Les Hommes le dimanche (1930) : le test complet du Blu-ray

Menschen am Sonntag

Combo Blu-ray + DVD

Réalisé par Robert Siodmak
Avec Erwin Splettstößer, Brigitte Borchert et Wolfgang von Waltershausen

Édité par Tamasa Diffusion

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Le 13/05/2019
Critique

Ce tout premier essai de quatre jeunes cinéastes qui feront parler d’eux est aujourd’hui reconnu comme annonciateur du néoréalisme.

Les Hommes le dimanche

Un samedi de juillet 1929, des Berlinois ont décidé de passer le dimanche au Wannsee, sur l’île bordée de trois lacs. Il y a Wolfgang, autrefois officier, puis antiquaire, maintenant représentant en vins, Christl, une figurante qu’il vient de rencontrer, Erwin, ami de Wolfgang, chauffeur de taxi et Annie, la compagne d’Erwin, mannequin. Christl invite sa meilleure amie Brigitte, vendeuse de disques dans un magasin de gramophones. Le dimanche matin, tous sont au rendez-vous sauf Annie, restée au lit…

Un avertissement rappelle les étapes de la reconstitution du film : restauration en 1996-1997, numérisation 2K en 2010 aux Pays-Bas, masterisation à Berlin en 2014 sous la direction de la Deutsche Kinemathek. Le négatif de 2 014 mètres ayant disparu, un métrage de 1 839 mètres a pu être reconstitué à partir de copies trouvées aux Pays-Bas, en Suisse, en Belgique et en Italie. Il ne manque que huit minutes.

Menschen am Sonntag: ein Film ohne Schauspieler

Les Hommes le dimanche : un film sans acteurs, prévient un carton. Le titre français de Menschen am Sonntag ne manquerait pas de faire hurler les féministes d’aujourd’hui : la traduction littérale serait Les Gens le dimanche. D’autant plus que l’on compte trois femmes parmi les cinq personnages principaux du film.

L’idée vient de Curt Siodmak, le frère de Robert : celle d’un documentaire-fiction sur les loisirs des Berlinois, dans la parenthèse d’insouciance de la République de Weimar, trois mois avant le jeudi noir qui allait déclencher la Grande Dépression, quatre ans avant la déferlante du nazisme.

Les Hommes le dimanche est le projet de quatre jeunes inconnus, au crépuscule du cinéma muet. Robert Siodmak, la cheville ouvrière, a 29 ans, Edgar G. Ulmer, 24 ans, Fred Zinneman, 25 ans, et Billy Wilder, l’auteur du scénario, 23 ans, quand ils entreprennent la réalisation de leur tout premier film, pratiquement sans moyens. Ils n’allaient pas tarder à fuir l’Allemagne à l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler pour se retrouver un jour à Hollywood.

Les Hommes le dimanche

Les Hommes le dimanche doit beaucoup aux cadrages, aux angles de prises de vue et aux mouvements de caméra, notamment de longs travellings, d’Eugen Schüfftan. Ce n’était pourtant que son deuxième film, au début d’une prestigieuse carrière qui le conduira à devenir le chef opérateur de Marcel Carné pour Drôle de drame, en 1937, et Le Quai des brumes, en 1938, de Georges Franju pour La Tête contre les murs, en 1959, et Les Yeux sans visage, en 1960, et lui vaudra l’Oscar de la meilleure photographie en noir et blanc pour L’Arnaqueur (The Hustler, Robert Rossen, 1961).

Und dann, am Montag… wieder Arbeit!

Et le lundi, retour au boulot ! Finis le pique-nique et les baguenaudes nonchalantes au bord de l’eau, adieu le flirt dans les sous-bois, les traversées en pédalos… jusqu’à un prochain dimanche : l’été réserve encore des beaux jours ensoleillés ! Les dernières images montrent les Berlinois arpentant les rues en rangs serrés, certains en courant et les enfants rentrant à l’école.

Le clap de fin sonnera le terme de l’éphémère expérience cinématographique des quatre débutants, sauf pour Erwin Splettstößer, le chauffeur de taxi. Robert Siodmak lui confiera un petit rôle dans ses deux films suivants, Adieux (Abschied, 1930) et Inquiétude (Voruntersuchung, 1931). Ç’aurait pu être le début d’une carrière d’acteur s’il n’était mort accidentellement en 1931.

Remarqué par une partie de la critique à sa sortie, Les Hommes le dimanche finira par être perçu comme l’annonciateur du Néoréalisme et même, par certains, de la Nouvelle Vague.

