Close-Up : le test complet du Blu-ray

Nema-ye Nazdik

Combo Blu-ray + DVD

1990. Réalisé par Abbas Kiarostami
Avec Hossein Sabzian, Mohsen Makhmalbaf et Abolfazl Ahankhah

Édité par Elephant Films

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Le 05/06/2018
Critique

Close-Up

Hossain Dabzian est un cinéphile obsessionnel, fasciné par le cinéaste Mohsen Makhmalbaf, au point de se faire passer pour lui auprès d’une famille bourgeoise. Démasqué par les autorités, il est traîné devant les tribunaux pour escroquerie. Mais qu’est-ce qui a réellement poussé le jeune homme à cette usurpation d’identité et que signifie-t-elle ?

Close Up (Nema-ye Nazdik), sorti en 1990, est le dixième long métrage d’Abbas Kiarostami. Son film précédent, Où est la maison de mon ami ? (Khane-ye doust kodjast? ), une fiction dramatique trois fois primée à Locarno en 1989, l’avait désigné comme un des chefs de file du cinéma iranien qui avait réussi à survivre aux rigueurs morales de la révolution islamique de 1979. Close Up consolida les faveurs de la critique envers le réalisateur et lui valut le Prix FIPRESCI à Istanbul et le Prix de la critique au Festival du Nouveau cinéma de Montréal.

Close Up est un film étrange d’Abbas Kiarostami, auteur de nombreux documentaires. L’idée lui vint (peut-être par le seul hasard qui, selon lui, conduit les destinées) de s’intéresser à la supercherie de Hossain Dabzian au point d’en faire un film. Un film d’une nature très particulière, dans laquelle il est difficile de distinguer la fiction de la réalité.

Close-Up

Le réalisateur a, dans un premier temps, filmé le procès pour escroquerie de Hossain Dabzian, avec son accord, celui de son accusateur et celui du juge. Puis, dans un second temps, fait rejouer à tous les protagonistes de l’affaire leur rencontre, leurs relations jusqu’à l’arrestation par la police.

Si Close Up, dans ce second temps, fait résolument pencher le plateau de la balance vers la fiction, qui peut affirmer que la présence de la caméra dans le prétoire n’a pas influencé le comportement de l’accusé et l’attitude de ses accusateurs, ni même poussé à la clémence le juge, un mollah prétendant administrer la justice « au nom de Dieu, miséricordieux » dont, c’est bien connu, les voies sont impénétrables ?

Cette confusion entre réalité et fiction a probablement (là encore, rien n’est certain) brouillé la lucidité de Hossain Dabzian, sans emploi, d’origine afghane, à se faire passer pour Mohsen Makhmalbaf : sa passion pour le cinéma, son admiration pour un cinéaste « qui fait parler des gens comme moi » (dira-t-il), sa fascination pour un univers dans lequel les rêves peuvent se réaliser, le besoin de sortir de l’anonymat, d’être enfin reconnu, semblent avoir été ses principales motivations, plus que les petites sommes d’argent qu’il a pu soutirer à ceux qu’il avait dupés.

Au-delà d’une brillante démonstration de l’ambiguïté des rapports humains, d’une subtile confrontation entre le réel et la fiction, Close Up est une oeuvre humaniste. Abbas Kiarostami regarde les protagonistes de cette petite tragédie sans les juger, déléguant cette responsabilité au spectateur, s’affirmant plus qu’indulgent envers Hossain Dabzian : « Ce qu’un réalisateur de films pouvait faire pour lui, c’était le réhabiliter, faire un portrait de lui en tant que jeune homme amoureux de cinéma, des gens du cinéma. »

Close-Up

Généralités - 3,5 / 5

Close Up (98 minutes) et ses suppléments (75 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé, en compagnie d’un DVD-9, dans un boîtier non fourni pour le test.

Le menu animé et musical, dans la charte graphique de la collection Cinéma MasterClass d’Elephant Films, propose le film dans sa version originale en persan, avec sous-titres optionnels, au format DTS-HD Master Audio 1.0.

Bonus - 4,0 / 5

Abbas Kiarostami, vérités et songes (52’, sur le seul Blu-ray), un film de Jean-Pierre Limosin diffusé en 1994 par Arte/La Sept dans la case Cinéma de notre temps. Abbas Kiarostami nous amène en voiture à la redécouverte du village de Poshté où il tourna Le Passager (Mossafer, 1974), son premier long métrage. Il y retrouve, trente ans plus tard, Hassan Darabi, le garçon qui prenait en photo les gens du village, sans pellicule dans son appareil, pour pouvoir se rendre à Téhéran voir un match de football. Abbas Kiarostami livre ses pensées sur le cinéma, « un art qui consiste à dire des mensonges de telle manière que le spectateur y croie (…), à aligner une série de mensonges pour arriver à une plus grande vérité », sur l’importance du thème de l’amitié dans son oeuvre. Il fut intrigué par la supercherie de Hossain Dabzian, en qui il pouvait se reconnaître, lui qui, à 16 ans, recopiait Les Chansons de Bilitis de Pierre Louÿs pour les offrir à une fille en prétendant qu’il écrits ces poèmes pour elle. « La réalité doit s’effacer pour laisser les personnages prendre forme ».

Le film par Jean-Michel Frodon (23’), critique, enseignant et historien du cinéma. Close Up, qu’Abbas Kiarostami réalise trois ans après Où est la maison de mon ami ? , le film qui l’a fait connaître, apparaît comme un questionnement, une mise en abyme à la Godard du cinéma, exercice auquel se livrera également, en 1995, Mohsen Makhmalbaf avec Salam Cinema. « Un objet de réflexion sur le cinéma ».

Pour finir, une galerie de photos et les bandes-annonces de Close Up et des trois autres films iraniens récemment réédités par Elephant Films, La Vache (Gaav, Dariush Mehrjui, 1969), Le Coureur (Davandeh, Amir Naderi, 1984) et Leila (Dariush Mehrjui, 1997).

Image - 4,0 / 5

L’image, à l’origine au format 1.37:1, apparaît au format 1.90:1, celui adopté par la restauration 2K opérée en 2015 sous la supervision du réalisateur. La reconstitution des événements antérieurs au procès ont été filmés en couleurs avec une caméra 35 mm. Le procès, en noir et blanc, avec une caméra 16 mm.

Sous les deux formats, l’image a été soigneusement débarrassée de toutes taches ou griffures, stabilisée et étalonnée. La reconstitution bénéficie d’une parfaite résolution qui manque aux scènes du procès filmées en 16 mm et, très certainement, sans éclairage, donc avec une pellicule dont la sensibilité est trahie par un grain très présent. On s’habitue très vite à cette dualité.

Les sous-titres ne sont pas toujours aisément lisibles dans les séquences en noir et blanc.

Son - 4,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 1.0, très propre, avec un souffle à peine discernable, est cantonné sur une bande passante assez étroite dans les scènes du procès, un peu plus ouverte dans les autres.

Close-Up

Crédits images : © Éléphant Films

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 5 juin 2018
Close Up, une subtile confrontation entre le réel et la fiction, un des films qui ont révélé la richesse du nouveau cinéma iranien, contribua largement à asseoir la réputation internationale d’Abbas Kiarostami.

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