Memories of Murder : le test complet du Blu-ray

Salinui chueok

Édition Ultime limitée - Blu-ray + DVD + Livret + Storyboard

2003. Réalisé par Bong Joon-ho
Avec Song Kang-ho, Kim Sang-kyung et Byeon Hie-bong

Édité par La Rabbia

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Le 13/07/2018
Critique

Memories of Murder

Corée du Sud, en 1986, autour de la ville de Hwaseong. Le cadavre d’une femme est retrouvé dans la campagne. Deux mois plus tard, sont commis de nouveaux meurtres avec le même mode opératoire. L’enquête est dirigée par un policier local, épaulé par un collègue détaché de Séoul.

Memories of Murder (Salinui chueok), salué par de nombreux prix, dont le Grand prix du festival du Film policier de Cognac, est le deuxième long métrage du Coréen Bong Joon-ho, après Barking Dog (Flandersui gae), une comédie sortie en 2000, récompensée par le Prix FIPRESCI à Hong Kong.

Bong Joon-ho a, depuis 2003, enchaîné les succès avec quatre longs métrages, dont deux, multiprimés, ont assuré sa réputation internationale : The Host (Gwoemul, 2006) sur les ravages d’un monstrueux prédateur émergé de la rivière de Séoul, et Snowpiercer, le Transperceneige, sorti en 2013. On attend toujours la vidéo d’Okja, sorti dans nos salles en juin 2017.

Memories of Murder, sur un scénario partiellement adapté d’une pièce de théâtre de Kim Kwang-rim, largement enrichi par le réalisateur, évoque des faits réels, une série de dix assassinats de femmes avec le même mode opératoire (victimes ligotées et étranglées avec leurs sous-vêtements), commis à Hwaseong et ses environs, entre 1986 et 1991. L’identité du tueur en série restera pour toujours inconnue, tous les meurtres aujourd’hui étant couverts par la prescription… à moins qu’il ne cède à nouveau à ses pulsions.

Memories of Murder est centré sur l’opposition entre les deux policiers chargés de l’enquête, Park Doo-man, le flic local, rustique, macho, brutal, se fiant uniquement à son instinct, et Seo Tae-yoon, détaché de Séoul, plus éduqué, plus méthodique et respectueux des procédures. Les tensions entre les deux policiers et l’évolution de leur comportement, l’un déteignant progressivement sur l’autre, vont constituer le principal ressort dramatique du film.

Memories of Murder, en toile de fond, porte un regard sans complaisance sur la Corée de la fin des années 80, celle de la Vème République, sous laquelle, malgré une démocratisation progressive entreprise depuis la fin de la dictature de Park Chung-hee, assassiné en octobre 1979, des mouvements sociaux furent brutalement réprimés, comme nous le montre une scène du film reconstituant le massacre de Kwangju. Le film critique aussi très ouvertement l’incompétence des policiers, leur manque de moyens (les analyses d’ADN doivent être faites aux USA) et les tortures employées pour arracher des aveux à des suspects.

Memories of Murder reste, quinze ans après sa sortie, pour son réalisme, pour la qualité de son scénario, de sa photographie, de son montage, l’élégance et la pertinence de l’accompagnement musical, et, surtout, pour l’ambiance dérangeante qu’il installe dès les premières images, laissant continuellement le spectateur dans le doute. Un jalon du film policier insolite, livré par La Rabbia dans une édition exceptionnelle, avec image et son restaurés et de remarquables bonus.

Memories of Murder

Généralités - 5,0 / 5

Memories of Murder (131 minutes) et ses suppléments vidéo (136’) sont répartis sur un Blu-ray BD-50, dont toute la capacité est utilisée, et un DVD-9 de bonus. Le film est également disponible sur un deuxième DVD (126’), non fourni pour le test, effectué sur le Blu-ray.

Le menu animé et musical propose, pour le film, le choix entre la version originale, au format DTS-HD Master Audio 5.1, avec sous-titres optionnels, ou dans un doublage en français DTS-HD MA 2.0.

