Burning (2018) : le test complet du Blu-ray

Beoning

Réalisé par Lee Chang-dong
Avec Yoo Ah-in, Steven Yeun et Jun Jong-seo

Édité par Diaphana

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Le 30/01/2019
Critique

Burning

Jongsu, un jeune coursier, revoit par hasard Haemi, une ancienne camarade de classe. Elle se souvient qu’il lui avait dit au collège : « T’es vraiment trop moche ! » et décide de le séduire, avant de lui demander de garder son chat pendant qu’elle ira visiter le Kenya. Elle revient accompagnée de Ben, rencontré à l’aéroport de Nairobi, assez fortuné pour n’avoir pas à travailler et pouvoir assouvir sa passion : incendier des serres en plastique. Depuis le soir où elle est partie à bord de la Porsche de Ben, Jongsu reste sans nouvelles de Heami…

Burning (Beoning), sorti en 2018, est le sixième long métrage écrit et réalisé par Lee Chang-dong en une vingtaine d’années, au cours desquelles il a accumulé plus d’une cinquantaine de prix, trois en 2002 à Venise, dont le prestigieux Prix FIPRESCI pour Oasis (Oasiseu) et, à Cannes en 2010, le Prix FIPRESCI pour Poetry (Shi).

Burning est l’adaptation d’une nouvelle de l’écrivain japonais Haruki Murakami (publiée en France dans une anthologie intitulée L’Éléphant s’évapore, Le Seuil, 1998), elle-même inspirée d’une nouvelle de William Faulkner, Barn Burning, publiée en 1939. L’oeuvre de Haruki Murakami a inspiré près d’une quinzaine de films, dont l’émouvant La Ballade de l’impossible (Noruwei no mori, Tran Anh Hung, 2010).

La disparition de Haemi, au milieu du récit, semble faire pencher ce film mystérieux vers le genre du thriller. Mais la confusion entre réalité et apparence qu’entretient le scénario sème le doute. La mandarine que Haemi fait semblant d’éplucher n’existe pas, ça, c’est sûr. Mais quoi dire de son chat que Jongsu ne verra jamais dans le pourtant minuscule appartement ? « Et qui est cette jeune femme que Ben maquille ? Peut-être Haemi, qu’il veut faire disparaître en modifiant son visage ? Et la serre que Ben dit avoir brûlée et que Jongsu n’a pu trouver existe-t-elle ? Le puits dans lequel Haemi dit être tombée quand elle avait 7 ans n’est-il qu’invention ? Ainsi, Haemi a-t-elle vraiment disparu ?

Burning

Le trio de jeunes acteurs, talentueux et parfaitement dirigés, est un des atouts majeurs du film. Steven Yeun, un acteur chevronné, transmet subtilement l’ironique désinvolture de Ben. Yoo Ah-in, une star de la pop music en Corée, très extraverti paraît-il, se glisse parfaitement dans la peau de Jongsu, timide, presque mutique, d’abord intrigué, puis attiré par Haemi avant qu’elle ne l’obsède depuis sa disparition. Mais, la plus impressionnante du trio est, pour sa première apparition à l’écran, Jun Jong-seo : elle communique avec beaucoup de naturel les émotions et l’espièglerie du personnage et démontre qu’elle sait aussi bouger quand elle mime la dégustation d’une mandarine ou quand elle danse au crépuscule, pour sa dernière scène dans le film.

Burning doit aussi beaucoup à la beauté de la photographie qui a valu plusieurs prix à Hong Kyung-pyo (Snowpiercer, le Transperceneige, Bong Joon Ho, 2013) et aux étranges sonorités des cordes pincées et des percussions de l’accompagnement musical de Mowg qui signa la musique de The Age of Shadows (Mil-jeong, Kim Jee-woon, 2016).

Un film inclassable, ambigu, s’ouvrant à plusieurs lectures, envoûtant… Un nouveau fleuron du cinéma coréen !

