Journal intime d'une nymphomane (1973) : le test complet du Blu-ray

Combo Blu-ray + DVD - Édition Limitée

Réalisé par Jess Franco
Avec Montserrat Prous, Howard Vernon et Anne Libert

Édité par Le Chat qui Fume

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Le 15/04/2019
Critique

Le Journal intime d'une nymphomane

Espagne 1972. La jeune et jolie Linda, hôtesse de bar et prostituée, maquille son suicide en crime dont est accusé son client Ortiz qui l’avait suivi dans un hôtel de passe. Pourquoi ? Ortiz est incarcéré et clame son innocence. Son épouse Rosa décide, après avoir rencontré le commissaire de police en charge de l’affaire, d’enquêter elle-même. Rosa rencontre une comtesse puis des hippies droguées. Autant d’anciennes amantes de Linda qui était bisexuelle et qui, toutes, lui dépeignent sa tragique descente aux enfers du vice, de la drogue et de la prostitution. C’est la découverte du carnet intime de Linda qui permet finalement à Rosa de connaître la terrible vérité.

Le Journal intime d’une nymphomane (France 1973) de Jesus Franco appartient lui aussi à la troisième période filmographique (1970-1975) de son oeuvre, donc à celle qui fut, il ne faut pas se lasser de le répéter, la plus incomprise et la plus critiquée au moment de sa sortie. Elle n’a été, en effet, réévaluée qu’assez récemment, notamment par la Cinémathèque française. C’est un film érotique constamment traversé par le cinéma expérimental sur le plan syntaxique. Et sur le plan sociologique, il constitue une sorte de description quasi-gnostique de la déchéance charnelle : la fin et la manière dont l’héroïne utilise finalement la révélation du carnet, confirme la tonalité critique et morale de l’oeuvre. Le titre international anglais est d’ailleurs Sinner : intimate diary of a nymphomaniac (littéralement : La Pécheresse : journal intime d’une nymphomane). Néanmoins, un certain nombre de séquences et de dialogues affirment régulièrement la justesse des thèses hippies sur la drogue libre et l’amour libre. Contradiction… dialectique ?

Le Journal intime d'une nymphomane

Ce qui intéresse Franco, c’est, par-delà le squelette d’un scénario à la trame policière éculée mais solide (la personnalité d’un mort progressivement découverte par une enquête où des témoins racontent leurs souvenirs : rappel, de fait, de la structure de certains films d’Orson Welles) et par-delà un montage français presque autonome qu’il ne dirigeait pas, de capturer la jouissance mentale de la drogue ou la jouissance physique de l’assouvissement charnel lorsqu’elles se manifestent par un certain regard ou un certain sourire, débouchant alors sur l’au-delà, l’absolu de l’instant, du moment. Un peu comme José Benazeraf qui revendiquait dès 1961 l’idée de capter L’Éternité pour nous (Le cri de la chair) (premier titre de son Le Cri de la chair), Franco tente de capter ces moments hors du temps, ces instants magiques où tout se résume à un regard, un non-dit, un recul par-rapport à tout le reste (décors d’intérieurs, d’extérieurs naturels, suspense, intrigue, dialogues). Cela peut s’exprimer par un magnifique plan d’ensemble (la baignade d’Anne Libert et de l’héroïne, filmée à la très longue focale, où la mer devient presque une sorte de magma argenté) illustrant magiquement ce qu’une voix-off détaille pour sa part plus ou moins prosaïquement ou vulgairement. Cela peut aussi s’exprimer par un gros ou très gros plan de visage. Il y a un aspect wellesien chez Franco, c’est entendu mais il y a aussi un aspect discrètement dreyerien : voir les gros plans sévères de la belle Jacqueline Laurent mais voir aussi le gros plan éclairé en rouge du visage extatique de Montsserat Prous à la fin de la séquence lesbienne (spectaculaire et théâtrale) qui ouvre le film. Ce sont ces instants qui donnent à ce Journal intime d’une nymphomane sa valeur réelle, davantage que le fait qu’il soit une variation de plus sur le roman du marquis de Sade, Justine ou les malheurs de la vertu, thème et variation que Franco illustra régulièrement, notamment dans son inégal mais luxueux et parfois plastiquement magnifique Justine de Sade (1968) et dans l’intéressant et plastiquement plus homogène Les Inassouvies (1970).

Dans le cadre du cinéma commercial de l’époque, qualifié d’art d’assouvissement par ceux qui le méprisaient, voici donc un film d’art et d’essai travesti sous les apparences d’une série C redondante. Il faut s’y laisser progressivement prendre, traverser les premières apparences : Franco s’intéresse au cinéma comme moyen de fascination, comme véhicule d’extase, à cette époque aussi, d’où son recours de plus en plus avoué au baroque et d’où aussi le fait que son cinéma devienne toujours davantage un cinéma de la séquence. Historiquement passionnant mais on peut le visionner sans aucune arrière-pensée historique : tel quel, brut de décoffrage, si j’ose dire.

Le Journal intime d'une nymphomane

Généralités - 5,0 / 5

digipack contenant 1 BRD 50 Full HD 1080p région B + 1 DVD 9 zone 2 PAL édités par Le Chat qui fume le 20 août 2018. Image couleurs au format original respecté 1.66 compatible 16/9. Son DTS HD 1.0 Mono VF, VFSTA (encodée AC3) et VA. Durée du film sur BRD : 87 min. Suppléments : présentation du film par Alain Petit ( 41min.), entretien avec Gérard Kikoïne ( 60 min.) et avec Jacqueline Laurent (25 min.), bandes annonces.