Le coffret de cette édition ultime, au tirage limité à 2 500 exemplaires, contient, outre les trois disques, un livret de 40 pages sur l’histoire et le tournage du film et une reproduction du storyboard.

Deux autres éditions : Un digipack, avec deux DVD, un pour le film, un pour les compléments. Et un mediabook, avec un Blu-ray, deux DVD (film er compléments) et le livret de 40 pages).

Le livret, abondamment illustré, écrit par Stéphane Du Mesnildot, critique aux Cahiers du Cinéma, spécialiste du cinéma asiatique, rappelle que 2004 fut une année marquante pour le cinéma coréen, avec la sortie de Old Boy de Park Chan-wook et de 2 soeurs de Kim Jee-woon. Il évoque les meurtres en série de Hwaseong et souligne, qu’après l’audition de 21 280 suspects, « l’échec de l’enquête dans cette affaire reste le plus grand mystère criminel de l’histoire de la Corée, l’équivalent du Zodiac américain. » Suit un résumé du difficile chemin parcouru par la Corée de la dictature à la démocratie. Le livret se poursuit sur l’investissement du réalisateur et les fortes impressions laissées par le tournage, sur les deux personnages principaux, assez frustres, et le choix des acteurs, sur les partis pris esthétiques, la décoloration de l’image, sur « le visage du mal », celui du meurtrier dont les apparitions furtives ne permettent jamais de distinguer les traits.

Le storyboard, très détaillé (335 pages), entièrement dessiné par Bong Joon-ho, traduit en français, témoigne de l’attention portée par le réalisateur à la préparation de son film.

La note maximale s’impose !

Memories of Murder

Bonus - 5,0 / 5

Sur le Blu-ray :

Commentaire audio de l’équipe du film (DTS_HD MA 2.0, VOST). Le réalisateur, et trois acteurs, Kim Sang-kyung, Paark Noh-shik et Song Kang-ho, donnent un foule d’informations sur le tournage, avec une grande place aux réservée aux souvenirs des acteurs, un peu moins aux conditions et aux options de tournage.

Memories : retour sur les lieux du crime (63’, 1080i, DTS 2.0, en anglais et en coréen, 2018, Grab The Cat/La Rabbia). Séoul, Live Tone Studio Sangam, avec Bong Joon-ho, son assistant Lee Yong-Ju et Shim Sung-Bo, coscénariste. Quinze ans après le tournage du film, le réalisateur a l’impression de voir le film de quelqu’un d’autre. Il avait, depuis longtemps, envie de faire un film sur les meurtres en série commis à Hwaseong. La première scène tournée, une bagarre entre les deux flics, brutalement interprétée, a donné le ton du film et créé une tension entre les deux acteurs qui a persisté pendant tout le tournage. Le réalisateur a aussi voulu reconstituer l’atmosphère de la Corée des années 80, le contexte politique, épingler les négligences du système judiciaire. Il s’est attaché à recréer visuellement l’époque, aussi exactement que possible, et à assurer l’homogénéité de l’ambiance sombre du film, quitte à attendre toute une journée la bonne lumière, ce qui était encore possible au début des années 2000, une sorte d’âge d’or du cinéma coréen. La pensée que le tueur ait pu voir le film, tranquillement assis, met le réalisateur en colère.

Bong Sound (14’, 1080i, DTS 2.0). Choi-Tae-young, l’ingénieur du son, se souvient que Bong Joon-ho souhaitait que le son soit réaliste, en jouant sur la pluie, le vent et la musique. Le niveau devait parfois être poussé pour obliger les acteurs à hurler leur texte. Le réalisateur veillait à ce que les sons ajoutés en postsynchronisation paraissent aussi réels que possible.

