Le Décalogue (1988) : le test complet du Blu-ray

Dekalog

Réalisé par Krzysztof Kieslowski
Avec Miroslaw Baka, Krystyna Janda et Henryk Baranowski

Édité par Potemkine Films

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Le 07/03/2017
Critique

Le Décalogue

Un cycle de dix moyens métrages inspiré par les dix commandements de la Bible.

Le Décalogue, commandé par la Telewiczja Polska, est un cycle de dix films d’une durée moyenne de 57 minutes, réalisé en 1988 par Krzysztof Kieslowski sur un scénario coécrit avec Krzysztof Piesiewicz qui a collaboré à l’écriture de presque tous ses films.

Le Décalogue assura la réputation internationale de Krzysztof Kieslowski dont il ne profitera que quelques années, prématurément emporté par une attaque cardiaque à l’âge de 54 ans. Juste le temps de pouvoir réaliser ses plus grandes fictions, La Double vie de Véronique en 1991 et la trilogie des Trois couleurs : Bleu, Blanc et Rouge en 1993 et 1994.

En dépit de son titre, la religion n’a rien à voir avec l’oeuvre, à l’exception, peut-être, du Décalogue 1 qui pose incidemment la question de l’existence de Dieu. Le Décalogue nous fait simplement entrer dans l’intimité de personnages ordinaires, résidents d’une cité en béton marquée par les outrages du temps, dont il nous montre les réactions dans diverses situations et leur attitude vis-à-vis de la famille, de l’argent, de l’amour, du mensonge, de la trahison, de la mort…

Le Décalogue

C’est, le plus souvent, le hasard (ou la force du destin) qui place les personnages dans des situations qui les obligent à prendre une décision, toujours soumise à leur libre-arbitre, à leur appréciation morale. En dépit de certaines scènes cocasses, l’atmosphère de chacune des histoires est plutôt grave, mais touchante, empreinte de la souffrance rémanente de traumatismes passés (l’un remontant à l’occupation nazie) ou de la culpabilité envers ceux que des actes ont pu blesser.

Bien que chaque petit conte moral se suffise à lui-même, les dix parties du cycle néoréaliste forment un tout assez homogène, par la tonalité qui s’en dégage, par l’unité de lieu, par l’absence de toute allusion au contexte politique (la Pologne était alors encore dans le bloc soviétique) pour renforcer la portée universelle de l’oeuvre. Un autre point commun à chaque partie, sauf au Décalogue 10, tient à l’apparition parfois fugace, parfois plus insistante, du même personnage énigmatique, un homme jeune qui ne dit rien et dont on ne nous dit rien. Est-il seulement un témoin accidentel des événements ? Ou la personnification du destin ? Krzysztof Kieslowski n’a pas souhaité répondre à ces questions.

Une oeuvre essentielle dont la réédition s’imposait.

Le Décalogue

Généralités - 5,0 / 5

Le Décalogue, cycle en 10 parties, d’une durée moyenne de 57 minutes, tient sur 2 Blu-ray double couche. À cette première édition en haute définition sont joint de généreux suppléments (90 minutes) figurant sur un troisième disque, un DVD-9. Les trois disques sont logés dans un digipack blanc à trois volets, glissé dans un étui blanc avec les chiffres 1 à 10 embossés sur la couverture.

Le menu musical et animé (10 vignettes, une par commandement) ne propose la seule version originale au format DTS-HD Master Audio 1.0, avec sous-titres optionnels (toutefois imposés pour les deux premières parties).

Bonus - 4,0 / 5

Le DVD contient trois compléments qui ne figuraient pas dans le coffret sorti en 2004 par les Éditions Montparnasse.

Brève histoire du Décalogue : un entretien avec Krzysztof Kieslowski (47’). Dans ce précieux document, enregistré en 1995, quelques mois avant sa mort, le réalisateur dit qu’il a voulu montrer le combat solitaire mené par quelques individus contre les difficultés de la vie auxquelles le hasard les a confrontés. C’est une suite d’instantanés de la condition humaine, qui donne à l’ensemble un aspect documentaire. Il a, néanmoins, gommé les références à l’environnement politique qui n’est, selon lui, qu’un épiphénomène, pour donner au cycle une dimension plus universelle. Pour éviter la monotonie, il a confié la photographie de chaque épisode à un chef opérateur différent et auquel il a laissé, sans storyboard, une grande liberté dans le choix des objectifs, des angles et des éclairages. Produit avec 100 000 dollars, le cycle a rapporté beaucoup d’argent à Telewiczja Polska.

Suivent les extraits de deux des conférences données à l’occasion de la projection du cycle en juillet 2016 au cinéma MK2 Odéon (Côté St Michel), animées par Philippe Garnier :

Conférence autour du Décalogue 5 (Tu ne tueras point) par Frédérique Leichter-Flack (23’) : la victime, un chauffeur de taxi, semble désignée même avant que le tueur n’ait conscience de l’acte qu’il allait commettre. L’incertitude plane sur les pulsions du tueur. Jeu malfaisant (on le voit, dans les premières images, faire basculer du parapet d’un pont, une pierre sur l’autoroute en contrebas) ? Expérimentation du plaisir de faire le mal ? Le réalisateur laisse au spectateur le choix d’une interprétation. Le film, en établissant un parallélisme entre le meurtre et l’exécution, est aussi un questionnement de la peine de mort.

Conférence autour du Décalogue 10 par Pascal Bruckner (20’). Auteur de La Sagesse de l’argent (Grasset, 2016), Paul Bruckner voit dans cette fable tragi-comique une illustration du caractère corrupteur de l’argent dénoncé par le christianisme, particulièrement par le catholicisme, une opposition entre l’argent acquis par le mérite et celui dévolu par l’héritage.

Le Décalogue

Image - 4,0 / 5

L’image (1080i, AVC), originellement au format 1.33:1 pour les 8 premiers volets et 1.70:1 pour les deux derniers, a été ici recadrée en 1.78:1. Une option peut-être plus vendeuse, mais très discutable (l’édition Criterion de 2016 respecte les formats originaux), dont nous n’avons cependant pas tenu compte dans notre appréciation.

Cette réserve faite, la restauration donne une image très propre, stable, bien contrastée, respectant la texture argentique. L’étalonnage des couleurs est impeccable, y compris dans l’épisode 5 (Tu ne tueras point) à la photographie travaillée par l’utilisation de filtres jaunes et verts et aux cadres partiellement masqués par un cache dans certaines séquences.

Le Décalogue

Son - 5,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio, très propre lui aussi, est d’une belle clarté dans la restitution des dialogues et de la musique de Zbigniew Preisner, le compositeur attitré de Krzysztof Kieslowski. Les bruits d’ambiance, pas, sonneries, moteurs… ont une surprenante présence.

Le Décalogue

Crédits images : © TVP

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 7 mars 2017
Le Décalogue, un cycle de longs métrages réalisé en Pologne avant l’effondrement du bloc soviétique, est le chef-d’œuvre intemporel et universel de Krzysztof Kieslowski, indisponible depuis plusieurs années. Un vide comblé par cette magnifique édition, la première en haute définition, complétée par des bonus inédits.

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