Naked Kiss - Police spéciale

Naked Kiss - Police spéciale (1964) : le test complet du Blu-ray

The Naked Kiss

Exclusivité FNAC

Réalisé par Samuel Fuller
Avec Constance Towers, Anthony Eisley et Michael Dante

Édité par Wild Side Video

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Le 04/03/2019
Critique

Naked Kiss

USA 1961 : la prostituée Kelly terrasse son souteneur dans l’appartement d’une ville inconnue. 2 ans plus tard, elle séduit le policier Griff à son arrivée dans Grantville. On lui suggère de travailler chez la proxénète Candy mais elle refuse et refait sa vie comme infirmière pour enfants handicapés, dans une institution financée par le riche descendant du fondateur de la ville. Elle tombe amoureuse de ce dernier mais découvre son terrible secret et le tue sans préméditation. Griff, toujours amoureux d’elle, doit l’incarcérer mais il tente de la sauver en menant l’enquête criminelle à décharge.

Police spéciale (The Naked Kiss) (USA 1964) de Samuel Fuller est un très curieux film noir policier tourné après son Shock Corridor (USA 1963) d’ailleurs au programme d’un cinéma sous le fronton duquel passe l’héroïne et avec lequel il forme un diptyque à la fois thématique et esthétique. Deux autres clins d’oeil autobiographiques : elle lit un livre intitulé Dark Places qui est un roman écrit par Fuller en 1944 puis adapté en 1952 par le cinéaste Phil Karlson; le mannequin militaire de sa logeuse porte un insigne de l’ancien régiment de Fuller.

Naked Kiss

L’actrice vedette Constance Towers est le trait d’union charnel et sensuel entre ces deux titres car les personnages qu’elle incarne s’y répondent en profondeur. Il s’agit à chaque fois d’une fille doublement marginale : sociologiquement (une strip-teaseuse, une prostituée) et culturellement (une strip-teaseuse mais capable de citer le Hamlet de Shakespeare et sachant très bien qui est Freud, une prostituée mais capable de citer Goethe et d’identifier une partition de Beethoven). En 1963 comme en 1964, son personnage est maudit, ses amours contrariés par la folie criminelle à laquelle le destin la confronte. Autres éléments communs aux deux génériques, outre ses sociétés de production et de distribution : la belle actrice Marie Devereux (Les Étrangleurs de Bombay) qui joue ici un rôle (celui de la jeune infirmière tentée par la prostitution) beaucoup plus important qu’en 1963 où elle était une simple nymphomane parmi d’autres, le cinéaste français Eugène Lourié (qui avait signé le si plastiquement beau classique du cinéma fantastique Gorgo trois ans plus tôt mais qui fut directeur artistique sur ces deux Fuller), le directeur photo Stanley Cortez (La Splendeur des Amberson, La Nuit du chasseur), le compositeur Paul Dunlap (sa partition contient en 1964 comme en 1963 une chanson interprétée par la star féminine), enfin un acteur qui jouait un fou dans le couloir du titre de 1963 se retrouve en 1964 dans le rôle d’un policier en uniforme.

Naked Kiss

La séquence d’ouverture est la plus célèbre en raison de sa violence graphique mais elle éclipse à tort une autre séquence tout aussi violente pour l’époque : celle où Kelly brutalise non plus un mais une proxénète, à savoir la Candy jouée par Virginia Grey. La structure du scénario est déséquilibrée : les deux premiers tiers racontent la rédemption morale de la prostituée, devenue une sorte d’ange. Puis tout bascule d’une manière inattendue et le dernier tiers devient une enquête criminelle menée aux normes juridiques américaines qui s’assimilent parfois à la confession publique calviniste des pionniers de la Nouvelle Angleterre. C’est la syntaxe fullerienne très dynamique et le montage fluide (fondus par superpositions très précises, souvent admirables) qui unifient l’ensemble. La mise en scène est organisée autour de l’itinéraire spirituel de Constance Towers, point focal plastique de chaque grande séquence et de chaque grand enchaînement de séquences, comme l’était l’acteur Peter Breck dans Shock Corridor.

Le titre original The Naked Kiss n’est éclairci que tardivement par les dialogues. Il renvoie à l’argot américain des prostituées de cette période : il sert d’ailleurs presque d’excuse au meurtre (non prémédité) commis par Kelly. Le titre français d’exploitation Police spéciale est aujourd’hui, assez souvent, une navrante source d’incompréhension alors que son sens est pourtant très simple : il signifie tout bonnement qu’il est inhabituel (mais pas impossible) qu’un policier tombe amoureux d’une prostituée. C’est en ce sens que le policier Griff est effectivement « spécial » d’autant plus que son amour pour Kelly devient le moteur de l’action de la troisième partie durant laquelle le suspense est nourri de nombreux rebondissements alors que les deux premiers tiers étaient davantage linéaires. Au total, The Naked Kiss est inégal. Ce n’est certes pas la meilleure oeuvre de Fuller - son rythme et son suspense tiennent un peu moins bien la route que ceux de Shock Corridor - mais c’est, assurément, une de ses plus personnelles.

Naked Kiss

Généralités - 4,0 / 5

1 BRD 50 108024p zone B édité le 12 décembre 2018 par Wild Side Vidéo. Format image 1.78 N&B, son DTS HD mono 2.0. VF + LPCM 1.0 VOSTF, durée du film : 87 min environ. Aucun supplément.

Bonus - 0,0 / 5

Aucun ! Le cinéphile anglophone en trouvera plusieurs sur le BRD américain Criterion édité en 2011.

Image - 4,0 / 5

Format 1.85 original légèrement recadré en 1.78, N&B. Direction photo sophistiquée signée par Stanley Cortez, un des meilleurs spécialistes du N&B de l’histoire du cinéma parlant. C’est le master Full HD 1080p de l’édition BRD américaine Criterion sortie en janvier 2011 qui est ici reporté, comme l’indique le logo Janus Films en pré-générique d’ouverture. Ce 1.78 n’est certes pas le 1.85 original mais il en est nettement plus près que l’ancien format 1.37 de l’ancienne édition française DVD Pal zone 2 Wild Side Vidéo de 2006 recadrée plein cadre aux normes TV américaines 4/3 du siècle dernier. Le spectateur français se retrouve au même niveau que son homologue américain, avec presque 10 ans de retard mais, comme dit le proverbe, mieux vaut tard que jamais. Matériel argentique bien nettoyé, bon équilibrage numérique entre grain et lissage, bonne définition, bons contrastes. De temps en temps un peu de bruit vidéo mais dans l’ensemble bien contrôlé. Rendez-vous pour une future édition UHD qui respectera, on l’espère, enfin le format 1.85 d’une manière impeccable.

Naked Kiss

Son - 5,0 / 5

VOSTF mono et VF mono d’époque : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. La VOSTF (propre, dynamique, bien nettoyée) provenant en ligne droite du master Criterion (au standard technique LPCM mono 1.0 en 24 bit) tandis que la VF d’époque est à la norme DTS MA mono. La voix française de la sculpturale Constance Towers lui convient bien mais techniquement, l’ensemble est moins dynamique que la VOSTF qu’il faut privilégier.

Crédits images : © Wild Side

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
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francis moury
Le 5 mars 2019
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