Alexandre le Grand (1956) : le test complet du Blu-ray

Alexander the Great

Réalisé par Robert Rossen
Avec Richard Burton, Fredric March et Claire Bloom

Édité par Sidonis Calysta

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Le 10/05/2019
Critique

Un des péplums historiques majeurs de l’histoire du cinéma américain avec Richard Burton à sa tête.

Alexandre le grand

356-323 avant JC : le roi Philippe de Macédoine apprend que son fils Alexandre est né. Sa mère Olympias, en raison de divers prodiges et signes, est persuadée qu’il est d’essence divine et méprise son époux trop humain. Alexandre reçoit l’éducation d’un prince. Il rêve de gloire et achève l’oeuvre de son père : soumettre totalement la Grèce au pouvoir macédonien. Philippe ayant été assassiné, il reçoit les pleins pouvoirs et entame une guerre de conquêtes afin d’unifier monde oriental et monde occidental sous l’empire de la civilisation grecque, marchant à travers l’Orient jusqu’aux Indes.

Alexandre le grand (USA 1955) de Robert Rossen (producteur, scénariste et réalisateur) demeure un péplum à la structure originale, placée sous le signe clair de la tragédie au sens grec antique du terme. L’élagage impressionnant auquel fut soumis le montage initial (non seulement des séquences de dialogues mais encore des scènes d’action telles que la mort du personnage joué par Stanley Baker furent coupées) aboutit néanmoins, objectivement, à une sorte de trajectoire linéaire menant tous les personnages à la mort ou à la folie. Rossen aime, en outre, achever certaines séquences sur un silence ou un regard sans parole qui augmentent la tension par le non-dit ou le sous-entendu. Interprétation de premier choix, photo CinemaScope utilisant au maximum les capacités du format large en intérieurs comme en extérieurs.

La première partie est surtout consacrée à la peinture clinique mais cependant régulièrement spectaculaire de l’étrange relation entretenue par une mère névrosée (admirablement jouée par Danielle Darrieux, au sommet de sa beauté) avec son fils qu’elle oppose systématiquement à son père. Les thèmes de l’inceste et du parricide, autrement dit les thèmes freudiens du complexe d’Oedipe, sont ici davantage qu’effleurés. L’historien et philosophe grec Plutarque a fourni certains éléments fidèlement repris par le scénario qui a certainement puisé aussi chez l’historien romain Quinte-Curce : ce sont les deux sources essentielles. La seconde partie est constituée d’une succession de vignettes, de séquences presque autonomes, montrant Alexandre et ses hommes suivant une courbe d’abord ascendante puis sombrant progressivement, vaincus par la géographie (des paysages espagnols soigneusement sélectionnés) autant que par le destin jaloux de l’antique Némésis.

Alexandre le grand

Bien sûr Rossen, étant donné le niveau de censure de 1955, ne pouvait adapter fidèlement les atrocités (privées, publiques ou militaires) racontées par les historiens grecs et romains : il ne montre qu’une séquence nocturne où Stanley Baker suggère qu’il a été témoin du meurtre d’un enfant et quelques crucifixions. Il ne pouvait adapter non plus tous les détails relatifs à la vie sexuelle antique. Plutarque (*) rapporte ainsi que Alexandre fut amoureux d’une belle transsexuelle (nommée Bagoas) qu’il embrassa devant l’armée macédonienne rassemblée et qui l’y encourageait, après qu’elle eut gagné un concours de danse. Ce qu’on voit correspond cependant à une structure correcte, au squelette de l’histoire (les 99% restants de la chair de cette histoire se lisent dans les centaines de pages de Quinte-Curce et la cinquantaine de pages de Plutarque : ils ont le même objet mais le traitent très différemment) et la valeur éducative de l’ensemble est, de ce fait, réelle. L’orateur Démosthène, l’orateur Eschine, le philosophe Aristote, le meurtrier Pausanias poussé par Olympias à tuer le roi Philippe avec le demi-assentiment d’Alexandre, Clitus (**) et les autres parlèrent et pensèrent d’une manière sans doute assez proche de celle qu’a écrite et filmée Rossen. La théorie politique d’Aristote, telle qu’elle est prononcée en voix-off à un moment, fut cependant bien plus complexe et sophistiquée (***) que le résumé écrit par Rossen. Le célèbre noeud gordien est brièvement reconstitué et la solution célèbre conférée par Alexandre au problème qu’il posait, l’est aussi. En somme, un des péplums historiques majeurs de l’histoire du cinéma américain parlant de la seconde moitié du vingtième siècle. Et, sur la dizaine de titres signés par Rossen comme réalisateur à part entière, un des meilleurs en compagnie de son western Ceux de Cordura (They Came To Cordura) (USA 1958) qui hérite de l’inspiration plastique du titre de 1955 concernant le sens de l’espace, de son film noir L’Arnaqueur (The Hustler) (USA 1961) et de son étrange drame psychologique Lilith (USA 1964).

