Guillaume Tell (1961) : le test complet du Blu-ray

Wilhelm Tell

Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret

Réalisé par Michel Dickoff
Avec Robert Freitag, Alfred Schlageter et Heinz Woester

Édité par Artus Films

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Le 05/06/2019
Critique

Avec ce film inédit et le livret qui l’accompagne, vous saurez tout ce que vous n’avez encore jamais osé demander sur Guillaume Tell.

Guillaume Tell

À la fin du XIIIème siècle, le bailli Gessler, aux ordres des Habsbourg et du Saint Empire Romain Germanique, impose sa tyrannie aux habitants des cantons de Schwyz et Uri. Les paysans doivent payer de plus en plus d’impôts et subir les humiliations des gardes. Guillaume Tell va prendre la tête de la révolte et libérer le peuple du joug des oppresseurs.

Guillaume Tell (Wilhelm Tell), réalisé par Michel Dickoff et Karl Hartl en 1961, est une rareté en vidéo, introuvable ailleurs qu’en France, l’édition allemande de 2005 étant épuisée. Le Zurichois Michel Dickoff (un nom qu’on imagine dur à porter dans les pays anglophones !) ne réalisera qu’un autre film, en 1963, Nikolaus von Flüe - Pacem in Terris, un biopic sur l’ascète et saint patron de la Suisse. Le Viennois Karl Hartl compte une trentaine de films à son palmarès, dont Aimé des dieux (Wen die Götter lieben), une biographie de Mozart tournée en France en 1942, et Der Engel mit der Posaune (« l’ange à la trompette »), sélectionné à Venise en 1948 pour le Grand prix international. Guillaume Tell sera son dernier film.

On sait maintenant que Guillaume Tell était une légende, née à la fin du XVème siècle, comparable à celle relatée deux siècles plus tôt au Danemark dans la Gesta Danorum écrite par Saxo Grammaticus en 1200. Pas sûr, non plus, que le bailli Gessler ait existé. Mais le film rappelle l’octroi aux cantons de Schwyz et d’Uri d’une charte les rattachant directement au Saint Empire Romain Germanique que l’empereur d’Autriche Albrecht Ier de Habsbourg transgressa en voulant asseoir son autorité sur les deux cantons, y faire collecter par ses baillis des impôts et un droit de passage sur la route du Saint-Gothard, la seule à traverser le pays. Il en résulta une rébellion, à laquelle se joignit le canton d’Unterwald, scellée par le serment de Grütli, perçu comme un des actes fondateurs de la Confédération Helvétique.

La légende de Guillaume Tell a inspiré plusieurs ouvrages littéraires dont le plus célèbre reste Wilhelm Tell, la pièce de Friedrich von Schiller sortie en 1804, à laquelle le scénario du film reste assez fidèle. Mais elle inspira aussi des auteurs de bandes dessinées et des musiciens dont Gioacchino Rossini, pour son opéra Guillaume Tell, créé à Paris en 1829.

Robin Hood, curieusement rebaptisé « Robin des Bois » de ce côté du Channel, autre personnage légendaire du Moyen-Âge, a beaucoup en commun avec notre champion helvète du tir à l’arc, dans sa lutte contre les exactions du sheriff de Nottingham, un autre bailli Gessler. Pas étonnant, donc, que Guillaume Tell ait, lui aussi, projeté son image sur les écrans, dès l’origine du cinéma, même, grâce à Georges Méliès, en 1898, puis dans une dizaine de films, dont Wilhelm Tell de Heinz Paul, en 1934, avec Conrad Veidt dans le rôle de Gessler et Guglielmo Tell, coréalisé en 1949 par Giorgio Pastina et Michal Waszynski, avec Gino Cervi à l’arbalète. L’aura de Guillaume Tell sur le grand écran aurait peut-être égalé celle de Robin des Bois si Jack Cardiff avait pu finir, en 1953, son premier film, The Story of William Tell, avec Errol Flynn dans le rôle-titre. Mais le projet fit long feu, faute de financement, en ne laissant pour seule trace qu’un montage d’une trentaine de minutes.

Guillaume Tell

Guillaume Tell eut plus de chances à la télévision avec William Tell, série créée en 1958 par Doreen Montgomery et Ralph Smart (39 x 30 minutes) et l’intéressante série Les Aventures de Guillaume Tell (Crossbow, « l’arbalète », 1987-1989, 72 x 26 minutes), sortie en France par LCJ Éditions en 2011 et 2012, toujours disponible, notamment dans une intégrale de 16 DVD, mais sans version originale.

