Le Train des épouvantes : le test complet du Blu-ray

Dr. Terror's House of Horrors

Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret

1965. Réalisé par Freddie Francis
Avec Peter Cushing, Christopher Lee et Max Adrian

Édité par ESC Editions

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Le 05/11/2018
Critique

Le Train des épouvantes

Angleterre 1964 : le sinistre docteur Schreck prédit l’avenir des 5 voyageurs qui partagent son compartiment, dans un train en route de Londres vers la localité de Bradley. Tous s’avèrent promis (au Royaume-Uni ou, pour l’un d’eux, en Amérique où il doit émigrer) à une mort et/ou à des souffrances atroce dont la cause est surnaturelle. D’abord incrédules et amusés, la peur gagne bientôt les 5 hommes à mesure que les récits corroborent la connaissance qu’ils ont de leur futur proche. Ils comprennent trop tard que le docteur Schreck mérite bien son nom de famille… signifiant « terreur » en allemand !

Le Train des épouvantes [Dr. Terror’s House of Horrors] (GB 1964 au copyright argentique du générique d’ouverture) de Freddie Francis est par lui-même une réussite et en outre un titre historiquement important car il fut le premier d’une série (1) de films anglais d’épouvante mettant en scène des histoires courtes réunies par un fil conducteur, canevas que la société Amicus devait exploiter avec succès durant la décennie 1965-1975.

Les producteurs Milton Subotsky et Max J. Rosenberg n’avaient pris aucun risque pour ce coup d’essais de 1964 : casting comportant certains de meilleurs acteurs anglais de la Hammer films concurrente (Peter Cushing, Christopher Lee, Michael Gough, Katy Wild), un réalisateur ayant aussi oeuvré pour la Hammer (Freddie Francis), une direction artistique soignée, un casting secondaire varié toujours bon, une belle photo (ici en TechniScope Technicolor) et une belle musique sans oublier le plus grand maquilleur de la Hammer ici débauché par Amicus : Roy Ashton. Les scénarios de Milton Subotsky sont intelligents et bien découpés : ils oscillent entre innovation (action contemporaine, décors réalistes, une histoire confinant même à la science-fiction écologique) et tradition (ici loups-garous, vampires, vaudou, main fantôme) d’une manière raffinée. Ils sont cependant un cran moins intelligents et un cran moins bien découpés que ceux écrits, par la suite, par Robert Bloch pour d’autres films de la même série, toujours supervisés par Subotsky puisqu’il était aussi producteur.

Les deux histoires les plus originales sont celle mettant en scène la très surréaliste et cauchemardesque rivalité entre un critique d’art et un artiste peintre (joués respectivement par Christopher Lee et Michael Gough) d’une part, celle relevant de la science-fiction car imaginant une nouvelle race de plantes pouvant dominer les hommes. Mais les trois autres histoires, plus classiques, sont très savoureuses aussi et sont toutes remarquablement interprétées : on n’oublie pas Donald Shuterland débutant ni Max Adrian ou Jennifer Jayne, moins connus chez nous mais tout aussi recommandables. A noter que, chez Amicus, rien ne se créé vraiment de rien et rien ne se perd non plus : l’idée de la main fantôme provient de la littérature fantastique classique et avait déjà été illustrée dans l’histoire du cinéma fantastique (par exemple La Bête à cinq doigts (USA 1945) de Robert Florey sans oublier L’Ange exterminateur (Mex. 1962) de Luis Bunuel et il y en a d’autres). Elle sera reprise aux dimensions d’un film entier par Amicus dans Fengriffen / And Now the Screamings Start ! (GB 1973) de Roy Ward Baker. A noter l’audace formelle du plan mettant en scène la propre affiche anglaise du film sous laquelle le musicien de l’histoire vaudou, terrorisé dans une rue de Londres, a trébuché puis se relève tandis qu’il y jette un bref coup d’oeil inquiet. La fin du Train des épouvantes, en forme de chute brutale, terrifiante et s’appliquant d’un coup à tout le fil conducteur, une fois les histoires individuelles racontées, sera, elle aussi, une constante des scénarios suivants.

(1) Voici la liste des titres relevant de cette « série Amicus » (série au sens esthétique et thématique mais pas au sens actuel télévisuel du mot puisque chaque oeuvre peut être visionnée indépendamment des autres) dans l’ordre chronologique de production : Le Train des épouvante (1964) réalisé par Freddie Francis, écrit par Milton Subotsky, Le Jardin des tortures (1967) de Freddie Francis, écrit par Robert Bloch, La Maison qui tue (1970) de Peter Duffell, écrit par Robert Bloch, Histoires d’outre-tombe (1972) de Freddie Francis, écrit par Milton Subotsky d’après des bandes dessinées américaines, Asylum (1972) de Roy Ward Baker écrit par Robert Bloch, Le Caveau de la terreur (1973) de Roy Ward Baker écrit par Milton Subotsky d’après des bandes-dessinées américaines, Frissons d’outre-tombe (1974) de Kevin Connor, histoires de sources diverses supervisées par Subotsky, Le Club des Monstres (1980) de Roy Ward Baker, histoires aussi de sources diverses supervisées par Subotsky. Il faudrait un jour, si possible, songer à les rassembler en coffret : ce serait assurément un outil aussi utile pour l’historien du cinéma fantastique que pour le cinéphile ou l’amateur éclairé.