(*) Plutarque, Vies parallèles, tome IV, Vie d’Alexandre § LXVII, éd. Classiques Garnier, traduction, tables des matières et notes par B. Latzarus, Paris 1950, p. 203.

(**) Clitus est l’objet d’un exemple grammatical célèbre qui a servi à des générations d’élèves français apprenant le latin : « Alexander, cum Clitum interfecisset, magnitudinem facinoris perspexit (Alexandre, quand il eut tué Clitus, reconnut la grandeur de son crime) ».

(***) Aristote, La Politique, texte grec et traduction présentée et annotée par J. Aubonnet, Les Belles lettres, Paris 1961.

Alexandre le grand

Généralités - 4,0 / 5

1 Blu-ray 50 + 1 DVD 9 édités par Sidonis le 16 avril 2019. Durée du film : 141 min. environ sur le Blu-ray. Image CinemaScope et Technicolor en 2.35 Full HD sur le Blu-ray. Son DTS HD MA 2.0. VF d’époque et VOSTF sur le Blu-ray. Suppléments vidéo : 1 documentaire sur Alexandre le grand, 1 présentation du film par Patrick Brion, 1 film-annonce original. Seul le Blu-ray a été testé.

Bonus - 4,0 / 5

La véritable histoire d’Alexandre le grand (USA 2004, 16/9, couleurs 2004, VF, 45 min. environ) de Jim Lindsay : documentaire produit par History Channel, honorablement précis : on y lit des extraits de Plutarque, on y cite aussi Diodore et Quinte-Curce. On y montre des cartes géographiques; on se rend sur les lieux mêmes de l’action historique, en Grèce, en Turquie, en Egypte, au Liban, etc. Plusieurs historiens américains sont convoqués et les illustrations sont constituées de monuments archéologiques, de sculptures antiques et de reconstitutions qui ont, concernant ces dernières, la facture d’un téléfilm assez esthétisant.

Présentation du film par Patrick Brion (durée 10 min. environ, 16/9, couleurs + NB) : elle situe rapidement le film relativement à la vie et à l’oeuvre de Rossen, précise que le film durait à l’origine 180 min. environ et que le distributeur Artistes Associés demanda des coupes (essentiellement dans les scènes de dialogue dit Brion… mais pas seulement !). Brion émets quelques commentaires psychologiques (qui paraphrasent sans utilité le scénario) sur les protagonistes principaux tels que Rossen les a dépeints. Plus intéressantes me semblent ses remarques sur le casting des acteurs anglais dans le cadre d’une superproduction américaine (désir d’allier qualité théâtrale shakespearienne et « exotisme » des accents). Brion résume enfin la vie du réalisateur Bernard Vorhaus (alias Piero Musseta qui lui aurait servi de prête-nom, selon Brion car il existe bien un cinéaste italien de ce nom : Brion convient que c’est une hypothèse pas tout à fait vérifiée) qui pourrait avoir été l’un des réalisateurs de seconde équipe du titre. Rapide (tant mieux au fond) mais intéressant et bien illustré.

Film annonce original de 1955 (VO sans STF) : état argentique et vidéo moyen.

Honorable édition spéciale à laquelle il ne manque qu’une véritable galerie affiches et photos d’exploitation pour atteindre la note maximale dans sa catégorie intermédiaire entre celles d’une édition normale et d’une édition collector.

Alexandre le grand

Image - 5,0 / 5

CinemaScope et Technicolor reportés en Full HD au format 2.55 compatible 16/9. Haute définition, procédé Technicolor bien reporté, beaux contrastes. Copie argentique en très bon état sur l’ensemble, parfaitement restaurée et au transfert équilibré entre grain et lissage. Sur 141 minutes environ, la performance est honorable et restitue tout du long sa beauté plastique raffinée.

Son - 5,0 / 5

DTS HD MA 2.0 mono pour la VOSTF et pour la VF d’époque (dans laquelle la star Danielle Darrieux se double elle-même) : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. Pistes VO comme VF en bon état, son dynamique et clair. La VF est aux normes de qualité de l’époque et ses voix très bien adaptées aux personnages (seul Peter Cushing aurait mérité une voix plus proche de la sienne). La VO est cependant un peu moins théâtrale de diction et confère un réalisme psychologique accru aux personnages.

Crédits images : © Sidonis Calysta

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 4 juin 2019
Un des péplums américains les plus authentiques, les plus plastiquement beaux et les plus névrotiques à la fois de l'histoire du genre.

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