Frayeurs (1980) : le test complet du Blu-ray

Paura nella città dei morti viventi

Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre

Réalisé par Lucio Fulci
Avec Christopher George, Catriona MacColl et Carlo De Mejo

Édité par Artus Films

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Le 14/12/2018
Critique

Frayeurs

New York, 1980. Mary reçoit un choc émotionnel fatal en voyant un prêtre se pendre, au cours d’une séance de spiritisme. Elle se réveille dans un cercueil d’où la délivre Peter, un journaliste intrigué par sa disparition, alerté par ses cris. Le médium qui dirigeait la séance a lancé un avertissement : le suicide du prêtre a ouvert dans le cimetière du village de Dunwich une porte de l’enfer qui doit être refermée avant la Toussaint, dans trois jours. Sans quoi les morts sortiront de leurs tombes pour anéantir l’espèce humaine. Sans plus attendre, Mary et Peter partent à la recherche du mystérieux village fantôme…

Frayeurs (Paura nella città dei morti viventi), réalisé en 1980, un an après l’inattendu succès commercial de L’Enfer des zombies (Zombi 2), permet à Lucio Fulci de disposer d’une plus grande liberté pour créer une oeuvre sur le thème de la peur. Le scénario, comme celui du film précédent, est confié à Dardano Sacchetti, avec des zombies, mais en nombre compté.

Frayeurs, légèrement plus parcimonieux en effets sanglants, en sert cependant une bonne louchée, avec une des victimes du prêtre suicidaire qui vomit ses entrailles et, clou de la représentation, une trépanation très peu déontologique à la perceuse, le pendant attendu par les fans de l’oeil transpercé par une écharde qui avait dû largement contribuer au succès de L’Enfer des zombies.

Derrière ces concessions au genre, on ressent l’influence d’Edgar Allan Poe et de Lovecraft (le village imaginaire de Dunwich est une invention de Lovecraft pour sa nouvelle The Dunwich Horror) dès la séance de spiritisme qui ouvre le film. L’oeil, l’apport de Lucio Fulci, un symbole présent dans de nombreuses scènes (et même sur des tableaux), apporte au film une touche poétique et originale : s’ils sont le reflet de la peur, les yeux peuvent faire couler des larmes de sang et être aussi le canal d’un pouvoir maléfique.

Frayeurs, en dépit de quelques facilités et invraisemblances reste un des bons films de Lucio Fulci, si ce n’est le meilleur, avec une fin inoubliable sous le cimetière qui préfigure, par sa poésie, son mystère et son ambiguïté, celle de L’Au-delà (L’Aldilà) qu’il réalisera un an plus tard.

Frayeurs

Généralités - 5,0 / 5

Frayeurs (93 minutes) et ses suppléments (102 minutes, sans compter les bandes-annonces) tiennent sur un Blu-ray et un DVD-9 (avec le même contenu) logés dans la couverture d’un Mediabook.

Le menu fixe et musical propose le film dans sa version originale au format audio LPCM 2.0 mono, avec sous-titres optionnels, et dans un doublage en français Dolby Digital 2.0 mono.

Sous la direction de Lionel Grenier, le livre de 80 pages, abondamment illustré, intitulé Frayeurs, une porte vers l’univers tentaculaire de H.P. Lovecraft, s’ouvre sur le recueil d’impressions de Lucio Fulci sur son « film-cauchemar », suivi d’une revue approfondie, par Guillaume Flouret, de L’influence des publications de H.P. Lovecraft sur le cinéma de genre. Frayeurs est inspiré d’une nouvelle parue en 1929 dans le magazine Weird Tales, mais l’écrivain a aussi été adapté par Evil Dead (Sam Raimi, 1981), par L’Antre de la folie (In the Mouth of Madness, John Carpenter, 1994), sous la forme d’un pastiche par La Cabane dans les bois, (The Cabin in the Woods, Drew Goddard, 2011), par Dark Waters (Temnye vody, Mariano Baino, 1994), par Absentia (Mike Flanagan, 2011), « plus éloigné de la cosmogonie de HPL (…) une filiation difficile à définir », et par Messiah of Evil (Dead People, Willard Huyck, 1973). Suit Lovecraft à l’écran : l’adaptation dans tous ses états, par Gilles Menagaldo, Université de Poitiers, avec une autre liste de films adaptés de l’oeuvre de Lovecraft ou d’Edgar Allan Poe, tels La Malédiction d’Arkham (The Haunted Palace, Roger Corman, 1963), The Dunwich Horror (Daniel Haller, 1970), The Resurrected (Dan O’Bannon, 1991), Necronomicon (film à sketches de Christophe Gans, Shûsuke Kaneko et Bryan Yuzna, 1994)… Le livre se referme sur un article de Gilles Vannier, La malédiction céleste (The Curse, rebaptisé The Well), l’unique film, aujourd’hui oublié, réalisé par l’acteur David Keith (salué en 1987 par le Golden Globe du Meilleur second rôle dans Officier et gentleman), une autre adaptation de Lovecraft dans laquelle Lucio Fulci apparaît au générique comme producteur associé, alors qu’il a aussi assuré la réalisation des scènes avec effets spéciaux.

