La Nuit de la grande chaleur : le test complet du Blu-ray

Night of the Big Heat

1967. Réalisé par Terence Fisher
Avec Christopher Lee, Peter Cushing et Patrick Allen

Édité par Movinside

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Le 12/03/2018
Critique

La Nuit de la grande chaleur

Sur l’île de Fara (Royaume Uni), durant l’hiver 1967, la chaleur s’élève anormalement et modifie le comportement des habitants; des morts étranges se produisent. La radio, le téléphone et la télévision ne fonctionnent bientôt plus. Le propriétaire d’une auberge et ses occupants et un mystérieux sont bientôt convaincus que des créatures venues de l’espace utilisent l’île comme premier terrain d’invasion de la Terre. Ils vont lutter contre elles durant toute une nuit.

La Nuit de la grande chaleur (Night of the Big Heat) (GB 1967) de Terence Fisher est une rareté passionnante puisqu’il avait été très brièvement distribué en France dans une copie défigurée par des inserts érotiques (1). Le film original nous est ici enfin restitué dans sa version intégrale.

C’est non pas son troisième, ainsi que l’écrit par erreur le verso de la jaquette, mais son cinquième film de science-fiction puisque Fisher avait signé auparavant Four-Sided Triangle (1953), Spaceways (1953), The Earth Dies Screaming (1964), L’île de la terreur (1966). Les deux titres de 1953 avaient été tournés pour la Hammer Films, ceux de 1964-1966-1967 le furent pour des firmes anglaises concurrentes. The Earth Dies Screaming, L’île de la terreur, La Nuit de la grande chaleur forment une sorte de trilogie SF fishérienne consacrée à la lutte d’un groupe humain contre des envahisseurs inhumains. Si on incluait la série des Frankenstein signés par Fisher pour la Hammer Films dans la catégorie « science-fiction » (2), le compte serait évidemment encore plus important puisqu’il faudrait alors rajouter Frankenstein s’est échappé ! (The Curse of Frankenstein) (1957), La Revanche de Frankenstein (1958), Frankenstein créa la femme (1967). On pourrait ainsi aller jusqu’à considérer que La Nuit de la grande chaleur est le septième ou huitième film de SF signé Fisher. Mais revenons-en au titre de 1967.

C’est, de toute évidence, avec L’île de la terreur, tourné l’année précédente, que La Nuit de la grande chaleur entretient les rapports les plus étroits : même société de production (Planet Film Production ou PFD), même lieu de l’action (une île), même idée d’une communauté isolée en proie à une agression monstrueuse, même volonté d’équilibrer soigneusement scènes de terreur diurnes et nocturnes, même progression dramatique (d’abord cachée, l’agression, une fois révélée, devient l’objet d’un suspense cauchemardesque mené à un rythme haletant), même compositeur (certaines mélodies de 1966 sont d’ailleurs brièvement réemployées), extérieurs tournés en partie dans la région anglaise de Buckimghamshire, enfin, au détour d’un ou deux plans, mêmes décors puisque la petite caverne où est tué le clochard du film de 1967 est la même que celle où était tuée la première victime des Silicates dans l’île de 1966.

La Nuit de la grande chaleur

Une première différence essentielle cependant, entre les deux : le recours au thème de l’érotisme, discret en 1966 (quelques rares plans sexy de Carole Gray) mais devenant en 1967 un des moyens de révélation de l’emprise sur le psychisme humain des créatures extra-terrestres. Une seconde différence qui ne l’est pas moins, toujours sur le plan du scénario : en 1966, c’est la science elle-même qui accouche par suite d’une erreur de manipulation biologique de terribles monstres alors qu’en 1967 ce sont des monstres extra-terrestres utilisant la science humaine pour conquérir la Terre. Une troisième différence, évidente après vision : le budget plus réduit en 1967 qu’en 1966 impliquant moins de variété dans les décors comme dans les extérieurs naturels, davantage de dialogues statiques. C’est peut-être à ce dernier aspect que les distributeurs français de 1967 furent sensibles : visuellement, La Nuit de la grande chaleur est moins riche que L’île de la terreur et pour cette raison qu’il ne franchit la Manche que bien plus tard dans une version doublée aberrante. Sur le plan du casting, Fisher bénéficie de la double présence de Christopher Lee et Peter Cushing : Lee est, comme souvent, assez étonnant et inattendu en savant misanthrope, désabusé mais énergique tandis que Cushing est un peu sous-employé alors qu’il avait eu la vedette l’année précédente dans L’île de la terreur. Occasion ici de se souvenir de cette fameuse déclaration contemporaine de Lee (à la revue française Midi-Minuit Fantastique, si ma mémoire est bonne) : « Nous formons Cushing et moi un tandem aussi efficace au box-office que Laurel & Hardy. » Les connaisseurs reconnaîtront aussi la belle actrice Sarah Lawson, une des vedettes féminines de Les Vierges de Satan (The Devil Rides Out / The Devil’s Bride) (1967) de Terence Fisher.

En conclusion, à quand un coffret bluray en France regroupant The Earth Dies Screaming (1964 inédit au cinéma chez nous) (1964), Island of Terror (L’île de la terreur) (1966) et Night of the Big Heat (La Nuit de la grande chaleur) afin de pouvoir enfin disposer en haute définition de cette passionnante trilogie de science-fiction para-hammerienne signée Fisher ? Ce serait d’autant plus urgent que le premier demeure inédit chez nous et que le DVD du second fut établie sur une copie à l’étalonnage médiocre.