Bonus - 5,0 / 5

Présentation du film par Alain Petit (durée 41 min. environ, 16/9) qui distille les informations nécessaires à une situation correcte du titre dans la filmographie de Franco, de son producteur Robert de Nesle, de ses principaux interprètes (Montsserat Prous, Anne Libert, Kali Hansa, Jacqueline Laurent, Howard Vernon, etc.) et ses techniciens. Bonne remarque sur la structure du scénario, inspirée par celle de Citizen Kane et Dossier secret a.k.a. Mr Arkadin d’Orson Welles. Un scénario de Jesus Franco est montré par Petit (qui collabora avec lui sur plusieurs films) à la caméra : intéressant document de première main, bien commenté.

Entretien de Lucas Balbo avec Gérard Kikoïne (Le Journal intime de Gérard Kikoïne) (durée environ 60 min., 16/9). Très vivant et savoureux : trop long si on s’intéresse juste à Franco mais pas assez long rapporté à Kikoïne, bien sûr. Les trois-quarts pour ne pas dire les quatre cinquièmes sont consacrés à la carrière de Kikoïne lui-même, dont la famille avait un célèbre laboratoire de doublage et de montage. Devenu monteur (images et sons) puis cinéaste, Kikoïne conserve un souvenir très précis des conditions matérielles dans lesquelles le producteur Robert de Nesle lui confia le montage de films de Jesus Franco entre, grosso modo, 1970 et 1975 . Anecdotes aussi savoureuses (mais parfois répétées deux ou trois fois à quelques minutes de distance : la ferme et solide poignée de main de Robert de Nesle, par exemple : on aurait pu couper au montage) sur Robert de Nesle, Riccardo Freda, Jany Clair, Anne Libert, Claude Mulot et d’autres. Une erreur de Balbo (qui n’a pas sans doute pas assez relu, avant son entretien avec Kikoïne, le Dictionnaire des films érotiques français parlants 16 et 35mm de long métrage) concernant Les Ardentes qui n’a rien à voir avec Claude Mulot ni avec Jesus Franco mis à part le fait qu’il date de 1973. Erreur non corrigée par Kikoïne qui ne s’y est, pour sa part, peut-être pas trompé mais qui a laissé passer pour revenir à ses moutons. Quelques digressions sur la période X (postérieure - sans mauvais jeu de mots - à celle des films ici présentés) : le passage en censure des copies, l’attaque policière du ministre Jack Lang contre le genre en 1981. Elles ne sont évidemment pas inconnues des spécialistes du genre mais étonneront les novices qu’elles enchanteront par leur contenu et ce qu’il faut bien nommer la verve (outre une certaine vulgarité qui est aussi et inextricablement pure sincérité) de Kikoïne. Niveau sonore des questions parfois inférieur à celui des réponses mais tout demeure néanmoins assez bien audible. Ce supplément, absent du disque de Les Possédées du diable, concerne aussi ce titre puisqu’il appartient à la période 1970-1975 durant laquelle Kikoïne monta (images et sons) les films érotiques de Franco produits ou coproduits par Robert de Nesle.

Souvenirs de Jacqueline Laurent : Jesus et moi (durée environ 25 min., 16/9). Très vivants aussi et semblant aussi dater d’hier. Cette sympathique actrice canadienne, en dépit du titre (« Jesus et moi ») donné par Lucas Balbo à son entretien, ne se limite absolument pas à cet aspect mais évoque en détails ses débuts au théâtre, son arrivée en France, sa rencontre avec François Périer, avec Bob Askloff, avec d’autres encore et aussi la manière dont elle se concentrait sur son personnage pour pouvoir tourner nue sans appréhension. Nombreuses anecdotes et son éloge de la direction si précise des acteurs (et des actrices) par Jesus Franco. Supplément également présent sur les disques de l’édition Le Chat qui fume de Les Possédées du diable de Jesus Franco.

Bandes-Annonces (sur le BRD uniquement): La Rose écorchée, La Saignée, Chats rouges dans un labyrinthe de verre, etc., toutes d’époque, au format large respecté, en état argentique et numérique varié. Celle de La Rose écorchée est dotée d’un beau contraste et de noirs bien profonds. Sa présentation audio d’époque est très savoureuse.

Globalement, très sérieux bonus comportant de nombreux souvenirs et témoignages de première main. Aucune galerie photos ni affiches, ce qui est dommage.

Le Journal intime d'une nymphomane

Image - 4,0 / 5

Format original 1.66 respecté en couleurs et compatible 16/9, en Full HD 1080p sur le BRD, en définition standard sur le DVD. Excellente image argentique, au grain bien préservé. Seule une séquence, vers le début, et quelques plans éparpillés sur la continuité, souffre de quelques « brûlures de cigarettes » et de quelques poussières. Le reste est très propre. Excellente numérisation.

Le Journal intime d'une nymphomane

Son - 4,0 / 5

VF, VFSTAnglaise et VAnglaise en DTS HD 1.0 mono. Mixage et montage du dialogue français sur les images parfois un peu légers mais il faut ici encore incriminer les conditions matérielles (assez démentielles telles que Kikoïne les relate) du mixage et du montage de 1973 : cette édition Le Chat qui fume de 2018 reproduit, pour sa part, au mieux le matériel original, lui-même restauré au mieux. On entend, comme souvent à cette époque, la véritable voix d’Howard Vernon qui parlait aussi bien allemand que français et anglais

Crédits images : © Le Chat Qui Fume

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony

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