Frayeurs

Bonus - 5,0 / 5

Voyage au bout de la peur (Artus Films, 2018, 14’). Lionel Grenier souligne que Frayeurs est le premier film d’horreur de Lucio Fulci, seul à l’origine du projet. Il laisse son assistant terminer La Guerre des gangs (Luca il contrabandiere, 1980). Le tournage dure huit semaines, extérieurs en aux USA, à Savannah, intérieurs en studio, en Italie. Lionel Grenier passe en revue les acteurs, certains familiers de Fulci et relève la présence de Michele Soavi dans le rôle de Tommy et de Fulci lui-même dans le rôle secondaire d’un médecin. Le réalisateur a assumé les illogismes du récit que certains lui ont reprochés. Le titre choisi par Fulci était Paura, mais le succès commercial de L’Enfer des zombies poussa les producteurs à le compléter par « nella città die morti viventi ». Le scénario fait de fréquentes références à la mythologie catholique, mais avec un prêtre qui incarne la mal.

Personne ne verra jamais ce film (Artus Films, 2018, 23’, en français). Catriona MacColl se rappelle la proposition de Lucio Fulci qui ne lui laissait que quelques heures pour accepter le rôle. Son agent a fait tomber ses réticences en lui disant que personne ne verrait ce film. Elle relate des anecdotes de tournage, certaines agréables, d’autres moins, comme la séquence sous une pluie d’asticots, la présentation du film au XIe Festival de Paris du film fantastique et de science-fiction au Grand Rex, en 1981 où il reçut Grand prix du public.

La ville des morts-vivants (Freak-O-Rama, 2017, 31’, en français). L’acteur Giovanni Lombardo Radice a été intéressé par le rôle de Bob qui le changeait des personnages faibles et apeurés qu’il avait joués jusque-là. Il garde un très mauvais souvenir du moulage de sa tête pour la scène de la perceuse.

Sous le cimetière (Freak-O-Rama, 2017, 31’, VOST). Massimo Antonello Geleng, le décorateur, se souvient de frictions initiales avec Lucio Fulci, auquel la production l’avait imposé. La plupart des décors ont été construits en studio, y compris le sous-sol du cimetière dont l’apparence a été agrandie à l’aide de parois mobiles. La tempête a été simulée par l’hélice d’un aéroglisseur. Il rappelle les tableaux qu’il a peints, sur lesquels l’oeil a une valeur symbolique, les maquillages et effets visuels de Franco Rufini, assisté par Rosario Prestopino, les jeux de lumière surréalistes de la dernière scène dans le bar quand il est assiégé par des morts-vivants…

Diaporama d’affiches et de photos (3’) avec de nombreuses photos d’exploitation du film en Allemagne sous le titre Ein Zombie hing am Glockenseil.

Pour finir, les bandes-annonces de Frayeurs et de deux autres films de Lucio Fulci, L’Au-delà (L’Aldilà, 1981) et L’Enfer des zombies (Zombi 2, 1979).

Image - 4,5 / 5

L’image (1.85:1, 1082p, AVC) a été remarquablement restaurée, avec un respect du grain argentique originel, au prix d’une certaine douceur des arrière-plans et d’un léger bruit dans certaines séquences moins éclairées. Lumineuse, elle est délicatement contrastée, avec des noirs denses, par exemple dans les scènes finales sous le cimetière.

Son - 4,0 / 5

Le son LPCM 2.0 de la version italienne reprend le format mono d’origine. Très propre, pratiquement sans souffle, il profite d’une dynamique, d’une clarté et d’une ouverture suffisantes pour que la bande-son assure le rôle important qu’attribuait Lucio Fulci aux effets sonores.

Ces appréciations valent pour le doublage en français (Dolby Digital 2.0 mono), avec des dialogues au timbre plus mat.

Crédits images : © Artus Films

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 14 décembre 2018
Porté par le succès commercial de L’Enfer des zombies, Lucio Fulci, sous influence d’Edgar Allan Poe et de Lovecraft, donne à Frayeurs une touche poétique originale. Si les yeux reflètent la peur, ils peuvent aussi faire couler des larmes de sang être le canal d’un pouvoir maléfique....

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