Au service du Diable (1971) : le test complet du Blu-ray

La Terrificante notte del demonio

Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret

Réalisé par Jean Brismée
Avec Erika Blanc, Daniel Emilfork et Jean Servais

Édité par Artus Films

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Le 12/07/2019
Critique

Un film fantastique rare et enfin restauré avec l’érotique Erika Blanc en démon succube.

Au service du Diable

Au service du diable (Ital-Belg. 1971) de Jean Brismée est un film fantastique rare et intéressant de la période 1970-1980. Sa facture est classique car son sujet l’est aussi en dépit de son apparente sophistication historique : il allie l’idée d’une malédiction supportée par les héritières d’une famille, idée déjà bien illustrée par le si beau Le Manoir de la terreur (Horror, Ital. 1963) d’Alberto de Martino à celle des voyageurs contraints de passer la nuit dans un lieu maudit ou dangereux qui remonte aisément (en s’en tenant au seul cinéma parlant) à La Maison de la mort (The Old Dark House / Une étrange soirée, USA 1932) de James Whale. Même l’idée du rayonnage de livres tombant mystérieusement seuls n’est pas vraiment originale : elle est inspirée respectivement par Les Proies du vampire (El Vampiro, Mex. 1957) de Fernando Mendez puis par Le Frisson des vampires (Fr. 1970) de Jean Rollin qui avait d’ailleurs écrit s’être formellement inspiré du Mendez.

Le personnage du démon féminin succube est plus original : le cinéaste Patrice Rhomm, auteur du scénario et qui devait initialement le réaliser, l’illustra d’ailleurs par la suite dans plusieurs de ses titres érotiques flirtant avec le fantastique. Et le casting est hallucinant : Jean Servais en noble SS puis en alchimiste désabusé, Daniel Emilfork dans le rôle du diable, Erika Blanc en succube séductrice sans oublier Lucien Raimbourg et les starlettes sexy qui les accompagnent ! La mise en scène de Brismée (enseignant et documentariste d’origine) est standard mais réserve parfois de beaux moments (les apparitions d’Ilse au jeune séminariste, Ilse poursuivie mais devenant à son tour brusquement la poursuivante, l’échange final de regards entre Ilse et le diable) sans oublier un certain humour un peu surréaliste. De là à dire que Jean Brismée serait le Luis Bunuel du pauvre, il y a une limite mais elle est tout de même parfois franchie. La direction artistique, honnête, nous vaut certains mignons décors et de jolis accessoires (le jeu d’échec dans le salon du château, la cave alchimique où Jean Servais transmute de l’or, une guillotine et La Vierge de Nuremberg moins impressionnante cependant que celle du film d’Antonio Margheriti en 1963). Et puis l’époque 1970-1975 voyant monter progressivement le niveau d’érotisme inséré dans tous les genres de films (avant que le basculement de 1975 fasse franchir les limites du X et l’institue comme genre à part entière), le film contient une dimension érotique qui ajoute au fantastique une touche d’insolite et de réelle beauté plastique : elle fut davantage voulue par le scénariste et les producteurs que par le réalisateur. Cette version intégrale nous la restitue.

Au service du Diable

Généralités - 5,0 / 5

1 mediabook collector Artus, édité le 04 juin 2019, contenant 1 DVD-9 PAL zone 2 + 1 Blu-ray 50 région B + 1 livret illustré de 64 pages. Durée du film : 95 min. environ. Format 1.66 original respecté, compatible 16/9 en Gevacolor. Full HD sur le Blu-ray. VF DTS-HD Master Audio mono 2.0. Suppléments : présentation par Alain Petit, entretiens avec l’actrice Erika Blanc et le cinéaste Jean Brismée, scènes alternatives, diaporama affiches et photos, film-annonce. Le menu s’ouvre sur quelques extraits de films fantastiques édités par Artus puis le menu principal s’ouvre. Seul le Blu-ray a été testé.

