Les Possédées du diable

Les Possédées du diable (1974) : le test complet du Blu-ray

Combo Blu-ray + DVD - Édition Limitée

Réalisé par Jess Franco
Avec Pamela Stanford, Lina Romay et Guy Delorme

Édité par Le Chat qui Fume

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Le 15/04/2019
Critique

Les Possédées du Diable

France 1974. Le jour de l’anniversaire des 18 ans de sa fille Linda, son père Patrick, un riche homme d’affaire, reçoit un coup de téléphone de Lorna. Elle lui réclame l’esprit mais aussi le corps vierge de Linda comme récompense de la fortune qu’elle a faite gagner à Patrick par magie, autrefois. Et lui rappelle qu’il a conclu un pacte démoniaque avec elle dont sa future fille Linda serait le prix. Patrick tente de résister mais les pouvoirs de Lorna sont sans limites.

Les Possédées du diable(Lorna… l’exorciste / Lorna the Exorcist) (France 1974) de Jesus Franco appartient à la troisième période filmographique (1970-1975) de son oeuvre, donc à celle qui fut la plus incomprise et la plus critiquée au moment de sa sortie : elle n’a été, en effet, réévaluée qu’assez récemment, notamment par la Cinémathèque française. Son sujet manifeste est une étrange variation sur le thème faustien du pacte et de la possession diabolique. L’érotisme et le fantastique y sont inextricablement mélangés et comme fondus, profitant de la permissivité grandissante de l’année 1974 qui préludait à l’invasion du cinéma X hardcore sur les écrans français, survenue en 1975. Le scénario est construit comme un conte fantastique très classique en forme de répétition, bouclant une boucle à la fois temporelle et surnaturelle.

Les Possédées du Diable

Le réalisme des décors, l’ampleur des extérieurs (la Grande Motte et son bord de mer, à l’époque futuriste et contrastant d’autant plus avec le thème archaïque de la sorcellerie), la peinture des relations familiales normales sont progressivement investis puis subvertis par la mémoire, l’insolite, le fantastique, enfin par l’érotisme le plus sulfureux et le plus démentiel puisque la sorcière Lorna provoque par sa beauté le renversement et l’abolition du lien familial au profit d’une généalogie surnaturelle, reposant sur des règles magiques niant les tabous humains. L’apogée étant probablement cet inceste sublimé entre Lorna et Linda, une des scènes de lesbiennes les plus étonnantes et les plus belles jamais filmées par Franco qui a en a pourtant, à cette époque, filmé beaucoup. La savante gradation des grands angles et des extérieurs qui installe l’histoire dans la réalité est, sur le plan esthétique du découpage, progressivement abolie par l’emploi de plans de plus en plus serrés dans la dernière partie, y compris de très gros plans. L’ensemble est illustré par une musique orchestralement assez simple mais au thème hallucinant, correspondant à l’univers de Lorna : sa répétition confine à la folie autant qu’elle exprime objectivement l’aspect surnaturel de l’intrigue.

Les Possédées du Diable

Bien interprété (Paméla Stanford, dans le rôle de Lorna, y est extraordinairement érotique et étrange mais il y a aussi les mignonnes Lina Romay, Jacqueline Laurent, Catherine Lafferière), bien découpé, bien monté, bien écrit et n’hésitant à faire référence à certains thèmes classiques (outre celui du Faust de l’écrivain anglais Christopher Marlowe popularisé par la tragédie allemande de Goethe, il faut aussi mentionner une curieuse version féminine du personnage de Renfield, l’âme damné du vampire dans le roman Dracula de Bram Stoker) à qui il redonne une vigueur contemporaine, ce Franco mérite assurément d’être redécouvert. Il a désormais sa place autant dans l’histoire du cinéma érotique que dans celle du cinéma fantastique. Le cas n’est pas isolé dans la filmographie de Franco, durant cette troisième période où le baroque est allié le plus constamment au cinéma expérimental. Il faut, en somme, aborder ce film avec une certaine naïveté, sinon enfantine (car il leur est bien évidemment interdit) du moins adolescente : alors il libérera, tel un parfum capiteux, l’essence totale de ses effluves.

Les Possédées du Diable

Généralités - 4,0 / 5

1 digipack contenant 1 Blu-ray 50 Full HD 1080p région B + 1 DVD 9 zone 2 PAL édités par Le Chat qui fume (sic) le 20 août 2018. Image couleurs au format 1.78 compatible 16/9. Son DTS HD 1.0 Mono VF, VFSTA (encodée AC3) et VA. Durée du film sur Blu-ray : 95 min. Suppléments : présentation du film par Alain Petit (47 min.), entretiens avec Paméla Stanford (14 min) et Jacqueline Laurent (25 min.), petit module de restauration, bandes annonces, crédits.

