Le Dahlia bleu + Tueur à gages : le test complet du DVD

Réalisé par George Marshall
Avec Alan Ladd, Veronica Lake et William Bendix

Édité par Sidonis Calysta

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Le 06/04/2018
Critique

Le Dahlia bleu + Tueur à gages

Tueur à gages (1.33 1, noir et blanc, 1942, 78 minutes). Philip Raven abat sur commande un industriel prêt à vendre au plus offrant une formule chimique, puis s’aperçoit qu’il a été piégé : le commanditaire de l’assassinat a fait prétendre par son intermédiaire que la somme versée pour l’exécution du contrat lui avait été volée. Le numéro des billets a été communiqué à la police et une forte récompense a été promise à toute personne qui contribuerait à l’arrestation du meurtrier. Philip, en cherchant à savoir qui est le commanditaire du meurtre, croise la route d’Ellen Graham, la fiancée de l’inspecteur de police lancé à ses trousses…

Le Dahlia Bleu (1.37:1, noir et blanc, 1946, 96 minutes). Johnny Morrison, pilote démobilisé de l’aéronavale, rentre à Los Angeles sans s’être fait annoncer pour faire une surprise à Helen, son épouse, qu’il découvre dans les bras d’Eddie Harwood, le propriétaire du nightclub Dahlia Bleu. Après une violente dispute, il s’en va. Le corps d’Helen est ensuite découvert : elle a été tuée d’une balle tirée par le pistolet que Johnny avait laissé sur place…

Tueur à gages (This Gun for Hire), sorti en 1942, est, avec La Clé de verre (The Glass Key, 1935), le meilleur film de Frank Tuttle, réalisateur de près de soixante-dix films entre 1922 et 1959 (une petite moitié d’entre eux au temps au muet). L’intrigue, enserrée dans une période très courte, autour de 24 heures, dans l’ordre chronologique, se concentre sur la chasse-poursuite de Philip Raven.

La tension dramatique est constamment soutenue et l’économie des dialogues, à l’aulne de la sobriété du scénario, convient à Alan Ladd, l’interprète de personnages taiseux, voire introvertis. Un héros fragile, complexe, à l’écart des clichés.

Le générique suggère que c’est là son premier rôle (« and introducing: Alan Ladd »), ce qui était archi-faux : on avait pu le voir, sans que son nom apparaisse souvent sur les affiches, dans une quarantaine de films (juste avant, en 1941, sous le chapeau d’un journaliste fumant la pipe, dans Citizen Kane). Il est vrai, toutefois, que Tueur à gages est son premier grand rôle parmi la centaine qu’il aura tenus dans sa courte vie, celui qui le propulsa aussitôt au pinacle des stars de Hollywood.

C’est aussi la première fois qu’il est associé à une actrice avec laquelle il formera un des plus célèbre couples du cinéma hollywoodien, le temps de sept films, Veronica Lake, l’inoubliable beauté à la mèche blonde sur l’oeil, incrustée dans la mémoire des cinéphiles, l’incarnation d’une grande femme fatale… du haut de son mètre cinquante ! Une actrice sur mesure pour Alan Ladd, pas bien grand, lui non plus.

Le Dahlia Bleu (The Blue Dahlia), réalisé en 1946 par George Marshall, sur un scénario de Raymond Chandler, spécialement produit pat la Paramount pour Alan Ladd, aurait-il influencé le scénario d’un autre film, encore inédit en vidéo en France, que Sidonis Calysta vient de sortir en édition combo Blu-ray/DVD, En marge de l’enquête (Dead Reckoning, John Cromwell, 1947) ? Ces deux films montrent les démêlés avec la police d’un officier démobilisé de la US Navy, suspecté du meurtre, pris dans les rets d’une femme fatale ?

George Marshall, réalisateur d’une centaine de longs métrages, plutôt spécialisé dans le western et la comédie, scénariste à ses heures perdues, a réussi, avec Le Dahlia Bleu, à recréer une ambiance très film noir, aidé par les cadrages et les éclairages du chef opérateur chevronné Lionel Lindon (Oscar de la meilleure photo pour Le Tour du monde en 80 jours, Michael Anderson, 1956), mais surtout par le scénario de Raymond Chandler, un grand spécialiste du genre, auteur prolixe de nombreux romans policiers, dont la fameuse série des huit enquêtes de Philip Marlowe, presque toutes adaptées pour l’écran.

Avec Le Dahlia Bleu, Alan Ladd, confirme son talent d’acteur sobre et intense et retrouve Veronica Lake. Dans les seconds rôles, on remarque William Bendix, dans celui de Buzz, cabossé par la guerre et Howard Da Silva, dans celui d’Eddie Harwood.

Le scénario original révélait que le meurtrier était Buzz, un ancien Marine. Impossible pour la US Navy : elle intervint auprès de la production qui céda trop facilement, portant en grande partie la responsabilité de la seule faiblesse du film, sa fin bâclée. En dépit de cela, Le Dahlia Bleu s’impose dans toute anthologie du film noir.

Le Dahlia bleu + Tueur à gages

Généralités - 3,0 / 5

Tueur à gages (78 minutes) avec ses suppléments (76 minutes) et Le Dahlia Bleu (96 minutes) avec ses suppléments (52 minutes) tiennent sur deux DVD-9 logés dans un boîtier, non fourni pour le test, effectué sur check discs.

Le menu animé et musical propose Tueur à gages dans sa version originale, avec sous-titres incrustés dans l’image, ou dans un doublage en français, et Le Dahlia Bleu dans sa seule version originale, avec sous-titres imposés. Pour les deux films, les sous-titres empiètent trop sur l’image.