(1) Je renvoie les cinéphiles pointus à l’ouvrage collectif dirigé par Christophe Bier, Dictionnaire du cinéma français érotique et pornographique 16 et 35mm, édition Serious Publishing, Paris 2011, in notice bio-filmographique de Claude Sendron figurant en annexe à la fiche consacrée à Eve et les bonnes pommes (Fr. 1964) car c’est Sendron qui aurait filmé les séquences additionnelles utilisées dans La Nuit de la grande chaleur.
(2) Jean-Pierre Bouyxou & Roland Lethem, La science-fiction au cinéma, éditions U.G.E., collection 10/18, Paris 1971.

La Nuit de la grande chaleur

Généralités - 2,0 / 5

1 BRD édité par Movinside, collection « Trésors du fantastique » dirigée par Marc Toullet et Jean-François Davy, le 26 septembre 2017. Image couleurs au format 1.77 compatible 16/9 sur BD-25 région B encodé en 1080i AVC. Son VF, VO et VOSTF à la norme PCM 2.0. Durée du film 90 mn environ. Il existe aussi une édition Movinside DVD du même titre, éditée séparément.

Je recommande cette collection « Trésor du fantastique » qui se signale jusqu’à présent par une programmation intéressante couvrant le fantastique et la science-fiction : Corridors of Blood (inédit au cinéma en France) (GB 1958) de Robert Day, Monstres invisibles (Fiend Without A Face) (GB 1958) d’Arthur Crabtree, La Nuit de la grande chaleur (Night of the Big Heat) (GB 1967) de Terence Fisher, Le Cerveau d’acier (The Forbin Project) (USA 1970) de Joseph Sargent, Doomwatch (GB 1972) de Peter Sasdy, Ssssnake (USA 1973) de Bernard L. Kowalski, La Nuit des vers géants (Squirms) (USA 1976) de Jeff Lieberman, Nuits de cauchemar (Motel Hell) (USA 1980) de Kevin Connor, Soudain les monstres ! (The Food of God) (USA 1976) de Bert I. Gordon. Le catalogue joint à l’intérieur du boîtier annonce Prisonnière des martiens (Chikyu bôeigun) (Jap. 1957) d’Inoshiro Honda pour bientôt, qui plus est ! Certains titres ont été regroupés en deux coffrets de trois titres.

Bonus - 1,0 / 5

Il s’agit d’une édition spéciale très légère comprenant une simple présentation par Marc Toullec (durée environ 10 mn, aucune illustration pendant que Toullec parle). Elle est historiquement correcte et fiable. J’aurais cependant nettement préféré disposer du commentaire audio avec Christopher Lee et trois autres intervenants qu’on trouvait en 2004 sur l’édition DVD anglaise, commentaire audio qui avait été repris en 2014 sur l’édition (« region free ») BRD Odeon. L’édition BRD Odeon disposait aussi d’une galerie photos, non moins absente ici. Deux précisions matérielles apportées par Toullec sont historiquement intéressantes relativement à l’histoire de l’exploitation du cinéma érotique en France : les séquences qui « caviardaient » ce Fisher dans la version trafiquée par le distributeur français Empire étaient, selon lui, « soft » mais pas « hard »; la version ainsi caviardée totalisa environ 500 000 entrées en France. Toullec aurait dû préciser la date exacte de sortie de la version Empire en France. On aurait même pu reproduire en hors-texte les savoureuses critiques française d’époque parues dans Ecran, la Revue du cinéma - Image et son, la Saison cinématographique, etc.

Une suggestion à Jean-François Davy, dont le premier métrage était un film fantastique et qui aima toujours ce genre mais qui fut aussi impliqué dans l’érotisme : au fond, il faudrait presque éditer un nouveau coffret qui contiendrait les deux versions, celle-ci originale anglaise et cette mythique version française « érotisée ». Il pourrait être, muni du commentaire audio de Lee en VOSTF et de STA à la version française érotisée (si toutefois les séquences additionnelles françaises comportaient des dialogues ?) ainsi que d’une double galerie photos et d’affiches anglaises et françaises (au moins affiches, dans le cas de la version Empire car il n’est pas certain qu’elle ait été assorti d’un jeu de photos d’exploitation ?) recherché par les cinéphiles connaisseurs du monde entier.

Image - 2,0 / 5

C’est malheureusement la même image légèrement recadrée que celle du bluray anglais édité par Odeon Entertainment en 2014. Au lieu d’un format original 1.66 compatible 16/9, on se retrouve avec un format 1.77 pur 16/9 pour satisfaire les départements techniques de certaines télévisions. Copie chimique parsemée de petits défauts : poussières négatives et positives, brûlures de cigarettes, deux ou trois plans surexposés (pas ceux, bien sûr où les victimes sont chauffées à blanc mais certains rares plans situés en fin de bobine) mais rien de bien grave. La rigueur des cadrages et la colorimétrie souffrent inévitablement un peu, même si pas trop gravement, du recadrage. Souhaitons un jour la réédition d’une édition collector au format correct soigneusement respecté : en attendant, on peut néanmoins sauter le pas sans remord et découvrir ce rare Fisher dans cette édition.

Son - 4,0 / 5

VO, VOSTF et VF d’époque en PCM 2.0 : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. Comme d’habitude, la VO est bien mieux équilibrée que la VF d’époque, tardive et fonctionnelle. Je recommande donc de visionner en VOSTF. Les STF traduisent correctement les dialogues (sauf, vers le début, une impardonnable confusion entre degrés Farenheit et degrés Celsius, ce qui fait dire à un des personnages que la température de 18 degrés est difficilement supportable) et ils sont bien lisibles, sans être trop gros.

La Nuit de la grande chaleur

Crédits images : © MOVinside

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Panasonic FullHD
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Sony
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p

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