Revenons à nos moutons, à nos chamois et à nos bouquetins : le Guillaume Tell de Michel Dickoff et Karl Hartl, avec ses clichés bucoliques sur la Suisse, ses acteurs un peu figés, ses costumes banals, son montage indolent et ses effets spéciaux pas vraiment époustouflants, (notamment pour la simulation d’une tempête sur le Lac des Quatre Cantons, ou Vierwaldstättersee) ne souleva pas un grand enthousiasme… sauf à Moscou.

Guillaume Tell a une particularité rare dans son genre : le héros met près d’une demi-heure pour apparaître et se fait assez rare ensuite. Le film montre donc essentiellement la rébellion comme étant celle du peuple, pas d’un homme providentiel. Ce fut la raison de sa sélection pour le Grand prix au festival de Moscou, sous le règne de Nikita Khrouchtchev, en pleine guerre froide. Un triomphe, mais pas de prix !

Guillaume Tell a pourtant quelques mérites. D’abord celui de faire connaître un héros européen qui n’a pas acquis, hors la Suisse bien sûr, la renommée d’un Spartacus, d’un Robin des Bois ou d’une Jeanne d’Arc. Mais son plus grand atout est le tournage de nombreuses scènes en extérieur, certaines à donner le vertige, dans les paysages alpins dont la majesté est encore accentuée, un peu trop même, par la musique emphatique d’un certain Hans Haug… où sonne parfois le cor des Alpes… un instrument bien encombrant !

Guillaume Tell

Généralités - 4,0 / 5

Guillaume Tell (96 minutes) et ses maigres suppléments (8 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 et DVD-9, logés dans les épaisses couvertures d’un mediabook.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, en allemand et suisse allemand, avec sous-titres optionnels, et dans un doublage en français, les deux au format audio LPCM 2.0 mono.

À l’intérieur, un livret illustré de 80 pages écrit par David L’Épée, philosophe suisse spécialisé dans l’histoire des idées et les sciences politiques, particulièrement intéressé par la démocratie directe, et… critique de cinéma. Le livret s’ouvre sur l’histoire, celle des Waldstätten, « la Suisse primitive », sur l’apparition d’écrits sur Guillaume Tell, sur la controverse « mythe ou réalité » qui fit de « l’affaire Tell » une sorte d’affaire Dreyfus en Suisse au milieu du XIXème siècle. Suit la question : Tell était-il conservateur ou révolutionnaire, jusqu’à devenir une « figure tutélaire de la révolution française », positivée par l’URSS ? Dans un Intermède, David L’Épée s’entretient avec Félicien Monnier, juriste et capitaine de l’armée suisse, sur la place de Guillaume Tell dans les récits fondateurs de la Confédération, une influence ressentie jusqu’à la Constitution fédérale du 18 avril 1999. En somme, « Si Guillaume Tell n’avait pas existé, il aurait fallu l’inventer. » Et il reste aujourd’hui une « icône populaire » représentée, notamment, par une statue à Altdorf, là où il fut contraint par Gessler de lancer un carreau de son arbalète pour transpercer la pomme posée sur la tête de son fils ! Le livret se termine par Guillaume Tell dans la littérature, Guillaume Tell vu par Schiller et Guillaume Tell au cinéma.

Un intéressant complément qui compense en partie la maigreur des bonus vidéo.

Guillaume Tell

Bonus - 2,0 / 5

Sur le tournage (1’). Ce court extrait du tournage nous donne l’explication de la faiblesse des effets de la tempête sur le lac : les vagues sont produites par deux canots Chris-Craft tournant en rond dans un minuscule port, le vent par un puissant ventilateur et les embruns par un tuyau d’arrosage !

Diaporama (1’) de quatre affiches et d’une dizaine de photos.

Bandes-annonces en allemand et en français… qui résument le scénario en deux minutes !

Image - 4,0 / 5

L’image (1.66:1, 1080p, AVC) a été débarrassée par une soigneuse restauration de toutes les marques de détérioration de la pellicule, bien stabilisée, avec une réduction du grain flatteuse mais peu respectueuse de la texture argentique. Les couleurs ont été ravivées avec un étalonnage manquant un peu de délicatesse : certains verts sont vraiment… très verts !

Son - 4,5 / 5

Le son LPCM 2.0 mono de la version originale, très propre lui aussi, bénéficie d’une bonne dynamique et d’une ouverture assez large de la bande passante. Quelques distorsions dans les passages forte de l’accompagnement musical.

Le doublage en français LPCM 2.0 mono, techniquement au point, est plutôt réussi.

Crédits images : © Artus Films

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 5 juin 2019
Une mise en images de la légende d’un des héros fondateur de l’indépendance de la Suisse, un peu figée, est rachetée par un tournage en extérieur dans de grandioses paysages. Un intéressant livret complète cette belle édition.

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