Jenny : le test complet du Blu-ray

1936. Réalisé par Marcel Carné
Avec Françoise Rosay, Albert Préjean et Charles Vanel

Édité par Gaumont

Voir la fiche technique

Avatar Par
Le 05/11/2018
Critique

Jenny

Danielle, une jeune pianiste établie à Londres, annonce à sa mère Jenny la rupture de ses fiançailles et son retour à Paris. C’est là qu’elle réalise que sa mère, qui lui avait dit travailler dans l’immobilier, est en réalité la gérante d’une maison de rendez-vous employant de jeunes entraîneuses et qu’elle a un jeune amant, Lucien…

Jenny est l’adaptation d’un mélodrame de Pierre Rocher, un romancier oublié, que Jacques Constant et Jacques Prévert ont décidé de corser en y ajoutant quelques personnages secondaires. C’est aussi le tout premier long métrage de Marcel Carné avec, dans le rôle-titre, Françoise Rosay qui avait accepté de ne recevoir son cachet que si le producteur rentrait dans ses frais, pour aider le réalisateur à pénétrer dans les Studios Gaumont.

-Tu l’aimes, Jenny ? -Non, j’aime mon chien. -T’as un chien, toi ? -Non, mais j’aime c’que j’ai pas !

On devine dans cet échange entre Benoît/Charles Vanel et Jean-Louis Barrault/Le Dromadaire, la griffe de Jacques Prévert, encore à ses débuts dans le cinéma en 1936, l’année où il signe l’adaptation et les dialogues d’un film de Jean Renoir, Le Crime de Monsieur Lange. Le début d’une collaboration suivie avec Marcel Carné qui durera neuf films jusqu’à La Marie du port, en 1950, en passant par Les Enfants du Paradis, en 1945.

Joseph Kosma voit également apparaître pour la première fois son nom dans un générique, celui de Jenny et Jean-Louis Barrault y tient son premier rôle important, celui d’un bossu, dit « Le Dromadaire ». On y voit aussi, pour sa toute première apparition sur un écran, en chanteur des rues, Mouloudji à 14 ans, avec une voix qui n’avait pas encore mué.

Jenny

L’accueil favorable du public (six semaines d’exclusivité) et de la critique ouvrira à Marcel Carné, non seulement Les Portes de la nuit qu’il tournera dix ans plus tard, mais, sana attendre, celles de la renommée, en France comme à l’étranger, ce que symbolisera la remise du Lion d’or, pour l’ensemble de sa carrière, à la Mostra de Venise de 1971.

La mise en scène, la direction des acteurs, les cadrages, les éclairages, les mouvements de caméra… révèlent le talent de Marcel Carné et annoncent Le Quai des brumes qui donnera, l’année suivante, toute la mesure de son talent.

Le réalisateur avait été bien entouré, avec Roger Hubert pour la photographie, qui sera le chef opérateur du J’accuse d’Abel Gance en 1938. Il faut aussi souligner la contribution du directeur artistique Jean d’Eaubonne qui accompagnera Max Ophüls pour cinq de ses meilleurs films, dont Lola Montès.

Jenny profite aussi de la présence de Françoise Rosay, mais aussi, dans les rôles secondaires, d’Albert Préjean, convaincant dans le rôle de Lucien bien qu’il affiche quelques années de trop pour jouer les jeunes premiers, de Charles Vanel à l’aise dans la peau d’un mauvais garçon gouailleur, de Jean-Louis Barrault, inquiétant sous la bosse du Dromadaire, et de Robert Le Vigan, remarquable dans sa composition de L’Albinos, un vieux pervers attiré par les tendrons.

Un premier film qui méritait une sortie en version HD remasterisée, dans une édition complétée par deux solides documentaires produits par Gaumont.

Jenny

Généralités - 4,5 / 5

Jenny (95 minutes) et ses suppléments (52 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un boîtier de 11 mm, glissé dans un fourreau.

