My Own Private Idaho (1991) : le test complet du Blu-ray

Édition Collector

Réalisé par Gus Van Sant
Avec River Phoenix, Keanu Reeves et James Russo

Édité par Metropolitan Vidéo

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Le 14/12/2018
Critique

My Own Private Idaho

Mike, abandonné par ses parents, souffrant de narcolepsie, se prostitue pour survivre. Il croise la route de Scott qui se prostitue, lui aussi, pour défier son père, le maire de Portland. Scott va aider Mike à retrouver sa mère. Leur quête les conduit près de Rome, où Scott rencontre Carmella dont il tombe amoureux…

My Own Private Idaho, le troisième long métrage de Gus Van Sant, sorti en 1991, fut salué par de nombreux prix, dont le Prix de la critique à Deauville et à New York et la Coupe Volpi à Venise.

My Own Private Idaho est une transposition du drame historique en deux parties de Shakespeare, Henry IV, dans laquelle on retrouve le Prince Hal, devenu Scott, et le personnage fictif de Falstaff, devenu Bob Pigeon, un maquereau. L’adaptation dans le milieu de la prostitution masculine (sans qu’aucune référence au Sida soit jamais faite) est distante, le vocabulaire modernisé, mais la parenté est évidente, ce que démontre aisément le rapprochement fait par Nicolas Rioult, dans le livret joint en supplément, entre la source d’inspiration et un des dialogues du film. Une paternité revendiquée qui rend le film intemporel, universel.

My Own Private Idaho nous invite à suivre, en Idaho, à Seattle, à Portland et à Rome, avant un retour en Idaho, deux personnages très différents dont le hasard a fait se croiser les chemins : Scott Favor, à l’avenir assuré, et Mike Waters, issu d’une famille dysfonctionnelle, atteint de narcolepsie, lancé dans une recherche éperdue de ses origines qui sera le fil d’Ariane du récit. Ses accès de cataplexie rythment le récit, illustrés par l’image récurrente d’une maison de bois délabrée perdue au milieu des champs, souvenir de son enfance.

My Own Private Idaho se termine sur une route déserte rectiligne coupant l’étendue jusqu’à l’horizon des champs du Midwest, la même route sur laquelle apparait Mike dès la première image du film. Une façon de montrer qu’il est condamné à une errance sans fin, alors que Scott sortira de son ambiguïté en se fondant dans l’image du père autrefois haï.

Des cadrages, des mouvements de caméra et un montage expérimentaux, envoûtants, des trouvailles extraordinaires (par exemple dans la séquence où les couvertures de magazines s’animent dans un sex shop) font de My Own Private Idaho un des jalons du cinéma indépendant américain. Il tire aussi une forte part de son impact de la prestation de River Phoenix et de Keanu Reeves qui tiennent là le meilleur rôle de toute leur carrière. On doit également souligner la truculence de William Richert dans les oripeaux de Bob Pigeon, la grâce fragile de Chiara Caselli, l’étrangeté de Grace Zabriskie…

My Own Private Idaho

Généralités - 5,0 / 5

My Own Private Idaho (104 minutes) tient sur un Blu-ray BD-50 logé dans un Digipack à trois volets, en compagnie d’un DVD-9 contenant les bonus.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale au format audio DTS-HD Master Audio 5.1 ou 2.0 stéréo, avec sous-titres optionnels, et dans un doublage en français DTS-HD MA 2.0 mono.

À l’intérieur du Digipack, un livret inédit de 16 pages, élégamment mis en page, intitulé Amours composites, par Nicolas Rioult. Dans une première partie, Goodbye yello brick road, il analyse le découpage du film en trois parties, décrivant une boucle commençant et se terminant sur une route déserte traversant la plaine de l’Idaho, déroulant les étapes de la quête de Mike, l’histoire principale, dans laquelle s’imbrique une histoire secondaire, celle de Scott et de sa révolte. Puis 3, a lucky number rappelle la genèse du film et ce qui prédisposait les deux acteurs à devenir Mike Waters et Scott Favor. Le chapitre suivant, Nevermind in Neverland, passe rapidement en revue les thèmes du film, puis analyse la mise en scène et la photo qui « cherche à capter un moment d’éternité, alors que l’image, par son défilement, court du passé au présent en annonçant un parcours immédiat. » Dans la conclusion, Météorologie des temps, Nicolas Rioult voit dans My Own Private Idaho une oeuvre où « sentiments et sexualité ne connaissent plus de frontières », un film qui « ne choisit rien et embrasse les humeurs et les temps ». Un précieux document pour (re)découvrir le film, qui peut être lu avant le visionnage.