Le livret La Nuit des pétrifiés de Christophe Bier reprend le titre d’exploitation de la reprise cinéma de 1979 et couvre les divers aspects du film (y compris sa réception critique française et les festivals où il fut présenté). Il est richement illustré, surtout concernant le cinéaste Patrice Rhomm (le scénariste qui devait initialement réaliser ce qui était son projet personnel), l’actrice Erika Blanc et l’acteur Daniel Emilfork. Une ou deux coquilles (il faut lire André Ruellan au lieu de l’erroné « Alain Ruellan » à la page 10) mais contingentes car la balance pèse bien du bon côté : l’ensemble apporte de précieux détails d’histoire du cinéma, expliquant par exemple le fil rouge qui relie l’acteur Daniel Emilfork au cinéaste André Hunebelle (qui vint une demi-journée sur le tournage en qualité de conseiller technique), celui-là à Patrice Rohmm puis à Jean Brismée ! Les recherches concernant l’équipe belge et l’équipe italienne (souvenons-nous que c’est une coproduction) sont riches en trouvailles et en anecdotes : la vie de la starlette Shirley Corrigan (qui vécut quelques années à Calcutta aux côtés de Mère Térésa) vaut d’être lue ! La durée de 89 minutes ici mentionnée par la fiche technique s’entend sans doute hors séquence érotique lesbienne (totalisant ainsi 95 minutes comme mentionnés au verso du boîtier) avec ladite Shirley, rajoutée ensuite au montage par les producteurs qui l’auraient tournée sans le dire à Brismée et que ce dernier désavoua bien qu’elle soit assez belle plastiquement (syntaxiquement, sans même parler de la beauté physique intrinsèque des actrices, agréables à regarder). Une remarquable note d’histoire du cinéma est, en outre, consacrée au procédé couleurs Gevacolor (à ne pas confondre avec l’Agfacolor), ce qui achève de faire de ce livret un intéressant outil d’histoire du cinéma-bis.

Au service du Diable

Bonus - 5,0 / 5

Film-annonce (VA, environ 3 min.) : c’est la bande-annonce anglophone internationale, en états vidéo et argentique médiocres sous le titre Devil’s Nightmare. Document d’histoire du cinéma et d’histoire de l’exploitation du cinéma, de première main.

Scènes alternatives (VF, environ 10 min.) : il s’agit de l’introduction N&B en Allemagne, et de deux séquences avec Erika Blanc (y compris la séquence finale) au montage modifié. Inédites et rares : beaux documents d’histoire du cinéma, en assez bon état argentique et bien reportés en vidéo numérique.

Diaporama : une trentaine de documents, dont une dizaine d’affiches internationales (les plus belles sont la belge et la française, à mon avis : pouquoi ne pas les avoir tout simplement reproduite l’une ou l’autre en guise de jaquette ?) et des photos N&B de plateau. Ensemble en très bon état et riche, comprenant notamment la jolie photo montrant Erika Blanc jouant aux échec qu’on avait pu contempler dans Creepy n°12 en 1972, après la présentation du film à la Première convention du cinéma fantastique. Aucun jeu français de photos d’exploitation couleurs ni sous le premier titre d’exploitation de 1971 ni sous le titre de réédition parisienne de 1979 montré ici ni dans le livret mais, pour se consoler, on en verra certaines en illustration de cet article et on peut contempler l’affiche d’un savoureux double-programme (« double-bill ») américain, aux slogans démentiels, proposant le film de Brismée sous son titre américain Devil’s Nightmare accouplé au Devil’s Garden (AssaultGB 1971) de Sidney Hayers.