Le menu animé et musical propose le film dans une version restaurée, au format DTS-HD Master Audio 1.0, avec sous-titres pour malentendants et sous-titres anglais.

Piste d’audiodescription DTS-HD MA 1.0.

Bonus - 4,0 / 5

Marcel Carné : la chance du débutant (29’), avec Philippe Morisson, auteur de Marcel Carné, ciné-reporter (1929-1934) et Didier Griselain, auteur d’Une grande dame du cinéma français. Ils soulignent l’aide que prodigua Françoise Rosay à Marcel Carné, au début de sa carrière, en lui faisant rencontrer Jacques Feyder qui l’embauchera comme assistant pour le tournage de Les Nouveaux messieurs en 1929 en lui ouvrant les portes du monde du cinéma. Il assistera aussi René Clair pour Sous les toits de Paris (à quand une réédition ?), avant de réaliser son propre court métrage, Nogent, Eldorado du dimanche, dont la projection au Studio des Ursulines attira l’attention de la critique. Jenny qu’il peut tourner grâce à l’appui de Françoise Rosay, centré sur la solitude à laquelle aucun de ses personnages n’échappe, fut bien reçu et même sélectionné pour le premier Prix Louis Delluc qui fut décerné en 1937 au film de Jean Renoir, Les Bas-fonds.

Françoise Rosay et le cinéma (20’). Didier Griselain rappelle qu’en 1908, suivant l’exemple de sa mère, Françoise Rosay, monte à 17 ans sur les planches des Folies Parisiennes (aujourd’hui La Nouvelle Ève), puis suit les cours du Conservatoire pendant trois ans, avant de se faire engager au Théâtre de L’Odéon. Un des comédiens, Henri Desfontaines, lui fait signe pour tourner dans un film qu’il va réaliser, Falstaff. Puis, après un essai raté avec Léonce Perret dans les Studios Gaumont, elle s’oriente vers le chant lyrique, ce qui la conduira à être engagée dans l’opéra Egmont, sur la scène du Théâtre des Célestins à Lyon, où elle rencontrera Jacques Feyder qu’elle épousera en 1917. Françoise Rosay fait toujours une courte apparition dans les dix courts-métrages qu’il tourne chez Léon Gaumont, mais le film qui la fait connaître sera Si l’empereur savait ça que Jacques Feyder tourne aux USA en 1930 pour la MGM…

Jenny

Image - 4,0 / 5

L’image (1.37:1, 1080p, AVC) a été stabilisée et soigneusement débarrassée des taches et griffures. La réduction du bruit s’est arrêtée avant un lissage excessif qui aurait dénaturé la texture originale, au prix d’un grain qui reste légèrement visible. Les contrastes sont fermes, avec des noirs denses qui tendent à se boucher dans les scènes les plus sombres. Quelques sauts d’image, signalés par un avertissement, ne sont pas vraiment gênants.

Jenny

Son - 3,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 1.0 assure une claire restitution des dialogues. La musique de Joseph Kosma et celle jouée dans la boîte de nuit sont affectées par un spectre étroit, pauvre en graves et quelques distorsions. Un souffle se fait entendre à un niveau très variable, dans l’ensemble assez peu gênant.

Jenny

Crédits images : © 1936 Gaumont

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

4,0
5
0
4
1
3
0
2
0
1
0

Je donne mon avis !

Avatar
Philippe Gautreau
Le 5 novembre 2018
Le tout premier film de Marcel Carné, avec Jacques Constant et Jacques Prévert à l’écriture du scénario et des dialogues et Joseph Kosma à celle de la musique, méritait bien une sortie en version HD remasterisée, dans une édition complétée par deux solides documentaires produits par Gaumont.

Lire les avis »

Multimédia

Proposer une bande-annonce

Du même auteur
(publicité)

(publicité)

En poursuivant votre navigation sur le site, vous acceptez l'utilisation des cookies pour vous proposer notamment des publicités ciblées en fonction de vos centres d'intérêt, l'affichage de vidéos ou encore le partage sur les réseaux sociaux.

OK En savoir plus