Diaphana, qui avait déjà à son catalogue deux autres films de Lee Chang-dong, Secret Sunshine (Milyang, 2007) et Poetry, vient de nous informer qu’elle avait acquis les droits de Peppermint Candy (Bakha satang, 2000) et de Oasis pour les éditer en 2019 et 2020. Seul son premier film, Green Fish (Chorok mulkogi, 1997) restera inédit en vidéo en France.

Burning

Technique - 8 / 10

Burning (130 minutes), édité par Diaphana, utilise toute la capacité d’un Blu-ray BD-50 logé dans un boîtier de 11 mm, glissé dans un fourreau.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, en coréen, avec sous-titres imposés idéalement placés sur la bande noire, sous l’image, et le choix entre deux formats audio, DTS-HD Master Audio 5.1 ou 2.0 stéréo.

Une édition DVD est sortie simultanément, avec le même contenu.

À l’intérieur, un livret de 24 pages s’ouvrant sur Destinées de Barn Burning, une préface de Pierre Rissient, le découvreur de films asiatiques disparu en mai dernier, qui voit dans Lee Chang-dong « un des trop rares cinéastes humanistes, sans que son oeuvre soit pour autant alourdie de messages ». Suit une conversation entre le réalisateur et la coscénariste Oh Jungmi : fallait-il choisir une nouvelle de Murakami dans laquelle il ne se passe rien, ce que le réalisateur déconseille de faire aux étudiants qui suivent ses séminaires ? Mais c’est une histoire mystérieuse qui recèle une dimension cinématographique, « avec des pièces manquantes qui empêchent de connaître la vérité », dans laquelle sourd la colère des jeunes, un phénomène actuel. La serre en plastique inutilisée, dépourvue de toute utilité, devenue mystérieuse, est un « objet parfaitement cinématographique », « comme les images qui ne sont elles-mêmes que des illusions projetées sur écran. » Le livret se poursuit avec La grande faim, par François Bégaudeau (Transfuge) qui souligne l’opposition des deux personnages masculins, Ben, partout chez lui, et Jongsu, le désaxé, bien nulle part, celui que le cinéaste suit sans relâche, ainsi que la fantasmagorie du scénario : à peine Haemi est-elle apparue à Jongsu qu’elle disparaît… « un réel qui se dérobe (…) en donnant à chaque plan une densité inédite. » Le livret se referme sur un entretien de Lee Chang-dong avec Didier Péron (Libération). Le film illustre le fait « qu’on n’arrive plus vraiment à distinguer ce qu’est le mal et d’où il vient ». Ex- ministre de la culture, Lee Chang-dong s’inquiète sur l’avenir du cinéma d’auteur, en un temps « où le cinéma ressemble de plus en plus à un produit de grosse consommation qui convient à un goût mondialisé. » Un livret mince, mais d’une densité et d’un intérêt indiscutables, ce qui compense la quasi absence de bonus vidéo.

Burning

Pour seul bonus vidéo justement, la bande-annonce, sous-titrée.

L’image (2.35:1, 1080 p, AVC), lumineuse, agréablement contrastée, avec des noirs denses, garde tout au long du film sa texture délicate en assurant une parfaite lisibilité des cadres, dans toutes les conditions d’éclairage.

Le son DTS-HD Master Audio 5.1 (ou 2.0 stéréo, au choix), très propre grâce à une prise de son soignée, avec une bande passante ouverte, une bonne dynamique et une répartition cohérente sur les cinq voies, procure une sensation d’immersion dans l’ambiance et met en valeur l’accompagnement musical.

Burning

Crédits images : © 2018 Pinehouse Film

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
8 / 10
Avis

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Philippe Gautreau
Le 31 janvier 2019
Un film inclassable, ambigu, s’ouvrant à plusieurs lectures, envoûtant… Un nouveau fleuron du cinéma coréen, magnifiquement photographié !

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