Bonus - 4,0 / 5

Présentation du film (durée 47 min. environ, 16/9) par Alain Petit qui distille (très longuement) les informations nécessaires à une situation correcte du titre dans la filmographie de Franco, dans celle de ses principaux interprètes (Paméla Stanford, Lina Romay, Jacqueline Laurent, Howard Vernon, Richard Bigotini, etc.) et techniciens, dans celle de l’histoire de la censure. Petit a lu le petit livre de Christophe Bier, Censure-moi - Histoire du classement X en France (2000) qui résumait bien les importants n° spéciaux de la revue professionnelle Le Film Français, consacrés au sujet en 1975 et en 1977. Celui qui s’intéresse de plus près au sujet trouvera de considérables informations complémentaires dans le Dictionnaire des films français érotiques parlants de long métrage 16 & 35mm (2011) dirigé par le même Bier. Outre les habituelles affiches et fragments du film, la présentation de Petit contient certains souvenirs personnels (Paméla Stanford sortant du métro) qui sont assez anecdotiques, parfois plus savoureux, parfois réellement intéressants dans le cadre de l’histoire du cinéma-bis : par exemple la manière dont Gérard Kikoïne devait assurer le montage image et son des Franco, la raison pour laquelle il fit doubler la voix de Paméla Stanford, etc. Il définit Lorna à plusieurs reprises comme « succube » mais les succubes, dans les traités de démonologie si exhaustivement étudiés par l’historien Roland Villeneuve, ne se comportent pas vraiment comme Lorna. Elle pourrait plus exactement être définie comme étant une sorcière, un démon (mais pas, encore une fois, un démon succube) et même, si on suit le titre original français à la lettre, comme le diable lui-même sous forme féminine. Devil is a Woman…comme disait, déjà en 1935, Josef von Sternberg en titre de son adaptation du roman de Pierre Louis, La Femme et le pantin, avec Marlène Dietrich à laquelle Paméla Stanford ressemble ici assez sous certains angles. Un démenti concernant une information relative à la vie purement privée de Paméla Stanford : contrairement à ce que dit (il le répète deux fois en quelques minutes) Petit, elle n’a pas épousé l’écrivain et cinéaste Alexandre Mathis. Sur le plan technique, le niveau de l’enregistrement est inégal et l’élocution de Petit pas toujours bien audible : il faut parfois jongler à la télécommande pour augmenter le son à la volée si on veut ne rien manquer.

Les Possédées du Diable

Souvenirs de Paméla Stanford (Paméla Stanford la possédée de Franco): (durée environ 14 min., 16/9). Souvenirs très vivants et semblant dater d’hier. Paméla raconte son arrivée à Paris, ses débuts aux Folies-Bergère, le fait que les photos posées (nues en général) ne lui donnaient pas satisfaction, son désir de cinéma et son intérêt pour le fantastique et le surnaturel, son plaisir d’avoir interprété cette sorcière érotique pour Franco. Le documentaliste et archiviste Lucas Balbo a intitulé cet entretien, d’une manière assez facile : « Paméla Stanford, la possédée de Franco » mais il faut tout de même préciser aux novices qui s’étonneraient de ce titre qu’elle n’a pas tourné que pour Franco non plus. Elle vient d’ailleurs de faire un come-back en vedette, comme fantôme dans l’expérimental long métrage (et même très long métrage puisqu’il dure environ 7h : les records de Jacques Rivette et de Masaki Kobayashi ne sont pas encore battus, cela dit) et beau film fantastique Outre tombe (France 2017) d’Alexandre Mathis qu’il faudrait tout de même qu’un distributeur français songe à sortir en vidéo en raison de son ampleur plastique comme thématique.

Souvenirs de Jacqueline Laurent (Jesus et moi) : (durée environ 25 min., 16/9). Souvenirs très vivants aussi et semblant eux aussi dater d’hier. Cette sympathique actrice canadienne, en dépit du titre (« Jesus et moi ») donné par Lucas Balbo à son entretien, ne se limite absolument pas à cet aspect mais évoque en détails ses débuts au théâtre, son arrivée en France, ses rencontres avec François Périer, avec Bob Askloff, avec d’autres encore. La seconde partie examine la manière dont elle se concentrait sur son personnage pour pouvoir tourner nue sans appréhension. Nombreuses anecdotes et un éloge marqué de la précise direction d’acteurs (et d’actrices) telle que Jesus Franco la pratiquait.