My Own Private Idaho

Bonus - 5,0 / 5

Repris de l’édition l’Édition Collector sortie en 2006 qui les avait empruntés à l’Édition spéciale sortie par The Criterion Collection en mai 2005, ils sont logés sur le DVD.

Les coulisses du tournage (2005, 42’), avec le monteur Curtiss Clayton, les chefs opérateurs Eric Alan Edward et John Campbell, le directeur artistique David Brisbin. Après que Mala noche ait révélé Gus Van Sant, le succès de Drugstore Cowboy lui a permis de réaliser My Own Private Idaho, de mettre en images un scénario audacieux, sortant résolument des sentiers battus, donc risqué, bien qu’il ne tombe jamais dans le sordide et que le tragique laisse toujours une place au comique. Après les répétitions, le réalisateur laissait sur le plateau une marge d’improvisation aux acteurs et à l’équipe technique. Tous soulignent le choix inspiré de Portland, « la fenêtre de Gus Van Sant sur le monde » et de l’hôtel désaffecté squatté par les personnages pour donner au film son aspect quasi-documentaire, le style délibérément brut et expérimental de la réalisation, l’engagement de River Phoenix et son apport à l’oeuvre, l’idée d’utiliser une suite de photos pour les scènes de sexe si souvent ratées au cinéma…

Les rois de la route (2004, 44’). Paul Arthur, critique, analyse l’adaptation faite par Gus Van Sant de deux drames de Shakespeare. Le film est, à la fois, original, jamais vu, et chargé de références à la culture américaine. Au genre du road movie inauguré par Easy Rider en 1969, avec des personnages de parias, de paumés, en conflit avec la société, suspendus entre deux mondes. Mais aussi, notamment avec la scène du feu de camp, aux codes du western, transformés dans les années 50 par Rio Grande ou Les Affameurs. On retrouve dans le film l’esprit subversif de Shakespeare, incarné par Falstaff, notamment avec l’image qu’en a donnée Orson Welles.

Scènes coupées (13’, VOST). Outre leur intérêt intrinsèque, notamment pour la longue scène où Scott tient le rôle de son père, face à Bob Pigeon, elles permettent de mesurer l’apport de la restauration sur la propreté de l’image.

Entretien avec la productrice Laurie Parker et Rain Phoenix (19’). La soeur cadette de River Phoenix, mort à 23 ans, évoque l’engagement de son frère dans le tournage du film, tant il tenait à montrer la condition des enfants abandonnés par leurs parents…

Entretien entre Gus Van Sant et le réalisateur Todd Haynes (2004, 124’, audio sans images, VOST). Dans ce long entretien, divisé en 33 chapitres, Gus Van Sant évoque des souvenirs d’enfance, le projet du film qu’il avait depuis longtemps en tête, le casting, la préparation des acteurs…

Entretien entre Gus Van Sant, J.T. LeRoy et Jonathan Caouette (2004, 53’, audio sans images). L’écrivain J.T. LeRoy et le réalisateur Jonathan Caouette parlent du vrai personnage de Bob, des punks de Portland, de Shakespeare, de la narcolepsie, des scènes de sexe, de l’accueil du public…

Pour finir, la bande-annonce du dernier film de Gus Van Sant, Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot, qui vient d’être édité par Metropolitan sur Blu-ray et DVD.

My Own Private Idaho

Image - 5,0 / 5

L’image (1.85:1, 1080p, AVC), remarquablement restaurée, propose une palette de couleurs plus froides et plus naturelles que celle de l’édition précédente de 2006 (ressortie en 2010) avec un appréciable gain de résolution obtenu par une gestion du grain respectant la texture originelle.

Son - 4,5 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 5.1 (ou 2.0 stéréo, au choix) de la version originale restitue clairement les dialogues, dans un bon équilibre avec l’illustration musicale.

Une bonne séparation des voies crée, dans les deux formats, une cohérente impression d’immersion dans l’action.

Le doublage en français DTS-HD Master Audio 2.0 stéréo, un peu monotone, place les dialogues trop en avant, au point qu’ils masquent occasionnellement l’ambiance.

My Own Private Idaho

Crédits images :

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm

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