Les Hommes le dimanche

Généralités - 3,0 / 5

Les Hommes le dimanche (74 minutes) et ses suppléments (64 minutes) tiennent, dans cette édition combo, sur un Blu-ray BD-50 et sur un DVD-9, logés dans un digipack.

Le menu fixe et musical propose le film avec le choix entre deux accompagnements musicaux, celui au piano par Donald Sosin au format Dolby Digital 1.0 ou celui, avec bruitage, du petit groupe Het Alliage Orkest, enregistré en 2005 au format Dolby Digital 2.0.

Un livret de 24 pages écrit par Pierre Eisenreich. Après une notice biographique de Robert Siodmak, Edgar G. Ulmer, Billy Wilder, Fred Zinnemann et Eugen Schüfftan, le livret s’ouvre un chapitre intitulé La nouvelle objectivité de l’invisible. Pierre Eisenreich voit dans Les Hommes le dimanche l’héritage de Georg Wilhelm Pabst, avec La Rue sans joie (Die freudlose Gasse, 1925) et Loulou (Die Büchse der Pandora, 1929). Il recense trois critères de mise en scène : l’escamotage du scénario, une direction d’acteur qui, en l’absence de cartons, privilégie l’expression de la sensualité par les corps, un montage évoquant le gigantisme de la cité, la frénésie, voire le tumulte de la circulation, créant une « poésie des objets mécaniques (…) intégrant prises de vue liées directement à la fiction des quatre personnages principaux et prises de vue purement documentaires annonçant le cinéma moderne et le néoréalisme italien ». Il replace le film dans son contexte historique « d’une relative exaltation et sérénité sociale » qui ne masque pas les difficultés d’existence des personnages. Il souligne enfin l’érotisme sous-jacent d’un film qui « invite à voir une véritable confrontation entre le monde féminin et masculin ».

Les Hommes le dimanche

Bonus - 3,5 / 5

À l’aveuglette (Ins Blaue hinein, un film d’Eugen Schüfftan, 1931, 1.20:1, Dolby Digital 1.0, 34’). Une automobile finit sa course contre un arbre. Ses quatre occupants, tous fauchés, décident de créer une société pour gagner de l’argent. Reste à définir l’objet social… Une curiosité : une comédie burlesque, l’unique film réalisé en solo par le célèbre chef opérateur.

Weekend au Wannsee (30’, de Gerald Koll, avec traduction en voice over). Ce documentaire fut tourné en 2000, juste avant la mort de Curt Siodmak, longtemps interrogé. Brigitte se souvient du tournage (elle avait alors 19 ans) et de la première, le 4 févier 1930 dans la salle de la UFA à Berlin. En 1997, Martin Koerber rappelle qu’il fut chargé par la Cinémathèque néerlandaise, à partir d’une bobine de 1 615 mètres, de reconstituer le film auquel il manque aujourd’hui encore 250 mètres, soit 8 minutes. Curt Siodmak se souvient de la genèse du film, de la convocation des acteurs sur les bords du Wannsee, le 10 juillet 1929, sans aucune indication sur le scénario. La suppression de certaines scènes par la censure, comme celle d’un mannequin nu dans une vitrine, n’a pas empêché une interdiction du film aux moins de 18 ans. La critique d’avant-garde applaudit le film et l’apport essentiel d’Eugen Schüfftan. La UFA confiera aussitôt à Robert Siodmak la réalisation d’Adieux (Abschied).

Les Hommes le dimanche

Image - 4,0 / 5

L’image (1.20:1, 1080p, AVC), sans sauts, débarrassée des taches et griffures (les rares qui ont résisté passent presque inaperçues) propose un dégradé de gris soigneusement étalonné et agréablement contrasté. Toutefois, certains plans restent affectés par une légère instabilité lumineuse.

Son - 4,0 / 5

L’accompagnement au piano est au format Dolby Digital 1.0, celui par la petite formation Het Alliage Orkest, plus discutable de mon point de vue, au format DD 2.0. L’un et l’autre, très propres, sans souffle, bénéficient d’une bonne dynamique et d’une généreuse ouverture de la bande passante.

Crédits images : © Tamasa Diffusion

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 13 mai 2019
Ce film, réalisé avec très peu de moyens de quatre jeunes inconnus qui n’avaient pas fini de faire parler d’eux, sera vite reconnu comme le fondateur du néoréalisme. Encore inédit en vidéo, il nous arrive dans une remarquable édition.

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