Le Diabolique Docteur Z : le test complet du Blu-ray

Miss Muerte

1966. Réalisé par Jesús Franco (Jess Franco)
Avec Estella Blain, Mabel Karr et Howard Vernon

Édité par Gaumont

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Le 05/11/2018
Critique

Le Diabolique Docteur Z

Le Diabolique docteur Z (Dans les griffes du maniaque / Miss Muerte) (Fr.-Esp. 1966) de Jesus Franco appartient à sa première période qui est aussi, sur le plan plastique, sa meilleure. Thématiquement elle rend systématiquement hommage à l’âge d’or américain du cinéma fantastique de 1931-1945. Le début est d’ailleurs un hommage discret, faute de moyens, à celui de La Maison de Frankenstein (USA 1944) de Erle C. Kenton. Ici un seul évadé et pas de tremblement de terre mais l’idée de base, une évasion de prison pendant un orage, est préservée et son esthétique est clairement référentielle à la mise en scène de Kenton. Lorsque j’avais rencontré Franco à Paris alors qu’il montait [PROGRAM(predateurs_de_la_nuit)], il m’avait avoué admirer au premier chef le cinéaste Erle C. Kenton : dont acte avec ce beau début. Par ailleurs, le dialogue revendique une filiation explicite avec L’Horrible Docteur Orlof, produisant ainsi un effet « serial » (pas au sens actuel pseudo anglophone mais au sens que ce terme possède dans l’histoire du cinéma) revendiqué insérant Miss Muerte dans un cycle Orlof.

Le Diabolique Docteur Z

Autre aspect qui plaisait beaucoup aux critiques français de l’époque : son humour distancé et référentiel. Un bel exemple est évidemment constitué par les répliques de la fille du savant fou répondant au téléphone puis répétant à son père que… « C’était Bresson (le gardien de la prison)… (il m’annonçait qu’)Un Condamné à mort s’est echappé… » Répliques inventées par Jean-Claude Carrière ou par Jesus Franco ? That is the question… à laquelle Carrière ne répond pas dans le supplément où il apparaît. Dommage car c’est pour éclaircir ce genre de questions que les suppléments existent. Cette volonté parodique insidieuse se manifeste aussi dans la séquence nocturne montrant la séduction de Howard Vernon par Estella Blain durant un voyage en train. Elle installe en quelques plans et par quelques beaux dialogues une sorte d’équivalent poétique des tentatives avant-gardistes contemporaines d’Alain Robbe-Grillet ou de José Benazeraf. Elles sont ici destinées à un public populaire : ce paradoxe sociologique, essentiel au cinéma fantastique comme au cinéma érotique (donc les deux genres où Franco s’illustra le mieux) leur confère une sourde inquiétude et une étrange virulence.

Enfin dernier aspect (mais non le moindre) du cocktail : le sadisme et l’érotisme ici tous deux assez authentiquement surréalistes voire même, parfois, expressionnistes. L’actrice Estella Blain, en femme araignée (de cabaret de strip-tease) transformée en robot tueuse aux ongles acérés par la fille d’un savant fou, méritait assurément de figurer sur l’affiche parisienne au fronton du Midi-Minuit, du Scarlett et du Latin.

Le Diabolique Docteur Z

Généralités - 4,0 / 5

1 BRD édité par Gaumont collection Découverte, le 11 avril 2018. Image N&B Full HD 1080p au format original 1.66 respecté et compatible 16/9. Son DTS HD Master audio 2.0 mono VF et version sourds et malentendants en option. Suppléments : souvenirs du dialoguiste et adaptateur Jean-Claude Carrière, présentations du film, de l’homme et de son oeuvre par Lucas Balbo, analyse esthétique et thématique par Stéphane du Mesnildot. Durée du film sur BRD : 87 min. environ. Catalogue des collections Gaumont Classiques et Gaumont Découvertes inclus dans le boîtier.

Bonus - 3,0 / 5

D’abord des souvenirs de première main de Jean-Claude Carrière (environ 15 min.) qui fut adaptateur et dialoguiste du scénario à la demande du coproducteur Serge Silberman. Carrière ne se souvient même plus de l’histoire du film qu’il considère comme appartenant, tout comme son cinéaste, aux caves du cinéma plutôt qu’au cinéma lui-même. Une telle image donne bien le ton général de cet entretien sans substance autre que des généralités et anecdotes (ou ragots) déjà connus des spécialistes mais qui seront écoutés avec attention par les novices. Vient ensuite une présentation plus précise du film et, qui plus est, de temps en temps illustrée (environ 15 min.) par le documentaliste et historien du cinéma Lucas Balbo, notamment auteur de Obsessions - The Films of Jess Franco. En quelques minutes, c’est une gageure de présenter la vie et l’oeuvre de Franco : Balbo ne s’y risque pas mais fournit quelques éléments bio-filmographiques. L’ensemble se termine par une analyse (environ 15 min.) esthétique et thématique par Stéphane du Mesnildot, auteur de Jess Franco, Énergies du fantasme. De ces trois suppléments, c’est uniquement celui avec Lucas Balbo qui permet d’apercevoir des documents d’histoire du cinéma réellement intéressant, à commencer par le sublime pavé-presse d’exploitation parisienne représentant la « femme-araignée » en N&B sous le titre bien plus connu Dans les griffes du maniaque. Aucune galerie affiches et photos d’exploitation n’est présentée dans un supplément à part entière : très très décevante lacune. C’est un film franco-espagnol mais trouver sur internet le jeu complet des 8 lobby-cards américaines numérotées (leur qualité et leur esthétique sont d’ailleurs assez médiocres mais leur valeur historique demeure intacte) n’est pas impossible alors qu’on n’arrive pas à trouver les jeux complets français ou espagnols d’exploitation. Ce BRD Gaumont était l’occasion rêvée de nous les présenter mais… nada.

Le Diabolique Docteur Z

Image - 5,0 / 5

Full HD 1080p (y compris les suppléments) au format original 1.66 N&B compatible 16/9. Image argentique admirablement restaurée. Définition à tomber par terre de qualité et de précision. On peut compter les sourcils d’Estella Blain en gros plan. Admirable gestion des noirs, profonds. Dosage parfait entre grain et lissage. Un exemple de ce qu’il faut faire. A noter que le titre au générique d’ouverture n’est pas celui de l’exploitation parisienne originale. Il s’agit probablement d’un titre exploité sur les copies distribuées en province. Ironie de l’histoire de l’exploitation cinéma : c’est sous ce titre inconnu à Paris que le film est sorti aux USA. Dorénavant l’édition de référence sur le plan technique.

Le Diabolique Docteur Z

Son - 4,0 / 5

VF en DTS HD Master audio 2.0 mono admirablement restaurée et restituée : parfait équilibrage dialogues-musique-effets sonores. Le dialogue d’Howard Vernon et d’Estella Blain dans le train est un bel exemple d’équilibrage instaurant un climat sonore presque magique. La version pour sourds et malentendants est en option : son sous-titrage est graphiquement agréable et intelligemment réparti, de manière à être suivi intuitivement, comme toujours chez Gaumont. Un seul regret : l’absence de la version espagnole STF mais le cinéphile français dispose néanmoins de l’essentiel.

Le Diabolique Docteur Z

Crédits images : © 1966 Gaumont (France) / Hesperia Film (Espagne)

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony

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