Toutes les versions audio sont au format Dolby Digital 1.0.

Ces deux titres avaient été précédemment édités, mais Le Dahlia Bleu sans aucun supplément.

Bonus - 3,5 / 5

En complément de Tueur à gages, deux bonus, repris de l’édition de 2010 :

Alan Ladd, un homme tranquille (57’). Des producteurs, des acteurs, notamment Anthony Caruso et Peter Hansen, qui ont tourné respectivement quatorze films et sept films avec lui, évoquent l’acteur, discret, secret, un peu triste, aimé de tous. Ils rappellent son enfance difficile, ses débuts ingrats dans le cinéma, comme machiniste, les petits rôles, sa rencontre avec Sue Carol qui deviendra sa seconde épouse et son imprésario, et le début de la gloire avec Tueur à gages. Son fils David se souvient de l’importance qu’il donnait à sa famille et du tournage du western Le Fier rebelle (The Proud Rebel, Michael Curtiz, 1958) sur l’affiche duquel son nom s’inscrivait à côté de celui de son père. Son meilleur film fut probablement L’Homme des vallées perdues (Shane, George Stevens, 1953). Dans Les Ambitieux (The Carpetbaggers, Edward Dmytryk, 1964, disponible au Royaume Uni), il tenait un rôle secondaire. Il ne vit jamais ce film, sorti après sa mort, à l’âge de 50 ans, causée par l’ingestion d’un cocktail d’alcool et de sédatifs.

Présentation du film par François Guérif (19’). Certains ont vu dans Tueur à gages un film de propagande, la formule chimique devant être vendue aux Japonais, ce que dément la chronologie : le tournage était déjà bien avancé avant l’attaque de Pearl Harbor. C’est avec une grande liberté, à partir d’un roman de Graham Greene, A Gun for Sale (1936), que fut écrit le scénario par W.R. Burnett et Albert Maltz. Ce dernier se retrouva sur la liste noire du sénateur McCarthy, tout comme Frank Tuttle, qui finit par avouer son appartenance au parti communiste et par donner quelques noms. C’est Alan Ladd qui a sorti Frank Tuttle d’un relatif oubli en produisant deux de ses films, Hell on Frisco Bay (1955) et A Cry in the Night (1956). Le réalisateur savait utiliser les décors et Jean-Pierre Melville, admirateur de Tueur à gages, lui rendit ouvertement hommage avec l’ouverture de son film Le Samouraï.

En complément de Le Dahlia Bleu, des bonus inédits :

Le Dahlia bleu + Tueur à gages

Présentation du film par Bertrand Tavernier (28’). Si la critique n’a pas réservé au film l’accueil qu’il méritait, c’est probablement en raison des reproches de Raymond Chandler qui n’appréciait guère les acteurs, en particulier Veronica, Lake et supportait mal la moindre modification de ses dialogues. Pourtant, la mise en scène de John Cromwell ne manque pas de bonnes idées et réussit à soutenir la tension dramatique. De plus, l’interprétation dépouillée d’Alan Ladd et le talent des acteurs secondaires, William Bendix et Howard Da Silva, conviennent à l’univers de Chandler.

Présentation du film par François Guérif (14’). Paramount voulait faire tourner Alan Ladd avant qu’il ne rejoigne son unité, trois mois plus tard. Mais le nouveau roman de Chandler ne comptait encore que 120 pages et le scénario qu’on lui avait demandé d’écrire n’avançait pas assez vite. Le romancier se remit à boire, le whisky stimulant son imagination ! Il pestait régulièrement contre Veronica Lake qu’il surnommait Moronica Lake (moron = crétine), admettant toutefois qu’elle était bien… quand elle ne parlait pas !

Présentation du film par Patric Brion (8’). Le Dahlia Bleu, l’un des meilleurs films de George Marshall, doit beaucoup au talent d’Alan Ladd, capable d’interpréter avec sobriété des personnages ambigus, doux en apparence, mais capables de devenir dangereux. Acteur le plus connu des années 40, il peut être comparé à Humphrey Bogart.

Pour finir, une bande-annonce.

Image - 4,0 / 5

Pour Tueur à gages (au format 1.33:1), comme pour Le Dahlia Bleu (au format 1.37:1), la restauration a fait disparaître toutes les taches ou rayures, affermi les contrastes et soigneusement étalonné le dégradé de gris, allant de blancs lumineux à des noirs denses (parfois légèrement poreux pour Tueur à gages). Quelques problèmes occasionnels de stabilité, surtout pour Le Dahlia Bleu.

Son - 4,0 / 5

Le son Dolby Digital 1.0 des deux films propose une version originale assez propre, débarrassée de la plupart des bruits parasites. Le souffle résiduel est contenu à un niveau pas vraiment gênant. Dynamique et ouverture de la bande passante sont bonnes pour des films de cet âge.

En revanche, le doublage en français de Tueur à gages est à éviter en raison du niveau élevé de souffle et de bruits parasites, défaut auquel s’ajoute le timbre caverneux des dialogues qui, de plus, manquent terriblement de naturel.

Crédits images : © Sidonis Calysta

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 6 avril 2018
Tueur à Gages et Le Dahlia Bleu, deux "films noirs" avec Alan Ladd, grande vedette hollywoodienne des années 40 et 50, l’interprète de personnages taiseux, voire introvertis. Un héros fragile, complexe, à l’écart des clichés, mais dangereux, surtout s’il est piégé. Une réédition bienvenue.

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