The House That Jack Built (2018) : le test complet du Blu-ray

Réalisé par Lars von Trier
Avec Matt Dillon, Bruno Ganz et Uma Thurman

Édité par Potemkine Films

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Le 15/03/2019
Critique

The House That Jack Built

Dans l’État de Washington, pendant les années 70, Jack, un architecte raté, s’est lancé dans la construction d’une maison. À peine commence-t-telle à s’élever qu’elle est détruite, faute de satisfaire les ambitions artistiques de Jack. Il découvre une autre voie dans sa recherche de la perfection, le meurtre, vu comme un des beaux-arts. Il enchaîne une série d’assassinats et compose des tableaux avec les cadavres entreposés dans une chambre froide et se confie à un inconnu, Verge…

Avec The House That Jack Built, sorti en 2018, Lars von Trier reprend le thème de son premier long métrage, Element of Crime (Forbrydelsens element, 1984) mais avec une approche tout à fait différente. Le personnage central n’est plus le profiler, mais le tueur en série, jamais vraiment inquiété par la police.

The House That Jack Built dresse, avec un flashback sur son enfance, le portrait psychologique de Jack, essentiellement révélé par ses conversations avec un dénommé Verge, toujours hors cadre jusqu’aux dernières scènes ce qui rappelle le procédé de Nymphomaniac où ses échanges avec Seligman permettaient de découvrir les motivations de Joe. Verge, comme Virgile accompagnait le Dante dans son passage au deuxième cercle du purgatoire dans La Divine comédie, conduit Jack vers les enfers. On entend la voix de Verge dès les premières scènes, mais il n’apparaîtra qu’à la fin du film, sous les traits de Bruno Ganz, ici dans un de ses derniers rôles. On le voit naviguer avec Jack à bord d’une barque, la reproduction de celle du tableau d’Eugène Delacroix, Dante et Virgile aux enfers.

The House That Jack Built

Les dialogues et l’observation de son comportement permettent de découvrir peu à peu la personnalité de Jack, prisonnier de troubles obsessionnels compulsifs, obsédé par la propreté, obnubilé par les détails, fasciné par l’art, en particulier par l’architecture gothique, mais sans grand talent. C’est d’une femme, sa première victime, interprétée par Uma Thurman, que lui viendra l’idée de réaliser ses aspirations créatrices en suivant la voie ouverte par Thomas de Quincey dans son fameux livre, Murder Considered as One of the Fine Arts, publié en 1827.

The House That Jack Built alterne l’horreur, le grotesque et l’humour noir en faisant du spectateur le témoin des crimes de Jack, un personnage falot, débitant des aphorismes creux, tentant vainement, en agençant les cadavres raidis par le gel, de créer des compositions maladroites qu’il photographie avant d’envoyer les clichés aux journaux, sous le pseudonyme de Mr. Sophistication. Provocation ou désir plus ou moins conscient d’être arrêté ?

Le thème du film, son personnage principal, archétype de l’anti-héros (brillamment interprété par Matt Dillon), incapable de susciter la moindre empathie du spectateur, la violence graphique de certains plans (l’un des plus horribles montre le charcutage du visage d’un enfant pour évoquer le cubisme !) font de The House That Jack Built un film provocateur, dans la veine de tout le cinéma de Lars von Trier. Un film surprenant, aussi inattendu que l’interprétation du Clavier bien tempéré de Jean Sébastien Bach par Glenn Gould qui s’invite sur l’écran dans quelques extraits de la série documentaire réalisée par Bruno Monsaingeon en 1975.

Dans la lignée de l’oeuvre récente de Lars von Trier, après Antichrist en 2009, Melancholia en 2011 et Nymphomaniac en 2013, The House That Jack Built, une histoire de serial killer qui rompt avec tous les codes du genre, s’il n’a pas manqué de soulever des controverses, n’a pu laisser indifférent.

The House That Jack Built

Généralités - 3,0 / 5

The House That Jack Built (152 minutes) et ses suppléments (88 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un digipack non remis pour le test.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, avec sous-titres optionnels, idéalement placés sous l’image, et le choix entre deux formats audio : DTS-HD Master Audio 5.1 ou 2.0 stéréo.

Sort simultanément une édition DVD avec, pour seul bonus, l’entretien avec Lars von Trier.

Bonus - 4,0 / 5

Entretien avec Lars von Trier (34’). Admirateur de Patricia Highsmith, il sait que les tueurs en série ne croient pas être psychopathes et Jack assume tranquillement son état. Le spectateur finit par accepter un personnage moins prévisible que les héros des films américains, avec quelques répliques humoristiques. Le réalisateur estime que la violence, qui n’occupe qu’une petite place dans le film, peut être montrée au cinéma. Il s’est amusé à y glisser quelques clins d’oeil à d’autres de ses films. Il admet que le film ne présente pas les femmes sous un jour favorable, mais se défend d’être misogyne et voit The House That Jack Built comme son premier film « moral ». Un film sur l’enfer, partant d’une idée que lui a donnée Jenle Hallund et qu’il a combinée à une histoire de tueur en série.

The House That Jack Built

Entretien avec Pacôme Thiellement (32’). Le concept de sérial killer, inventé dans les années 70 par Robert Ressler, profiler au FBI, a inspiré de nombreuses fictions. Jack, dans sa quête d’expression artistique, prend de plus en plus de risques, par défi ou, peut-être, pour être arrêté. Le personnage a des aspects comiques, notamment révélés par la médiocrité de ses compositions à visées artistiques. Les personnages de Jack et Verge peuvent apparaître comme l’image inversée par un miroir, de ceux de Joe et Seligman dans Nymphomaniac, le film le plus abouti de Lars von Trier.

Entretien avec Stéphane Du Mesnildot (22’). Le montage déstabilisant implique le spectateur, amené à « raccorder des éléments à un ensemble ». Lars von Trier s’affranchit des codes du « dogme » par quelques cadrages très composés. La chanson Fame de David Bowie revient à plusieurs reprises, comme un contrepoint ironique à la volonté « de puissance et de célébrité du tueur ». Le critique fait un long rapprochement entre le chanteur et Lars von Trier. Il souligne aussi que l’Amérique de The House That Jack Built est tout aussi imaginaire que celle de Dogville, dessinée à la craie : le film a été tourné au Danemark et se réfère à la culture européenne.

The House That Jack Built

Image - 4,5 / 5

L’image (2.39:1, 1080p, AVC) lumineuse, fermement contrastée avec des noirs denses, offre des couleurs naturelles assez délicates, soigneusement étalonnées. La définition aurait pu être plus poussée, mais au risque de ne plus être en harmonie avec l’ambiance du film. Elle assure toutefois une netteté suffisante sur toute la profondeur du champ, par exemple dans la scène de la « partie de chasse » à la lisière d’une forêt.

Son - 4,5 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 5.1 (ou 2.0 stéréo, au choix), bénéficie d’une bande passante assez large et d’une bonne dynamique. L’image sonore tend à rester cantonnée dans le plan frontal, les voies surround étant surtout sollicitées dans la séquence de la descente aux enfers et par l’accompagnement musical, notamment par la chanson Fame de David Bowie.

Crédits images : © Zentropa - Christian Geisnaes

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 15 mars 2019
Une histoire de serial killer rompant avec tous les codes du genre, un film surprenant, inattendu, mêlant l’horreur et le grotesque noir, un film provocateur, dans la veine de tout le cinéma de Lars von Trier, un film qui pas manqué de soulever des controverses, mais qui ne peut laisser indifférent.

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Multimédia
The House That Jack Built
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