Sur le DVD :

On retrouve les deux suppléments du Blu-ray, Memories : retour sur les lieux du crime, et Bong Sound, mais de plus :

Making of (17’, 1.33:1, Dolby Digital 2.0). Bong Joon-ho, après avoir facilement obtenu le soutien du producteur s’est documenté pendant cinq ans pour rassembler le matériau du scénario, choisir les lieux de tournage adéquats et définir la palette des couleurs, pour rendre ce « thriller rural » aussi réaliste que possible, loin des canons du thriller américain. Il a fait le choix d’une palette de couleurs délavées et d’éclairages froids pour souligner l’aspect documentaire de l’oeuvre. Le tournage d’une des dernières scènes du film, à l’entrée d’un tunnel ferroviaire, dans la longue attente de la lumière naturelle souhaitée, donne une idée des défis relevés pour la réalisation.

Entretien avec Tarô Iwashiro (14’). Bong Joon-ho explique avoir choisi le Japonais Taro Iwashiro pour la simplicité et la charge émotionnelle de ses compositions et s’être impliqué dans le choix des morceaux retenus pour l’accompagnement musical. La musique devait aussi donner le point de vue du tueur dans certaines scènes en caméra subjective.

Décors et accessoires (11’). Là, encore, les équipes ont pris grand soin des décors, notamment de l’aménagement du poste de police et de la salle d’interrogatoire, conçus après la visite de nombreux commissariats, pour recréer avec authenticité les années 80. La même attention maniaque a été portée à la reconstitution des journaux d’époque, des badges de police…

Costumes et maquillage (12’). Beaucoup de vêtements ont dû être créés dans le style des années 80 et avec des tissus aux couleurs discrètes, pour s’harmoniser à l’ambiance du film. Les acteurs, et aussi les cadavres, ont été minutieusement maquillés.

Effets spéciaux (5’). Bien que le film ne contienne aucune scène spectaculaire, de nombreux effets spéciaux, souvent artisanaux ont été mis en oeuvre, par exemple dans certaines scènes de nuit, ou dans le brouillard.

Pour finir, les bandes-annonces 2004 et 2017.

Sur le DVD du film, 7 scènes coupées, avec commentaire audio de Bong Joon ho.

Memories of Murder

Image - 4,5 / 5

L’image (1.85:1, 1080p, AVC), parfaitement nettoyée par une restauration 4K, très stable, a conservé le léger grain de la texture argentique et l’aspect délibérément délavé des couleurs (par le procédé du « bleach bypass », nous dit-on dans les suppléments). Le piqué et les contrastes sont parfaits. Aucun défaut de compression n’est visible, y compris sous la pluie et dans le brouillard.

Une restauration exemplaire !

Son - 4,5 / 5

Le son de la version originale a été, lui aussi, très soigneusement nettoyé. Le remixage au format DTS-HD Master Audio 5.1 sépare les dialogues et les bruits d’ambiance, finement restitués, y compris les plus discrets bruissements de la campagne. La belle composition de Tarô Iwashiro bénéficie de l’aération du son.

Le doublage en français n’est pas à la hauteur : les dialogues, très peu naturels, sont placés trop en avant et le rendu de l’ambiance et de l’accompagnement musical est terne et plat.

Crédits images : © La Rabbia

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

4,3
5
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0
3
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2
1
1
0

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Philippe Gautreau
Le 8 juillet 2018
Memories of Murder reste, quinze ans après sa sortie, pour son réalisme, pour la qualité de son scénario et de sa réalisation et, surtout, pour l’ambiance dérangeante qu’il installe dès les premières images, reste un jalon du film policier insolite, livré par La Rabbia dans une édition exceptionnelle, avec image et son restaurés et de remarquables bonus.
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kedkille
Le 2 avril 2009
Un film policier dans une ambiance coréenne déroutante. Un film artistique avant tout.
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Christian
Le 1 novembre 2005
La 1ere heure est très longue et il faut vraiment s'accroché pour ne pas arrêter le film. Puis on se prend au jeu. On veut savoir... Mais bon, on est très loin des policiers américains et même français...

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