs du coffret en disposeront et pourront remplacer l’une par l’autre grâce à la réversibilité de la jaquette.

Bonus - 4,0 / 5

Bonne présentation d’ensemble de Stéphane du Mesnildot (15 min. environ) mais qui comporte deux défauts : la paraphrase du film à certains moments (ce défaut est général et commun à presque toutes les présentations orales qui, en France, sont l’essentiel des suppléments de base) et une relative surinterprétation. Un exemple de ce second défaut : le thème oedipien de la famille est certes illustré dans les trois grands titres de la filmographie de Hooper mais cela suffit-il pour pouvoir affirmer qu’il constitue le ciment thématique des trois titres, leur point commun principal et essentiel ? Je n’en suis pas certain et je ne suis pas certain non plus que les scénaristes de Hooper et Hooper lui-même en auraient convenu. Disons que ce thème se retrouve assurément traité, parmi d’autres, dans les trois titres. En revanche, bonnes remarques sur la mise en abîme esthétique du genre au début du film, sur l’aspect incestueux et marginal du cirque, sur la fin de l’histoire et son plan final.

Suivent une excellente galerie affiches et photos qui comporte notamment la totalité (ou la quasi-totalité ?) du jeu français d’exploitation puis 6 petites scènes ajoutées pour la TV américaine (15 min. aussi environ) en remplacement des séquences trop érotiques ou trop violentes coupées par la censure. Du point de vue de l’histoire du cinéma, elles sont nulles par elles-mêmes et recadrées mais la TV, à cette époque (1980-1990), recadrait systématiquement en 1.37 les films 2.35 aux USA comme en France et la vidéo magnétique des majors le faisait aussi. Ces scènes TV en témoignent car si elles sont dans ce format 1.37, c’est que tout le restant du film avait été recadré pour la télédiffusion par la chaîne US.

Bref, très honorable édition spéciale mais le cinéphile devra tout de même, s’il souhaite avoir des témoignages de première main, se tourner vers les suppléments de l’édition collector américaine Shout Factory sortie en octobre 2012. Elle comporte un commentaire audio de Tobe Hooper (1943-2017) lui-même, des entretiens avec le producteur exécutif Mark L. Lester (réalisateur de Class 1984 et de Commando), avec les acteurs William Finley et Kevin Conway, avec le compositeur musical John Beal.

Massacres dans le train fantôme

Image - 4,0 / 5

Format 2.35 écran large respecté, couleurs compatible 16/9 en Full HD 1080p. Grain un peu trop lissé à mon goût. Le logo Universal juste au début du film respecte mieux le format original que la suite du métrage, à compatibilité 16/9 identique, ce qui explique que les couleurs soient un peu moins vives et les contours un peu moins précis que sur une copie 2.35 positive visionnée au cinéma. Cela dit, sur une TV UHD 4K, l’image est tout de même somptueuse en attendant une édition 4K native qui arrivera tôt ou tard. Photo signée Andrew Laszlo, un des meilleurs directeurs photo de l’époque.

Son - 4,0 / 5

VOSTF et VF d’époque en DTS HD 2.0. : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. La VOSTF est très bien restaurée et dotée d’un excellent équilibrage entre effets sonores, dialogues et musique. La VF d’époque est moins dynamique, moins ouverte et les voix sont moins nettes mais son équilibrage est relativement soigné.

Massacres dans le train fantôme

Crédits images : © Eléphant Films

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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Multimédia
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