Le Château du vice (2019, 20 min. environ) : présentation par Alain Petit (qui utilise l’un des titres français d’exploitation pour titrer ce bonus) qui brosse avec enthousiasme l’histoire de la genèse du film, celle de sa réception critique, revient sur la carrière de sa vedette Erika Blanc (une des grandes actrices du cinéma-bis européen, notamment italien et à laquelle Petit avait consacré un article dans un Vampirella des années 1970), sur celles des acteurs Jean Servais, Daniel Emilfork et Lucien Raimbourg. Petit examine aussi en historien du cinéma le scénario : les sept péchés capitaux déjà punis ici, avant qu’ils le soient plus tard dans le Seven (USA 1995) de David Fincher. C’est une comparaison légitime même si elle se limite à l’argument, sans pouvoir être poussée jusqu’à la mise en scène.

Au service du Diable

Erika et le diable (2019, VF, 15 min. environ) : entretien avec la belle et survoltée Erika Blanc qui se souvient bien du tournage et des longues séances de maquillage que lui imposaient les effets spéciaux qui la transforment en succube. Je signale qu’on peut aussi contempler Erika dans une intéressante édition de La Vengeance de Lady Morgan également chez Artus dans la même collection. Il faudrait lui consacrer éventuellement une collection à part entière qui serait filmographiquement passionnante. Elle fut l’une des plus belles et talentueuses actrices du cinéma-bis européen de la période 1960-1975.

Entretien avec Jean Brismée (VF, 15 min. environ) : filmé dans son appartement au milieu de sa collection archéologique de caméras, le cinéaste Jean Brismée revient sur sa conception esthétique (son modèle : le cinéma américain) puis sur le tournage de son unique film fantastique. Brismée fut essentiellement documentariste et ce fut pour des raisons de coproduction que lui échut finalement la réalisation : c’est Patrice Rhomm qui l’avait écrit et qui devait, à l’origine, le tourner. Souvenirs précis, parfois savoureux mais Brismée ne s’intéresse visiblement ni au cinéma fantastique ni au cinéma érotique. Il fut un bon technicien sur ce coup, sans plus.

Ensemble riche qui, ajouté au livret de Christophe Bier, permet d’accorder la note maximale.

Au service du Diable

Image - 3,0 / 5

Format original 1.66 compatible 16/9 en Gevacolor et Full HD. Séquence pré-générique en N&B puis le film est en couleurs à partir du générique d’ouverture français d’époque. Copie argentique assez bien restaurée mais l’émulsion de certaines séquences est un peu instable, l’étalonnage souffre parfois et on relève aussi quelques rayures ou petites brûlures mais assez peu cependant. Les plans « stock-shots » de bombardements aériens N&B de la Seconde guerre mondiale sont en bon état même s’ils ne sont évidemment pas étalonnés de la même manière que le restant. Cela dit, les gros plans du visage d’Erika Blanc et les plans d’ensemble ou de demi-ensemble où elle apparaît en tenue érotique (inspirée par celles de l’héroïne de bandes-dessinées Vampirella) sont en très bon état pour la plupart, ce qui est à mes yeux l’essentiel : le film est son écrin fonctionnel, d’abord et avant tout même si le restant est parfois savoureux occasionnellement. Bon transfert numérique en Full HD, privilégiant le grain car le procédé Gevacolor d’origine se prête par nature un peu moins au lissage vidéo : l’équilibre numérique, quoi qu’il en soit, est parfait.

Au service du Diable

Son - 5,0 / 5

DTS-HD Master Audio mono 2.0 en VF : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone car on y entend les véritables voix de Jean Servais et de Lucien Raimbourg. Quand à Erika Blanc (appartenant à la section italienne du casting) elle est très bien doublée. Musique simple mais hallucinante et inspirée, signée Alessandro Alessandroni qui contribua significativement à la trilogie western de Sergio Leone. Piste son claire et dynamique, en bon état général; effets sonores rares mais bien restitués lorsqu’ils surviennent.

Crédits images : © Artus Films

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 13 juillet 2019
Un film fantastique rare et enfin restauré avec l’érotique Erika Blanc en démon succube.

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