Le Train des épouvantes

Généralités - 4,0 / 5

1 combo BRD + DVD édité par ESC le 23 octobre 2018. Image Full HD 1080p couleurs au format original 2.35 respecté compatible 16/9. Son DTS HD 2.0 Mono VOSTF et VF d’époque. Durée du film sur BRD : 98 min. environ. Suppléments : présentations du film et de la société Amicus par Laurent Aknin, livret 16 pages par Marc Toullec. Seul le disque BRD a été testé.

Bonus - 2,5 / 5

La présentations de la Amicus (durée 5 minutes environ) par Laurent Aknin est commune aux divers titres Amicus édités par ESC : elle est claire et précise, utile pour le novice. La présentation du film (durée environ 15 min.) comporte une caractérisation correcte de ce premier titre de la série. On saisit bien son originalité d’une part, son recours à la tradition d’autre part, et le point de vue qui préside au mélange des deux à partir de ce que dit Aknin. L’ensemble est parsemé de remarques variées, inégales en pertinence, d’histoire et d’esthétique du cinéma fantastique : bonne remarque historique sur la différence entre Mario Bava et Freddie Francis mais moins bonne concernant la parodie du fantastique. Ce sous-genre ne viendra pas « plus tard » comme le dit Aknin : il est co-existant au genre lui-même depuis ses débuts. Les films Universal avec Abbott et Costello sont bien antérieurs à The Vampire Happening de Francis pour ne citer que cet exemple. Sur la différence entre l’érotisme de la Hammer et celui de la Amicus, je ne suis pas entièrement convaincu par l’opposition établie par Aknin. On pourrait aussi discuter certains jugements à l’emporte-pièce : Le Crâne maléfique de Francis serait un film « pas très bon » de Freddie Francis ? C’est un peu vite dit : il avait d’ailleurs eu les honneurs de la Cinémathèque française du Palais de Chaillot dans les années 1975-1980 et la salle était assez comble pour l’y voir, en raison de son argument de scénario, de ses effets photographiques et de sa curieuse scène de procès qui semblait gratuite à Jean-Marie Sabatier mais qui était tout de même étonnante. Bref… pour le novice, bonne introduction à l’ensemble, pour le spécialiste, nettement moins utile et inévitablement plus discutable. Aucune galerie affiches ni photos : j’avoue que j’aurais, de beaucoup, pour ma part préféré une telle galerie à une telle présentation (inutilement émaillée d’extraits du film et qu’il ne faut donc regarder qu’après l’avoir d’abord visionné, si on veut préserver l’effet de surprise). Je ne puis rien dire du livret de 16 pages inclus dans le boîtier faute de l’avoir reçu.

Image - 4,0 / 5

Format original 2.35 TechniScope en couleurs Technicolor compatible 16/9, en Full HD 1080p. Image argentique de ce BRD restaurée par le prestigieux Studio Pinewood. Par rapport à l’ancien DVD édité dans le coffret Peter Cushing en 2005 par Aventi, on gagne à format également respecté une meilleure définition, une luminosité supérieure, un nettoyage total des rares poussières négatives et positives qui subsistaient. On peut aussi observer le générique anglais d’origine alors que le générique de l’édition DVD était celui d’une copie argentique allemande muni d’un titre allemand d’exploitation. En revanche, le tirage 2017 accentue les jaunes (notamment durant l’introduction et la première histoire) alors que l’ancienne copie argentique allemande disposait d’un tirage colorimétrique plus sobre et mieux équilibré : le procédé couleur étant le même, il faut aujourd’hui créditer de ces différences les laboratoires vidéo plutôt que les tirages argentiques eux-mêmes. De toute manière, sur le plan argentique comme numérique, cette édition ESC constitue à présent l’édition de référence en BRD Full HD.

Son - 5,0 / 5

VOSTF et VF d’époque en DTS HD Master Audio 2.0. mono d’époque, toutes deux parfaitement restaurées : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. La VOSTF est dotée, sans surprise, d’un équilibrage supérieur entre effets sonores, dialogues et musique. Cushing jouant un sinistre docteur au nom allemand, la VF lui a conféré un accent supérieur à celui de la VO, plus neutre et crédible. Belle musique signée Elizabeth Lutyens. L’histoire vaudou est munie de deux ou trois partitions évoquant assez ce que faisait, durant ces mêmes années 1965, le compositeur français Jacques Denjean.

Crédits images : ESC Éditions

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony

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