Les Possédées du Diable

Bandes-Annonces (sur le Blu-ray uniquement): La Rose écorchée, La Saignée, Chats rouges dans un labyrinthe de verre, etc., toutes d’époque, au format large respecté, en état argentique et numérique varié. Celle de La Rose écorchée est dotée d’un beau contraste et de noirs bien profonds. Sa présentation audio d’époque est très savoureuse.

Globalement, très sérieux bonus comportant de nombreux souvenirs et témoignages de première main. Un livret de 60 pages photos (sans aucun texte d’accompagnement, ce qui, au fond, n’est pas une lacune : les images d’un film se défendent toutes seules) était offert en ultime complément à ceux qui achetaient directement sur le site internet (la « boutique internet » comme on dit) du Chat qui fume. Il contenait non seulement des photos du film de référence mais aussi quelques jolies photos nues posées N&B et couleurs de Paméla Stanford. En revanche, aucune galerie affiches ni photos sur les disques Blu-ray et DVD du combo. Dommage tout de même : on aurait au moins pu songer à inclure le jeu complet de photos françaises originales d’exploitation de 1974. Sur l’ancienne édition anglaise DVD de Mondo Macabro, on trouvait des scènes et des plans coupés au montage : réintégrés ici ou non ? That is the question. La réponses exigerait trop de temps dans les limites ici imparties : de toute manière, il vaut mieux avoir un bluray français plutôt qu’un dvd anglais (je dis bien « anglais » et pas « américain » : le niveau de censure est, comme on sait, bien plus élevé en Angleterre qu’aux USA) forcément davantage censuré qu’une édition française.

Les Possédées du Diable

Image - 3,0 / 5

Format probablement 1.78 (et non pas 1.66 original) en couleurs et compatible 16/9, en Full HD 1080p sur le Blu-ray, en définition standard sur le DVD. Générique anglais sous titre anglais international et utilisant des pseudonymes : Mario Lippert = Howard Vernon (acteur sous ce nom-ci, photographe de plateau sous ce nom-là), Nicole Franco et Clifford Brown = Jesus Franco, etc. Image argentique résultant du montage de deux copies 35mm, une parfaitement restaurée numériquement, l’autre non (rayures, poussières négatives et positives, etc.) mais ce qui permet d’obtenir la version intégrale la plus complète à ce jour. La différence de durée d’environ 2 minutes avec l’édition anglaise, elle aussi titrée Lorna the Exorcist provient du fait que la musique, après le générique de fin, n’est pas coupée : le matériel image serait par ailleurs pratiquement le même. Ce titre anglais de 1974, traduisait littéralement (les « … » de l’affiche française initiale en moins) le premier titre français de présentation au Marché du film à Cannes. Titre d’ailleurs totalement absurde puisque Lorna n’est pas une exorciste mais une sorcière ou un démon ou peut-être même le diable en personne, d’ailleurs expressément mentionné dans le second titre définitif, retenu pour son visa français, à savoir Les Possédées du diable. Ce premier titre Lorna… l’exorciste avait été bien évidemment choisi pour profiter commercialement du prodigieux succès du L’Exorciste de William Friedkin, sorti en décembre 1973 aux USA puis en septembre 1974 en France mais peut-être aussi, auprès du public anglo-saxon, pour profiter également de celui du film érotique Lorna (USA 1964) de Russ Meyer qui était très célèbre là-bas. Mondo Macabro avait antérieurement distribué en Angleterre un DVD. Cette édition Le Chat qui fume, avec sa durée Blu-ray (= durée cinéma à 24 images / secondes), obtenue à partir de deux copies 35mm, offre une durée de 95 minutes soit presque quinze minutes de plus que la version sortie au cinéma à Paris en décembre 1974. Et une définition évidemment bien supérieure à celle du DVD anglais : elle devient donc logiquement, dorénavant, l’édition mondiale de référence.

Les Possédées du Diable

Son - 4,0 / 5

VF, VFSTAnglaise et VAnglaise en DTS HD 1.0 mono. Mixage et montage du dialogue sur les images parfois un peu légers (et même à l’occasion un brin décalés d’une demi-seconde : par exemple conversation entre Guy Delorme et Jacqueline Laurent après le coup de téléphone de Lorna) mais il faut incriminer les conditions matérielle du mixage et du montage en 1974 : cette édition Le Chat qui fume de 2018 reproduit, pour sa part, au mieux le matériel original, restauré au mieux. Comme indiqué dans la section images de ce test, la musique durait un peu plus longtemps, après le générique, sur l’ancienne édition DVD Mondo Macabro.

Crédits images : © Le Chat Qui Fume

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 4 juin 2019
Un conte fantastique filmé manière underground par Franco, très représentatif de sa période 1970-1975 et inspiré par la beauté de son actrice principale Paméla Stanford.

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